Lyon : chacun voit midi à la porte de sa cantine

Pour que les choses soient claires, je ne suis pas végan, même pas végétarien. Je ne suis plus adhérent à EE-LV. Je mange de la viande, des œufs, du poisson, du fromage, des fruits, des légumes et du pain, en général d’origine de l’agriculture biologique.
J’aime suivre les grandes étapes du Tour de France mais je trouve que le grand Barnum commercial qui va autour est indécent comme l’est la masse de détritus que cette caravane laisse sur son passage.
J’aime les sapins à Noël, mais dans le fond de mon jardin et non sur la place de la mairie : il y a tellement d’autres façons de montrer que cette époque de l’année est un moment de joie et de partage.
Je suis rose de peau et non pas vert et mon agnosticisme m’interdit d’aspirer au statut de dignitaire religieux chiite.
Je suis Breton, je roule en voiture et je me sers d’un ordinateur qui fonctionne à l’électricité et je ne me promène pas en carriole à cheval dans un costume noir datant du XIX° siècle avec le chapeau à large bord qui l’accompagne. Je ne suis pas barbu.

Vous avez donc compris, je ne suis pas Amish, ni ayatollah vert et j’ai quelques convictions qui font que je ne trouve pas absurde certaines décisions de bon sens prises par quelques élus qui mettent, chose rare, leurs actes et leurs convictions en résonnance.

Ceci étant dit arrêtons-nous deux minutes, mais pas plus car ça n’en vaut pas la peine, sur cette affaire de corne-cul qui a pris des proportions médiatiques et politiciennes indécentes.
https://www.liberation.fr/La polémique artificielle du gouvernement autour des cantines scolaires à Lyon
https://www.liberation.fr/Le ministre des cantines scolaires énerve le maire EE-LV de Lyon
Voilà résumée en deux titres polémiques, comme les affectionne Libé, la bisbille en question.
« Un jour par semaine, les enfants des écoles à Lyon vont manger du poisson et/ou des œufs »  et aussitôt les fourches se sont dressées.

La belle affaire ! Dans les collèges et les lycées de la République LAÏQUE, partout en France, dans mon enfance, c’était « poisson le vendredi » TOUS les vendredis de l’année scolaire. C’était même le jour où on mangeait le plus mal. Cela ne se passe pas il y a un siècle mais dans les années soixante. Après, je ne sais pas car j’ai changé de régime et le régime Restau-U du CROUS était tout aussi mauvais mais moins systématique et à Paris, on avait quand même le choix de sa cantine mais c’était poisson le vendredi quand même dans la plupart des cas.
Dans les années 60, l’agriculture française était en plein boom, la FNSEA était hégémonique et n’hésitez pas à prendre d’assaut les préfecture et sous-préfectures dès que le gouvernement faisait un pas de travers.

Le poisson le vendredi, vieille tradition chrétienne qui n’a rien à voir avec la tradition évangélique mais beaucoup à la diététique telle que la percevaient les clercs qui dirigeaient l’Eglise médiévale. Un jour par semaine au moins, les plus fortunés mangeaient maigre et c’était bon pour leur métabolisme. Pour les autres, la question ne se posait même pas : c’était viande quand on pouvait et poisson quand on habitait près d’un cours d’eau ou en bord de mer.

Du coup, je ne me souviens pas avoir vu, à l’époque, dans la rue et dans la presse, des protestations contre cette « intolérable intrusion » de l’idéologie religieuse dans les cantines. Je ne me souviens pas non plus avoir vu des manifestations d’éleveurs pour protester contre cela. Il est vrai qu’à l’époque, 80% de la population se disait « croyant-pratiquant chrétien », qu’une majorité des enfants des lycées et collèges rentraient manger à la maison le midi. Il n’y avait donc aucune raison de polémiquer.

Pour autant, nous les demi-pensionnaires et pensionnaires des lycées français avons nous subi dans notre santé les effets délétères d’un régime « poisson le vendredi » ? En aucune façon. Tout juste nous reste-t-il un certain dégoût du poisson trop cuit nageant dans une sauce blanchâtre.

Comme vous voyez, quand on regarde dans son rétroviseur, on voit que la décision du maire de Lyon n’est ni une nouveauté, ni un oukase idéologique.

Mais alors pourquoi tant de tumulte ?

La réponse est là https://www.lefigaro.fr/À Lyon, des agriculteurs manifestent contre les repas sans viande dans les cantines
C’est bête comme chou ; le personnel politique est privé de son rituel annuel de flâterie du monde agricole, porte de Versailles, à cause du COVID. Il faut bien se rattraper ailleurs et pourquoi pas là. C’est de « bonne » guerre, surtout en période électorale.
Vous aurez remarqué que je ne me lance pas dans les explications sur les bienfaits et méfaits de la consommation carnée. Il y aurait à dire et d’ailleurs d’autres l’ont dit et bien mieux que moi.

Je ne m’intéresse ici qu’à la logique des décisions et la cohérence des protestations. Je veux bien admettre que dans l’affaire, les éleveurs et les bouchers vont y perdre un peu et c’est dommage pour eux mais compte tenu qu’il est admis, c’est du moins l’expertise la plus partagée, que la consommation de viande doit diminiuer, ce petit ralentissement peut leur servir de « galop d’essai » pour revoir plus en profondeur leur modèle économique. Mais d’un autre côté, il faut bien qu’ils mangent, nos petits, et pour le coup, d’autres éleveurs sourient car le marché de l’oeuf reprend un peu de jaune. Et puis ce sont surtout les pêcheurs et les mareyeurs qui voient cela d’un bon œil. Les intérêts des pêcheurs du Guilvinec, de Boulogne ou de Saint-Jean de Luz sont-il à ce point négligeables comparés à ceux des éleveurs bovins ? Il se trouve que c’est le même ministre qui chapeaute les deux. Mais il est vrai qu’il n’y a pas de Salon de la Pêche….

Petites considérations politiciennes donc que tout cela et franchement, vous êtes d’accord avec moi, cela ne vaut pas plus de deux minutes à perdre avant de passer à autre chose.

C’est d’autant plus dérisoire que, ô hasard du calendrier, le même jour la Banque mondiale publiait sur son site cet article https://blogs.worldbank.org/Agir contre la montée de l’insécurité alimentaire dans les pays les plus pauvres
Pour ces centaines de millions de personnes, la question n’est pas viande , œufs ou poisson, il faut choisir mais simplement d’avoir au moins l’un des trois une fois par jour.

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