Mieux vaut en rire- rubrique décidément inépuisable- n°201 : l’humour belge résiste à toutes les crises

C’est une tradition, qui doit beaucoup à Coluche, de se moquer des Belges et de faire des plaisanteries, souvent de mauvais goût, sur la supposée bêtise de nos voisins. C’est mal connaître ce petit peuple, dont César disait qu’il était le plus valeureux parmi les Gaulois. Or celui-ci ne brille pas que par son courage, mais aussi par son humour qui peut rivaliser avec l’humour britannique, l’autodérision en plus. Evidemment, c’est parfois à leur corps défendant mais ils savent toujours retourner cela avec un sourire entendu.

Commençons par un cliché, la gastronomie belge. Or celle-ci semble menacée https://www.ouest-france.fr/Belgique. Coup de chaud sur les frites et la bière
Imagine-t-on le Royaume-Uni sans fish and chips ou la France sans steack frites ? Cela serait également possible puisque c’est la tubercule miracle qui est en danger. Mais cela ne fait pas sourire le moins du monde, sauf peut-être les diététiciens chasseurs de calories et de cholestérol. Alors pourquoi cette information belge fait-elle sourire ? Justement parce qu’elle est belge et que nous avons tous en tête une blague sur les frites belges, le plus souvent racontée par un Belge même.
Ceci reste quand même de l’humour involontaire.

Attachons-nous maintenant à une ou deux manifestations de l’humour actif des Belges. Le premier exemple nous vient de la région bruxelloise, creuset de l’esprit belge https://www.capital.fr/Une rue limitée à 5km/h fait polémique en Belgique Techniquement c’est possible paraît-il mais imaginez un instant des automobilistes un œuf sous la pédale d’accélérateur, en première, dépassés par un papy joggeur. Imaginez même des cyclistes, la main sur le frein, faisant tout pour ne pas tomber car à 5 à l’heure, l’équilibre devient précaire. Une telle décision est impensable ailleurs mais pas en Belgique. Merci Monsieur le bourgmestre de Forest

Tiens ! Puisque j’en suis à évoquer un élu local, intéressons-nous un instant à la vie politique belge. C’est quand même l’une des rares démocraties à pouvoir supporter aussi longtemps l’absence de gouvernement stable sans que cela ne vire au chaos ni que la confiance dans les institutions soit réduite à néant. Il faut dire qu’avec l’existence de deux communautés et la prolifération de partis dans chaque communauté, la pratique du vote proportionnel intégral ouvre largement les possibilités de coalitions. Et c’est là que la créativité de l’esprit belge s’en donne à cœur joie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Coalition_en_Belgique

Pour ne reprendre que les exemples contenus dans cet article, il y a là matière à cogiter. Certaines sont assez évidentes comme La tripartite traditionnelle ou La coalition arc-en-ciel : d’autres sont plus imagées et leur référence aux couleurs montrent que d’une part, on sait porter ses couleurs dans une coalition et d’autre part que les politiciens belges sont les dignes héritiers des peintres flamands de la grande époque: La coalition violette (ou mauve), la coalition turquoise, la coalition rouge romaine, la coalition orange-bleue ou bleue-romaine, la coalition orange sanguine, la coalition lilas

Par contre, certains noms, tout en étant aussi poétiques, sont plus énigmatiques : la coalition olivier, la coalition coquelicot, la coalition jamaïcaine (cela existe aussi en Allemagne paraît-il), la Coalition suédoise, la coalition bourguignonne, la coalition portugaise Pour comprendre de quoi il s’agit, il faut une petite explication de texte.

Mais la palme revient sans conteste à La coalition Vivaldi . Je vous laisses chercher l’explication dans cet article Wikipedia, elle vaut son pesant de frites.

Il existe aussi, paraît-il une coalition diables rouges mais j’ai renoncé à essayer de comprendre de quoi il s’agit. C’est trop compliqué pour moi. Je ne suis pas Belge, sais-tu ?

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Il n’y a plus d’après …………….sauf pour les plus riches

Rappelez-vous, ce n’est pas si vieux que cela. Pendant que nous confinions, nous cogitions itou en pensant que le monde d’après (sous-entendu « après le confinement ») ne pourrait plus être comme celui d’avant. Hélas, des signaux émis, plus ou moins puissamment, par ceux qui actuellement décident laissent penser que le rêve est peut-être en train de passer, naïfs que nous étions !

Ainsi, certains d’entre nos penseurs en chambre pensaient que le monde d’après serait moins inégalitaire, que les riches auraient compris que leur égoïsme menait tout le monde dans le mur, y compris eux.

Hélas ! Deux informations parues quasiment en même temps laissent penser le contraire

La première montre l’immense responsabilité de ces « quelques » (1% de la population mondiale cela fait quand même environ 65 millions de personnes soit la population de la France) happy fews dans la détérioration, qu’on espère encore réversible, du climat https://www.levif.be/Climat: le pourcent le plus riche émet deux fois plus que la moitié la plus pauvre de l’humanité
Certains esprits critiques me feront remarquer que, premièrement cela concerne les 25 années qui séparent le premier sommet de la Terre de la signature de l’Accord de Paris, et qu’en second lieu cela a peu de sens de comparer des goinfres avec des crève-la-faim dont la principale consommation d’énergie est la cuisson de leurs aliments. Ce n’est pas faux, je l’admets mais si on lit ce rapport avec attention, les 10% les plus riches, c’est à dire nous, émettent la moitié de tout le CO². Ceci a déjà plus de signification, car il s’agit de nos modes de consommation. Or qu’espérons-nous, ou plutôt qu’espère-t-on pour nous « pour relancer la croissance » : que nous puissions de nouveau voyager dans le monde entier (l’aéronautique est en danger), que nous acceptions l’installation de la 5G (« il n’y pas d’alternative »), que nous changions de voiture, bref que nous continuions à consommer comme avant moyennant quelques aménagements cosmétiques. Vous voyez, avec une telle tendance, il n’y aura pas d’après qui chante !

La deuxième information concerne les comportements quasi-mafieux de certaines banques https://www.lemonde.fr/« FinCEN Files » : comment les grandes banques mondiales ferment les yeux sur les mouvements d’argent sale
Là aussi, c’est pas vraiment un scoop, même si cette enquête s’appuie sur des faits de moins en moins contestables. Et là aussi, on m’objectera que cela concerne des faits passés et qu’il ne faut pas mal augurer de l’avenir. Ce à quoi je rétorque que la publication des « Panama papers » il y a près de 10 ans ne semblent manifestement pas avoir profondément troublé les grands argentiers de ce monde. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui, puisque notre capacité d’indignation n’a pas été jusqu’à les faire reculer.

Et si vous avez encore quelques doutes sur l’incapacité de ces gens à réformer leur façon de pensée, une troisième information est venue douloureusement nous le rappeler https://www.mediapart.fr/La fermeture de l’usine Bridgestone: tout sauf une surprise
Finis les discours sur la « relocalisation », finis les grandes déclarations contre la mondialisation sauvage, il était grand temps de revenir à la cruelle réalité de la vie économique dominée par un capitalisme financier dont le seul horizon est la récupération la plus rapide possible de sa mise financière. Il n’y a là plus d’après pour ceux qui rêvaient d’un monde moins cruel aux faibles.

Et comble de l’ironie, cette entreprise communique sur sa page d’accueil avec cette campagne https://www.bridgestone.fr/partenaireolympique « poursuivons nos rêves, quoi qu’il arrive. »

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NOUS-NE-SOMMES-PAS-DES-AMISHS !

Après le kama-sutra sécuritaire, notre président sort encore un bon mot issu de la culture mondialisée , les Amishs, ces communautés, d’origine germanique me semble-t-il, qui refusent certains conforts apportés par l’évolution technologique, au nom disent-ils de leurs croyances religieuses.

Entre nous, quitte à faire des bons mots, ceux qu’on retient, il pourrait s’inspirer d’un de ses prédécesseurs dont les « chienlit » et les « quarterons » ont alors marqué les esprits et continuent à être cités, alors qu’il n’est pas sûr que ces « Amishs» restent dans la petite histoire de la communication politique réussie. Ça, c’est pour la forme.

Regardons maintenant le fond. En parlant d’Amishs et de lampe à huile, notre Jupiter pense renvoyer les opposants à la 5G à la préhistoire troglodyte. C’est le même procédé qu’avaient déjà utilisé en leur temps, les nucléocrates pour stigmatiser les opposants au nucléaire qui « s’éclaireraient à la bougie ». Les perspectives qu’ouvrent l’innovation technologique en matière de production énergétique décarbonée et biosourcée sont en train de leur donner tort même si l’absence de décision forte en temps et en heure a ralenti l’émergence de ces solutions.

Et c’est là où Jupiter se trompe. En effet, ce n’est pas l’innovation technologique que ses « Amishs » refusent mais une mauvaise utilisation de celle-ci conduisant, soit à une inutilité sociale, soit à une nocivité supérieure aux avantages qui en découlent, soit les deux à la fois.

Du coup, cela vaut certainement la peine de se poser quelques questions concernant la 5G. Quel progrès en attend-on dans l’amélioration de notre quotidien ? Combien de personnes cela va-t-il concerner ? Et en contrepartie, quelles vont être les conséquences de ce développement sur la consommation de ressources naturelles, dont certaines sont rares ? Quelles vont être les conséquences en matière sanitaire ? Quelles conséquences en matière d’obsolescence accélérée de nos équipements quotidiens ? Quelles conséquences enfin sur le rétrécissement programmé de notre sphère d’intimité ? Il n’y a dans ces interrogations nulle référence à une parole divine ; au contraire, elles sont l’affirmation d’une responsabilité humaine TOTALEMENT assumée. Ouvrir le débat sur le développement de la 5G, c’est naturellement poser toutes ces questions sur la table et en faire l’évaluation.

Mais comme nous ne sommes pas opposé à l’innovation, par principe, c’est aussi l’occasion de mettre sur la table les éventuelles solutions alternatives susceptibles de rendre les mêmes services à la société, et à chacun de ces membres que ceux invoqués par les défenseurs de la 5G.

C’est aussi l’occasion de se poser un autre type de question : dans le foisonnement d’évolutions technologiques en perspective, il va falloir que la puissance publique fasse des choix pour dire ce qu’elle va financer et ce qu’elle ne pourra pas faute de moyens suffisants. Mieux se nourrir, mieux se soigner, mieux travailler, mieux communiquer, cela passe-t-il forcément par ce simple canal qui s’appelle la connexion universelle . Il y a tellement de réponses différentes à ces questions que nos décideurs n’auront que l’embarras du choix. Et puisque la mode est au repliement territorial, il est même des domaines où les chercheurs français sont à la pointe, ce qui n’est plus le cas en matière de réseaux connectés.

Nous ne sommes donc pas des Amishs, mais bien des progressistes pour autant que ce mot signifie que l’innovation technologique n’est réellement un progrès que si sa contribution au mieux-être général est positive.

Par contre, il y a une forme de croyance animiste dans la conviction que la superconnectivité apportera le bonheur. C’est une autre forme d’obscurantisme religieux dont les dieux s’appeleraient GAFAH.

Et puis, il est temps d’en finir avec cette forme d’arrogance qui fait considérer toute personne d’un avis différent comme inférieure. A ce propos, les opposants à la 5G sans débat préalable, ne sont ni « Amish » ni «illettrés ».

Et cette façon de clore le débat en laissant sous-entendre que c’est la seule solution rappelle fortement Mme Thatcher qui avec son TINA (There Is No Alternative) pensait mettre fin à tout débat l’embêtant. Jupiter serait-il, lui aussi, une TINA ? Ça serait drôle.

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En germe, se nourrir ou bien manger ?

Pendant le Grand Confinement, la principale préoccupation des confinés, à part sortir évidemment, était de se nourrir. Cela a mis en évidence deux points de tension majeurs qu’il faudra bien traiter. Le premier concerne notre approvisionnement et là on a constaté deux goulots d’étranglement. Pour certaines denrées de base, notre agriculture n’était plus en mesure de fournir des quantités suffisantes et comme nous dépendions des importations pour alimenter nos circuits de distribution, certains rayons restaient désespérément vides parfois pendant plusieurs jours. Pour d’autres part contre, il y avait pléthore mais c’est la main d’oeuvre qui allait manquer pour faire les récoltes au point qu’on a vu des chefs d’entreprises agricoles, paniqués à l’idée de tout perdre, proposer à des administratifs au chômage partiel de venir les aider, démontrant par là, à leur corps défendant, que leur métier n’avait rien de très technique, du moins à ce stade. Il est vrai que la main d’oeuvre en provenance des pays tiers, d’Europe de l’Est ou d’Afrique du Nord faisait défaut. C’est donc au nom du « toujours moins cher » qu’une partie de la filière agro-alimentaire s’est mise en danger. Or, nourrir le peuple est la première obligation de tout gouvernant car il n’y a pas plus terrible que les révolte « pour le pain » ; elles se sont souvent transformées en révolutions.

Certes, on en est pas là car, comme dit la FNSEA, « nous sommes là pour nourrir le monde » et dans l’ensemble, on n’est pas mort de faim en France. Il n’empêche, l’alerte a été chaude et donc le personnel politique s’est mobilisé https://www.ouest-france.frL’alimentation, secteur « stratégique » pour le Sénat De la part de la Chambre Haute, une telle réaction est somme toute normale puisque face à l’Assemblée Nationale, elle est plutôt la défense de la ruralité, mais de là à ériger l’agriculture au niveau des hautes technologies, il y avait quand même un grand pas à franchir. Aux grandes causes, les grands mots. Après tout, les masques en papier ont AUSSI été classés « stratégiques ».

Mais le grand confinement a révélé un autre phénomène inquiétant. De plus en plus de gens dépendent de l’aide alimentaire, sous toutes ses formes, depuis le repas à la cantine pour les enfants scolarisés jusqu’au Resto du Coeur en passant par les bons d’achat des CCAS. Et là aussi, ça a coincé. Plus d’école, plus de cantine, donc pour un grand nombre d’enfants, fini le repas équilibré au moins une fois par jour. D’un autre côté, plus de surplus alimentaire dans les grandes surfaces, donc moins de possibilité d’alimenter les banques alimentaires et à la fin des paniers de secours maigrelets.
Du coup est née une idée généreuse et finalement pas si utopique que cela https://www.novethic.fr/actualite/créer une sécurité sociale de l’alimentation alors qu’un français sur cinq souffre d’insécurité alimentaire . Certes, présentée comme cela, l’idée apparaît extrêmement technocratique et bureaucratique dans la grande lignée des mesures de collectivisation de la ressources, mais à y regarder de plus près, ça n’est pas plus compliqué que le fonctionnement actuel de la Sécurité Sociale ou du RSA.

Mais au-delà de l’approche quantitative de la question alimentaire, il y a eu aussi débat sur la qualité de ce qu’on mange. Et pour une fois, la Commission Européenne ne semble pas en reste en lançant sa campagne de la ferme à la fourchette https://www.actu-environnement.com/Stratégie « De la ferme à la fourchette » : la Commission européenne fixe le cap pour 2030Assurer la traçabilité de ce qu’on mange à tous les stades de la transformation et de la distribution, produire au plus près des lieux de consommation, voilà des objectifs qui rencontrent les attentes d’un nombre croissant de consommateurs, donc, ça devrait marcher. Mais les grands groupes qui ont bâti leurs empires sur le modèle dont on vient de voir les failles ne sont pas prêts de lâcher prise donc ça coince un peu par-ci par-là et ça triche aussi un peu, voire beaucoup de-ci, de-là.

Donc il convient de rester vigilant et l’article ci-après résume bien les points d’attention nécessaires https://resistanceinventerre.wordpress.comDes paroles aux actes : que mangera-t-on demain ?. Mais plus les consom’acteurs affirmeront fortement leurs souhaits et surtout leurs rejets, plus il y a de chance que ces barrières tomberont. Manger sain, voilà le maitre-mot ! Mais cela ne veut pas dire manger fade et on peut se faire plaisir sans pour autant se mettre à des régimes sans machin, sans truc et veg-chose. Le bon sens est souvent un bon guide en la matière, mais cela aura sûrement un prix car la qualité a forcément un coup et l’équilibre sera à trouver entre ces différents paramètres. Sans traiter toutes les questions que pose par exemple une nourriture carnée, cette interview croisée réalisée par de futurs paysans nous éclaire quand même sur bien des points http://www.eco-bretons.info/comment-manger-ethiquement-les-animaux/

Manifestement se nourrir et bien manger sera une des clés du monde de demain. Il serait grand temps que notre budget alimentation reprenne un peu d’importance dans nos dépenses globales. Se nourrir c’est vital alors que d’autres choses qui nous coûtent si cher ne le sont finalement pas tant que cela.

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En germe, économie sociale ET solidaire ou ….?L’innovation sociale , le nouvel Eldorado des start-uppers ?

Certains voient dans l’économie sociale et solidaire, la solution pour une sortie de crise par le haut.C’est faire beaucoup d’honneur à l’ESS de lui décerner ce brevet de panacée et il me paraît illusoire de croire que du jour aux lendemains (même si ceux-ci doivent « chanter ») les valeurs qu’elle porte puisse supplanter celles qui supportent le modèle économique actuel que par commodité j’appellerai « capitalisme mondialisé ».

Avant d’entamer un débat sur l’évolution possible de l’ESS, il est quand même bon de rappeler de quoi on parle. A cet égard, l’interview de cet universitaire peut se révéler utile à certains pour se remémorer les quelques bases fondamentales de ce secteur qui puise ses origines dans le mouvement social, politique et syndical, de la seconde moitié du XIX° siècle http://www.aqui.fr/economies/Que se cache t-il vraiment derrière le sigle ESS aujourd’hui ?
Il y rappelle notamment trois piliers fondamentaux qui font de l’ESS un projet politique à part entière :
1°la non-lucrativité, c’est à dire l’absence de rémunération du capital apporté. Ceci induit que ces entreprises ont la nécessité d’être rentable mais que le fruit de cette rentabilité, le profit, est intégralement conservé DANS l’entreprise
2°la gestion démocratique et participative c’est à dire l’application du principe « un homme=une voix » et la participation des intéressés aux décisions qui les concernent, ce qui influe sur le mode de gouvernance des entreprises de ce secteur
3°l’utilité sociale c’est à dire la contribution sociale et écologique au fonctionnement de la société en général. Cela induit que les entreprises de ce secteur aient défini la nature de leur impact social et environnemental et se soient dotées d’outils pour le mesurer.

L’innovation sociale , le nouvel Eldorado des start-uppers ?

Tout le monde cherche les pistes pour redémarrer l’économie sur de nouvelles bases. Le journal d’inspiration plutôt libérale, Les Echos en repèrent quelques unes en les cataloguant aussitôt de « l’ESS », https://www.lesechos.fr/Ils redémarrent l’économie autrement Le autrement ne porte que sur le créneau d’activité, la gestion, plutôt sociale, des déchets dans une optique de réduction des gaspillages. Il s’agit donc plus d’une branche de l’économie circulaire mais en aucun cas d’économie sociale et solidaire. En effet, ces entreprises sont des Sociétés par actions simplifiées très classiques, dirigées par leurs fondateurs et dont les bénéfices sont susceptibles d’être redistribués.

Mais ce genre de détail n’a jamais dérangé les économistes de l’école libérale pour qui, tout ce qui n’est pas l’économie capitaliste est forcément l’économie dirigée, ou à défaut l’ESS. Cela ne dérange pas plus le Haut Commissaire en charge de ce secteur qui, un an après, et faute de nouvelles propositions ressort, ou plutôt fait ressortir par un tiers, le miroir aux alouettes qu’il avait agité en janvier 2019 le « milliard d’Euros pour l’innovation sociale » https://www.carenews.com/21 propositions pour développer l’innovation sociale le24 juin 2020
Au détour, il définit ainsi cette fameuse innovation sociale comme le « processus visant à mettre en œuvre une réponse nouvelle par rapport à l’état du marché et à la satisfaction des besoins sociaux. L’innovation pourra résider autant dans la manière de répondre à ces besoins que dans le produit final ». La définition est un peu creuse et aurait aussi bien pu correspondre à la création du tourisme populaire façon Léo Lagrange (le ministre pas la fédération d’éducation populaire)en 1936 qu’à la création des réseaux sociaux façon Facebook ,75 ans plus tard. Dans sa façon d’envisager les choses, il y a un vice de raisonnement majeur puisqu’il ne considère la question du financement qu’à partir de critères purement financiers, avec notamment le retour sur investissement indispensable. Or, cela est incompatible avec le 1° pilier énonce plus haut, la non lucrativité et notamment cet aveu de taille :« Mais la réussite des trois autres, qui deviennent des licornes, compense les échecs. C’est cette part de risque dans l’innovation sociale qu’il faut arriver à financer. »L’innovation sociale, dans le champs de l’ESS ne peut pas être un objet de financement de fonds de placement ou alors sans espoir de plus-value, ce qui évidemment complique un peu les choses.

Du coup, il existe deux options, soit la joint-venture sociale, soit la philanthropie. En ce qui concerne les joint-ventures sociales, elles sont un peu les héritières de la pensée de Mohamed Yunus et à cet égard, je vous renvoie à la lecture de son best seller lecture de la rentrée « Vers un nouveau capitalisme » de Muhammad Yunus et pour illustrer ces aventures, on peut lire cet articlehttps://www.la-croix.com/Les joint-ventures sociales dynamisent l’insertion publié le 28juin 2020 mais ce schéma n’est pas totalement vertueux https://www.la-croix.com/Les joint-ventures sociales sont-elles une bonne idée ? publié le 29 juin 2020
Ainsi les alliances entre une association, même très grosse et un géant de l’agro-alimentaire comme Danone par exemple n’est peut-être pas totalement équilibré et qu’on le veuille ou non, quand le PDG d’une telle boîte « suggère » quelque chose, cela ressemble fort à un ordre péremptoire d’où ces deux critiques adressées à ce genre de montage
« Les alliances entre entreprises privées et économie sociale et solidaire sont plus intéressantes quand ce sont des entreprises locales qui s’impliquent pour améliorer le bien vivre sur un territoire, comme dans les pôles territoriaux de coopération économique (PTCE). »
« Les JVS dépolitisent les initiatives citoyennes que sont au départ les structures de l’économie sociale et solidaire. Elles ne s’intéressent qu’à la dimension économique, alors que l’ESS cherche aussi à infléchir les pratiques sociales. Avec la chute des aides publiques, la diversification des ressources est indispensable à l’ESS, mais il faut que l’économie solidaire reste maîtresse de son projet politique. »

Reste donc l’option de la philanthropie
Or miracle, deux parlementaires viennent de remettre un rapport sur ce sujet au gouvernement La philanthropie à la Française : Remise de mon rapport au Gouvernement qui aussitôt provoqua une levée de bouclier d’un collectif d’associations.http://www.associations-citoyennes.net/Philanthropie à la Française, un rapport néolibéral : inacceptable
Il y a du vrai des deux côtés, mais il n’est pas faux que même s’ils ne sont pas trop exigeants sur le retour attendu de leur apports financiers, on est toujours enclin à faire en sorte de ne pas froisser leurs susceptibilités. Et n’oublions pas cet aphorisme de Monsieur Lafargue, par ailleurs gendre de Karl Marx : « Voler en grand et restituer en petit, c’est la philanthropie ». Les fondations américaines les plus fameuses étaient le modèle à l’époque. Et aujourd’hui ?

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En germe, les exils intérieurs ?

Sur les ronds-points

Ils habitaient un trois pièces-cuisine au 5° étage d’un HLM en proche périphérie de la ville. Tous les matins, sauf le samedi-dimanche, le bus l’amenait, elle au centre-ville où un travail de bureau inintéressant au possible l’attendait, lui dans une zone d’activité, comme il en a surgi des dizaines autour de toutes les agglomérations. Comme il avait au moins deux changements à faire chaque matin, ils se sont décidés à acheter, d’occasion, une petite voiture. En plus c’était bien pratique, ça permettait le week-end d’aller faire les courses au centre commercial où les prix sont quand même moins chers qu’a la supérette en bas de la tour.
Puis un jour, il y en a eu marre de cette HLM et un vendeur un peu malin, leur a fourgué un rêve à 80 m² sur 250m² de terrain, en lisière de la forêt. Évidemment, cela coûte un bras et pour au moins 20 ans mais avec deux salaires et des perspectives de promotion, ça doit pouvoir le faire.


Sauf que, ça ne le fait pas, parce que la promotion n’est jamais venue, que l’emprunt se révèle plus coûteux que prévu et que même avec un rééchelonnement sur 10 ans de plus, c’est pas demain la veille qu’ils partiront en vacance dans un club au bord de la Méditerranée. Sans compter qu’avec la chambre de plus, il y a maintenant un enfant de plus. Un môme, ça va, deux c’est plus compliqué car ils n’ont jamais les mêmes horaires. Il a fallu se résoudre à acheter une deuxième voiture, une toute petite celle-là, pour madame. Il fallait bien, Le bus ne passe pas dans ce lotissement à 1 kilomètre de ce qui fut un joli petit village de campagne et qui n’est plus que le point de croisement des routes qui mènent à d’autres lotissements où d’autres couples vivent la même vie. Et puis comble de tout, la population de la commune a triplé en 20 ans mais tous les commerces ont fermé. Il ne reste plus que le café-tabac-loto sur la place. Pour les courses, il faut aller au centre commercial, c’est à 15 bornes. Heureusement c’est moins loin que le bureau de madame où l’atelier de monsieur mais ça fait quand même une trotte. Notez, le week-end, ça fait une sortie pour les enfants, enfin pour la plus jeune car l’aine, ça fait longtemps que ça ne l’intéresse plus, les copains c’est sacré ! Pas de cinéma à moins de 15 bornes, les programmes télé de plus en plus nuls. Quant à la forêt, parlons-en. Avec les nouveaux lotissements, la « forêt » n’est plus qu’un bosquet et de toute façon pour ce qu’il y avait à y faire, c’est pas une grosse perte.

Bref on s’ennuie, mais qu’y peut-on ? Il y a les traites à payer et personne ne voudra jamais racheter ce pavillon. Alors, on vit cela comme un exil intérieur, l’impression de s’être fait piéger. Saleté de système. Aux prochaines élections, ils vont leur faire comprendre que ce système, il faut le faire sauter.

Et puis voilà ! Brutalement pour sauver la planète comme ils disent, ils viennent de décider d’augmenter les taxes sur le gas-oil. Pas de chance ! Les deux bagnoles sont des diesels car à l’usage « ça coûte moins cher ». Dites ! 3 centimes par litre, 6 litres au cent, 200 bornes par semaine et par voiture, ça en fait des sous tous les mois. Ras le bol !

Et c’est comme ça qu’on se retrouve un samedi de novembre à faire le pied de grue sur un rond-point !

Ah ! S’ils étaient restés en ville !

C…. comme confinés

Ils habitent un 3 pièces dans un immeuble ancien dans une rue commerçante du centre-ville. Certes, c’est un peu cher, c’est même très cher pour les 45 m² qu’ils doivent partager à 3, bientôt 4 espèrent-ils. Heureusement qu’ils gagnent à peu près correctement leur vie, elle comme agent commercial d’une compagnie d’assurance, lui comme chargé de clientèle d’une grande banque française. Certes, le soir, surtout le week-end, c’est un peu bruyant mais après tout, il faut bien que les jeunes (c’était eux il y a 10 ans) s’amusent. Et puis, il y a tout dans la rue, même le magasin bio, et si on fait les comptes, c’est pas tellement plus cher que d’aller au centre commercial en périphérie avec l’essence à payer, le temps perdu, etc..Ici, on fait ses courses à pied. D’ailleurs, c’est aussi à pied qu’on va au bureau quand il fait beau. Autrement, il y a le bus en bas de l’immeuble et en moins de 10 minutes on est au bureau. Il n’y avait donc aucune raison de céder aux sirènes des marchands de pavillons qui voulaient les envoyer à 15 kilomètres de là dans un pavillon, semblables à son voisin, avec tous les problèmes que cela engendre. D’ailleurs, ils ne les comprennent pas ces gilets jaunes qui ont bloqué les ronds-points pendants des semaines !

Et puis voilà ! Il y a eu l’été dernier, où il a fait si chaud. Certes, on avait pu envoyé la petite chez sa mamie, dans la Creuse et c’est tant mieux pour elle car ici c’est invivable. Toutes les nuits, la fenêtre ouverte, on ne respire pas. Et puis le week-end, tous ces jeunes qui s’emm..nuient et restent à beugler jusqu’à point d’heure, c’est pas une vie. Même aller à pied au bureau est devenu un calvaire mais c’est quand même moins dur que le bus où, vous entrez pimpant et ressortez trempé au bout de 5 minutes tellement il y fait étouffant. Ça a fini par passer mais comme ils nous promettent ça tous les étés, ça va devenir invivable en ville à partir de mi-juin.

Et puis voilà ! C’est pas vrai ! Ils ont osé ! A cause de cette saleté de virus, on n’avait plus le droit de sortir de chez soi, sauf pour acheter le pain, les conserves et même pour certains le papier-toilette (??). Cela n’aurait duré qu’une semaine, on aurait supporté mais au bout d’un mois, ça commençait à faire long, d’autant que la petite était, elle aussi confinée, et au bout d’une semaine, on avait à peu près épuisé tous les charmes des jeux, de la télé, des vidéos. Et quand elle s’ennuie, elle râle, c’est normal, à son âge. Évidemment, ça ne plaisait pas trop au chef quand au milieu d’un visioconférence, elle interrompait un exposé sur les taux de risque ou la relance client par téléphone pour réclamer « Papa, j’ai faim ! », « maman, je comprends rien à l’exercice de calcul ! ». Franchement, le télétravail, c’est pas une trouvaille. Ah ! Oui, les premiers jours, c’était génial : bosser en restant à la maison. Mais au bout de quinze jours, se battre avec l’ordinateur (internet c’est pas terrible quand tout le monde se branche en même temps), se battre pour l’ordinateur (un seul pour deux), se battre avec l’imprimante (quand c’est pas le papier, ce sont les cartouches), tous ces petits combats quotidiens venaient se greffer sur la charge de travail, d’autant que l’éloignement a rendu « le chef » tatillon, on l’avait jamais senti aussi présent depuis qu’il n’était pas là. Il faut dire que, confiné lui aussi, il ne perdait plus de temps en réunions qui lui bouffaient tout son temps.

Et c’est pas fini paraît-il. Des pandémies, comme les canicules, on en verra encore et de plus en plus souvent. Du coup, ils se sentent piégés, un peu en exil intérieur dans leur centre-ville.

C’est sûr qu’aux prochaines élections, ils vont leur faire comprendre qu’il faut sauver la planète car c’est leur vie qui est en jeu.

Ah ! Si seulement ils pouvaient partir vivre à la campagne….mais pas trop loin quand même.

Des cas comme ceux-là, on peut en trouver d’autres, beaucoup plus dramatiques dans les campagnes agricoles, beaucoup plus feutrés chez les retraités un peu aisés mais pas trop et d’autres encore. Ce sont autant d’ilots d’exils intérieurs qu’il va bien falloir désenclaver si on ne veut pas que ce pays ressemble définitivement à un archipel où chacun navigue sur son Radeau de la Méduse. Cela passe vraisemblablement par une réflexion de fond sur la résolution des contradictions qui enferment ces « naufragés d’un nouveau monde » dans leurs exils intérieurs. Cela s’appelle faire de la politique au sens le plus noble du terme mais j’ai l’impression que beaucoup on perdu le savoir-faire nécessaire.

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En germe, économie sociale ET solidaire ou ….? Les entreprises à mission, illusion ou évolution?

Certains voient dans l’économie sociale et solidaire, la solution pour une sortie de crise par le haut.C’est faire beaucoup d’honneur à l’ESS de lui décerner ce brevet de panacée et il me paraît illusoire de croire que du jour aux lendemains (même si ceux-ci doivent « chanter ») les valeurs qu’elle porte puisse supplanter celles qui supportent le modèle économique actuel que par commodité j’appellerai « capitalisme mondialisé ».

Avant d’entamer un débat sur l’évolution possible de l’ESS, il est quand même bon de rappeler de quoi on parle. A cet égard, l’interview de cet universitaire peut se révéler utile à certains pour se remémorer les quelques bases fondamentales de ce secteur qui puise ses origines dans le mouvement social, politique et syndical, de la seconde moitié du XIX° siècle http://www.aqui.fr/economies/Que se cache t-il vraiment derrière le sigle ESS aujourd’hui ?
Il y rappelle notamment trois piliers fondamentaux qui font de l’ESS un projet politique à part entière :
1°la non-lucrativité, c’est à dire l’absence de rémunération du capital apporté. Ceci induit que ces entreprises ont la nécessité d’être rentable mais que le fruit de cette rentabilité, le profit, est intégralement conservé DANS l’entreprise
2°la gestion démocratique et participative c’est à dire l’application du principe « un homme=une voix » et la participation des intéressés aux décisions qui les concernent, ce qui influe sur le mode de gouvernance des entreprises de ce secteur
3°l’utilité sociale c’est à dire la contribution sociale et écologique au fonctionnement de la société en général. Cela induit que les entreprises de ce secteur aient défini la nature de leur impact social et environnemental et se soient dotées d’outils pour le mesurer.

Les entreprises à mission : illusion ou évolution ?

En début d’année 2018, les débats autour de la loi Pacte avaient porté notamment sur cette modification possible de l’objet social des sociétés commerciales pour en faire des « entreprises à mission » et déjà, j’y voyais une menace pour l’intégrité de l’ESS
Hold up sur l’ESS acte 1 : un grand plan, une grande loi?
Hold-up sur l’ESS acte 2 : un débat sur la nouvelle économie et les nouvelles entreprises
Hold-up sur l’ESS acte 3 la querelle des Anciens et des Modernes au sein du CAC 40
Hod-up sur l’ESS chapitre 4 l’ESS se rebiffe
Hod-up sur l’ESS conclusion en forme d’élargissement du débat
Je n’étais d’ailleurs pas le seul puisque les caciques de l’ESS percevaient cette « innovation juridique » comme une forme de concurrence déloyale : https://www.la-croix.com/L’économie sociale et solidaire redoute l’arrivée d’une nouvelle concurrence publié le 04/03/2918
Comme la loi PACTE a finalement été votée, d’autres ont remis l’ouvrage sur le métier pour dire tout le mal qu’ils en pensaient ,https://www.lemonde.fr/Loi Pacte : le projet de société à mission est « une fausse bonne idée » publié le 15 mars 2019

Mais cela n’a pas suffi à décourager les quelques téméraires qui au sein du grand patronat avaient prôner cette (petite) mutation. L’un d’entre eux au moins est passé à l’acte puisque la proposition a été faite en assemblée générale en juin 2020 et acceptée à l’unanimité, https://www.franceculture.frDe la pertinence d’être une « entreprise à mission » par temps de Covid

On peut croire en la sincérité des messages twitté par le PDG de cette entreprise mais encore une fois, seuls les faits comptent. Or en l’occurrence, la question de la gouvernance de cette nouvelle « mission » semble un bon indicateur de la volonté réelle de faire bouger les lignes. Or, dans cet article, n’est-il pas dit « Le groupe n’a pas souhaité solliciter, pour ce comité, des parties prenantes ». Exclure les parties prenantes de l’évaluation des pratiques de ce groupe industriel n’est donc pas un bon signe. Alors ? Erreur de jeunesse et réflexe d’un autre temps ? Ou bien aveu de duplicité ? On verra bien à l’usage.

Mais en attendant, il est d’autres initiatives qui semblent plus intéressantes à suivre. Ainsi, prenons le cas de Railcoop, https://www.usinenouvelle.com/Qui est Railcoop, la coopérative qui veut rétablir un train direct entre Bordeaux et Lyon pour 2022 ?
Il s’agit bien de rétablir un service public laissé de côté par les entreprises d’Etat donc son utilité sociale est indéniable, qui plus est dans un secteur, le transport, où l’efficacité énergétique est une vertu majeure et en la matière le fret ferroviaire fait office de parangon. Le statut de société coopérative d’intérêt collectif qui a été retenu présente la particularité, parmi les différents statuts de coopératives d’obliger les promoteurs du projet à associer les différentes parties prenantes à la gouvernance de la société, via des collèges différents. Cette SCIC est donc a priori un bon exemple, pourvu que sa viabilité économique soit garantie et ce n’est pas le moindre paramètre d’appréciation puisque quand on parle d’ESS, on parle AUSSI d’efficacité économique.

Du coup, je me demande si ça valait le coup de faire cette modification juridique via la loi PACTE. Le Statut de SCIC, ou même son succédané d’ESUS aurait dû suffire. D’où, doute sur les intentions du législateur ?

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En germe, économie sociale ET solidaire ou ….? l’impact social, nouveau Graal?

Certains voient dans l’économie sociale et solidaire, la solution pour une sortie de crise par le haut.C’est faire beaucoup d’honneur à l’ESS de lui décerner ce brevet de panacée et il me paraît illusoire de croire que du jour aux lendemains (même si ceux-ci doivent « chanter ») les valeurs qu’elle porte puisse supplanter celles qui supportent le modèle économique actuel que par commodité j’appellerai « capitalisme mondialisé ».

Avant d’entamer un débat sur l’évolution possible de l’ESS, il est quand même bon de rappeler de quoi on parle. A cet égard, l’interview de cet universitaire peut se révéler utile à certains pour se remémorer les quelques bases fondamentales de ce secteur qui puise ses origines dans le mouvement social, politique et syndical, de la seconde moitié du XIX° siècle http://www.aqui.fr/economies/Que se cache t-il vraiment derrière le sigle ESS aujourd’hui ?
Il y rappelle notamment trois piliers fondamentaux qui font de l’ESS un projet politique à part entière :
1°la non-lucrativité, c’est à dire l’absence de rémunération du capital apporté. Ceci induit que ces entreprises ont la nécessité d’être rentable mais que le fruit de cette rentabilité, le profit, est intégralement conservé DANS l’entreprise
2°la gestion démocratique et participative c’est à dire l’application du principe « un homme=une voix » et la participation des intéressés aux décisions qui les concernent, ce qui influe sur le mode de gouvernance des entreprises de ce secteur
3°l’utilité sociale c’est à dire la contribution sociale et écologique au fonctionnement de la société en général. Cela induit que les entreprises de ce secteur aient défini la nature de leur impact social et environnemental et se soient dotées d’outils pour le mesurer.

L’impact social, le nouveau Graal ?

C’est d’ailleurs à propos de ce dernier point que le journal La Croix publiait le 6 mars 2020, c’est à dire 10 jours avant le Grand Confinement, cet article relatant une initiative du syndical patronal de l’ESS, l’UDES https://www.la-croix.com/Mesurer l’impact social, un outil pour l’économie de demain
Excellente initiative de proposer aux entreprises de l’ESS un indicateur leur permettant d’évaluer leur performance en fonction de leur objet social et à partir d’indicateurs qui leur correspondent. En quelque sorte, ce serait, si l’initiative fait florès, une manière vertueuse d’élaborer leur « rapport RSE »,exemple dont pourraient s’inspirer les grandes entreprises qui ont également cette obligation de rapport annuel sur leurs efforts RSE, depuis le Grenelle de l’Environnement et qui y répondent souvent fort mal par manque d’expérience ou par mauvaise volonté.

L’impact social des entreprises semble être la nouvelle lubie médiatique des entreprises et des gouvernants. Cela remonte aux débuts de la précédente décennie avec la création du Mouvement des Entrepreneurs Sociaux dont l’influence fut sûrement grande dans la rédaction de la loi sur l’ESS de 2014, dit loi Hamon, quand fut créé le statut d’entreprise solidaire d’utilité sociale (ESUS) dont j’ai déjà dit tout le mal que j’en pensais Doux ESUS , ils ne parlent que de gros sous ! : le financement de l’ESS (suite et pas fin) Les conditions de renouvellement de cet agrément sont tellement floues qu’elles en disent long sur l’incapacité de l’administration à comprendre comment se mesure l’impact de ces entreprises sur la société, notamment en terme de solidarité active. Cela n’empêche pas les dirigeants d’aujourd’hui de vouloir embarquer tout ce beau monde sous une bannière au nom incongru « French Impact », qui fait écho à la bannière éclatante des start-up « French Tech ».

Les mots sans les faits pour les corroborer sont par essence, creux, ….sans impact.

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En germe, pourrait-on faire sans la Chine ?

C’était une question qui se posait déjà dans un article que j’ai utilisé dans un précédent billet et dont je m’étais servi pour poser naïvement l’autre questionpourra-t-on faire sans les Etats-Unis ?

Bien entendu, dans les deux cas la réponse est non. Par contre, commence à se poser la question de « comment faire avec » et des inquiétudes commencent à poindre ici et là, notamment sur la capacité de la République Populaire de Chine à infiltrer les autres économies via ses investissements directs. Et en la matière, les Etats-Unis envisagent avec beaucoup de sérieux de reconfiner leur économie. Du coup, la Chine ne souhaite pas être en reste et envisage à son tour de reconquérir une forme d’autonomie par rapport aux marchés mondiaux pour se reconcentrer sur son marché national et les marchés régionaux. C’est du moins le sens de cet article https://www.lemonde.fr/Pour Pékin, le découplage économique a déjà commencé

En la matière, l’Union Européenne n’entend pas être en reste et prépare également des mesures conservatoires afin de colmater la trop grande porosité de son économie aux investissements chinois, notamment dans les domaines considérés comme stratégiquement sensibles https://www.lemonde.fr/L’Europe face à la Chine, le lent déniaisement

On en est là pour l’instant mais compte tenu de ce recentrage progressif de l’économie chinoise et sa volonté d’investir plus sur des modèles économiques régionaux, la question qu’il faudrait peut-être aussi se poser, maintenant que la Chine atteint des niveaux d’excellence dans certaines technologies de pointe et compte tenu de l’immensité de son territoire et des ressources naturelles qu’il contient est : « La Chine pourrait-elle faire sans nous ? »

Un découplage complet de l’économie chinoise pour paraphraser le titre de l’article du Monde serait sûrement aussi préjudiciable aux économies européennes et américaines qu’à l’économie chinoise. Et il semblerait que la Chine envisage cette nouvelle option sans angoisse particulière d’autant que grâce à sa diplomatie d’influence, elle s’est garanti de sérieux relais ailleurs dans le monde. Heureusement d’ailleurs car son talon d’Achille reste quand même son agriculture et son incapacité à nourrir les 1.200 millions de Chinois faute de terres arables suffisantes ; de ce point de vue avoir des points d’appui en Afrique n’est pas forcément une mauvaise chose, bien au contraire.

Entretemps, par petites touches, la République Populaire de Chine affirme ses ambitions impériales. Ainsi en imposant des règles léonines aux entreprises aériennes étrangèreshttps://www.lemonde.fr/La Chine veut imposer un bonus-malus sanitaire aux compagnies aérienneselle ne fait que reprendre à son compte les recettes qui ont pendant des decennies assis l’imperium américain.

Mais de manière plus subtile, elle contribue aussi à la réécriture de l’Histoire mondiale. Tenez, prenez cette mini-série historique diffusée sur Arte, chaîne de télévision germano-française
https://www.arte.tv/fr/videos/086936-001-A/comment-le-metal-blanc-a-faconne-le-monde-1-3/
https://www.arte.tv/fr/videos/086936-002-A/comment-le-metal-blanc-a-faconne-le-monde-2-3/
https://www.arte.tv/fr/videos/086936-003-A/comment-le-metal-blanc-a-faconne-le-monde-3-3/

A priori il n’est question que du rôle joué par l’argent métal dans la lente dégringolade de l’Empire du Milieu, mais en fait tout au long de ces trois épisodes, on rappelle que au XVI°, le leader mondial s’appelait la Chine.

C’est d’ailleurs exprimé de façon très explicite dans la présentation de la série sur le site d’Arte : « Comment, dès le XVIe siècle, l’argent a été le pivot d’une mondialisation économique dominée par la Chine. Une saga historique très complète qui embrasse quatre siècles et trois continents.
En 1571, la Chine des Ming décide de rationaliser la levée de l’impôt et impose à ses sujets un paiement en argent, déjà utilisé comme monnaie. Dix ans plus tard, à Potosí (actuelle Bolivie), dans l’Empire espagnol, on découvre d’immenses mines du précieux métal. En échange de denrées de luxe dont elle a le monopole, la Chine va en importer une partie. Manille, dans la colonie espagnole des Philippines, devient la plaque tournante de ce commerce d’emblée très lucratif et la population chinoise y afflue, non sans fortes tensions entre communautés. Mais trop dépendante de ses importations, ralenties par les aléas de la navigation et la faiblesse de sa production domestique, la dynastie Ming chute en 1644. Fondée par les guerriers mandchous du Nord, la nouvelle lignée des Qing continue de placer le commerce au premier plan, aidée par le succès mondial du thé, que la Chine est la seule à cultiver. Prisé notamment en Grande-Bretagne et en Russie, il garantit l’argent dont le royaume a besoin. Contrôlant strictement les marchands étrangers “barbares”, l’Empire du Milieu domine les échanges de son économie en plein essor.
Empires
Fourmillant de détails, de personnages, d’anecdotes et de documents, contée par des spécialistes passionnants, historiens en majorité, cette fresque déconstruit avec brio l’ethnocentrisme occidental pour retracer l’histoire économique du point de vue de l’Empire du Milieu, dont elle explicite au passage le nom. Filmée sur trois continents (Asie, Europe, Amérique), elle embrasse plus de quatre siècles pour montrer que l’argent a déterminé le destin de plusieurs empires et, surtout, constitué le pivot de la première mondialisation. »

Vous avez bien lu « pivot de la première mondialisation ». C’est à la façon dont se réécrit l’Histoire, qu’elle soit vraie ou fausse d’ailleurs, qu’on mesure qui est en train de gagner la guerre.

Par curiosité, j’ai été voir qui avait produit ces documentaires. Il faut avoir un œil exercé pour lire que c’est une boite inconnue « management production matchlight » pour le compte de EI China et EI Asia

Pour EI Asia, j’ai trouvé ce lien-ci qui renvoie à une société basée à Hong-Kong https://wap.ei-asia.ltd/eiasia.php . Quant à EI China, je n’ai trouvé qu’un compte twitter https://twitter.com/entirl_china qui me renvoie à une agence irlandaise de développement des entreprises irlandaise en Chine. Le soft power prend parfois des chemins surprenants.

Certes la Chine pourrait faire sans nous, mais bientôt nous ne pourrons plus faire sans la Chine, à notre corps défendant. A suivre donc.

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En germe, en finir avec le mythe des investissements directs de l’étranger et à l’étranger ?

Les différentes agences qui ont été créées pour vanter les mérites de la France auprès d’investisseurs étrangers dans le but d’inciter ceux-ci à s’installer en France afin d’y créer des emplois ont toujours considéré que le volume de ces investissements était un bon indicateur de l’excellence française. De même s’agissant des investissements des entreprises d’origine française dans les pays étrangers , ceux-ci étaient considérés comme un bon indicateur de leur capacité à « conquérir le monde ».

Juste avant le Grand confinement, la presse s’en fait encore l’écho soit pour s’en glorifier

https://www.lesechos.fr/Investissements étrangers : 2019, l’année du couronnement de la France en Europe

soit pour s’inquiéter de la capacité du gouvernement français à maintenir les conditions favorables à ce leadership (l’anglicisme est une seconde langue nécessaire dans ce milieu), c’est à dire une grande flexibilité et une certaine docilité aux diktats d’une économie qui ne se voyait encore que mondiale, https://www.letelegramme.fr/Investissements étrangers : la France va-t-elle rester attractive ?

Depuis le brutal gel de l’économie mondiale est arrivé mettant cruellement en évidence les failles de ce système . En ce qui concerne les investisseurs étrangers en France, j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur ce sujet, à propos notamment des pénuries d’équipements de protection de base dans un pays qui fut, à une époque, exportateur

#lejourdaprès : conserver sa capacité de réaction

#lejourdaprès : forgeron maître chez soi ou le loup dans la bergerie

Il est donc nul besoin d’y revenir plus avant pour le moment. Par contre en ce qui concerne les investissements de « nos » entreprises à l’étranger(je mets l’adjectif possessif entre guillemets car cela fait longtemps que ces entreprises dites françaises ne le sont plus compte tenu des propriétaires de leur capital social),je n’ai pas encore eu l’occasion de m’exprimer. Mais on peut penser que les polémiques qui ont essaimé autour des aides du gouvernement français aux entreprises automobiles ont un peu contribué à déciller les yeux de beaucoup sur le « patriotisme » de ces boîtes et sur la qualité de leur « made in France ». Un milliard investi ailleurs dans le monde, c’est un milliard de moins investi en France. C’est peut-être bien pour l’équilibre des comptes de l’entreprise en question et tant mieux pour leurs actionnaires ; par contre pour l’emploi en France, c’est une autre histoire. Hors, sauf erreur de ma part, l’intervention économique de l’Etat français vise quand même à développer l’activité en France et non à enrichir les propriétaires d’entreprises basées en France quelle que soit leur origine géographique.

A cet égard et pour reboucler la boucle sur ces IDE investissement DE l’étranger ou À l’étranger, il est quand même paradoxal d’entendre les publicités d’un constructeur automobile japonais vantant les mérites de ses véhicules électriques, les seuls « totalement made in France ». Comme quoi, l’investissement étranger en France a parfois du bon.

Il convient donc de mieux trier le bon grain de l’ivraie et quand un producteur d’énergie d’origine renouvelable fait cette annonce, on ne peut que s’en féliciter https://energiesdelamer.eu/Iberdrola prévoit d’investir entre 3 et 4 milliards € en France, d’une part parce que c’est plutôt vertueux du point de vue écologique (vaut mieux ça que d’investir dans des centrales à charbon comme le fait le patron du journal Le Monde) et d’autre part, parce que surtout, cela va créer des emplois non délocalisables en France.

Là aussi, comme dans beaucoup de choses en germe, le meilleur côtoie le pire. L’IDE n’est donc pas la panacée, ce n’est pas non plus une invention démoniaque. Il va falloir par contre, sérieusement modifier les grilles d’analyse mais aussi les conditions d’autorisation de ces opérations. A suivre donc.

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En germe, changer le business plan des entreprises ?

Dans le monde des affaires, quand on dit Forum de Davos, c’est comme si on avait dit « Ainsi parla Zarathoustra » tant ses oracles sont écoutés. C’est pourquoi, quand on lit ceci, https://www.novethic.fr/après le covid-19, le forum économique mondial appelle à repartir de zéro, on est en droit de se poser quelques questions. Est-ce bien « du passé, faisons table rase » qu’il faut comprendre ? Il ne manquerait plus que «c’est la lutte finale, groupons-nous et demain » etc… et le poing levé. Mais quelle mouche les a donc piqué, tous ces dirigeants économiques, de nous parler d’avenir de la planète à cause d’une pandémie comme il y en a déjà eu par le passé ?

En fait, ils viennent de se rendre compte que l’économie mondialisée telle qu’ils l’ont pensée, à Davos déjà, dans les années 80 venait de buguer et qu’il fallait redémarrer l’ordinateur. Il ne s’agit donc pas de casser le système mais de lui permettre de recommencer à fonctionner quitte à modifier quelques lignes du logiciel. Et puis, ce n’est pas la première fois que, sentant d’où vient le vent, le FEM aura lancé des idées généreuses, sur le partage des richesses, sur l’entreprise inclusive sans que pour autant les choses n’aient fondamentalement changé. Mais peut-être suis-je trop impatient.

Toujours est-il que la question est sur la table et certains l’ont déjà prise à bras le corps ce qui est plutôt bon signe.

C’est d’abord la ministre française de l’écologie qui monte au créneau https://www.novethic.fr/relance verte : élisabeth borne met les grandes entreprises au défi de montrer l’exempleMais elle est là dans son rôle et elle ne l’aurait pas fait qu’on le lui aurait reproché. Toutefois, ce n’est pas lui faire injure de dire que son interpellation aurait eu plus de force si elle avait eu le charisme de son anté-prédécesseur.

Manifestement ce message trouve un écho auprès de certains chefs d’entreprises. Ces deux témoignages semblent le confirmer
https://www.la-croix.com/Élisabeth Ayrault : « Les entreprises doivent investir dans la transition écologique »
https://www.la-croix.com/Emmanuel Faber : « Il faut prendre cette crise comme un avertissement »
Mais j’y mettrai toutefois quelques petits bémols. En ce qui concerne la première, ayant fait une grande partie de sa carrière dans la gestion des déchets puis dans la production d’électricité d’origine hydraulique, il est en quelque sort normal qu’elle tienne ce discours ; elle prêche en fait pour sa paroisse. Quant au second, il est dans la lignée de la famille Riboud qui présida pendant un demi-siècle aux destinées de ce mastodonte de l’agro-alimentaire et dont les prises de position en faveur du développement durable puis de la RSE avaient toujours eu quelques longueurs d’avance sur le reste de la caste. Il n’empêche qu’ils sont en quelque sorte les porte-parole d’un courant qui semble prendre de l’ampleur au sein du grand patronat.

Toutefois, il n’y a pas que les entreprises du CAC 40 pour faire tourner l’économie et les ETI, PME et TPE sont aussi concernées par le nécessaire changement de leur logiciel de gestion, sauf que celles-ci n’ont peut-être pas les 6 milliards évoqués par le patron de Danone pour mener à bien leur mutation. C’est pourquoi le petit coup de pouce gouvernemental peut être apprécié de ceux qui à la tête de petites entreprises veulent, eux aussi, faire évoluer leur boite dans le bon sens, https://www.actu-environnement.com/Un plan pour accélérer la conversion écologique des TPE-PME

Pour autant, la partie est loin d’être gagnée de ce point de vue. En effet, au-delà des mots, il y a …des écrits et d’autres mots qui semblent contredire cette vision optimiste de l’avenir entrepreneurial. Et qui mieux que le think tank officiel des grandes entreprises pour exprimer au mieux leurs intentions réelles, https://www.institut-entreprise.fr/Les 1er jours d’avec : les entreprises veulent une nouvelle mondialisation En d’autres termes, il s’agit simplement de rebooter le logiciel « mondialisation ». Celui-ci était allé très loin dans l’arbitrage entre coûts et risques en faveur des coûts. Depuis, vu l’ampleur des risques pour l’entreprise, le balancier repart dans l’autre sens. Pour parler leur langage, « la répartition de la chaine de valeurs » passe par une réduction de la dépendance aux risquesd’approvisionnement et le rapatriement d’une partie de l’amont de l’entreprise, quitte à ce que cela coûte un peu plus cher , sous-entendu, « nos hommes de marketing arriveront bien à faire passer cette augmentation sur le dos des consommateurs finaux ».

De son côté, le MEDEF essaie bien de « verdir » son discours mais cela manque de souffle, https://www.ouest-france.fr/Les solutions vertes du Medef pour relancer l’économie
Instaurer des barrières douanières n’est peut-être pas une réponse à la hauteur et au-delà le discours tourne rapidement court pour revenir au vieilles antiennes sur la réduction des impôts. Une telle indigence de la pensée, après avoir lu les prises de position de deux chefs d’entreprises éminents, quelle désolation !

Mais ce n’est pas tout. Le patron du MEDEF, qu’on a connu plus moderne lorsqu’il jouait au chroniqueur télé matinal, enfonce définitivement le clou, en rechaussant les godillots lourdingues de son prédécesseur, https://www.lesechos.fr/Roux de Bézieux (Medef) : « Le gouvernement doit dire aux Français qu’il est temps de retourner travailler et consommer
Pour eux, un être humain, c’est fait pour travailler (plus) et consommer (beaucoup).
Pour eux, décidément, le business plan n’a pas fondamentalement changé.

Restent toutefois en germe, des promesses d’un autre modèle. A suivre donc.

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En germe , le temps est-il venu de la subsidiarité ?

Dans la France centralisée, on a vu émerger l’idée que tout ne pouvait peut-être pas être régenté de la même manière de Dunkerque à Hendaye et de Lauterbach à Plogoff. Le couple ministère/directions départementales a dû faire un peu de place, selon le cas à d’autres couples préfets/maires, recteurs/maires, etc…Cela bouscule un peu le schéma évolutif de la gouvernance à la française fondé sur le dyptique décentralisation/déconcentration.

Dans le même temps, on a vu dans des Etats fédéraux les pouvoirs locaux et le pouvoir fédéral s’affronter, parfois durement comme c’est le cas aux Etats-Unis ou au Brésil, parfois plus courtoisement mais tout aussi fortement comme en Allemagne.

Dans les deux cas, ce qui est en cause, c’est ce qu’on appelle le principe de subsidiarité. Celui-ci trouve une définition qui vaut ce qu’elle vaut dans Wikipedia qui est devenue, qu’on le veuille ou non, la référence des internautes qui ont oublié où ils avaient rangé leur encyclopedia universalis ou même leur dictionnaire Larousse/Robert : « Le principe de subsidiaritéest une maxime politique et sociale selon laquelle la responsabilitéd’une action publique, lorsqu’elle est nécessaire, revient à l’entité compétente la plus proche de ceux qui sont directement concernés par cette action. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_subsidiarité
La version anglaise de wikipedia donne à peu près la même définition : « Subsidiarityis a principle of social organization that holds that social and political issues should be dealt with at the most immediate (or local) level that is consistent with their resolution; » https://en.wikipedia.org/wiki/Subsidiarity

Mais c’est après que cela se gâte. En effet, la version française précise qu’il existe deux formes de subsidiarité
« La subsidiarité peut être :descendante : délégation ou attribution de pouvoirs vers un échelon plus petit, on parle alors de dévolution ou décentralisation. Concrètement, lors d’une subsidiarité descendante, c’est l’échelon supérieur qui décide qui doit connaître quelle question.
Elle peut être ascendante : attribution de pouvoirs vers une entité plus vaste, on parle alors de fédération ou, entre pays, de supranationalité. Concrètement, lors d’une subsidiarité ascendante, c’est l’échelon inférieur qui décide qui doit connaître quelle question. Alors que la version anglaise s’appuyant sur la meilleure référence linguistique disponible est bien plus restrictive :The Oxford English Dictionarydefines subsidiarity as « the principle that a central authority should have a subsidiary function, performing only those tasks which cannot be performed at a more local level »

Reconnaissons qu’il existe en la matière une exception française, du moins dans l’administration publique mais j’y reviendrai plus loin lorsque j’envisagerai l’extension de ce principe au-delà de la sphère publique.

Pour en rester à la gouvernance publique, il apparaît donc que la crise en cours a été un formidable révélateur de tensions existant dans l’application de ce principe qu’il soit montant ou descendant.

Quel que soit le modèle de référence, les réactions des autorités locales ont montré qu’elles avaient une meilleure appréciation de ce qu’il convenait de faire pour gérer au mieux l’équilibre entre sécurité sanitaire, bien-être social et activité économique (la question écologique étant mise entre parenthèse pour l’instant), soit en réclamant plus de souplesse dans l’application de règles générales trop rigides, soit plus de rigueur face à un laxisme inquiétant du niveau central.

D’ailleurs, c’est en s’appuyant sur ce dernier cas de figure qu’il est apparu que le bon sens ne suffisait peut-être pas toujours et que l’édiction de règles générales était indispensable pour permettre à chacun d’exprimer sa spécificité par rapport à cette généralité. On a vu ainsi apparaître deux mouvements, l’un qu’on pourrait qualifier de décentralisation différenciatrice et l’autre de fédératif normatif. En terme de gouvernance, ces évolutions peuvent s’avérer fécondes si elles permettent de clarifier un peu plus le champ de compétence de chaque niveau. Cela permettrait aussi de définir un principe de base qui voudrait qu’un pouvoir central doit être d’autant plus fort que les pouvoirs locaux sont plus autonomes et réciproquement.

C’est alors qu’apparaît ce que la vision française de la subsidiarité a d’incongru. Il ne peut y avoir de subsidiarité descendante. C’est du moins ce que nous apprenons à la lecture de philosophes anciens comme Aristote “la société décrite par Aristote se compose de groupes emboîtés les uns dans les autres, dont chacun accomplit des tâches spécifiques et pourvoit à ses besoins propres. La famille est capable de suffire aux besoins de la vie quotidienne, et le village à ceux d’une vie quotidienne élargie. Mais seule la cité, organe proprement politique, est capable d’atteindre l’autarcie, la pleine suffisance de tout, et c’est ainsi qu’elle se définit : par l’autosuffisance, synonyme de perfection” ou de théologiens, imprégnés de ces principes aristotéliciens comme Thomas d’Aquin : «  le pouvoir politique a mission de “corriger, s’il se trouve quelque chose en désordre; suppléer si quelque chose manque; parfaire si quelque chose de meilleur peut être fait” »

Au passage notons qu’il semblerait que ce soit sur ces principes que l’Union Européenne s’est construite mais il convient de constater que leurs mise en œuvre est parfois chaotique. Cela peut être utile à rappeler, notamment à celles et ceux qui, eurosceptiques viscéraux, en viennent à reprocher, maintenant une inaction face à la crise sanitaire, alors même que les Etats-Membres lui en avaient dénier la compétences. Vaste sujet de méditation, mais revenons à nos principes

D’autres plus proches de nous indiquent que l’application du principe de subsidiarité se résume à l’application de trois propositions concernant les personnes et les sociétés occupant un rang hiérarchique supérieur :
-respecter les attributions de chacun,
-aider (éventuellement),
-remplacer (exceptionnellement)”

Ces trois principes valent, quelle que soit l’organisation concernée, administration publique ou entreprise. En ce qui concerne la première cela impacte fortement la vision que nous devons avoir de ces deux leviers de modernisation de la vie publique qui scandent toutes les vagues de réformes administratives, la décentralisation et la déconcentration. En ce qui concerne la décentralisation, cela induit que la seule collectivité ayant une compétence générale doit être la commune, que compte tenu des enjeux et des moyens à mettre en œuvre ,elle se fait remplacer ou aider par des collectivités territoriales de plus grande envergure et qu’une fois ces délégations faites, elle ne s’ingère plus dans la gestion de ces délégations de compétences. En ce qui concerne la déconcentration administrative, cela implique que le niveau d’administration d’Etat pertinent est le plus proche du terrain, en l’occurrence l’arrondissement ou le département. Les niveaux supérieurs, Région, Inter-Région et a fortiori l’administration centrale ne sont là que pour aider, ce qui dans la pratique veut dire apporter une expertise technique, mais aussi des orientations stratégiques en aucun cas du pilotage. La dimension normative est l’aide principale que doit apporter l’échelon central. Il ne supplée l’administration de base que dans le cas où elle est manifestement défaillante ou lorsque les conditions sont telles que cet échelon territorial de base n’a pas les moyens de faire face à une situation exceptionnelle. Ce sont quelques principes simples dont on perçoit immédiatement qu’ils n’ont pas été respectés lors des plus récentes réformettes.

Mais ces principes doivent aussi s’appliquer à d’autres organisations humaines, les entreprises privées. L’application des principes d’application du principe général de subsidiarité serait une vraie novation dans ce monde qui ne connaît qu’une délégation de pouvoir hiérarchique descendante la plupart du temps. Et si on pousse la réflexion jusqu’au bout, cela peut mener à interpeller sur la capacité des entreprises à faire confiance à ceux qui la font fonctionner, à leur donner une large autonomie d’appréciation, en quelque sorte l’antichambre de la démocratie dans l’entreprise. Pouah ! Quelle horreur !

Après tout, c’est ce que disait déjà la CFDT lors de son congrès d’Issy-lès-Moulineaux en 1972. Ils appelaient ça « l ‘autogestion ». Concept à revisiter et à dépoussiérer à l’aune des nouvelles réflexions sur le rôle des parties prenantes, les nouvelles règles de gouvernance des entreprises et tous les travaux autour des indicateurs nouveaux de performance qui ont fleuri dans la mouvance de la RSE.

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En germe, la mutation des élites ?

La crise sanitaire en cours n’y sera peut-être pour pas grand-chose mais les conséquences économiques et sociales qui en découlent seront peut-être le révélateur d’une mutation en cours dans la formation de nos élites.

Cela fait déjà quelques temps que les grandes écoles, spécialité française invendable à l’exportation, se sont ouvertes aux tendances sociologiques lourdes en introduisant des cursus en dehors des sentiers battus, en direction de l’ESS pour les écoles de commerce, en direction de l’entrepreneuriat et les start-up pour les écoles d’ingénieurs. Ainsi une petite poignée pouvait dans chaque promotion cultiver sa singularité et casser pour ce qui la concerne le moule très formatant du cursus, classe préparatoire-concours-grandes écoles.

Mais il semblerait que ces temps-ci, la tendance soit plus lourde et que les inévitables mutations de nos systèmes de production de richesses et de leur consommation soient prises en compte dans la formation de ces « élites », https://www.novethic.fr/ESSEC, sciences po, polytechnique : les grandes écoles prennent le tournant de la transition

Mais justement, peut-être est-ce parce que ces mutations sont inévitables qu’il devenait vital pour ces écoles de s’adapter. En tout cas, c’est un signe que progressivement, ceux qui pensent l’avenir de ce système, ont compris qu’il fallait changer de modèle, un peu par conviction, beaucoup par intérêt, rendant ainsi inéluctable cette mutation.

Donc on va parler changement climatique, gestion soutenable des ressources, RSE, échange équitable peut-être dans ces écoles. On peut donc penser qu’une fois aux manettes, ces jeunes filles et ces jeunes gens auront à cœur de mettre en pratique ces enseignements. En tout état de cause, ils ne pourront plus dire comme leurs prédécesseurs : « nous ne savions pas. »

C’est effectivement une révolution copernicienne et en cela elle ressemble un peu à la façon dont les élites montantes de l’Ancien Régime ont pu accompagner les premiers mouvements de la Révolution Française, nourries qu’elles étaient des enseignements du Siècle des Lumières, des Encyclopédistes et des Physiocrates.

Tiens, à propos de ces mutations des élites, je voudrais vous présenter un cas intéressant. Voici un jeune homme à qui tout a réussi: fils de polytechnicien, ingénieur des eaux et forêts, et sénateur, il est lui-même diplômé d’HEC et de Sciences-Po, ancien élève de l’ENA (promotion René Char 1993-1995), école de laquelle il sortit, en deuxième place je crois, ce qui lui permit de rejoindre tout de suite la prestigieuse Inscepction Générale des Finances. Manifestement, il n’a pas grande appétence pour la haute administration puisqu’assez rapidement il se retrouve banquier Lazard, Crédit Agricole Société Générale. C’est un parcours finalement assez classique jusqu’à son arrivée à la direction générale de la Banque Mondiale. Depuis, il semble consacrer tout ce savoir-faire accumulé au cours d’un quart de siècle pour essayer de concilier performance financière et développement durable, https://www.lemonde.fr/Bertrand Badré ou la nouvelle vie d’un chantre de la finance durable

Certes, il a participé aux côtés de Jacques Chirac, à la mise en place de la taxe sur les transports aériens ce qui pourrait laisser présager une sensibilité environnementale, mais il a aussi contribué au lessivage des économies de nombreux épargnants en contribuant au « succès » de l’opération de recapitalisation d’Eurotunnel, mais ceci constitue le job habituel d’un directeur financier d’une grande banque ou de « sherpa présidentiel ».

Alors que penser de cette nouvelle entreprise ? Le choix du nom, « blue like a orange », est déjà un indice, on aime la poésie dans cette entreprise avec cette référence explicite à Paul Eluard. Après tout quand on est issue d’une promotion qui a choisi un poète résistant comme parrain, ce n’est qu’une demi-surprise.

Il y aurait donc de la poésie dans la « finance verte » . Pourquoi pas après tout ? Mais quand on y réfléchit bien, cette notion de « finance verte » est une sorte d’aporie. En effet, quel est le but de toute entreprise financière ? De faire en sorte que l’argent investi produise plus d’argent qu’il n’y en avait au départ. Quel est le but de tout initiative « soutenable » (traduction du « verte » des journalistes) ? De faire en sorte que cette initiative puisse se reproduire indéfiniment ce qui est impossible si « la finance » prélève régulièrement sa part, car à un moment, il y aura bien extinction de la ressource. Laissons aux philosophes le soin de traiter cette « difficulté logique insoluble » pour nous intéresser aux motivations d’une telle initiative. Remord de banquier ? Mise en pratique de la maxime attribuée à Clémenceau «Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs. » ? Illustration de cette autre maxime mise dans la bouche du prince de Lampedusa « Il faut que tout change pour que rien ne change. » ? En fin de compte, peu importe, seul l’intéressé pourrait y répondre mais l’essentiel n’est-il pas de voir arriver aux manettes des quinquagénaires pour qui ces questions de développement durable et de préservation de la planète ne sont plus des notions inconnues.

Et comme la génération d’après aura été nourrie à cela, tout est possible même une vraie mutation

Mais pour autant il ne faudrait pas croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes dans ce petit monde des grandes écoles. D’anciens schémas de pensée continuent à exister et ont la vie dure, à commencer par la culture de la méfiance qui s’est exprimée de cette façon qui a choqué les étudiants concernés https://www.francetvinfo.fr/Télésurveillance des examens : HEC enregistre les mouvements des yeux de ses étudiants

Il s’agit bien là d’un autre monde que celui que j’évoquai juste au-dessus. On peut le regretter mais il perdure et peut aussi un modèle pour certaines élites, hélas !

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En germe, la défiance ?

C’est fou le nombre de bêtises qui ont pu être proférées par les uns et par les autres sur les plateaux de télé, sur les ondes et dans les colonnes de la presse depuis que la rumeur d’une possible épidémie en Chine est apparu en fin d’année 2019. Et plus l’épidémie est devenue patente, plus il était évident que cette épidémie devenait mondiale et donc une pandémie, plus ce flots d’âneries s’est gonflé.

C’est fou le nombre d’experts qu’on a vu ainsi fleurir, s’exprimant à longueur de temps sur des sujets qui n’étaient pas forcément leur champs d’expertise. A cet égard, merci Mr Perret pour cette chanson Les confinis – YouTube
C’est sympa en outre d’avoir utilisé le même calembour que moi pour désigner ceux « qui osent tout et c’est même à ça qu’on les reconnait »1
LE JOURNAL DES CONFINIS N°1
Le journal des confinis n°2 un dictateur fou reste un fou dangereux.
Le journal des confinis n°3 : tous les risques à des fins personnelles

Cela pourrait être risible si une telle débauche de sottises n’avait des conséquences désastreuses pour la solidité des liens sociaux.

Depuis déjà longtemps, les gens ne font plus vraiment confiance aux hommes politiques, de moins en moins aux médias. Mais il restait un pilier, l’expertise scientifique.

Cette confiance en la valeur de la parole scientifique est même à la base de l’adhésion de plus en plus forte à l’idée qu’une crise climatique et au-delà une crise écologique majeure est face à nous.
Mais comment voulez-vous qu’on continue à y croire quand sur le même plateau ou sur un plateau voisin, deux experts sont capables avec le même aplomb de défendre deux thèses diamétralement opposées sans que personne ne soit en mesure de les départager.
Le plus triste dans cette histoire est que, de temps à autre, il y a de vrais experts, c’est à dire des personnes qui non seulement travaillent le sujet depuis des années mais encore ont exercé des responsabilités suffisamment importantes pour que les enseignements qu’ils ont retirés de leurs recherches aient pu être validées par la confrontation à des réalités différentes. Mais leur parole est noyée dans le flot d’inepties déversées par des Dr Diafoirus et de ce fait contaminée par la médiocrité ambiante.

A ce propos, d’expertise véritable, dans le monde des publications scientifiques médicales, il y a une bible, « The Lancet » qui est la publication de référence depuis des générations. Etre publié dans « The Lancet » pour certains est une forme de consécration et aucune autre publication scientifique, à ma connaissance, n’a une telle aura, ni une telle crédibilité.

C’est pourquoi lorsque le Monde, autre journal « de référence », publie une interview du rédacteur en chef du Lancet https://www.lemonde.fr/Richard Horton, patron du « Lancet » : « Le Covid-19 montre une faillite catastrophique des gouvernements occidentaux », on est tenté d’y prêter foi, surtout que la chronologie des mises en garde est clairement établie à partir de cet autre article https://www.fr24news.com/L’éditeur du Lancet dénonce le gouvernement pour avoir autorisé des milliers de morts inutiles de coronavirus, hormis peut-être cette petite boulette du tweet du 24 janvier enjoignant aux médias de ne pas lancer des discours trop alarmiste.

Hélas, les héros sont tombés de leur piédestal, la faute à la publication d’une étude qui, avec le recul, apparaît particulièrement scandaleuse et difficilement explicable, même dans un contexte de fébrilité extrême et de précipitation brouillonne https://www.francetvinfo.fr/Coronavirus : le « LancetGate » ou le naufrage de la science businessIl va être difficile à cette publication d’effacer cette tache sur la blancheur immaculée de son antique réputation. Il va être encore plus difficile de croire en la science, du moins en ceux qui parlent en son nom.

Cela va même devenir très compliqué quand les politiques, déconsidérés de longue date, vont vouloir se refaire une crédibilité en appuyant leurs décisions quotidiennes sur l’avis de Hauts Comités Scientifiques.

On en est là maintenant.

Il va être difficile de restaurer la confiance. Mais si on regarde du côté d’organisme comme le GIEC et leur méthode de travail, fondée sur le consensus, il y a peut-être en germe les raisons de ne pas désespérer au point de tomber soit dans le doute existentiel, soit dans le complotisme honteux.

1Référence à cette fameuse sentence du génial dialoguiste Audiard : « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. »

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En germe, quelle Europe ?

Sans qu’on y prenne réellement garde, l’urgence de la crise économique à venir est en train de provoquer une mutation majeure de la nature de l’Union Européenne .

Tout a commencé par un appel qui regroupait plusieurs centaines de personnes de tous les pays de l’Union. Un appel transnational, ce n’est pas une nouveauté ; par contre la qualité des premiers signataires l’était puisqu’on y trouvait pêle-mêle des parlementaires européens, des parlementaires nationaux,des elus locaux, des chercheurs, des syndicalistes, des responsables d’ONG, des militants de tous poils, des fondations et des think tank. Et que demandaient-ils ? 500 milliards pour le climat et pour l’emploi
https://www.ouest-france.fr/Appel européen : trois solutions pour le climat et l’emploi
https://www.ouest-france.fr/Europe. Un appel pour un budget de 500 milliards d’euros pour le Pacte vert
A l’aune du budget européen, cela n’est pas rien, plus de trois fois le budget annuel de l’Union. Cet « appel pour un pacte européen pour le climat et l’emploi » pousse donc à un changement d’échelle des finances de l’Union et quand on sait que la force de frappe budgétaire est une des principales manifestations de la puissance étatique, une telle démarche n’a rien d’anodin.

Banco ! A alors proposé le Président français, entraînant dans son sillage la Chancelière allemande sans laquelle rien n’est possible actuellement. Ils rajoutent même 250 milliards à l’enveloppe
https://www.actu-environnement.com/À saisir : plan de relance européen pour financer la transition écologique
https://www.sauvonsleurope.eu/Big bang budgétaire de la Commission: le premier budget de son histoire qui n’est pas une question de dépenses!
750 milliards ! Pour le coup c’est de l’inédit, non pas que les institutions européennes n’aient pas déjà par le passé injecté des sommes aussi colossales dans l’économie. Cela s’est déjà passé après la crise financière de 2008 quand la BCE de Mr Draghi vint au secours des banques en ouvrant largement les lignes de crédit. La nouveauté vient de ce que une partie des ressources viendront de nouvelles taxes communautaires et une autre partie d’emprunt contracté directement par l’Union et dont le remboursement sera mutualisé. L’autonomie de décision financière de l’Union s’en trouve renforcé. Et ça, c’est une véritable révolution. Comme le fait remarquer ce site, très europhile, c’est toujours quand il ya crise que l’Europe avance https://www.sauvonsleurope.eu/Quand l’Europe fait Date !

Mais si la tendance est au renforcement des mécanismes de mutualisation communautaire, sorte de fédéralisme qui ne dirait pas son nom, cela ne peut se faire avec les institutions telles qu’elles existent.

Parallèlement, un autre événement doit amener à approfondir cette question de la refonte institutionnelle. En effet, la Cour Constitutionnelle allemande s’est cru autorisée à remettre en cause les décisions de la Cour Européenne de Justice. Venant de la plus haute instance judiciaire du principal pays de l’Union, le coup était rude. Mais là aussi, la crise portait en elle sa solution car cela paraissait si improbable que la nécessité de clarifier les responsabilités afin d’éviter les mises en cause hors de propos est devenu une évidence. Toujours issue du même site europhile, voici l’analyse qui en est faite et les premières propositions qui en découlent https://www.sauvonsleurope.eu/Réponse du berger à la bergère : un pas de géant en perspective !Elles se fondent sur le principe de la légitimité démocratique qui ne s’obtient que par les urnes et le vote, comme le rappelle cette citation de Winston Churchill reprise dans cet article, la démocratie, au bout du bout de l’analyse, c’est quand même un citoyen, humble, qui glisse un bulletin dans une urne pour dire ce qu’il pense être la meilleure, ou la moins mauvaise, décision. Voilà donc ouvert un chantier qui porte en lui de bien beaux germes d’évolution vers une forme de souveraineté supranationale apaisée.
Il serait temps car si on regarde comment s’est passée la première étape de la mise en œuvre de ce beau projet « Next Generations EU », on se dit qu’il y a encore du chemin à parcourir https://www.lemonde.fr/Coronavirus : les dirigeants européens ouvrent les hostilités sur le plan de relance

Face à l’urgence, on ne peut pas dire que ce soit un élan unanime et enthousiaste !

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En germes, « Homme libre, toujours tu chériras la mer » ?

Ce beau vers de Baudelaire, que longtemps j’ai attribué à Victor Hugo, résume bien ce qui devrait être l’une de nos préoccupations majeures, la préservation du bon état des océans. En effet, quand ¾ de la surface de la Terre est concernée, ainsi que plus de 95% des réserves d’eau et la majeure partie de la faune sauvage, on ne peut s’en débarrasser d’un revers de main négligent au motif que nous vivons sur terre et non en mer. On a beaucoup parlé du 6° continent (7° ou 8° selon les sites consultés) composé essentiellement de plastique rejeté https://fr.wikipedia.org/wiki/Vortex_de_déchets_du_Pacifique_nord mais un peu moins de la détérioration apparemment inexorable des écosystèmes. Or celle-ci existe https://mediathequedelamer.com/thematique/une-biodiversite-marine-en-danger/12/

C’est sûrement pour cela qu’on a instauré une journée mondiale de l’océan, car en général lorsqu’il est devenu urgent d’agir mais qu’on ne veut rien faire, c’est ce qu’on fait, on crée une « journée mondiale de… ».

Mais cette année, les choses sont peut-être différentes. Le témoignage d’Isabelle Autissier, dont on connaît l’intimité avec les océans est à cet égard intéressant https://www.meretmarine.com/Isabelle Autissier : « Sans océans, nous ne serions pas là » car il ouvre des perspectives d’action. En cela, il rejoint d’autres constats scientifiques https://www.futura-sciences.com/On pourrait restaurer la vie marine d’ici 2050 . Mais s’il n’y avait que cela, nous pourrions vivre longtemps d’espoir, sans que rien ne se passe, si dans le même temps, on ne voyait pas éclore un peu partout des initiatives, en général portées par les plus jeunes générations, mais pas uniquement, soit pour réparer localement les dégâts les plus évidents (ramassage des déchets sur les côtes), soit agir plus en profondeur, si on peut dire, en améliorant nos connaissances ou en agissant à plus grande échelle.

A priori, cela n’a pas grand-chose à voir avec l’actuelle crise sanitaire. Toutefois, je ne peux m’empêcher de penser que le choc qu’elle a provoqué, notamment avec cet arrêt brutal de l’activité économique et de toute vie sociale, a déclenché chez beaucoup un réflexe psychologique nouveau, un prise de conscience, que rien de ce qui se passe sur cette planète n’est anodin, l’avènement en quelque sorte de l’effet papillon. Si cette prise de conscience se doublait d’une vigilance accrue, ce serait tout bénéfice et en fin de compte, cette crise aurait produit quelque chose de bien et de durable.

Oui ! vigilant, il faudra l’être et bien sûr le rester car d’autre part, il existe d’autres décisions apparemment anodines qui ont elles aussi en germes, des effets plutôt désastreux.

Tenez ! Voici une décision qui paraît bien innocente https://www.lemonde.fr/planete/La France va étendre son territoire sous-marin. Que la France étende sont plateau continental au large de petites îles perdues aux confins de l’Antarctique ne présente a priori pas un grand intérêt même si cela représente 3 fois la superficie de la Belgique. Pourquoi le faire alors ? On pourrait se dire qu’il s’agit là d’une façon de créer un sanctuaire pour des espèces marines menacées, mais comme cette extension ne concerne pas la colonne d’eau qui est leur lieu de vie habituel, il s’agit d’une fausse piste. Est-ce l’expression d’une volonté de puissance et l’affirmation que la France est (toujours?) une grande puissance maritime ? Peut-être mais ce serait bien puéril, n’est-ce pas ?

Alors ? Ben, alors, réapparaît le mythe des nodules polymétalliques qui agitaient déjà le microcosme onusien dans les années 70/80. Même s’ils s’en défendent les technocrates qui « pensent l’avenir de la France » n’excluraient donc pas qu’un jour, il faille aller chercher sous l’eau ce qu’on ne pourra plus aller chercher sous terre afin d’alimenter les filières industrielles sans lesquelles les équipements dont nous servons quotidiennement, dont l’ordinateur ou le téléphone grâce auquel vous me lisez, ne pourraient être produits. En filigrane, il y a là un modèle d’exploitation des ressources terrestres, cause des crises qui nous pendent au nez dans les prochaines années.

D’où la nécessité une certaine vigilance.

Il ne faudrait pas que le vers de Baudelaire soit l’expression de ce qu’on pourrait appeler « l’amour vache » et si la Mer est l’avenir de la Terre, ce sera pour le meilleur comme pour le pire, selon ce que nous en voudrons.

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« #Avid19, protégez vos poches ! »

Quelle joie de pouvoir de nouveau rouler sur les voies express et les autoroutes de notre beau pays ! Mais la pandémie n’est jamais loin. En effet, tous les 15 ou 20 kilomètres, les panneaux d’annonces lumineuses, au lieu de nous prévenir des éventuels aléas routiers, nous rappellent en permanence qu’il faut rester vigilant, avec notamment ce slogan simple et direct « Covid19, protégez vos proches ! »

A force de le voir écrit, il a fini par me rentrer dans e cerveau comme une rengaine lancinante et naturellement, il a évolué au gré de ma fantaisie pour devenir ce que vous avez lu en titre. Cela toutefois, mérite quelques explications.

Comme toujours allons les chercher dans l’actualité.

Tous le monde n’est pas perdant dans cette crise et souvent les gagnants se gobergent sans vergogne. Alors qu’en 2008, il était tellement patent que le système bancaire était la principale victime que tous les Etats mirent en péril leurs budgets pour les sauver. Aujourd’hui, rien de tout cela : https://www.lesechos.fr/Coronavirus : les levées de dette des Etats européens ont déjà rapporté 500 millions aux banques

Etats ! Vous qui cassez de nouveau vos tirelires pour « sauver l’économie et l’emploi », faites attention! « #Avid19, protégez vos poches. »

Mais il n’y a pas qu’eux à sortir la tête haute et les poches plutôt rebondies, de cette première crise de consommation, liée au confinement. La grande distribution n’est, semble-t-il, pas trop mal lotie, mais elle craint pour demain car elle ne vit que de votre pouvoir d’achat et si celui-ci a pâti de ces trois mois de sous-activité et risque encore de souffrir dans les mois à venir, il est à craindre que les grandes enseignes ait en fait mangé leur pain blanc. Et comme il est hors de question qu’elles souffrent trop, elles prennent les devants et pour maintenir leurs marges, dans un contexte qui risquerait de peser sur les prix (juste retour des choses après les flambées spéculatives des mois de mars et avril), elles se retournent vers leurs fournisseurs https://www.lemonde.fr/« Ça va taper très fort », ou le spectre d’une nouvelle guerre des prix dans les supermarchés

Fournisseurs, entreprises de l’agro-alimentaires notamment rappelez-vous ce que signifie « guerre des prix » pour vous et oubliez vite les belles promesses, à peine tenues d’ailleurs, après la loi Egalim ! La guerre c’est la guerre et toutes les conventions vont finir dans la corbeille

Fournisseurs référencés de la grande distribution, attention ! « Avid19, protégez vos poches ! »

C’est d’ailleurs ce que dit clairement l’un des interviewés de cet article, le Président si vous voulez puisqu’il préside aux destinées de cette marque de produits laitiers entre autres. Mais lui a du répondant. C’est normal, quand on est le numéro 1 mondial des produits laitiers et qu’on pèse plus de 20 milliards d’Euros de chiffre d’affaires. Du coup, les producteurs de lait, qui connaissent la chanson, ont de quoi s’inquiéter https://www.francebleu.fr/Lactalis : les producteurs laitiers redoutent de payer la note de la crise post-Covid 19

Selon les principes de la dynamique des fluides, la pression sur les prix va se transmettre de proche en proche vers l’amont. Producteurs de lait, attention ! « Avid19, protégez vos poches ! ».

Cela dit, il existe des formules alternatives et la solution trouvée lors d’une précédente crise du lait « C’est qui le patron »https://lamarqueduconsommateur.com/ est toujours applicable sauf que dans les périodes de pouvoir d’achat en berne, accepter de payer un peu plus n’est peut-être pas à la portée de tous.

Mais s’il n’y avait que la grande distribution à en profiter. Tout le monde ou presque se jette dans la mêlée aux bonnes affaires. Il suffit d’avoir quelque chose d’un peu rare à vendre ou à proposer. Ainsi, les petits propriétaires immobiliers qui benoîtement arrondissent leurs fins de mois en louant de-ci, de-là, et parfois plus, quelques mètres carrés, y vont déjà de bon cœur, estimant que le vacancier français, privé de sortie estivale, est plus dépensier que le touriste étranger, bloqué chez lui pour les mêmes raisons : https://www.nouvelobs.com/Les prix des locations en France pour les vacances d’été s’envolent déjà !

Vacanciers, attention ! « Avid19, protégez vos poches ! ».

Voici quelques exemples brutaux de la façon dont les appétits avides de certains se réveillent bien plus vite que ne s’étaient éveillés nos réflexes solidaires dans le premier mois de confinement.

Mais cette avidité s’est manifesté de façon plus subtile PENDANT le confinement et cela concerne encore la grande distribution mais aussi les grands de l’industrie de la bouffe. En effet, arguant qu’il était difficile de maintenir les réseaux habituels d’approvisionnement, les susnommés avaient obtenu des pouvoirs publics qu’il soit dérogé au principe sacro-saint de l’étiquetage sincère : https://actu.orange.fr/france/Coronavirus : la composition de certains aliments a été été modifiée, pas l’étiquette

Le motif invoqué « il faut écouler le stock d’emballage avec l’ancienne recette » était en soi risible. Vu les débits depuis trois mois, il est franchement ridicule. Et surtout ! Ne soyons pas naïfs et n’allons pas imaginer qu’ils ont profité de cette dérogation pour remplacer des produits bas de gamme par des ingrédients plus nobles, parce qu’ils auraient été disponibles. Et surtout, n’imaginez pas que de ce point de vue, le leur, on soit sorti de la crise. Pas vu pas pris. Afin de les aider à retrouver le chemin de la transparence, rien ne vous empêche de signer cette pétition https://www.foodwatch.org/fr/accueil/ lancée par l’association Foodwatch

Consommateurs attention ! « Avid19, protégez vos poches ! ».

Je pourrais multiplier le exemples sans trop de difficulté et c’est cela qui est désolant. L’avidité est un germe extrêmement virulent et qui se propage très vite.

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En germe, la fin de la pensée «economiste»?

Depuis le début de la crise sanitaire, le gouvernement français, conscient de ses carences en la matière, mais il n’est pas le seul dans le monde, s’appuie sur l’avis d’experts scientifiques avant de prendre les grandes décisions. Est-ce un prélude à la « république des savants »? Certains l’appellent de leur vœux, car, débarrassée des considérations partisanes, la décision publique leur paraîtrait plus rationnelle et donc ( ce « donc » est sujet à débat) plus conforme à l’intérêt général. D’autres la craignent car ce serait remettre le sort commun entre les mains de personnes dont l’expérience nous montre qu’elles sont sujettes à l’erreur comme tout être humain et que le consensus, indispensable pour être crédible, est rarement atteint dans ces doctes assemblées. Il n’empêche, les avis donnés par ces Hauts Conseils ont permis d’étayer des décisions qui, sans cela, auraient peut-être été plus contestées.

La crise sanitaire s’estompant, il faut bien maintenant affronter la crise économique et sociale que tout le monde annonce. Va pour la même recette. Appuyons-nous sur un collectif d’experts dans ces matières économiques et financières . Aussitôt pensé, aussitôt fait : https://www.lemonde.fr/Climat, inégalités, vieillesse… Macron s’entoure d’un cercle d’économistes pour penser l’après-crise

Tiens, tiens, un commission d’économistes présidée par un prix Nobel d’Economie, ça ne vous rappelle rien. Mais si, souvenez-vous, ce magnifique coup de communication réussi par le président de la République en 2008 pour penser « l’après-crise » financière de 2007-2008 Commission Stiglitz — Wikipédia. Ah ! Elle avait fière allure, cette commission, deux prix Nobel, classés à gauche, plus un économiste classé également à gauche,pour la piloter, plus une vingtaine d’économistes tous plus ou moins dans la même mouvance, pour redéfinir les instruments de mesure de l’activité économique.

Le résultat fut en théorie à la hauteur car même imparfait, le rapport final ouvrait de nouvelles pistes de réflexion https://www.vie-publique.fr/Rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social -PDF-

Certes, certains dans les cénacles d’économistes, et au-delà car il n’y a pas que l’économie dans la vie, avaient trouvé que cette commission avait des tares de naissance rédhibitoires et en réponse avaient créé le Forum pour d’Autres Indicateurs de Richesse qui n’étaient pas composé que d’économistes, car il n’y a pas que les économistes pour nous expliquer le bonheur de vivre bien.

4 ans après, deux des animateurs de ce Forum FAIR tiraient un bilan plutôt désabusé des travaux de cette commission et l’usage qui en avait été fait : https://www.lagazettedescommunes.com/Quatre ans après, bilan de la Commission Stiglitz en interview croisée

C’est un fait que fondamentalement, nos économies n’ont pas beaucoup évolué dans le bon sens, puisque les inégalités n’ont cessé de croître, les dégâts faits à l’environnement n’ont pas vraiment diminuer, au contraire, et globalement notre sentiment de bien-être est plus un sentiment de mal-être qu’un sentiment de mieux-être. Bref, ce ne sont pas quelques chiffres de plus dans tableau de bord déjà chargé, qui ont changé notre vie.

Alors que penser de cette nouvelle commission Tirolle-Blanchard? Je laisse le soin de la présenter à un spécialiste, puisqu’il fut, à la fois, membre de la Commission Sen-Stiglitz-Fitoussi et cofondateur du FAIR, : https://blogs.alternatives-economiques.fr/De la « commission Stiglitz/Sen » de Sarkozy à la « commission Blanchard/Tirole » de Macron : un virage vers l’orthodoxie néolibérale, avec quelques nuances de rose

D’après lui, on ne peut rien en attendre. Personnellement étant optimiste de nature et sarcastique de tempérament je me demande si, insidieusement, l’intention ne serait pas autre chose que d’avoir LA réponse à la crise économique. Pour fonder mon impression, je reprends cette opinion, reprise en citation par Jean Gadrey:« le choix a été fait de privilégier une composition homogène en termes de profils et d’expertise, pour avoir les réponses des académiques sur les grands défis »

Au moins avec une telle commission, les choses seront claires : l’Académie aura rendu son oracle, mais nul n’est obligé de croire l’Académie, bien au contraire. Mais au moins, de ce côté-là, le terrain aura été déblayé : on saura ce qu’il ne faut surtout pas faire pour que les choses changent vraiment. En effet, l’Académie va dire ce qu’elle sait, c’est à dire ressasser ses recettes, qui n’ont pas marché et qui ne marcheront plus.

Il sera alors temps d’explorer de nouvelles pistes, cette fois sans les économistes, sauf pour reprendre l’image de Keynes, à les laisser « sur la banquette arrière ». Il sera temps en effet, de considérer que l’économie n’est plus l’alpha et l’omega du fonctionnement de nos sociétés, qu’elle n’est en fait pas vraiment une science mais un ensemble de techniques permettant, parfois, de mesurer avec précisions des phénomènes, le plus souvent de « prédire le passé », en l’expliquant mais totalement incapable d’établir des lois applicables par tous les temps et sous toutes les latitudes

L’économie retrouvera alors sa place et les économistes la leur qui est de rendre compte le mieux possible, de ce qui s’est passé en avançant quelques hypothèses sur ce qui pourrait se passer. Le reste, ce qui va se passer, c’est notre affaire puisque comme l’écrivit Bergson « L’avenir n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire. » !

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En germe : Etats-Entreprises mondiales, le passage de relais ?

Cela fait déjà quelques temps que dans ces colonnes je vous parle de l’influence croissante des entreprises mondiales sur le fonctionnement de nos sociétés. En 2019, je faisais ainsi au mépris affiché par les GAFAM face aux rodomontades de nos ministres : GAFAM : Ils se moquent bien des Etats (et de nous par la même occasion)

En 2018, a travers cette mini-série de trois articles, j’essayais de faire le point sur cette question :
Etats-Entreprises, le bras de fer ou le sourire de velours? chapitre 1 le choc frontal
Etats-Entreprises, le bras de fer ou le sourire de velours? chapitre 2 une contre-offensive efficace?Etats-Entreprises, le bras de fer ou le sourire de velours? chapitre 3 amadouer pour mieux tuer

Mais voilà, il y a depuis maintenant près d’un semestre, cette crise sanitaire, dont on ne comprend pas encore bien toute l’importance, ni en quoi elle peut être un virage décisif dans l’évolution des différentes sociétés qui composent notre humanité. Il n’y a que quelques signaux, plus ou moins forts pour indiquer ce que cette mutation pourrait être.
Il y a toutefois un fait acquis, hormis deux ou trois exceptions, la plupart des Etats, qu’ils soient démocratiques, pseudo-démocratiques, non-démocratiques ou carrément dictatoriaux, ont eu des réactions plutôt inappropriées à cette pandémie. La croyance en la toute-puissance de l’Etat, plus ou moins ancrée dans l’esprit des peuples selon que la tradition étatiste est plus ou moins ancienne, en a pris un sérieux coup. La confiance sera peut-être dure à rétablir. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Chacun y répondra selon ses convictions philosophiques, mais toujours est-il qu’il faudra bien, en cas de faillite constatée de l’Etat sous sa forme actuelle, trouver un succédané capable de faire un vivre-ensemble, rôle assumé jusque là par l’Etat.

En mettant en avant le rôle joué par les fondations d’entreprise, le journal Le Monde pose bien le problème existentiel que pose leur apparente réussite mais ne répond pas cette question, tout aussi essentielle : est-ce une alternative à l’Etat ? https://www.lemonde.fr/« La puissance de la Fondation Gates est, en creux, un révélateur des carences des Etats »

Bon pour l’instant, on reste dans le domaine du compassionnel et de l’action réparatrice et en cela Bill et Melinda Gates ne sont pas fondamentalement différents des dames patronnesses du XIX° siècle, si ce n’est par les moyens financiers dont ils disposent. Evidemment, les choses se compliqueraient si via leur puissance de feu financière, ces fondations se mettaient en tête de définir les politiques sanitaires et sociales des Nations, en lieu et place des Etats, voire des organisations internationales. Il y aurait une question de légitimité. Et je ne parle même pas de tentatives d’empiétement sur les domaines régaliens de la sécurité, de la monnaie ou de la collecte de l’impôt.

Même si une de ces multinationale a en projet la création de sa propre monnaie virtuelle, les grignotages de pans de pouvoirs restent pour l’instant discrets et l’action des entreprises mondiales ou de leurs fondations relève encore le plus souvent du pouvoir d’influence qu’on appelle en mauvais franglais « Soft power ».

Et puis, il y a les symboles de la puissance, ce que les Etats ont toujours brandi pour affirmer leur place sur l’échiquier mondial et chacun brandit les siens en fonction de ses talents. A ce propos rappelons-nous l’époque, pas si lointaine que cela de la guerre froide entre les Etats-Unis et l’Union des Républiques Socialistes et Soviétiques de Russie. Un des symboles de leur puissance respective a été la conquête de l’espace dont l’apogée a été d’atterrir sur la Lune. Cela peut semblait loin et terriblement désuet, d’avoir ainsi engouffré une part conséquente de la substance de ces Nations pour finalement mettre son drapeau sur un bout de caillou stérile. C’est oublier un peu vite que derrière cette « conquête » symbolique, il y avait d’autres conquêtes bien plus concrètes qui sont la maîtrise des télécommunications mondiales, par exemple.

Même si une hirondelle n’a jamais fait le printemps, je ne peux pas m’empêcher de faire un rapprochement entre ces deux informations
https://www.lesechos.fr/Le vol habité vers l’espace, une étape cruciale pour SpaceX
https://www.lesechos.fr/Le retour des Etats-Unis sur la Lune en 2024 de plus en plus compromis
Les Etats-Unis de Trump jette l’éponge alors que l’entreprise d’un milliardaire californien vient de lui lancer un nouveau défi.

Il est trop tôt encore pour dire s’il s’agit là d’un passage de relais, mais cela est peut-être un des scénarios de demain que la mise en évidence des limites actuelles du modèle « tout-Etat » rendrait plus vraisemblable.

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En germe, pourra-t-on faire sans les Etats-Unis ?

Tout est parti de là et pourtant quand on regarde les bilans sanitaires, la Chine semble moins touchée que la plupart des autres pays. Cette anomalie nourrit évidemment des tas de rumeurs plus ou moins complotistes, depuis le tripatouillage des statistiques, jusqu’à l’accusation gravissime d’avoir sciemment déclenché cette pandémie en passant par le reproche à peine voilé d’avoir été maladroit voire inconscient dans des manipulations de laboratoire.

Bref, le temps est au « China bashing » et à la volonté de mettre pendant un certain temps la Chine au ban des nations, en commençant par des restrictions commerciales, inévitables si on veut relocaliser (voir les épisodes précédents).

Du coup, cela suscite cette interrogation (faussement naïve?) d’un observateur polyvalent , https://www.ouest-france.fr/POINT DE VUE. Peut-on faire sans la Chine ?

Evidemment, sa réponse est non, car on ne peut plus faire sans la Chine et d’ailleurs qui y aurait intérêt. Par contre, en filigrane se pose la question de « faire avec » et quels rapports de partenariat, d’alliance, de conflictualité nous devons avoir avec cet Etat-continent. Et quand je dis nous, cela veut évidemment dire, nous Européens, car nous, Français, cela fait belle lurette que nous ne pesons plus grand’chose aux yeux des dirigeants chinois.

Depuis 70 ans, nous faisons avec, et même à une certaine période, la guerre froide, beaucoup avec les Etats-Unis. Or ceux-ci, nonobstant le rôle funeste que joue leur actuel président sont, dit-on, un empire sur le déclin. Leur industrie n’est plus dominatrice, leurs forces armées ont montré leur incapacité à être les gendarmes du monde. Il leur reste toutefois, un grand pouvoir d’influence grâce à leurs nouveaux monstres économiques nés de la révolution internet. Cela n’a pas empêché le journal Le Monde de titrer ainsi https://www.lemonde.fr/Le « soft power » américain, fin de partie ? , histoire de souligner que l’impérialisme américain via ses réseaux d’influence habituel vivait peut-être ses dernières belles années. Et le succès des mouvements d’opinion, «#metoo » en 2018 et «#blacklivesmatter » en 2020, partis tous deux des Etats-Unis sont peut-être les derniers feux de cette capacité d’influence de la société américaine sur le reste de la planète.

A l’inverse, la Chine n’arrête pas de semer ça et là des petits cailloux qui rendent son influence grandissante. C’est parfois direct, comme les « routes de la soie », voire brutal, comme les achats massifs de terres en Afrique. Mais c’est parfois beaucoup plus subtil, surtout quand cela s’appuie sur des traditions ancestrales. L’exemple de la lutte contre la malaria est assez illustratif de la démarche. Face au blocus mené par les multinationales du médicament, la Chine a appuyé la démarche d’un des pays les plus pauvres du monde, Madagascar, dans le développement d’une thérapie à base de plantes, originaires de…..Chine https://www.france24.com/Malaria business : les laboratoires contre la médecine naturelle ?; subtil, lorsque les intérêts des laboratoires chinois rejoignent les intérêts des populations les plus démunies sur la base de convergences culturelles, aux antipodes du modèle imposé par des multinationales, en majorité américaine.

Donc, on ne fera plus sans la Chine. Mais pourra-t-on faire sans les Etats-Unis ? Pas plus car ils sont trop lourds. Il faudra faire avec les deux. Et pour peser dans ce monde qui progressivement est passé de la bipolarisation de la guerre froide à la multipolarisation de l’époque révolue de « la mondialisation heureuse », pour revenir progressivement à un monde qui se repolarise autour de trois ou quatre blocs dominants, il faudra être soi-même un pôle. Et cela seule, une Europe parlant d’une seule voie le permettra.

Du coup, la question en germe est , pourra-t-on faire, dans le monde, sans l’Europe ?

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