Linky, un danger peut en cacher un autre

Mon Dieu ! Que n’a-t-on pas écrit et dit sur le « déploiement » de ce compteur intelligent, au point que l’association de défense des consommateurs UFC-Que choisir s’est fendu d’un « vrai-faux » pour dégonfler autant que faire se peut toutes ces rumeurs plus ou moins fondés https://www.quechoisir.org/Compteur LinkyLe vrai du faux
Il n’empêche que même après avoir lu cette longue analyse de ce qui court sur la toile, il reste des zones d’ombre.

Le flou sanitaire

Bon je veux bien croire UFC, le danger n’est pas avéré mais comme c’est ni vrai, ni faux, tout va dépendre de mon aversion au risque ou de ma sensibilité à la qualité sanitaire de mon environnement. IL n’est reste pas moins qu’il y a quand même quelques signaux de fumée http://www.lemonde.frElectrosensibles : des symptômes réels qui restent inexpliqués Peut-il y avoir de la fumée sans feu, y compris dans le cadre d’un enfumage en règle ?
Mais bon passons sur cet inconvénient, l’électro-sensibilité que ne touche heureusement qu’une minorité d’entre nous, en espérant que pour eux, on trouvera une solution en cas de risques avérés et qu’en attendant, on leur foutra la paix

Le risque démocratique

Là aussi UFC a une réponse et elle est négative. L’opérateur ne pourra pas connaître vos paramètres personnels de vie. L’explication donnée vaut ce qu’elle vaut mais elle ne nous garantit pas contre une éventuelle « indelicatesse » d’un opérateur, public ou privé. C’est d’ailleurs ce que vient de rappeler la CNIL : https://www.ouest-france.frCompteurs Linky. Direct Energie mis en demeure par la CNIL
Manque de transparence dans l’information de ses clients ! Rien que ça. Cela laisse donc ouvertes les craintes de certains de voir certains opérateurs faire un usage lucratif de ce « big data » que constitue notre consommation électrique comme indicateur de notre mode de vie, du nanan pour les gens de marketing qui nous ont tous mis en profils de consommation.
Bon, admettons que là aussi on se monte le bourrichon et que les errements des petits fournisseurs privés seront bien vite contrôlés par les hautes autorités mises en place à cet effet et que tout ira pour le mieux dans « le meilleur des mondes »1

Mais heureusement Linky n’a pas que des inconvénients ; il a aussi des avantages. Avec lui on consommera moins. UFC nous explique comment. Cette intention est d’ailleurs confirmée par un décret https://www.legifrance.gouv.frDécret n° 2016-447 du 12 avril 2016 relatif à la mise à disposition de données de comptage d’énergie aux propriétaires ou gestionnaires d’immeuble par les gestionnaires de réseau d’énergie puisque l’accès aux données est conditionnée par la mise en œuvre d’une action collective de maîtrise de l’énergie. « Accès aux données », c’est écrit noir sur blanc et même si, afin de protéger un peu l’anonymat des données, il faudra qu’il y ait au minimum dix abonnés concernés simultanément, cela ne garantit pas que le bailleur ne cherche à en savoir un peu plus sur ses locataires et que certains gestionnaires de biens immobiliers, afin d’améliorer leur ratio de gestion financière, ne monnaient ses informations à des gens de marketing qui auront vite fait en croisant quelques critères de définir les fameux socio-types qui sont la base de leur métier.

Le risque financier

Mais, même si votre bailleur vous incite à des économies d’énergie, cela repose quand même beaucoup sur l’attention de chaque consommateur et sa volonté de réduire sa consommation. Par contre il semblerait qu’on ne soit pas à l’abri de mauvaises surprises comme celle-ci : https://www.24matins.frCôtes-d’Armor : depuis l’installation d’un compteur Linky, ses factures multipliées par 10
Cas isolé ? Pas sûr si on en croit une association opposée à l’installation de ces compteurs et c’est de bonne guerre qu’elle l’affirme. Fausse nouvelle reprise sans vérification par la presse ? On attend la mise à jour du vrai-faux d’UFC. Toujours est-il qu’il est fréquent dans ce genre de changement que des bugs apparaissent. ET quand ça vous arrive, un bug n’est jamais bienvenu. C’est un des risques inhérents à ce « déploiement »

Le risque financier 2

Bon admettons que les surfacturations soient des cas totalement isolés, tout irait pour le mieux dans le meilleur des puisque consommateur averti, nous pourrions devenir consom’acteurs alertés, réduisant notre consommation au fur et à mesure que le tableau de bord Linky nous indiquerait à quel point nous sommes énergivores. Mais il y a un point contre lequel vous ne pourrez rien, c’est la logique financière des entreprises qui pilotent cette réforme et qui les conduit à tenter d’imposer ce nouvel outil. Or l’investissement est gigantesque et d’une manière ou d’une autre, il faudra bien que ces entreprises rentrent dans leurs frais. C’est d’ailleurs le constat fait par la Cour des Comptes et l’article ci-dessous résume bien les éléments de l’affaire https://www.20minutes.fr/Compteurs Linky: Pourquoi votre facture d’électricité pourrait gonfler d’ici quelques années
Certes il y aura les économies que vous aurez faites et qui compenseront en partie l’augmentation du coût unitaire. Mais qu’en est-il de l’énorme économie que feront les opérateurs en supprimant ces tâches fastidieuses et finalement très onéreuses qui consistent à venir 2 fois par an relever votre consommation ? Sera-t-elle répercutée intégralement sur la facturation ?

Arrêtons là pour le moment et posons-nous quelques questions simples ? Est-il raisonnable au XXI° siècle d’avoir toujours ce système désuet hérité du début du XX° siècle de passer de maison en maison pour vérifier la consommation des uns et des autres ? Est-il raisonnable de laisser des centaines de milliers d’utilisateurs dans l’ignorance des causes réelles du poids de leur facture ? Est-il raisonnable également de bâtir des profils sociologiques de consommateurs en se fondant sur sa consommation d’énergie ? Est-il raisonnable que certains puissent savoir comment vous vivez chez vous, au mépris du respect de votre vie privée ?

Chacun, en fonction de son degré de raison peut alors accepter ou non le principe d’installation de ces compteurs. Personnellement, ma réponse aux quatre questions posées ci-dessus est que c’est déraisonnable, mais pour autant, je trouve qu’il est encore plus déraisonnable d’y aller les yeux fermés alors que de tels zones d’ombre, de tels flous, de telles approximations existent. Ceux qui doutent posent de bonnes questions. Il existe des réponses de bon sens à ces questions mais aussi des réponses réglementaires un peu plus précises. Il doit même exister des réponses techniques à certains inconvénients dénoncés par « la rumeur ». Mettons-les en œuvre et alors on verra que tout peut devenir raisonnable.

En attendant, il semblerait que je ne sois pas le seul à avoir des doutes puisque la justice vient de donner raison à ceux qui dans le doute souhaitent s’abstenir https://www.lemonde.fr/energiesCompteurs Linky : la justice confirme le droit des usagers de refuser l’accès à leur logement

J’espère que ce jugement permettra à UFC de mettre à jour son vrai/faux sur au moins un point.

1Comme aurait dit Georges Orwell

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Lutter contre la grande pauvreté : Pauvres de nous !

A peine clos le dossier précédent (je ne sais plus lequel tellement il y en a) que déjà on ouvre un nouveau dossier dans le cadre de la réforme1 de la France : il s’agit du traitement de la grande pauvreté. Après tout, rien que de très normal dans ce monde du « en même temps ». Il y a un an, le gouvernement traité le sort fiscal des plus riches. Il est donc logique qu’il s’occupe du sort social des plus pauvres sauf que…
s’il avait commencé par les seconds avant de s’attaquer aux premiers, cela aurait mieux perçu par l’immense majorité des Français, y compris ses électeurs mais pas forcément bien apprécié ni des marchés financiers, ni des gardiens du dogme budgétaire de Bruxelles et de Francfort. C’est ainsi, il faudra s’y faire, le « en même temps » est une notion complexe censée répondre à une réalité elle-même complexe et la moindre de ses complexité n’est pas que « en même temps » ne veut pas dire « simultanément » mais « dans une même séquence » avec un premier pas puis un second.

Bien ceci étant posé et qui pourra toujours servir pour les autres « en même temps » du quinquennat (économie-écologie, démocratie-sécurité, réfugiés-refoulés, alimentation-agriculture, etc…), essayons de comprendre un peu ce qu’il pourrait y avoir sous ce vocable « prise en compte de la grande pauvreté ».

D’abord qu’appelle-t-on pauvreté ? Récemment, un article du journal « Le Monde » a essayé d’y répondre https://www.lemonde.frPauvreté : de quoi et de qui parle-t-on ? C’est très disert, très bien documenté comme cela arrive encore dans les colonnes du Monde mais cela reste désincarné, un peu comme cette définition statistique « est pauvre celui dont le revenu disponible est inférieur à 60% du revenu médian ».
Tiens d’ailleurs attachons-nous un peu aux conséquences d’une telle définition. Si elle devait s’appliquer ad vitam aeternam, on peut, sans un être un grand statisticien en conclure que la pauvreté ne pourra jamais disparaître sauf à considérer que la concentration statistique est telle que personne ne soit en-dessus de cette barre de 60% . En effet revenu médian veut dire que la moitié de la population dispose d’un revenu supérieur à ce niveau médian et par conséquent que 50% de la même population souffre d’un revenu inférieur à ce niveau. En conséquence, l’extinction du paupérisme2, cela voudrait dire que la moitié de la population dispose d’un revenu compris entre un niveau médian et 60% de ce niveau, ce qui ferait une courbe de répartition qu’on rencontre rarement sauf si…
une action volontaire des pouvoirs publics interdisait justement qu’aucune ménage ne dispose au moins de ces fameux 60% soit par attribution d’un revenu direct (par exemple le revenu universel cher à Benoît Hamon et Dominique Lefevre), soit par la fourniture gratuite de prestation relevant de la gestion de ce qu’on appelle les « biens communs » (l’eau, l’énergie, les transports en commun par exemple).
Bon, au fur et à mesure que le gouvernement dévoilera ses projets en la matière, on verra jusqu’où il veut aller.
Mais revenons quand même à cette pauvreté et ce qu’elle recouvre. « Revenu, consommation, ressenti » nous dit Le Monde ; effectivement ce sont autant de paramètres qui peuvent intervenir pour définir ce contre quoi les pouvoirs publics veulent agir. A cet égard, un sondage téléphonique peut nous éclairer un peu plus https://actus.nouvelobs.com
Un Français sur cinq n’est pas en mesure de s’offrir une alimentation saine Ben oui ! Manger sainement n’est pas un luxe de privilégié. Ben oui ! Accéder à des loisirs autre que vautrés devant la télé-réalité, n’est pas un luxe de privilégiés. Certes, mais quand on a dit cela, que fait-on ? Jusqu’où peut-on aller ?

A cet égard, les chercheurs du ministère des affaires sociales sortent fort à propos une étude sur l’impact des minima sociaux Une étude récente des chercheurs du ministère de la Santé (Drees)  d’où il ressort que mis bout à bout, tous ces dispositifs qui coûtent « un pognon dingue » , soit 26 milliards d’euros permettent depuis des années de cantonner le nombre de pauvres au sens statistique à un niveau de 14%, soit quand même 1 Français sur 7, alors que sans ces mécanismes redistributeurs, ce taux serait de 22% soit 1,5 plus élevé

Cela donne à réfléchir à celles et ceux qui trouvent que notre modèle social coûte trop cher et voudrait brique par brique le déconstruire.

A cet égard, il conviendra dans les prochains jours de voir comment les uns et les autres vont réagir à ce genre d’annonce https://www.ouest-france.fr/L’excédent de la Sécurité sociale fait déjà des envieux
C’est le classique « effet cagnotte ». Quand après des années de déficit, apparaît un excédent, certains n’ont rien d’assez urgent que de vouloir le dilapider, soit en étant plus généreux (les gens de gauche en général), soit en réduisant les mécanismes de redistribution, par réduction des allocations versées (les gens de droite en général ) ou par réduction des contributions (les chefs d’entreprise, qu’ils soient de gauche ou de droite).

Mais il convient de se méfier de ces projections un peu hardie. Rappelez-vous les réformes successives des retraites qui se fondant sur des visions alarmistes de l’avenir, nous rabotaient les régimes pour que quelques mois plus tard, un « étude » laisse apparaître un retour à l’équilibre voir un léger excédent du dit régime. Dernière péripétie en date : la fusion des régimes de retraites complémentaires AGIRC et ARRCO. En novembre 2017 un journal économique titrait : https://www.lesechos.fr/20/11/2017/Retraites : retour aux excédents en 2019 à l’Agirc-Arrco quelques mois avant qu’on annonce la fusion des deux régimes dont la conséquence la plus évidente est à terme une baisse du pouvoir d’achat réel de cette nouvelle pension.

Il convient donc de garder à l’esprit que ces coups de clairon médiatique ont toujours fonctionné dans le même sens : profiter d’une embellie pour affaiblir les mécanismes de redistribution (au motif qu’il y a trop de fric) et profiter d’un trou d’air pour affaiblir les mêmes mécanismes de redistribution (au motif qu’il n’y a plus assez de fric).

Pauvres de nous.

1Il va falloir que je me décide à préciser ma pensée sur ce qu’on appelle « réforme » et progrès » d’autant que la campagne des européennes se profilent sur le thème « progressistes » contre « populistes »

2comme aurait le prince Louis-Napoléon quand il était révolutionnaire et carbonariste https://fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_du_paup%C3%A9risme

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Mieux vaut en rire-rubrique estivale inépuisable- n° 154 : ils sont fous

« Dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. » Beaumarchais
« L ‘humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde
« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. »Pierre Desproges
« parce que le rire est le propre de l’homme. » Rabelais

Ce monde ne sait plus où il va et ses boussoles sont manifestement désaimantées. Tout le monde sait que le danger majeur pour notre planète est le dérèglement climatique dont nous appréhendons tous les effets dévastateurs, notamment au cours de cet été 2018 particulièrement chaud et sec qui a fait suite à un mois de juin particulièrement arrosé en quelques heures. Les causes de ces excès climatiques sont de mieux en mieux connues et parmi celles-ci, la plus évidente et la forte augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Ces gaz sont nombreux mais les deux principaux sont le CO² et le méthane. La forte augmentation du premier est due principalement la consommation d’énergie d’origine fossile pour la production d’énergie électrique, pour les transports et le chauffage et pour faire tourner les machines y compris celles qui nous permettent à chaque instant d’être informé de ce qui se passe dans le monde ou d’avoir accès à des milliards d’informations que nous stockons plus ou moins volontairement depuis que nous nous servons d’ordinateurs.Quant au second, les sources principales d’émission de méthane sont l’utilisation des énergies fossiles pour la production d’énergie et l’élevage intensif, de bovins notamment. Ce dernier point, s’il fait beaucoup rire les enfants,  fait évidemment l’affaire des végans qui se sont emparés de ce sujet pour justifier leur croisade contre la maltraitance animale. Cela par contre ne fait pas l’affaire des pays pétroliers ou charbonniers qui verraient, dès lors, leur patrimoine sous-terrain se dévaluer fortement faute de débouchés, puisque plus personne ne voudrait de leurs minerais.

Certains petits malins, qui ont prouvé dans le passé qu’ils avaient un flair commercial aiguisé, ont pensé trouvé la martingale pour résoudre simultanément ces deux problèmes : http://www.lefigaro.frBill Gates et Richard Branson misent sur la viande artificielle
En effet, l’idée paraît séduisante : puisque l’humanité, dans sa majorité, veut ou voudrait manger de la viande tous les jours, on joue sur du velours à lui proposer de beaux steaks bien saignants et bien juteux. Le marché est porteur comme on dit. Mais comme il ne faut ne faire aucun mal aux animaux en les élevant dans des conditions déplorables et en les sacrifiant avec des méthodes barbares et qu’il ne faut faire aucun mal à la planète en laissant ces pauvres bêtes pétarader à cœur joie dans leurs étables surpeuplées, il fallait bien trouver un palliatif. Ceci dit, il y avait déjà eu, deux ou trois décennies plus tôt des chimistes pour nous promettre le steak de pétrole sans qu’on en voit jamais la couleur, ni n’en sente l’odeur sur les étals de nos bouchers (pourrait-on d’ailleurs encore les appeler ainsi?). Sans vouloir remettre en cause le flair commercial légendaire de ces deux stars de la nouvelle économie, je suis prêt à parier ma prochaine côte à l’os contre une Tonne-équivalent pétrole que ce n’est pas demain la veille que nous verrons cela. Mais déjà le simple fait d’avoir pensé qu’on pouvait faire de la viande sans animal en dit long sur l’état de leurs neurones mais aussi sur la hiérarchie de leurs valeurs morales.

Quand je vous dis que quelque part, ces « génies » sont fous…

Un par contre qui voit ses rêves les plus fous se réaliser, c’est le patron de Total. Depuis que sentant le vent venir, il a clamé haut et fort que le groupe qu’il dirige n’est plus un groupe pétrolier mais un groupe énergétique fortement impliqué dans les énergies renouvelables
https://www.capital.fr/Total confirme sa position d’acteur majeur des énergies renouvelables en France
Cet habile positionnement lui a d’ailleurs valu le salut de ses pairs qui ont reconnu en lui, du moins pour l’année écoulée, leur maître en matière de vision à long terme https://www.lesechos.frLe prix du Stratège attribué à Patrick Pouyanné, PDG de Total
Et pourtant, puisqu’il s’agit de long terme, il y aurait à redire. En, effet, l’article de Capital, dans un encadré de bas de page, a la cruauté de rappeler que les fondamentaux financiers du Groupe total reposent quand même encore sur la rente pétrolière que ce groupe s’est constitué grâce aux appuis successifs de gouvernements français des 50 dernières années et de leurs alliés en Afrique ou ailleurs dans le monde. Mais ceci serait moindre mal si on se disait qu’il faut un peu de temps pour se débarrasser des oripeaux de « grands pollueurs » même quand on aspire à la vertu. Las! La réalité est tout autre. Certes, le groupe a obtenu ces derniers mois des positions solides en matières d’hydro-électricité ou d’énergie solaire mais ce serait faire peu de cas des autres voies et moyens utilisés pour restaurer une image écologique écornée. En effet, ce n’est pas parce qu’on l’appelle « bio » carburant que le carburant produit à partir d’huile de palme est un processus écologiquement vertueux https://reporterre.netTotal à fond sur l’huile de palme, cause de déforestation
et en la matière Total ne semble pas vouloir y aller de main-morte
http://www.liberation.fr/Biocarburant : Total jette de l’huile de palme sur le feu
Cela dit, en adoptant cette stratégie, ce groupe, pétrolier à l’origine, a une démarche industrielle vertueuse, de son point de vue. Il a acté qu’il ne produisait pas du pétrole ou du gaz mais de l’énergie et comme le marché (entendez « les consommateurs » c’est à dire vous et moi) veut des énergies propres, il découle naturellement qu du point de vue commercial, il doit vendre de l’énergie propre. Après, le reste est affaire des gens de marketing/publicité/communication.

Mais là où on se dit que ces gens sont fous, c’est de considérer qu’ils ont là « le stratège de l’année ». mais aussi que vous et moi nous continuions à accorder à ce groupe une certaine confiance alors même que dans notre grande majorité, nous considérons, c’est du moins ce que disent des sondages, que l’écologie est un enjeu majeur des prochaines décennies.

Quand je dis « ils sont fous », peut-être devrais-je dire « nous sommes tous fous » ;

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Quand le sage montre l’état de la nature avec un arbre, le sot ne parle que de l’arbre (vieux proverbe chinois)

Les forêts brûlent un peu partout dans le monde et notamment dans l’hémisphère Nord en cette période estivale. Ce n’est pas nouveau mais ce qui l’est, par contre, c’est l’ampleur de ces déforestations sauvages et non désirées.
La chaleur et la sécheresse persistantes y sont certainement pour beaucoup. Là aussi, ce n’est pas nouveau mais ce qui l’est , en revanche, c’est l’ampleur et la durée de cette chaleur et de cette sécheresse.

Cela donne dans un des Etats américains qui a, parmi les premiers, pris conscience du changement climatique, une catastrophe écologique elle aussi d’ampleur exceptionnelle visible depuis l’espace même semble-t-il

https://www.novethic.fr L’INCROYABLE PHOTO DE LA NASA QUI MONTRE L’AMPLEUR DES INCENDIES EN CALIFORNIE

Il est à craindre que de telles catastrophes se répètent, année après année avec plus ou moins d’ampleur en fonction de l’intensité et de la durée des périodes de sécheresse. Certes, la sécheresse californienne n’est pas une nouveauté et donc les feux de forêt également ; n’oublions pas que San Francisco brûla entièrement trois années de suite au milieu du XIX° siècle. Par contre, il est nouveau que, à quelques années d’intervalle, plusieurs centaines de milliers d’hectares de forêt partent ainsi en fumée. Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour faire le lien avec les changements climatiques en cours. Tout le monde peut s’en rendre compte sauf semble-t-il, le président des Etats-Unis et quelques-uns de ses conseillers. Certes, si j’en crois l’article cité ci-dessus, c’est une bonne idée de mobiliser plus de réserves d’eau mais comment fait-on quand c’est justement le manque d’eau devenu endémique qui est la cause principale de la catastrophe. Certes, c’est un conseil judicieux de sacrifier quelques arbres, faire « la part du feu » comme on dit pour établir un pare-feu, mais combien d’arbres faudrait-il sacrifier quand la catastrophe est d’une telle ampleur ? Peut-être serait-il plus judicieux de penser à s’attaquer aux causes d’un tel désastre, mais de cela, il ne saurait en être question, quand on nie jusqu’à l’aveuglement la réalité : notre planète se modifie car nous l’avons modifié. Mais il est vrai que « quand le sage montre l’état de la nature avec un arbre, l’ignorant ne parle que de l’arbre ».

La Côte Ouest des Etats-Unis n’a pas été la seule à connaître des mois très chauds et très secs ; quasiment tous l’Hémisphère Nord est dans ce cas depuis le début du mois de juin (nonobstant des épisodes pluvieux aussi violents que brefs). Il semblerait d’ailleurs que cette succession d’épisodes climatiques extrêmes illustrent à la perfection les conclusions du dernier rapport du GIEC, donnant ainsi encore plus de crédibilité aux scénarios les plus pessimistes que contenait ce rapport. Le changement climatique est bel et bien une réalité et cela risque de durer voire même de s’amplifier

Les villes souffrent particulièrement  pendant ces périodes mais comme cela risque de devenir la norme dans les années à venir, il va bien falloir changer le modèle urbain et c’est ce à quoi réfléchissent élus et urbanistes https://www.novethic.fr BÂTIR DES VILLES CAPABLES DE RÉSISTER AUX CANICULES

Parmi les idées avancées, il y en a une qui peut faire sourire tellement elle semble naïve mais pleine de bon sens : il faut planter des arbres pour rafraîchir les villes. Encore une fois, on retrouve l’arbre dans la panoplie de ceux qui pansent les dégâts au lieu de penser à éradiquer la cause de ces dégâts. Mais en soi, l’idée n’est pas mauvaise de reverdir les villes et notamment Paris, mais ces objectifs d’une ville « durable » sous la canicule sont-ils compatibles avec celui de renforcer le rôle des métropoles en densifiant ces centres urbains? Quand le sage, etc…, etc…

Mais en fait, si l’arbre est effectivement l’une des clés de la lutte contre le changement climatique, ce ne sont pas les quelques milliers d’arbres plantés le long des avenues de nos grandes villes qui seront la solution. Elle serait plutôt à rechercher dans la préservation des grands espaces forestiers dans le Nord des continents de l’Hémisphère Nord et dans le pourtour équatorial de notre planète. Mais pour cela, il faudrait que les pays où ils se situent ne soient pas incités à dévaster cette richesse naturelle et donc que les autres pays ne soient pas là, à les aguicher avec des monceaux de papier monnaie, pour satisfaire leurs appétits, apparemment insatiables en bois ou en produits agricoles plantés sur de vastes espaces déboisés sauvagement.

Mais encore faudrait-il que ces « autres pays » le veuillent. Or, même si elle est parfaitement consciente de son rôle dans le déboisement au niveau mondial, l’Union Européenne, qui est un des principaux responsables de ce massacre, peine à avoir une position commune sur la question

https://www.euractiv.fr/ L’Europe tâtonne dans la lutte contre la déforestation importée

C’est dramatique et autrement plus préoccupant que les milliers d’arbres dont Trump parle pour faire la part du feu, que les quelques milliers d’arbres dont parlent les urbanistes pour nous rafraîchir dans les décennies à venir. Il s’agit là de ce qu’on appelle « le poumon vert » de la planète mais comme l’aurait dit un Président de la République qui jamais n’osa se mouiller dans la Seine « la maison brûle mais ils regardent ailleurs » même si le sage montre l’état de la nature avec un arbre etc… etc..

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Mieux vaut en rire , rubrique décidément inépuisable, n°153 nucléaire : un « pas sûr » qui dure

« Dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. » Beaumarchais
« L ‘humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde
« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. »Pierre Desproges
« parce que le rire est le propre de l’homme. » Rabelais

 

Le grande argument des partisans du nucléaire face aux énergies renouvelables, solaires ou éoliennes, est sa disponibilité permanente et en abondance du moins en France. Je crains que nos nucléocrates doivent en rabattre de leur arrogance quand on lit ce qui s’est passé lors de la vague caniculaire qui a touché notre pays en juillet et au début du mois d’août 2018 https://www.lemonde.fr Canicule : pourquoi EDF doit diminuer la production des centrales nucléaires
Ah zut ! juste au moment où dans les villes, les climatiseurs devaient tourner à plein régime. Heureusement que l’ensoleillement était maximal et que les pluies diluviennes du mois de juin avaient rechargé les retenues hydrauliques.

Mais comme le GIEC nous annonce que cela peut être pire dans les années à venir, EDF va se retrouver devant une impasse. Et l’idée de construire des centrales en bord de mer n’est peut-être pas si fameuse que cela. Si Gravelines n’a jamais connu de problème, on ne peut pas en dire autant de la centrale de Blaye, qui est quand même sur un cours d’eau soumis au mascaret marin. Et que dire de la centrale de Fukushima, elle aussi en bord de mer ?

Et puis surtout, quelle idée de prendre comme exemple l’EPR de Flamanville ? L’EPR de Flamanville retardé d’un an, pour un coût augmenté de 400 millions d’euros

Avec de tels «éléphants blancs », EDF n’est pas sorti d’affaire!

Alors que faire ? Il serait peut-être temps de songer à l’après-nucléaire, non ? Cela est d’autant plus urgent qu’EDF a déjà dans ces documents internes, prévu que cela devrait durer longtemps  https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/le-cycle-de-vie-d-une-centrale-nucleaire
Vous avez bien lu, cela devrait durer 25 ans à partir du moment où on décidera de l’arrêt, ce qui nous amènerait, si la décision était prise maintenant aux alentours de 2045

Mais là aussi, il convient de se méfier des apprentis sorciers, bardés de toutes les certitudes que leur donne leurs diplômes d’ »ingénieurs ++ ». En effet, la première centrale, expérimentale, située à Brennilis dans les Monts d’Arrée est en démantèlement depuis 1985 et 33 ans après, on prévoit que celui-ci sera achevé (peut-être) en 2038 soit 53 ans après, si du moins les associations écologistes laissent faire EDF qui ne s’est pas montré très précautionneux, semble-t-il dans cette première expérimentation.

Vous comprenez alors pourquoi, je fais appel aux mânes de Beaumarchais, d’Oscar Wilde, de Pierre Desproges et même de Rabelais, car si nous n’en rions pas (un peu) maintenant, nous risquons d’en pleurer (beaucoup)  dans… 25 ? 50 ? ans.

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Prise d’eau, prise de tête

Certains disent que si le XX° siècle a été celui du pétrole, le XXI° sera celui de l’intelligence et de la communication autour de la gestion des données. Personnellement, je continue à croire que l’engouement autour du big data et des marchés que génèrent la marchandisation de ces milliards de données n’aura qu’un temps et que cela se dégonflera comme s’était dégonflée il y a 20 ans la bulle spéculative sur ce qu’on appelait alors les NTIC. Le XXI° siècle ne sera donc pas le siècle de la civilisation de la connaissance comme le XX° n’a pas été celui que décrivaient les «visionnaires» de la fin du XIX° et du début du XX°, juste après la première révolution industrielle et juste avant la première guerre mondiale.

Par contre, on peut penser que ce siècle qui aura bientôt vingt ans sera celui d’une remise en cause radicale de la place de l’Humanité sur cette planète et de son empreinte sur tout ce qui vit ou existe en dehors d’Elle. A cet égard, pour faire image, on pourrait dire que le XXI° siècle sera « le siècle de l’eau » tant il est vrai que la gestion de cette ressource va devenir un enjeu majeur pour le développement des sociétés humaines, quel que soit d’ailleurs le mode développement que ces sociétés choisiront.

Afin de ne pas faillir à sa tradition estivale qui est de profiter de ce temps de « vacance de la pensée » pour nous faire réfléchir, le journal Le Monde a publié plusieurs mini-feuilletons de l’été, dont un sur « l’effondrement de la démocratie » dont je ne parlerai pas ici et l’autre sur la « guerre de l’eau aux Etats-Unis » qui est l’objet de ce présent billet.

Pourquoi avoir choisi les Etats-Unis, plutôt qu’un autre endroit sur la planète pour illustrer ce qu’on appelle « la guerre de l’eau » ? Je suppute que  c’est parce que les Etats-Unis étant le pays le plus prodigue en matière de ressources naturelles mais aussi pionner en matière de gestion écologique de ces ressources, il y avait la matière à une démonstration à grand spectacle.  D’autre part il convient de noter que les conflits d’usage que cette enquête met en évidence ne débouchent pas vraiment sur une guerre, ce qui n’est déjà pas le cas dans d’autres parties du monde, notamment le Proche-Orient où la maîtrise de l’eau est d’ores et déjà un enjeu stratégique et un outil de pression à peine diplomatique mais ceci est une autre histoire comme l’aurait dit Kipling.

Nous voilà donc avec une série de reportages qui montrent les comportements viciés de l’Amérique, les conséquences de ceux-ci sur le quotidien des gens (en langage non codé, cela veut dire les « petites gens », les humbles) mais aussi la capacité de réaction d’une partie de la société américaine. Ce sont donc autant de petites leçons sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour éviter que l’eau ne devienne une cause de conflits plus violents. En effet, il ne faut pas croire que ces exemples d’Outre-Atlantique soient totalement déconnectés de ce qui se passe chez nous

Les abus manifestes

Quand l’eau est rare ou le devient, elle est un luxe dont vont s’accaparer les plus nantis, ou si vous voulez voir large, les gens aisés. Ainsi voici deux exemples de ces abus manifestes qui montrent l’égoïsme et l’inconscience de certains :
https://www.lemonde.fr/planete Pomper l’eau du Colorado pour jouer au golf dans le désert de l’Utah
https://www.lemonde.fr/planete En plein désert, les vertes pelouses de Saint George
Scandaleux en effet, ce pillage de l’eau pour le confort des uns et même pour le simple divertissement des autres. Mais cela se passe si loin de nous que nous aurions tort de monter sur nos grands chevaux. Ah, bon ! Croyez-vous ? Mais qu’est-ce que ces piscines dont l’eau est renouvelée tous les jours dans l’arrière-pays du Luberon ou sur la Côte d’Azur, là où par ailleurs, la gestion de l’eau est tendue même en dehors des périodes de canicule ou de sécheresse extrême.

Quand l’eau est une marchandise
L’eau est un bien commun et à ce titre, tout le monde devrait pouvoir y accéder gratuitement, moyennant toutefois une contribution aux coûts d’acheminement de celle-ci, ne serait-ce que pour nous inciter à une consommation responsable. Mais comme l’eau de qualité irréprochable devient, pour certains, une obsession et que cette qualité n’est pas totalement garantie, il s’est créé un marché, aidé en cela par d’habiles hommes de marketing qui jouent sur la corde sensible de la santé et de la bonne forme. Du coup, cela attire les convoitises et donc les abus de pouvoir économique. Evidemment il existe des cas scandaleux et celui dont parle Le Monde en est un des plus flagrants https://www.lemonde.fr En Californie, les bouteilles amères de Nestlé  puisqu’il se passe dans un des Etats qui, connaissant une pénurie chronique a mis en place des règles qui ailleurs apparaîtraient tyranniques pour gérer l’accès à ce bien commun. Mais là encore cela se passe si loin de nous et la Californie est une telle terre d’excès et de contraste qu’on ne peut pas en tirer des conclusions pour nous. En êtes-vous si sûr ?

Voilà, ceci se passe en France et pas n’importe où : https://www.capital.fr VITTEL : fronde contre Nestlé, accusé d’épuiser l’eau Certes les Vosges, ce n’est pas la Californie mais quand même on reste rêveur devant de telles pratiques mais cela semble monnaie courant dans notre beau pays comme le montre ce document en Pdf http://www.lemeeb.net/inc/img/pdf_outils/LeMeeb_A4.pdf

Le groupe suisse n’est donc pas le seul, tant s’en faut. Partout où il y a de l’argent à se faire, l’eau, ce bien commun est devenu une marchandise, justifiant toutes les manoeuvres

L’eau une menace

C’est paradoxal mais l’eau qui est source de vie peut être aussi une menace quand elle se répand n’importe comment et n’importe où. Avec les changements climatiques, la fonte des glaces qui en résulte, l’élévation de la température des océans qui provoque une expansion de la masse d’eau rendent les zones littorales vulnérables. Et si on rajoute des tempêtes de plus en plus violentes, cela peut devenir catastrophique pour certaines contrées. Aux Etats-Unis, la Louisiane en est une parfaite illustration https://www.lemonde.fr La Louisiane cernée par les eaux
Mais le Bayou est un biotope particulier et des cyclones comme Katrina, cela n’existe qu’en Amérique. Certes mais en France, a-t-on oublié la tempête Xinthia et ses dégâts sur la côte vendéenne ? Et nombre de points de notre littoral subissent hiver après hiver les attaques de la mer et si on en croit les services de l’Etat, la submersibilité des côtes n’est pas qu’une hypothèse mais bien un risque  http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr La submersion marine et l’érosion côtière

L’eau souillée mais rien n’est irréversible

La pollution de l’eau et notamment des cours d’eau fut une des premières prises de conscience écologistes en France. Mais pas qu’en France. Et dès qu’il y a prise de conscience, il y a toujours des femmes et des hommes pour se lever et dire que ce n’est plus possible et pour démontrer qu’à force de volonté et pour peu qu’on y mette les moyens, rien n’est irréversible. Là aussi les Etats-Unis nous en offrent quelques exemples :
https://www.lemonde.fr/planete/ Et au milieu coulait une rivière… polluée devenue https://www.lemonde.fr/ Dans le Montana, la résurrection de la Blackfoot
Ou encore cet exemple washingtonien La « rivière oubliée » de Washington 11

Tiens, cette rivière dans une capitale, cela me rappelle …la Seine, dans laquelle le maire de Paris Jacques Chirac avait promis de se baigner en….1988. Depuis, il a dû oublier. Il y a bien des endroits où la qualité de l’eau des rivières est redevenue correcte, même en France mais c’est toujours une question de volonté politique et de moyens financiers.

Bref, tous les sujets abordés par l’enquête du Monde sur l’eau aux Etats-Unis auraient pu être traités avec des exemples français, preuve qu’il s’agit là d’un problème qui concerne tous les pays y compris les plus développés. Et encore tous les sujets n’ont pas été abordés, dont certains sont source de conflits en France : l’irrigation et la création de barrage de retenue, les algues vertes et la pollution d’origine agricole des cours d’eau côtiers pour ne citer que les plus médiatisés.

 

L’eau est bien un sujet majeur des décennies à venir et pas forcément à l’autre bout du monde. La preuve en est que Le Monde a enchaîné avec un nouveau mini-feuilleton de l’été dont le titre générique est « l’histoire de l’eau » mais ceci est une autre histoire comme aurait dit Kipling.

 

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Les paysans bio : victimes de leur succès ou de la malveillance ?

La consommation de produits issus de l’agriculture biologique a le vent en poupe, c’est indéniable, portée par une double vague , manger plus sainement d’une part et d’autre part consommer de façon responsable en favorisant des pratiques agricoles respectueuses de la planète. Pour la seule année 2017, la croissance avoisinait les 20%. Comme la France est globalement déficitaire en produits alimentaires d’origine biologique, qui constituent l’essentiel de la consommation bio, on peut penser que pour rattraper son retard, l’agriculture basculerait massivement vers ce mode de production. Ce n’est pas exactement le cas même si la croissance des exploitations agricoles en conversion ou déjà convertie en bio reste légèrement inférieure à la croissance de la consommation. Normalement aussi, les paysans bio devraient voir la vie en rose car l’avenir semble leur appartenir,

Mais car il y a un mais.

La situation de nombreuses entreprises agricoles bio est en train de se détériorer, non pas faute de débouchés mais plutôt parce que l’équilibre de toutes ces entreprises, comme d’ailleurs des exploitations agricoles fonctionnant selon le schéma de l’agriculture conventionnelle, dépend de deux paramètres qu’elles ne maîtrisent pas totalement : le rapport de force avec les entreprises de transformation et/ou de distribution et surtout des aides publiques distribuées via la Politique Agricole Commune (plus connue sous le nom de PAC pour signifier « paquet cadeau » je suppose).

C’est pour alerter sur la situation de quelques dizaines de milliers de paysans bio que l’un d’entre eux a pris l’initiative d’une campagne médiatique qui prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux
http://www.leparisien.fr/societe/ Charente-Maritime : un paysan bio plombé par l’État et proche de la faillite

Mais comment en est-on arrivé là ? Pour cela, il faut revenir au moins un an en arrière, lorsque le ministre de l’agriculture, jouant un peu à l’apprenti sorcier décida de modifier un peu les règles du jeu, https://mrmondialisation.org PAC 2018 : les agriculteurs bio trahis par le gouvernement
Il eut beau se défendre en affirmant qu’il maintenait l’effort d’aide à la transition vers une agriculture plus paysanne, les coupes budgétaires imposées par l’austérité ambiante étaient là pour le démentir et l’hypocrisie qui consistait à se défausser sur les régions pour assurer la pérennisation de la dynamique ainsi enclenchée fut assez rapidement dénoncée :  http://www.liberation.fr Le gouvernement a-t-il vraiment supprimé les aides à l’agriculture bio ?

En effet, la transition de l’agriculture conventionnelle vers l’agriculture biologique est un processus relativement long le plus souvent et l’aide au maintien après la phase initiale de la transition est le plus souvent indispensable pour stabiliser un nouveau modèle économique. Ceci explique en grande partie les difficultés rencontrées par les paysans bio qui ont franchi le pas ces dix dernières années. Mais cela reste insuffisant pour expliquer  que des entreprises agricoles déjà installées dans le modèle bio depuis plus d’une décennie comme celle de Benoit Biteau connaissent actuellement des difficultés financières dont les causes apparaissent ubuesques ou plutôt kafkaïennes.

En effet si on a la curiosité d’ouvrir le lien fourni par cette publication de la France Agricole
http://www.lafranceagricole.fr Tout sur les MAEC et les aides en faveur du bio, on constate que la gestion des aides en faveur des mesures agro-environnementales relèvent du casse-tête administratif, encore plus que le carcan des normes que dénoncent par ailleurs le syndicat agricole productiviste. Ce sentiment est d’ailleurs exprimé avec beaucoup de pertinence par le commentaire qu’a laissé un des lecteurs en fin de cet article.

L’excuse du bug informatique avancée par les services du ministère de l’agriculture parait bien dérisoire pour répondre à la détresse de ces milliers d’agriculteurs et compte tenu de l’urgence de la situation pour beaucoup d’entre eux, on peut légitiment penser que les circuits financiers de l’Etat sont suffisamment sophistiqués et performants pour dégager en quelques semaines, crise oblige, les quelques dizaines de millions d’euros nécessaires pour effacer les impasses financières les plus criantes.

Il sera toujours temps ensuite d’organiser avec l’agence de paiement et les services instructeurs de l’Etat et des Régions qui ont joué le jeu, les modalités d’un règlement accéléré des sommes restant dues sur les trois derniers exercices.

Sinon, il est à craindre que les belles déclarations du ministre de l’agriculture http://www.leparisien.fr Agriculture bio : le gouvernement «mettra 1,1 milliard d’euros» ne soient une fois de plus que de la poudre aux yeux destinée à masquer que décidément, ce ministre a du mal à reconnaître que le modèle économique représenté par l’agriculture biologique le révulse profondément.

Il convient en effet de noter que les deux tiers de cette aide annoncée provient de crédits européens et que si vous avez suivi ma chronique européenne du mois de juillet, il ne vous aura pas échappé que dans les années à venir la PAC va décroître et que dans le même temps la Commission veut « verdir » toutes les politiques qu’elle va promouvoir, ce qui va vraisemblablement déporter les circuits financiers encore un peu plus loin du ministère de l’agriculture et singulièrement compliquer la tuyauterie administrativo-financières pour gérer ces aides. Les tracas de la filière bio sont donc loin d’être terminé si on n’y prend pas garde.

Si vous voulez en savoir plus et apporter un soutien à ces paysans, voici deux liens utiles/

https://www.facebook.com/benoit.biteau.9

https://www.leetchi.com/c/solidarite-a-benoit-biteau-earl-val-de-seudre-identiterre-ferme-bio-ecocitoyenne-et-conservatoire

PS : compte tenu de la complexité du sujet traité, il se peut que des inexactitudes ou des approximations se soient glissées et je vous prie de m’en excuser. Dans ce cas, n’hésitez pas à laisser un commentaire ou un correctif dans l’espace prévu à cet effet sur ce blog

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