La fragilité des statistiques : et dire que c’est là-dessus qu’ils pérorent !

C’est Coluche qui disait, je crois : « les statistiques, c’est comme le bikini, ça donne des idées mais ça cache l’essentiel ! » Je partage assez l’esprit de cette affirmation mais encore faut-il que le bikini soit à la bonne taille sinon, c’est de toute façon disgracieux et ça tue un peu l’imagination.

C’est ce que nous découvrons tous les jours en lisant la presse.

On nous a déjà fait à plusieurs reprises le coup des statistiques de l’emploi , vraies mais fausses, qu’on corrigeait le mois suivant. Il ne s’agit pas toujours de mensonges d’Etat, ni d’une volonté affichée de travestir la réalité mais le plus souvent d’une faiblesse de notre appareil statistique que pourtant le monde entier nous envie.

En effet, pour que des statistiques puissent être produites, il faut les collecter régulièrement, les regrouper, les agréger et enfin les mettre en forme. Chacune de ces étapes est en partie ou totalement dépendante de l a diligence d’une ou plusieurs personnes. Il suffit qu’à une de ces étapes, une ou plusieurs personnes ne fassent pas ce que le protocole statistique a prévu qu’elle(s) fasse(nt) pour que le total soit faussé

On en a encore une nouvelle preuve ces jours-ci

http://www.lagazettedescommunes.com/331082/des-centaines-de-milliers-de-logements-fantomes-oublies-des-statistiques-officielles/?utm_source=quotidien&utm_medium=Email&utm_campaign=28-02-2015-quotidien

Des centaines de milliers de logements « fantômes », oubliés des statistiques officielles

Si vous êtes intéressé par les raisons techniques de cet ajustement, voici le lien avec la publication publié par le service statistiques du ministère du logement

http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/fileadmin/documents/Themes/Logement-Construction/Construction/Logements/chiffres-stats-numero-special-logements-fevrier2015.pdf

Pour les autres, il suffit de savoir que tout le monde savait que ces chiffres étaient faux mais que personne ne savaient de combien ils étaient faux puisqu’ils n’étaient pas toujours faux de la même manière.

Et pourtant c’est sur ces bases-là que toutes les politiques en matière d’aide au logement sont, sinon pensés et construites, mais au moins justifiées.

Plus de 450.000 logements non comptabilisés, ça en fait du monde en moins à la rue. En théorie !

En effet, de la même façon que les professionnels du bâtiment pouvaient affirmer qu’ils savaient que ces statistiques étaient fausses parce qu’en gros ça ne correspondait pas à leur carnet de commande, les personnes à la recherche d’un logement savent pertinemment que 450.000 logements en plus de ce qu’on pensait, ce n’est pas ça qui va faciliter leur recherche ni qui va faire baisser les loyers.

Quelle conclusion faut-il en tirer ?

1°.Que nos statisticiens ont bien du mérite d’arriver malgré tout à sortir des chiffres qui ressemblent un peu à la réalité.

2°. Que pour autant, il ne faut pas prendre comme « pain béni » toutes les données fournies par notre appareillage statistique . Ainsi quand je lis que nous sommes en déflation, ou presque, mais que toutes les ménagères que je rencontre, me disent que « tout augmente », je me pose forcément des questions

3°. Que les hauts fonctionnaires et tous les think tank qui élaborent des politiques publiques en se fondant sur les statistiques, officielles ou non, feraient bien parfois d’écouter ceux qui au quotidien vivent la réalité que ces statistiques sont censées représenter.

4°. Que les économistes feraient bien d’en faire autant.

5°. Que le croisement de plusieurs informations décrivant la même réalité sous des angles différents permet parfois d’éviter bien des erreurs de pilotage économique. Ainsi prenons le cas de ces statistiques de mise en chantier. Si on les avait systématiquement mis en regard des statistiques de consommation de matériaux de construction, on aurait pu constater assez rapidement des divergences, qui pouvaient s’expliquer par l’erreur statistique…ou par la réémergence du travail dissimulé. Quelle que soit les conclusions qu’on en tirerait, ce ne serait de toute façon pas du temps perdu

Et Conclusion ultime : quelle confiance peut-on avoir en ce chiffre qui est la quintessence de la production statistique économique, le taux de croissance du PIB. ? Déjà que j’ai toujours trouvé bizarre qu’on puisse parler de « croissance négative », je me dis qu’entre une progression de +0.1% et une diminution de -0.1%, la marge est étroite et bien fol qui pourrait s’appuyer sur ce chiffre pour dire « ça va mieux ou c’est pire ! » Il n’y a que les économistes…et les politiques pour le croire. Sans compter que le PIB est le pire outil qui soit parce que justement pour reprendre l’image de Coluche, il s’agit d’un « patron de bikini » plaqué sur « un mannequin de celluloïd ». Je veux dire par là que ce chiffre ne décrit aucune réalité vécue . D’autres indicateurs peuvent mieux expliquer la chose mais cela, à part quelques économistes comme Jean Gadrey ou quelques politiques comme le groupe EELV à l’Assemblée Nationale, peu y croient encore. Cela dit, ces indicateurs sont aussi des constructions statistiques et donc à ce titre soumises aux mêmes aléas humains comme toutes les statistiques.

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Les mal-aimés de nos campagnes

Chaque année, au moment du salon de l’Agriculture, les Français rappellent leur attachement à la paysannerie et à la culture rurale qu’elle représente. Le sondage que publie Le Figaro le confirme, malgré toutes les précautions qu’il faut prendre avec ce genre de sondages.

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/02/22/20002-20150222ARTFIG00062-82-des-francais-aiment-leurs-agriculteurs.php

82% des Français aiment leurs agriculteurs

Mais que nous disent-ils en fait ces Français qu’on a sondé à cette occasion ?

A 87% qu’ils aiment la petite exploitation et que c’est elle que la PAC devrait aider ?

A 12% seulement qu’ils préfèrent la grande exploitation industrielle dite compétitive ?

Par contre ils n’aiment pas les agriculteurs, et j’emploie à dessein ce terme plutôt que celui de paysans, quand ils polluent (à 52%), qu’ils ne respectent pas l’environnement (à 64%) ou qu’ils ne prêtent qu’une attention distraite à la sécurité sanitaire de leurs production (à 61%).

Ce faisant, ils définissent les limites du développement d’une profession que non seulement ils aiment mais à qui ils prédisent encore un bel avenir (à 70%).

Mais alors pourquoi depuis des semaines les leaders d’un syndicat de cette profession choyée vont-ils de studios de radio en cabinets ministériels pour trimbaler leur spleen de « mal-aimés de la République » ? Compte tenu de ceux qu’ils ont obtenu avec leurs jérémiades, qui ont tendance à se transformer en jacqueries destructrices dès lors que les larmes semblent devoir rester sans effet, on peut penser que les pouvoirs publics ont entendu ce message et uniquement ce message et non pas celui des Français.

En effet quel est leur projet à ces Jérémie des champs. Il est d’abord dénoncé par leurs concurrents syndicats, qui ne sont pas des « EXPLOITANTS agricoles » mais des « PAYSANS ».

http://www.confederationpaysanne.fr/actu.php?id=3347

Carte de l’industrialisation de l’agriculture : Une dérive destructrice pour les paysans

En effet, leur projet c’est l’adoption par la profession agricole des schémas de production qui ont amené l’industrie dans une impasse. Ces usines à viande, c’est justement ce dont les Français ne veulent pas (12% seulement y sont favorables rappelons-le). Ces modes de production cumulent en effet tous ceux qui rebutent les Français : une hyper-rationalisation du travail qui détruit des emplois sans rendre les emplois maintenus, ni plus intéressants, ni mieux rémunérés, une concentration des pollutions, qui plus que les effluents eux-mêmes, est l’inconvénient majeur de ces implantations, une concentration d’animaux qui favorisent la propagation des germes bactériens et donc d’une manière ou d’une autre aura une conséquence sur la sécurité sanitaire des produits issues de ces usines à viande. Et je ne parle même pas du bien-être animal, puisque sur ce point nous n’avons pas une sensibilité aussi exacerbée que les Britanniques

Leur projet, c’est aussi une politique sociale déplorable. Comment peut-on encore s’appeler coopérative quand on privilégie la réduction des coûts, ou si vous préférez la maximisation du profit sur la santé des travailleurs.

http://www.franceinter.fr/emission-interception-bretagne-une-histoire-de-grains-pourris

Une histoire de grains pourris

Incidemment, ce scandale dans une coopérative bretonne montre que des produits interdits circulent dans ces entreprises et que ceci est un délit. On comprend mieux que ces gens-là n’aiment pas trop la réglementation.

Mais celui qui décrit encore le mieux le projet de ce syndicat, c’est encore son patron, qui est également le patron d’une entreprise purement industrielle Sofiprotéol-AVRIL. Il explique sans ambages quel est son modèle

http://www.terraeco.net/Xavier-Beulin-president-de-la,58735.html

Xavier Beulin : « Nous sommes prêts à moins de pesticides, mais où sont les solutions alternatives ? »

Pour lui, l’agriculture est accusée de tous les maux :

Produits phytosanitaires : si on retrouve plus que des traces dans les viandes que nous consommons au point que certains demandent avec ironie à faire rembourser leur escalope de dinde par la Sécu, c’est qu’il y a quand même un problème

Gestion de l’eau : si la Cour des Comptes se fend d’un rapport virulent sur la mauvaise gestion des agences de l’eau au profit presqu’exclusif des agriculteurs, c’est sûrement que ces magistrats financiers ont découvert un système qui ne marche pas bien

Bien-être animal : essayez de mettre 1 millions de poulets dans un hangar gigantesque et vous comprendrez ce qu’est le mal-être animal

Climat : reconnaissons-là qu’ils ne sont pas les seuls mais comme on ne prête qu’aux riches ……

Oui son agriculture est accusée, avec raisons, de tous ces maux, mais pas forcément toute l’agriculture, car il existe une autre agriculture qui gère l’eau avec intelligence qui n’utilise ni produits phyto-sanitaires , ni engrais de synthèse et qui subit une réglementation autrement plus contraignante que les règlements dont se plaint Mr Beulin. Cette agriculture a un nom dans sa forme la plus aboutie, l’agriculture biologique, mais aussi dans une version plus light, l’agroécologie. Ces deux formes d’agriculture acceptent une réglementation car elle est la meilleure protection qu’elles connaissent du maintien de la qualité de ce qu’elles produisent. Quand on s’en prend ainsi à la réglementation, en général et sans faire de distinction, c’est que celle-ci gène. Que certaines règles méritent d’être revues, c’est indéniable mais on connait trop bien cette antienne anti-réglementaire au nom de la liberté d’entreprendre qui n’est autre que « la liberté du renard libre dans le poulailler libre »

Et puis il y a cette ode à l’innovation. Encore un qui saute sur sa chaise en criant « Innovation ! Innovation ! » comme si c’était le sésame du bonheur. L’innovation est ce qu’on en fait. Se poser la question : « Mais où sont les solutions alternatives aux pesticides ? », c’est déjà un aveu de méconnaissance de ce que sont les innovations en matière agronomique.Parier sur les manipulations génétiques, sur les drones, sur l’informatique, c’est vraiment avoir une vision industrielle de la production agricole. Je l’ai déjà écrit quelque part, l’innovation n’a de sens que si elle est favorable à l’homme, celui qui produit comme celui qui consomme, qu’elle n’est pas nuisible à la planète et donc qu’elle n’oblitère pas les chances des générations futures d’avoir un avenir moins sombre que le notre.

Et puis au détour de cet interview au vitriol, Mr Beulin fait de savoureux aveux : « Oui, certaines molécules sont nocives. Des agriculteurs tombent malades, les abeilles disparaissent, les deux tiers des cours d’eau français sont pollués. N’est-ce pas assez clair ? » , on ne saurait mieux dire pour décrire la nocivité de son schéma de production;  ou encore un peu plus loin : « Or, dès qu’il s’agit d’un aliment, il est interdit, de manière dogmatique, de les utiliser pour produire de l’énergie. D’ailleurs, pourquoi ne sont-ils pas impropres à la consommation dans des pays comme l’Egypte ? De la même façon, pourquoi les farines animales ne sont-elles pas autorisées en France ? » Intéressantes questions en effet. Si ces céréales sont impropres à la consommation humaine dans certains pays, pourquoi les vend-on ailleurs ? et pour ce qui est des farines animales, Mr Beulin se souvient-il de la terreur qui régnait dans ses rangs au temps de l’ESB, dite « crise de la vache folle ». Une des formes que prend l’intelligence, c’est de ne pas recommencer les erreurs qui ont été douloureuses.

Alors oui, une certaine forme d’exploitation agricole est mal aimée des Français, mais à qui la faute ? Pas aux Français, quand même ? Peut-être aussi à ceux qui rue de Varennes (au ministère de l’agriculture) ou à Bruxelles continuent à défendre un modèle qui manifestement n’a plus l’assentiment de nos populations.

 

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Innovation ? Quelle innovation ?

Innover, innover, innover ! ils n’ont plus que ce mot à la bouche. Je ne rentrerais pas dans le débat sémantique sur ce qu’est l’innovation, mais je constate qu’est innovation aussi bien le « téléphone-appareil photo-ordinateur-grille-pain » que le « vélo très lourd qu’on prend à un endroit et qu’on laisse ailleurs parce qu’on est libre » ou encore « si tu me donnes des sous je ferais quelque chose de très chouette et t’en auras une copie gratos ». Donc l’innovation n’est pas que technique, elle peut être commerciale ou sociale. Même les associations, sans but lucratif, sont sommées d’être innovantes si elles veulent bénéficier des subsides publics. C’est donc le concours Lépine permanent.

On se demande bien d’ailleurs ce qui poussent tous ces gens a priori rationnels à vouloir toujours du nouveau quitte à rejeter un « ancien » qui rend encore bien des services. J’avancerais bien quelques pistes personnelles : la compétition internationale ? C’est vrai pour ce qu’on appelle le « business » mais franchement pour une association citoyenne, je vois pas bien. Le besoin d’améliorer le monde tel qu’il est ? Voilà une motivation bien plus passionnante et qui pourrait convenir à tous.

Voyons ce que donne cette grille de lecture à partir de deux cas d’entreprises présentées comme innovantes, situées toutes deux dans le secteur de l’informatique. Il s’agit donc a priori d’innovation technologique.

1984 dans votre ordi

Voici  la première « innovation »:

http://business.lesechos.fr/entrepreneurs/financer-sa-creation/nextuser-la-start-up-francaise-qui-pitche-devant-richard-branson-107881.php#xtor=EPR-21-[entrepreneurs]-20150211-[Prov_]-1681742@2

NextUser : la start-up française qui pitche devant Richard Branson
Si vous avez lu l’article, vous vous êtes peut-être dit , comme moi, en lisant le début : « Wouah ! c’est impressionnant. Un petit Frenchy qui est reçu par un parterre de ce que le monde de l’informatique et du net fait de mieux ». Puis, en fin de lecture, je me suis demandé quelle utilité sociale pouvait bien avoir cette « innovation » .

Pour ceux qui n’ont pas lu, je résume : c’est un machin qui, comme beaucoup d’autres cookies, vous pistent sur internet, mais celui-ci présenterait en plus la particularité de décortiquer votre personnalité à travers vos pérégrinations sur la Toile. Et cela dans le but de permettre à n’importe quel marchand, de trucs plus ou moins utiles, de vous aborder sur vos navigations pour dire combien il vous comprend. Bref, c’est du flicage psychologique, mais à votre insu.

C’est pas nouveau : n’importe quel vendeur a appris dans son école de vente, à déchiffrer les névroses, les angoisses et les envies de ses prospects. Mais là au moins, vous le savez puisque le vendeur est là en train de vous baratiner. Vous pouvez donc résister.

Avec ce machin, cela se fait dans votre dos . Si innovation rime avec espion, alors moi je dis « Non, merci ! »

Mais aurai-je vraiment mon mot à dire ?

La nouvelle pomme est peut-être nantaise

Voici la seconde « innovation » :

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/innovation-jules-lordi-nantais-qui-boude-apple-microsoft-12-02-2015-193162?utm_source=newsletter&utm_medium=OFentreprise&utm_campaign=20150213_local_votreNewsletter

Innovation. Jules, l’ordi nantais qui boude Apple et Microsoft

Cela me rappelle que dans un précédent billet, je me suis gentiment moqué des fans de l’ordi à la pomme et de son univers, du moins de ceux qui tapent sur ce matériel et avec ces logiciels des textes très enflammés et très définitifs contre les « multinationales néolibérales » , contre la « mondialisation inhumaine qui exploite les uns tout en dépouillant les autres », contre « le mythe de la croissance continue qui mine la planète » ou plus simplement contre « l’accumulation de plus en plus de richesses entre des mains de moins en moins nombreuses » sans se rendre que c’est avec ce matériel et ces logiciels que la firme en question a généré, le plus gros bénéfice jamais enregistré en un seul  trimestre par une seule entreprise et qu’à ce titre, elle représente la quintessence de ce qu’ils dénoncent.

Et voilà donc un ordinateur qui répond au fier nom de « Jules », tout équipé de logiciels « libres » qui prétend combattre à lui seul l’oligopole constitué par le duo de la pomme et de la fenêtre. Culotté le projet. Mais après tout lorsqu’ils démarrèrent  leur affaire, les deux Steve avaient aussi comme ambition de mettre fin au monopole de celui qu’on appelait « le grand bleu » et qui au début des années 80 contrôlait 80% du marché mondial des machines informatiques.

Alors proposer un appareil dont tous les logiciels seraient gratuits, qui ne se démoderait pas au fil des années parce que la communauté des utilisateurs génère ses propres améliorations , est-ce vraiment une innovation ? ça, je ne le sais pas mais en tout cas, ce serait socialement bien utile,…. A condition qu’on m’apprenne l’univers Linux.

Alors ? Il y a bien innovation et innovation. Mais  je suis prêt à parier mon vieux HP contre un petit Jules que ces petits Nantais ne seront jamais reçu dans l’ile paradisiaque de celui dont l’entreprise est virginale. Bizarre, non ?

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Les marchands de canons

Ça y est ! c’est reparti. La France essaie de reprendre son rang dans le concert des marchands de canon mondiaux et compte tenu de l’agitation industrialo-diplomatique,  les contrats vont tomber en rafale. Et ce n’est pas qu’un jeu de mots plus ou moins macabre compte tenu du sujet évoqué ni une astuce plus ou moins lourdingue sur l’avion le plus furtif qu’ait jamais conçu l’industrie aéronautique française, tellement furtif qu’on ne le décelait qu’à peine en dehors du ciel de France.

Concernant cet avion, je viens cependant  de parler à l’imparfait parce que d’une part on a vu les ailes du Rafale et que ce n’est plus un avion invisible puisqu’on l’a vu dans le ciel du Moyen Orient et d’autre part parce que pour la première fois il est fortement question qu’il soit vendu à une puissance étrangère

http://www.ouest-france.fr/dassault-france-et-egypte-proches-dun-accord-sur-24-rafale-3171320

Dassault. Le Rafale proche de son premier contrat à l’export

Faut-il voir un lien de cause à effet entre ces deux éléments ? Difficile d’imaginer qu’une intervention militaire serve de champ de démonstration pour un marchand d’armes ? Moralement c’est effectivement difficilement imaginable…..

Mais ça ne s’arrête pas là. Comme je n’avais pas suivi de près les pérégrinations diplomatiques de notre ministre et de ses équipes, je suis pris un peu de court par cette annonce.

http://www.ouest-france.fr/livraisons-darmes-au-liban-les-premieres-commandes-remises-en-avril-3176002

Livraisons d’armes au Liban. Les premières commandes remises en avril

Mais en lisant l’intégralité de l’article, on comprend un peu mieux ce qui s’est passé. IL est devenu impossible aux monarchies de la Péninsule Arabique d’acheter des armes. On leur en a déjà tellement vendu qu’ils ne savent plus ou les mettre. Donc ils financent les achats des autres et pour le coup le Liban semble devoir renouveler tout son arsenal, sauf …les avions de chasse. Il y aura donc des blindés comme des navires de moyen tonnage.

Tiens à propos de blindés, j’avais piqué dans la presse régionale cette annonce en me disant que nos savoir-faire militaire étaient en train de se faire la malle

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/automobile-lexpert-blindage-centigon-sous-pavillon-chinois-08-01-2015-183703?utm_source=newsletter&utm_medium=OFentreprise&utm_campaign=20150109_local_votreNewsletter

Automobile. L’expert du blindage Centigon sous pavillon chinois

Mais j’ai été trompé par le mot « blindage ». En fait il ne s’agit jusqu’à présent que de cette « niche » très étroite des limousines blindées que les puissants de ce monde se  sentent obligés d’acquérir, pensant ainsi se prémunir de la vindicte populaire ou des visées malveillantes de leurs concurrents mais néanmoins confrères. Il faut dire que j’avais de quoi m’y intéresser puisque quelques mois plus tôt, c’était bien un marchand d’armes étrangers qui avaient manifesté des velléités de mettre la main sur un établissement industriel français.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/20120910trib000718727/les-ateliers-bretons-sauves-par-les-tanks-russes.html#xtor=EPR-2-[Lactu+du+jour]-20120911

Les Ateliers Bretons sauvés par les tanks russes

Malheureusement, ou heureusement, l’affaire avait tourné court car les Russes s’étaient révélés être des partenaires financiers peu fiables

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/chateaubriant-russes-font-coup-pendable-abrf-06-09-2013-108293

Châteaubriant. Les Russes font « un coup pendable aux ABRF »

Heureusement, ai-je envie de dire. Imaginez en effet, dans la situation diplomatique actuelle, où la France bloque toujours la livraison d’une frégate de  type « Mistral », ce que serait la situation de ces Ateliers Bretons.

Mais j’ai aussitôt envie d’ajouter que malheureusement l’affaire ne s’est pas faite pour les salariés de cette boîte puisqu’elle a fini par fermé privant d’emploi près de 100 personnes

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/chateaubriant-sans-repreneur-abrf-ferme-23-05-2014-146738

Châteaubriant. Sans repreneur ABRF a fermé

Tiens ! tiens ! sauver des emplois ? Revoilà que revient par un biais que je n’avais pas prévu l’une des trois justifications de l’activisme commercial de la France en la matière : l’emploi, la balance commerciale, la défense nationale voilà le trépied sur lequel repose notre vocation de marchand de canons. Compte tenu de la tension qui existe sur ces trois questions, cela rend très sensible la question générale de notre industrie d’armement. Or une des principales entreprises du secteur va mal

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/20150123trib4dd1d86b6/dcns-plonge-dans-le-rouge-et-plombe-thales.html

DCNS plonge dans le rouge et plombe Thales

Tout est donc bon pour aider DCNS à se remettre à flot. Mais pour cela faut-il poursuivre dans le développement de la fabrication d’outils de mort ? Après tout, il existe des exemples dans l’histoire industrielle de la France de reconversion civile des industries d’armement. Après tous les anciens arsenaux ont développé bien des compétences qui pourraient être valorisées. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont commencé à faire avec les énergies de la mer.

http://france3-regions.francetvinfo.fr/basse-normandie/2014/12/02/hydroliennes-gdf-suez-alstom-et-edf-dcns-laureats-de-l-appel-d-offres-pour-des-fermes-pilotes-604944.html

Hydroliennes: GDF Suez-Alstom et EDF-DCNS lauréats de l’appel d’offres pour des fermes-pilotes

On peut rêver d’une reconversion plus totale !

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1.000° billet = rafale de coups de gueule

Et voilà, c’est fait ! C’est le millième billet que je publie sur ce blog et l’aventure n’est pas près de se terminer si j’en crois l’actualité. Tant que je trouverai dans la lecture de la presse des raisons soit de me moquer soit de pousser des cris de colère, je continuerai à écrire. Et vu ce qui va suivre, c’est pas demain la veille.

La pomme est-elle pourrie ?

Lors de la mort de Steve Jobs, certains avait voulu en faire un saint, ou à tout le moins un bienfaiteur de l’humanité. Depuis, des révélations, faites par une presse nécessairement mal intentionnées, ont montré dans quelles conditions étaient produits les petits objets électroniques marqués de la petite pomme, qui envahissent le quotidien de nos contemporains en vidant leurs porte-monnaie.  Le résultat est patent : Apple est l’entreprise la plus profitable qui ait jamais existé

http://www.optionfinance.fr/actualites/bourse/detail/la-valeur-du-jour-a-wall-street-apple-le-trimestre-de-tous-les-records.html

APPLE : le trimestre de tous les records

Je veux bien croire que cette marque vende beaucoup mais cela ne justifie pas de tels profits. Et qu’on ne vienne pas me dire que je cède à ce pêché mignon des Français de jeter l’opprobre sur tout ce qui est enrichissement en le soupçonnant d’être malhonnête . A ce niveau, il ne peut pas s’agir que d’une bonne « gestion de père de famille » et du « fruit d’une vie laborieuse ». Mais ce qui me navre le plus, c’est de voir opposants les plus farouches à ce système d’accumulation des richesses, défendre tout aussi farouchement leur appartenance à la famille des « applomaniacs » au nom de l’opposition aux grandes entreprises dont la « société à la fenêtre » serait l’emblème. La pomme comme la fenêtre sont les deux versants opposés d’une même réalité : le rassemblement dans un nombre de mains de plus en plus restreint de plus en plus de richesses.

C’est d’ailleurs ce que disait aussi une étude menée par une ONG britannique, qui malgré ses imperfections montrent que la tendance est puissante et continue depuis le déclenchement de la crise financière de 2008.

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/21/1-les-plus-riches-les-limites-de-l-etude-d-oxfam_4560443_4355770.html

« 1 % les plus riches » : les limites de l’étude d’Oxfam
Certes, loin de moi l’idée de dire qu’ils ont provoqué cette crise pour en profiter, car certains d’entre eux y ont laissé plus que des plumes, mais cette caste a montré une aptitude à l’adaptation rapide  et su tirer profit (c’est le cas de le dire) de la situation. Warren Buffet a raison pour le coup de plastronner en claironnant que la lutte des classes a bel et bien existé et que c’est son camp (sa caste) qui l’a gagnée.

Evidemment cela s’est fait au détriment de tous les autres, à commencer par ce qu’on a appelé, de façon inexacte, les classes moyennes, et qui ne sont que le groupe médian qui avait le plus profité de la période précédente, dite du « welfare state ». Mais cela a touché de façon la plus dramatique, ce qui était à la frange de ce groupe qui du coup ont été décrochés. C’est surtout spéctaculaire dans les pays où justement le « welfare state » n’a pas mis en place des stabilisateurs sociaux qui permettent d’atténuer les chocs, pendant un temps, comme en France.  A cet égard, l’exemple états-unien est parlant

http://www.ouest-france.fr/new-york-un-nombre-record-de-sdf-dont-plus-de-25-000-enfants-3165647

New York. Un nombre record de SDF dont plus de 25 000 enfants

Ce n’est évidemment pas le seul pays au monde où les inégalités se sont de nouveau creusées mais c’est quand même le centre du système et New-York en est le cerveau.

Et puis surtout parce que symboliquement New-York est affectueusement appelée …. »Big Apple », la Grande Pomme

La petite monnaie des puissants

Puisque j’en suis à pousser des coups de gueule contre les grands de l’informatique et du Net, je ne résiste pas au plaisir de dire que franchement nos services fiscaux sont modestes et montrent les limites de leurs moyens en parlant d’un « redressement » fiscal pour un tel montant.

http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/microsoft-redresse-de-16-4-millions-d-euros-par-le-fisc-francais_1647114.html

Microsoft redressé de 16,4 millions d’euros par le fisc français

Certes L’entreprise à la fenêtre n’engrange pas les mêmes profits que sa concurrente précédemment citée mais ce n’est quand même pas la petite PME ni même un petit group industriel à la française.

Ce montant comparé aux sommes manipulées par ce monstre planétaire, c’est tout juste une petite correction de trajectoire mais qui n’est de nature à faire réfléchir ceux qui décident depuis la côte Ouest d’Amérique.  Il faut dire que tenants du libéralisme pur et dur, ils sont intimement persuadés que l’Etat, donc l’impôt, est plus souvent du parasitisme que l’outil de la volonté populaire, préférant montré leur compassion au monde à partir de leur fondation et des sujets que eux considèrent d’intérêt général.

Je dois dire à leur décharge que s’ ils observent ce que font les castes dirigeantes françaises, cela doit les conforter dans l’idée que décidément l’argent public est bien mal utilisés

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/giscard-l-ancien-president-qui-coute-le-plus-cher-a-l-etat-suivi-de-sarkozy_1645346.html

Giscard, l’ancien président qui coûte le plus cher à l’Etat, suivi de Sarkozy

Et dire que c’est un Premier ministre socialiste qui a mis cela en place sans vraiment de contrôle du Parlement. Il suffirait peut-être que dans un accès de vertu, la majorité actuelle décide d’y mettre fin. Compte tenu des bénéficiaires actuels, cela ne devrait pas être un crève-cœur. Et quant à l’actuel occupant de l’Elysée, il devrait pouvoir faire son deuil de cette manne post-présidentielle car il a des goûts modestes : dans ses déplacements privés, il circule en scooter, c’est dire !

Dans un autre registre, revient sur le devant de la scène les dérives des castes dirigeantes françaises qui ont réellement du mal à démêler ce qui relève de la mobilité souhaitable entre la sphère publique et la sphère privée et ce qui relève du conflit d’intérêts

http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/francois-perol-renvoye-en-correctionnelle-pour-prise-illegale-d-interet_1648488.html

François Pérol renvoyé en correctionnelle pour prise illégale d’intérêt

Je dois dire que rien n’aura été épargné à l’intéressé qui fut un temps accusé, à tort, de délit d’initié alors même qu’il avait agi dans l’intérêt financier de l’établissement qu’il dirigeait. En ce qui concerne son arrivée à la tête d’un des plus grands établissements financiers français, il semble qu’il soit aussi victime d’un système qui fait que si on veut durer il faut « faire le job ». Il n’est pas le seul à être ainsi passé des cabinets ministériels ou présidentiels à la tête d’une grande banque. C’est une spécialité française. Ailleurs, c’est plutôt l’inverse : on passe du board d’une grande banque à un poste de ministre ou de directeur de banque centrale.

Mais avouez que ces petits jeux sont bien dérisoires financièrement par rapport aux sommes dont je parlais au début. C’est peut-être là la vraie différence entre le monde de la Finance pure et le monde plus modeste de ceux qui gravitent autour de l’Etat.

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Mieux vaut en rire-rubrique inépuisable-n° 109

« dépêchons-nous d’en rire maintenant, de peur d’avoir à en pleurer demain .» Beamarchais

« L’humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde

« On peut rire de tout mais pas avec tout le monde. » Pierre Desproges

« Pour ce que rire est le propre de l’home. » Rabelais

 

Farine de poisson …d’Avril

Antiphrase ou litote, les entreprises qui changent de nom le font pour montrer qu’elles ont changé et/ou pour donner plus de visibilité.  En fait, en guise de  « plus de visibilité », elle cherche surtout à mieux se cacher étant devenues un peu trop visibles. Dans les années 80 et 90 ce fut le cas des Sociétés qui avaient toutes la même particularité de s’appeler « Société, ou Compagnie Générale de… » et d’avoir de fortes attaches avec la sphère publique. Dans la France d’alors, c’était une suspicion de relations d’influence troubles. Ce fut la mode des noms en V , Vinci pour Société Générale d’Entreprise, Veolia et Vivendi pour Compagnie Générale des Eaux qui suivirente les années en « El » dont le fleuron fut longtemps Alcatel pour Compagnie Générale d’Electricité.

Récemment une entreprise qui assure largement ses fins de moisgrâce à l’aide appuyé de l’Etat aux agro-carburant a aussi décidé de changer de nom. Evidemment c’est aussi pour montrer qu’elle allait changer de gouvernance et pour avoir plus de visibilité. Jusqu’à preuve du contraire, on va les croire

http://www.ouest-france.fr/agroalimentaire-sofiproteol-devient-le-groupe-avril-3101717

Agroalimentaire. Sofiproteol devient le groupe Avril

Mais choisir un nom est un art difficile et manifestement les brillants créatifs qui ont planché sur ce baptême ont oublié que Soprofiteol avait décidé de se recentrer sur son métier de base c’est-à-dire l’alimentation humaine et animale. Or qu’est-ce qu’ils mangent ces animaux ? En tre autre, ils mangent…des farines dont des farines de poissons

Ça la fout mal de donner à ses bestiaux de la « farine de poisson d’Avril » !

 

Adieu veaux, vaches cochons…

Il y a 18 mois, la Bretagne était à deux doigts du collapsus parce que son agriculture était malade. On aurait plutôt dû dire son élevage et toute la filière qui suit. En première ligne, il y avait la filière avicole  suivie de près par la filière porcine. Depuis, cela semble aller mieux pour les poulets, du moins si on en croit les nouvelles rassurantes qui viennent de chez Doux et les promesses qui ont entouré la reprise de tillySabco par un trio improbable composé d’un producteurs d’algue high tech, de distributeur de viande halal et d’une Chambre de commerce. Cela dit ça se comprend quand on voit le palmarès gastronomique des Français

http://www.ouest-france.fr/cuisine-le-poulet-roti-plat-prefere-des-francais-3156618

Cuisine. Le poulet rôti, plat préféré des Français.

Ce n’est plus la poule au pot du Béarnais mais cela reste le plat emblématique des tables du dimanche. Cela ouvre de belles perspectives aux volaillers français s’ils se donnent la peine de répondre encore plus aux exigences de qualité et ne pas céder aux facilités de la production de masse qui avait ravalé le poulet au rang de met de seconde classe.

Quant aux producteurs de cochon, ils ont sûrement du souci à se faire. En effet, il faut descendre à la 9° place pour trouver un plat contenant du porc (la choucroute) parmi les plats préférés des Français. Il y a donc peut-être un problème d’adéquation entre l’offre et la demande. C’est bien beau de bâtir des projets à mille gorets si derrière la demande ne suit plus. Rappelez-vous Perrette et son pot au lait. Il ne suffit pas d’inscrire des chiffres dans un prévisionnel.

Mais là, j’ai pas trop le cœur à me moquer, beaucoup de petits producteurs et même de plus gros sont en train de vivre des moments difficiles, entrainés qu’ils ont été dans une spirale qu’ils n’ont pas voulu et surtout qu’ils n’ont à aucun moment maitrisé

 

Qui va à la chasse, perd sa place

Il fallait s’y attendre. Quand on construit les maisons en commençant par le toit en général cela se termine mal. C’est ce que l’ancien Premier ministre constate avec amertume. En effet, poussé par son zèle en faveur de sa chère métropole, il avait choisi de commencé la réforme territoriale par la loi sur les métropoles qui aurait dû en toute logique parachever l’édifice territoriale en partant du fait communal puis de l’articulation département-région et finir par l’exception métropolitaine.

Mais partant du principe que les blés engrangés sont en sécurité, il a fait passer contre toute logique la loi « d’affirmation des métropoles ». mal lui en a pris ;

Maintenant qu’il n’est plus qu’un député comme les autres, il a le retour du bâton et de la part de ses amis qu’il avait ainsi maltraités. Du coup, il est en colère.

http://www.lagazettedescommunes.com/322303/le-carton-jaune-de-jean-marc-ayrault-a-la-reforme-territoriale/?utm_source=quotidien&utm_medium=Email&utm_campaign=04-02-2015-quotidien

Le carton jaune de Jean-Marc Ayrault à la réforme territoriale

Et c’est d’autant plus rageant que s’il avait été moins pressé, et vu la façon dont cette loi n’est pas piloté c’est le dernier qui parle qui a raison, il doit se mordre les doigts de ne pas avoir suivi  la logique. Et puis de toute façon il a tort : s’il voulait que SA réforme aboutisse il n’avait qu’à rester.

Quoique, quand on voit comment s’emmanche une réforme sur laquelle un consensus conflictuel (si, si, ça existe) s’est fait, on se dit que dans cette réforme tout est possible

Viens chez moi, j’habite chez ma rivale !

Comme je l’avais prévu, il n’a pas fallu longtemps pour que les querelles de clocher s’allument dans les provinces

http://www.lesechos.fr/journal20141210/lec1_france/0204002407091-les-capitales-regionales-font-de-la-resistance-1073344.php

Les capitales régionales font de la résistance
C’était prévisible par tous sauf vraisemblablement par ceux qui pilotent la réforme. Et en plus ils ont l’humour d’appeler cette loi « NOTRe » ! Au fait, Monsieur Ayrault, on comprend mieux que vous soyez opposé au rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne car il auarait dur pour vous d’admettre que la capitale de cette région était Rennes puisque tout comme Nantes vous en avez fait une métropole. On ne pas tout prévoir.

Touchez pas au grisbi !

Voilà un autre problème qui laisse les têtes d’oeuf de la Place Beauvau et de Bercy comme des poules devant une perle : le budget 2016

http://www.lagazettedescommunes.com/319840/fusion-des-regions-le-casse-tete-des-budgets-2016/?utm_source=quotidien&utm_medium=Email&utm_campaign=04-02-2015-quotidien

Fusion des régions : le casse-tête des budgets 2016

Techniquement dans le privé on sait faire cela très bien lors des opérations de fusion-acquisition mais cela peut se comprendre puisqu’en général, c’est qu’une des entreprises l’a emporté sur l’autre et elle marque aussitôt sa prééminence dans le budget mais aussi dans les comptes. Dans les régions, c’est autre chose car toute décision budgétaire est P.O.L.I.T.I.Q.U.E Or de quoi vivent-ils ces élus si ce n’est de la politique et pour la politique ? Faire admettre à une petite région qu’elle a été absorbée par une plus grosse ? Impensable ! D’où le problème soulevé par la gazette. Pourtant, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. De toute façon, les lycées seront à entretenir, les transports en commun à organiser aujourd’hui comme demain en Picardie comme dans le Nord-Pas de Calais. Que vous le vouliez ou non, vos choix ne sont qu’à la marge sur UN SEUL budget, messieurs les élus. Mais tant qu’on se noiera dans ce genre de problème, ils seront accusés d’incurie.

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Mondialisation heureuse : réminiscences et nuages noirs

Il y a encore 75 ans notre vision du monde se limitait à l’Europe, à l’Amérique du Nord et quelques points isolés dans l’hémisphère Sud, sans compter évidemment « les colonies » qui n’étaient qu’un appendice de cette Europe.

Il y a 5 siècles, notre vision du monde se limitait à l’Europe et on ne parlait qu’à peine des « colonies » qui n’étaient déjà qu’un appendice, juteux, de cette Europe.

Aujourd’hui notre vision du monde est…mondiale.

Cela change évidemment la perspective mais quand on écoute et regarde le monde tel qu’il avance en cahotant, on ne peut s’empêcher d’avoir des réminiscence de ces passés plus ou moins lointains.

 

Ukraine, sudètes, Munich et république espagnole

Comment en effet ne pas penser aux Sudètes en entendant les revendications de la minorité russophones du Donbass ? Comment ne pas penser également à l’Anschluss avec l’Autriche ? Comment ne pas voir qu’il existe aussi des minorités russophones importantes dans les Etats baltes ? Comment alors ne pas penser aussi au couloirs de Dantzig en voyant l’enclave de Kaliningrad et au fameux slogan « mourir pour Dantzig » ? Comment du coup ne pas se souvenir aussi que Kaliningrad, c’est l’ancienne Königsberg , que Königsberg fut le siège du très puissant ordre des Chevalier teutonique dont la défaite face à Alexandre Nevski fut élevée au rang d’acte fondateur de l’Etat russe par la propagande nationaliste soviétique dont se nourrissent encore les actuels maître du Kremlin ?

 

Comment ne pas penser au départ anxieux de Chamberlain et Daladier vers Munich et les titres soulagés  des journaux à leur retour « la paix est sauvé » en voyant Hollande et Merkel faire le go-between entre Kiev et Moscou et lire dans certains organes de presse dès le lendemain « un plan de paix est sur les rails » ?

 

Comment ne pas penser aussi à la guerre d’Espagne où un général factieux, Franco, lança un coup d’état contre un gouvernement démocratiquement élu, les républicains, en voyant des séparatistes factieux prononçait une sécession par refus d’une défaite électorale lors d’un scrutin démocratique ?

Comment ne pas penser alors aussi à l’attitude frileuse des démocraties européennes, Blum en tête, qui refusèrent aux troupes républicaines les armes qui leur manquaient alors que les totalitarismes italiens et allemands fournissaient un appui logistiques lourd à Franco en entendant les fortes réticences des états européens face aux propositions américaines d’armer les troupes régulières ukrainiennes pour contrer les milices du Donbass lourdement armées (par qui ?) ?

 

Guerre de religions,  brigades internationales

Comment en effet ne pas penser à la sanglante guerre civile qui opposa catholiques et protestants dans la France de la seconde moitié du XVI° siècle en  entendant ce qui se passe au Yemen mais aussi en Syrie, et même dans les émirats entre Sunnites et chiites ? Ce sont toujours des coreligionnaires qui s’entretuent  au nom d’une vision différente d’un même dieu.

Comment en effet ne pas penser aussi à la très sanglante guerre de Trente Ans qui faillit mettre l’Europe Centrale à genoux parce que des souverains de confessions différentes mais d’une même religion s’affrontaient sous prétexte de religion mais pour des raisons bien plus matérialistes en voyant les tensions montaient entre les Etats, ou ce qui en reste, au Proche et Moyen Orient et dans la péninsule arabique, au nom d’une vision différente de l’Islam mais aussi pour la mainmise sur le pétrole ?

Comment en effet ne pas penser aussi  aux Brigades Internationales qui volèrent au secours de l’armée républicaine  en voyant des centaines voire des milliers de jeunes désorientés aller se faire tuer en Syrie dans ce qu’il croit être un juste combat ? J’admets que cette réminiscence plus que les autres que je viens de citer est peut-être mal à propos compte tenu du contexte des deux situations mises en parallèle, mais on ne peut pas ne pas y penser ne serait-ce que pour essayer de comprendre le ressort , bizarre et ténébreux, qui fait agir ces jeunes.

A vous de jouer, mesdames et messieurs le puissants

Dès lors comment ne pas espérer que ceux qui nous gouvernent aient une solide culture historique et que, eux aussi, aient ces réminiscences en tête quand ils se réunissent, à deux, à trois, à beaucoup, pour affronter ces situations toutes périlleuses  à cent lieues de la « mondialisation heureuse » qu’on nous a promis ?

Comment ne pas espérer que collectivement, ils seront tirer les leçons de l’Histoire et éviter que nous revivions les conséquences funestes des mauvaises réactions des puissants d’alors ?

« L’intelligence ce n’est pas de ne jamais commettre d’erreurs, c’est de ne pas les renouveler » ai-je coutume de dire. Les générations passées  ont payé lourdement les erreurs commises dans un passé plus ou moins lointains par des gens qui se croyaient tellement puissants mais ne savaient pas ce qu’ils déclenchaient. Les puissants qui nous dirigent maintenant ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas, eux. Mais peut-être ne serons-nous plus là pour le leur reprocher.

 

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