Le financement de l’économie sociale et solidaire

Les entreprises de l’économie sociale et solidaire sont avant tout des sociétés de personnes avant d’être des sociétés de capitaux puisque, par définition les entreprises de l’ESS, historiquement, respectent toutes les mêmes principes de base : un homme une voix, pas de rémunération du capital investi, impartagibilité des excédents d’exploitation. Ce sont autant d’exceptions aux règles sacro-saintes du monde financier dont les règles sont : plus tu apportes, plus grand est ton pouvoir, maximisation du rendement financier, les bénéfices ont vocation à être partagés. Ceci explique que le financement est un peu le talon d’Achille de ces entreprises.

Le mois de l’ESS en novembre dernier avait permis de faire le point sur l’indigence des outils financiers à la disposition de ceux qui souhaitent soutenir ces initiatives non capitalistes : http://www.lemonde.frComment devenir un épargnant solidaire ?
Manifestement la piste des placements solidaires proposés par les banques paraît bien étroite, puisque en fait ce ne sont pas les capitaux qu’ont investi, mais seulement les intérêts de ce placement. Il y a même une forme de perversité à ce type de montage. En effet, si vous voulez beaucoup aider des projets solidaires, il ne vous reste qu’à espérer que votre placement aura un très fort rendement, comme n’importe quel gestionnaire de n’importe quel fonds de placement. Si votre démarche a une base fondamentalement anti-capitaliste, c’est difficile à admettre.

Bien sûr, il y a la possibilité d’investir dans les fonds d’investissement solidaire qui permettent eux de placer directement dans des entreprises de l’ESS. Leur défaut : ils sont encore peu répandus et encore, heureusement que les organisations syndicales, qui sont nées un peu du même moule social que les coopératives et les mutuelles, ont poussé à la roue pour que l’épargne salariale, fruit de la participation des salariés aux bénéfices de leurs entreprises, soit de préférence placée dans des Fonds Commun de Placement d’Entreprise qualifiés pour l’occasion de Solidaire (FCPE-S). Comme le dit si bien cet article, cela constitue les deux tiers des 10 milliards de fonds collectés pour l’investissement dans les ESS.

6 Milliards provenant de bénéfices des entreprises du secteur capitaliste investis dans l’ESS, c’est peu malgré tout, mais comme tenu de l’impécuniosité du secteur, c’est beaucoup. Rappelons pour marquer l’échelle que l’ambitieux Plan d’Investissement d’Avenir (appelé plan Rocard-Juppé) prévoit de ne consacrer à l’ESS que 100 millions sur les 30 Milliards du PIA.

Mais même ceci semble encore trop aux opérateurs bancaires. En effet, les FCPE-S ne sont pas cette manne qu’on veut bien croire : http://www.lemonde.frEconomie sociale et solidaire : que se cache-t-il derrière les fonds « 90/10 » Ainsi donc ces fonds d’investissement solidaire sont un peu comme le pâté d’alouette , un cheval/une alouette, ici 90% d’investissement, 10% de solidaire. Et encore, il convient encore de modérer cette appréciation plutôt minorée en constatant que les 10% restant, estimé à 400 millions, ne sont pas investi directement dans des entreprises mais indirectement via des « véhicules financiers » spécialisés. En matière d’action solidaire, on a vu mieux.

Bref, on voit donc que les flux financiers sensés irriguer l’ESS ne sont donc que de fins ruisselets.

Mais peut-être était-ce encore trop pour des parlementaires qui manifestement n’avaient pas lu ni compris les promesses de leur champion. En effet, l’investissement solidaire a été une des premières victimes du projet de loi de finances  pour 2018 alors même que l’investissement dans les entreprises de manière générale était de nouveau encouragé via la réforme de l’ISF
http://www.lemonde.frLe projet de loi de finances 2018 ne favorise pas « l’investissement au capital d’entreprises solidaires »
https://www.humanite.fr/Économie sociale et solidaire. L’actionnariat solidaire boudé et bouté par la majorité
http://www.gazette-sante-social.fr/L’incitation fiscale pour l’actionnariat solidaire en sursis ?
Après cela difficile pour le ministre de l’écologie de dire que l’économie sociale et solidaire qui est dans son portefeuille ministériel est au coeur de ses préoccupations. Ou alors, peut-être a-t-il d’autres ambitions que cette collecte de gagne-petit? On en saura plus bientôt, je pense.

Mais heureusement que les gens de terrain, comme on dit pour désigner ceux qui font et ne se contentent pas de dire, se prennent parfois par la main et trouvent les solutions palliatives localement https://www.est-ensemble.frLancement d’un nouvel outil de financement solidaire en Seine-Saint-Denis Pour parler technique, ce genre de financement à court terme permet de compenser le manque de fonds de roulement leur permettant de couvrir les besoins de trésorerie à court terme, qui ne sont de toute façon pas couvert par les banques, même de l’Economie Sociale, ni par les outils de financement présentés plus haut qui ne financent de toute façon que le haut de bilan, c’est à dire les besoins permanents.
D’ailleurs comme l’écrivent deux acteurs importants de la finance solidaire, il y a des sous dans les bas de laine et qui ne demandent qu’à s’investir dans la création d’emploi
https://www.la-croix.com/L’épargne des Français est abondante, mobilisons-la pour l’emploi
Or tous les ans, le mois de l’ESS est l’occasion pour les
CRESS (chambres régionales de l’ESS) de sortir des bilans élogieux en terme d’emplois
https://www.francebleu.fr/Les emplois sont en hausse de 5% ces 10 dernières années dans l’économie sociale et solidaire en Limousin
https://www.ouest-france.fr/L’ESS représente un emploi sur sept en Bretagne
Le message est été clair : « financer là où se créent les emplois ». Le hic est qu’il est difficilement admissible qu’un secteur aussi impécunieux puisse créer autant d’emplois. En fait, tout cela repose sur un tour de passe-passe où, en cette occasion, l’ESS embrasse tous les membres de la famille, y compris donc les grandes mutuelles d’assurances, les coopératives agricoles, les banques coopératives et mutuelles, les associations travaillant à 95% sur financement public ou grâce à la commande publique. Or chez ces mastodontes, la pratique est souvent fort éloignée de l’application des principes dont ils se réclament officiellement. Ainsi, si les banques et les assurances mutuelles étaient vraiment solidaires, cela ferait déjà longtemps que la question du financement des petits de l’ESS aurait été résolu.

Telle est entre autre un sujet que va trouver le nouveau Haut Commissaire à l’économie sociale qui est venu flanquer son ministre de tutelle https://www.lesechos.fr/Christophe Itier, en marche pour l’économie sociale et solidaire . Pour faire entrer l’Economie Sociale et Solidaire dans le XXI° siècle? Son passage dans un de ces mastodontes de l’ESS dans le département du Nord n’augure pas forcément que du bon. A suivre donc.

Publicités
Publié dans ESS | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

RSE : passer du capitalisme du XIX° siècle au capitalisme du XXI° siècle

Coup de tonnerre dans le petit monde de la Haute Finance ! Le patron de la plus grosse puissance financière vient de donner un sacré coup de pied dans la fourmilière en balançant que le profit ne DEVAIT pas être la seule préoccupation des entreprises : http://www.novethic.frBlackRock, le plus puissant gestionnaire d’actifs au monde, appelle les entreprises à œuvrer pour le bien commun

Ce faisant, il ne fait d’ailleurs que s’approprier une théorie micro-économique connue en France sous le nom de « modèle de gouvernance par (ou avec) les parties prenantes » et qui trouve son origine aux Etats-Unis où il a eu d’autant plus de succès qu’elle permettait un jeu de mots facile : stakeholders versus shareholders, c’est à dire les parties prenantes (littéralement « porteurs d’enjeu ») contre les porteurs de parts. En d’autres termes, la vie de l’entreprise n’est pas que l’affaire de ses propriétaires : elle concerne aussi d’autres groupes sociaux dont l’identification et la qualification varient selon les auteurs. Toujours est-il que cela semble être la piste d’évolution, ou de rénovation, promise au meilleur avenir pour le capitalisme.

A l’opposé, nous avons aujourd’hui dans l’actualité française ce qui pourrait presque être le contre-exemple : http://www.novethic.fr/Lactalis, un modèle opaque à contre-courant de la transparence exigée par la société Pour la famille qui dirige cette société, il apparaît assez évident que les fournisseurs ne comptent pas (ils produisent un « minerai »), les salariés ne comptent pas, les clients sont des ennemis qu’il faut faire plier, les pouvoirs publics, une source d’embêtements et les consommateurs finaux, des porte-monnaies grand ouverts. Ce qui se passe à l’intérieur de l’entreprise ne concerne que ses propriétaires, ce qu’ils gagnent ne concernent qu’eux. On retrouve donc là une vision de la société commerciale directement héritée du XIX° siècle et de la montée en puissance du capitalisme. Cette vision du monde de l’entreprise du N°1 français des produits laitiers est à l’opposé de celle du N°2, Danone, dont le patron, lui aussi héritier de son père, croit beaucoup à l’intégration de nouveaux paramètres dans la définition de l’objet social de l’entreprise, rejoignant ainsi un projet en cours de définition dans les cabinets ministériels et dont je serais amené à parler dans les prochains jours puisqu’une consultation publique nous est proposée1.

Tiens à propos de Danone, il me revient à l’esprit le parcours particulier du fondateur du groupe Antoine Riboud qui déboula dans le monde des affaires grâce à une OPA fameuse qui le fit connaître du grand public et fit entrer dans le langage courant cette abréviation jusque là inconnue O.P.A. pour offre publique d’achat. Elle était symbolique et fut sympathique aux yeux des Français, déjà ignares en micro-économie, parce qu’elle opposait le Petit Poucet au vilain ogre et les Français aiment ça. Le Petit Poucet c’était BSN, fabricant de verre du Nord de la France et le vilain ogre, c’était Saint-Gobain, déjà l’une des plus vieilles industries françaises puisqu’elle était la continuité des manufactures de Saint-Gobain, création de Colbert et 1665, il me semble. Double symbole donc : le capitalisme d’Etat d’un côté, contre le capitalisme familial de l’autre, l’opposition de deux siècles aussi. Mais toutes les deux étaient bien entrées dans le XX° siècle, tellement bien d’ailleurs qu’elles en sont sorties renforcées et constituent chacune dans leur sphère des points d’ancrage forts du capitalisme français actuel.

Mais ne voilà-t-il pas que ces deux noms reviennent dans l’actualité ces jours-ci : le premier comme contre-modèle de Lactalis et donc peut-être symbole de la mutation du capitalisme à la française pour s’adapter au XXI° siècle, la seconde car trois de ces cadres viennent d’être désignés comme les têtes pensantes de l’industrie française du XXI° justement : http://www.lemonde.frLa politique industrielle française porte le sceau de… Saint-Gobain Non seulement, ils ont bâti leur carrière dans un groupe vieux de 350 ans, mais en plus ils en revendiquent l’héritage. Si je rajoute que l’ancien patron de cette vénérable entreprise, homme exquis par ailleurs, est encore présenté dans la presse comme un des « parrains » du capitalisme français, on se doute que ce ne sera peut-être pas la meilleure façon d’entrer dans le XXI° siècle. Notons enfin que le bagage universitaire de ces trois hauts personnages (Polytechnique/Ecole des Ponts et Chaussée, Ecole Centrale, Polytechnique/Ecole des Mines) souligne l’importance que conservent dans la gouvernance de l’économie française ces « Grands Corps » . Le Colbertisme n’est pas mort manifestement, ce qui veut peut-être dire que, en France du moins, le capitalisme du XXI° ne sera pas en rupture avec le capitalisme des deux siècles précédemment. Est-ce vraiment une surprise ? Sera-ce vraiment un handicap dans un monde capitaliste qui aurait évolué différemment ? Je n’en suis pas sûr. En effet, ce qui caractérise le colbertisme, c’est sa prise en compte de l’intérêt commun, via sa complicité avec l’appareil d’Etat, c’est une certaine conception des rapports sociaux qui ont la rondeur et le ronronnement des rapports sociaux existant dans la sphère publique.

Oui mais quid de la RSE et de toutes les parties prenantes ? Justement, à ce propos, il faut lire jusqu’au bout les prises de position du patron de black Rock investment. En effet, il découvre lui-même le pot au rose avec cet aveu : « Si une entreprise n’intègre pas ces dimensions elle finira par perdre sa « licence to operate » (son droit d’exercer). Et après avoir sacrifié ses investissements sur l’autel du court terme, elle « distribuera in fine des rendements plus bas aux investisseurs« , Finalement, c’est donc bien pour maintenir ses marges que le capitalisme le plus intelligent se coule dans la théorie des parties prenantes. Et en fin de compte, les dirigeants de ces entreprises, mercenaires grassement payés pour atteindre cet objectif peuvent se rassurer : leur performance continuera d’être évaluée sur ce seul critère, la marge nette de profit, le reste ne sera que de l’habillage marketing plutôt malin.

Au bout du compte, pour nous les parties-prenantes, à la fois citoyens, consommateurs et parfois salariés, le capitalisme du XXI° siècle ressemblera fort au capitalisme du XIX° siècle, une certaine forme de force brutale en moins mais beaucoup d’hypocrisie et de mensonges en plus.

Je commencerai à croire à ces conversions lorsque, par exemple les grands groupes capitalistes comme Golman Sachs, grand signataire de pétitions environnementalistes, si j’en crois l’article de Novethic, inscriront dans la grille de rémunération de leurs dirigeants, l’atteinte d’objectifs de défense des ressources naturelles ambitieux, l’atteinte de standards sociaux en termes de réduction des inégalités salariale, des luttes contre toutes formes de ségrégation également ambitieux, l’absence de toute suspicion de tentative de corruption de pouvoirs publics locaux et lorsqu’une partie significative de leurs bénéfices nets sera redistribuée à TOUS leurs salariés (et non à quelques dirigeants via les stock-options) ou consacrée au financement d’actions d’intérêt général, en matière d’éducation, d’accès à la culture, d’ »empowerment » des plus démunis ou de réduction de l’empreinte de l’activité humaine sur la planète.

Hélas, je pense que le XXI° siècle ne durera que 100 ans et que comme nous en avons déjà consommé 17, au cours desquels, ce groupe et d’autres se sont plutôt illustrés par une attitude exactement opposée, je crains que les 83 années restantes ne suffiront pas.

1 Pour comprendre le contexte du projet de loi c’est ici https://www.economie.gouv.fr/plan-entreprises-pacte

pour participer à la consultation publique c’est là https://www.pacte-entreprises.gouv.fr/

Publié dans RSE | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

L’injustice du temps partiel

Enfoncées les 35 heures qui, parait-il, ont mis l’économie française à genoux ! Les syndicats de la métallurgie allemande, qui ont déjà obtenu les 32 heures choisies, ont entamé le bras de fer pour passer aux….28 heures.https://www.ouest-france.fr/Allemagne. Grèves en série pour réclamer la semaine de 28 heures
Avec les 35 heures, en France, nous avons eu soit 7 heures sur 5 jours, soit 8 heures par jour et 1 jour de RTT tous les mois environ et toutes les variantes possibles. Le choix majoritaire pour les RTT n’ont pas ajouté grand’chose au bien-être des salariés et a contribué à désorganiser les rythmes de travail de nombreuses entreprises. La mauvaise volonté des uns(les employeurs) et le peu d’enthousiasme des autres (les syndicats) sont en grande partie cause de ce succès mitigé .
Passer au 28 heures en Allemagne pourrait se traduire soit par 4 jours à 7 heures avec donc la perspective de longs week-end toutes les semaines, soit 8 heures par jour sur 3 jours et demi ce qui permet des dédoublements de postes sur 6 jours avec une demi-journée de tuilage par semaine. Belle opportunité de réorganisation et d’extension des plages d’utilisation des équipements avec à la clé de réelles créations d’emplois !
Cela, c’est un schéma idéal, mais qui montre que dès qu’on commence à réfléchir à la réduction du temps de travail pour le partage du travail, on peut arriver à des solutions intéressantes pour le salarié comme pour l’entreprise. On n’en est pas là, même en Allemagne.

Mais ce n’est pas tellement cet aspect-là des choses qui m’a interpellé dans l’article d’ouest France cité ci-dessus, mais plutôt cette phrase :« le risque de discrimination en cas de mise en place de ce régime pour les employés travaillant déjà à temps partiel pour un salaire réduit d’autant. »
Que ce soit les patrons qui soulèvent l’objection en dit long sur la mentalité syndicale, héritée de l’époque où c’était l’aristocratie ouvrière, comme on disait, qui créait des syndicats. Et surtout, cela met en avant que la question du temps de travail est liée à la question du revenu qu’on en tire et que ce n’est certainement pas la même chose de choisir que de se le faire imposer. Les « temps partiels », en Allemagne, comme en France, sont bien dans le bas de la hiérarchie salariale. http://info.economie.lefigaro.fr/Près d’un tiers des salariés des TPE travaille à temps partiel

Vous noterez qu’en Allemagne la revendication du temps réduit ne concerne que les très grosses entreprises, pas même les ETI, encore moins les PME et je ne parle pas des TPE. Je suppose que dans les TPE allemandes, la question du temps réduit choisi se pose de la même manière qu’en France : »pas possible ! » et que par contre , les bas salaires, les contrats courts, les temps partiels sont aussi nombreux qu’en France. Il paraît qu’il y a même en Allemagne ce qu’il appelle les « mini-jobs » : 7 millions de personnes payées moins de 450 euros par mois.
Face au temps de travail, la véritable injustice est là : plus l’entreprise est grande, plus vous êtes privilégiés. On comprend mieux la revendication de certains syndicats de faciliter leur présence dans les PME et le TPE. On comprend aussi l’ambiguïté des ordonnances prises récemment pour dépoussiérer le Code du Travail : la négociation par entreprise n’a pas grande signification dans ce cadre.

Du coup, l’injustice face au temps partiel, face aux petits salaires, face aux conditions de travail précaires, etc… risque de perdurer. Et pourtant, ce sont ces entreprises qui emploient la majorité des salariés et c’est là que depuis des décennies les emplois se créent. Cherchons l’erreur.

Publié dans l'économie comme on la subit, l'économie comme on la voudrait | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Nourrir le monde ? Il faudra montrer patte blanche.

Ce scandale de lait infantile contaminé à la salmonelle en rappelle nécessairement un autre qui éclata il y a près de 10 ans à l’autre bout du monde : septembre 2008 http://www.lemonde.fr Le scandale du lait chinois contaminé prend de l’ampleur . Le scandale était manifestement gigantesque. Il y avait de nombreux morts et il semblait que cet empoisonnement n’était pas le fruit d’une contamination accidentelle massive mais une manœuvre d’apprentis sorciers.

Ce scandale eut deux conséquences, l’une judiciaire, l’autre économique

La réaction des autorités chinoises fut à la hauteur de la faute et conforme aux canons pénaux chinois : rapide, et féroce : Janvier 2009 http://www.lefigaro.frLait contaminé en Chine : trois condamnations à mort . Selon nos standards judiciaires, cela paraît excessif mais en Chine, où la peine de mort existe et EST appliquée, une telle décision a paru normale. On est loin des peines d’amendes voire de prison qui prévalent en France. C’est tout à l’honneur de notre démocratie d’avoir établi des barèmes « humains ». Ce serait son déshonneur qu’ils ne soient pas appliqués.

La seconde conséquence de ce scandale chinois fut la prise de conscience, par les autorités de Pékin, des insuffisances de leur outil agro-industriel et ils ont donc incité leurs industriels à se tourner vers des opérateurs étrangers qui possédaient ce savoir-faire et cette capacité à gérer la qualité sur de gros volume. Evidemment, l’agro-business français est apparu comme un modèle avec des structures intégrées, des outils industriels performants et des normes sanitaires draconiennes. Les usines de lait maternisé à capitaux chinois vont bientôt fleurir en France. Compte tenu des procédures internes à ces groupes et à l’administration française, elles ne sont sorties de terre qu’il y a peu : 28 septembre 2016 https://www.ouest-france.fr/Synutra. L’usine vient d’être inaugurée, à Carhaix ! Fort d’un partenariat ancien avec un groupe coopératif français Sodiaal, l’entreprise chinoise Synutra (mais dont le siège social est aux Etats-Unis, à Rockville dans le Maryland), a donc tenté l’expérience à grande échelle au centre de la Bretagne. Et malgré les difficultés qu’elle rencontre dans une gestion déplorable des rapports sociaux sur le site, elle veut aller plus loin encore : le 5 janvier 2018 ont parlé d’une nouvelle usine http://www.letelegramme.frSynutra. La nouvelle usine se précis

Certes, tous les collecteurs/transformateurs de lait ne sont pas fait du même bois mais quand le plus gros montre qu’il est un peu pourri , c’est toute la branche qui va en subir les conséquences.

Si vraiment l’agro-business veut vraiment nourrir le monde, du moins les enfants du monde, il y aura des progrès encore à faire en matière de discipline. Et dire que ce sont souvent les mêmes qui réclament moins de normes, moins de contraintes, moins de freins à leur dynamisme d’entrepreneur. Restent à espérer que les autres auront compris que souvent la norme protège quand la liberté vire au laxisme. En s’appuyant sur quelques ratés du système réglementaire, les Chinois sont effectivement rapides à ériger des barrières non tarifaires aux importations et ils ne sont pas les seuls.

Publié dans COUPD'GUEULE, l'économie comme on la subit | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

Nourrir le Monde, etc….: Vive le Président !

Mais au fait qui est cette entreprise dont les produits ont ainsi été massivement contaminés ? Si j’en crois une liste publiée par la fédération nationale des coopératives laitières https://fncl.coop/filiere-laitiere/les-cooperatives-laitieres-dans-le-monde
il ne s’agit pas d’une PME familiale mal gérée et ayant du mal à respecter les normes sanitaires mais bien d’un leader mondial du secteur, un des fleurons de notre système agro-industriel qui a décidé de se lancer à la conquête du Monde pour le nourrir du meilleur que peut produire notre beau pays.

Comme beaucoup, je n’avais qu’une connaissance partielle de cette entreprise très secrète. Donc par pure curiosité, je suis allé voir sur le site de la société pour essayer de comprendre la vertigineuse expansion de cette entreprise . Voici donc le lien avec l’histoire officielle de Lactalis
http://www.lactalis.fr/le-groupe/histoire/
Voilà donc une belle saga familiale qui se résume en quelques mots : de décennies en décennies, on grandit en mangeant les autres. C’est le schéma classique sur lequel tous les grands groupes familiaux se sont développés. On ne devient pas onzième richesse de France uniquement par croissance interne et comme les autres milliardaires français, on a affaire ci aussi à une famille prédatrice mais qui assume. L’histoire est bien belle pourtant racontée comme cela.
Pour avoir un autre son de cloche, je suis allé vers une autre source d’information que la communauté du Web considère, à l’expérience, comme la plus fiable .Wikipédia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lactalis
Certes l’histoire racontée est la même mais, il y a, en plus, quelques épisodes intéressants  où il est question aussi, et déjà, de démêlées juridiques. Il y a aussi et surtout, de nombreuses marques citées, ce qui montre bien que, finalement, ce groupe laitier est en permanence sur nos tables et dans nos réfrigérateurs.

C’est donc un mastodonte national et international qui fait donc un peu la loi sur le marché. Les EGA, dans leur première phase, avaient justement pour but de lutter contre ces positions hégémoniques et de rétablir un peu l’équilibre entre les producteurs, les collecteurs:transformateurs et les distributeurs. Certes ce n’est pas la première fois qu’on s’y attelle. Les précédentes crises avaient abouti à la création de nouvelles structures de défense des producteurs agricoles , les organisations de producteurs http://agriculture.gouv.frOrganisation économique : les organisations de producteurs que le site du ministère de l’agriculture définit ainsi : « Une organisation de producteurs (OP) est constituée à l’initiative d’un ensemble d’agriculteurs qui se regroupent dans l’objectif de mutualiser leurs moyens afin de rééquilibrer les relations commerciales qu’ils entretiennent avec les acteurs économiques de l’aval de leur filière. »

Dans la pratique qu’est-ce que cela a donné depuis 2010 ? En consultant le journal officiel on découvre 10 arrêtés dont l’intitulé interpelle «  producteurs Lactalis » , « livreurs Lactalis » etc….
Extrait du Journal officiel électronique authentifié Arrêté du 13 décembre 2017 relatif à la reconnaissance de l’Organisation des producteurs Lactalis Bretagne en qualité d’organisation de producteurs dans le secteur du lait de vache
Extrait du Journal officiel électronique authentifié
Arrêté du 30 juin 2017 relatif à la reconnaissance de l’Union nationale des éleveurs livreurs lactalis (UNELL) en qualité d’association d’organisation de producteurs dans le secteur du lait de vache
Extrait du Journal officiel électronique authentifié Arrêté du 15 février 2016 relatif à la reconnaissance de l’Association des producteurs de lait livrant à Lactalis dans le Massif central « AP3LMC » en qualité d’organisation de producteurs dans le secteur du lait de vache
Version d’origine Extrait du Journal officiel électronique authentifié Arrêté du 1er octobre 2014 relatif à la reconnaissance de l’association Organisation des producteurs Lactalis Grand Ouest (OPLGO) en tant qu’organisation de producteurs dans le secteur du lait de vache
Version d’origine Extrait du Journal officiel électronique authentifié Arrêté du 1er octobre 2014 relatif à la reconnaissance de l’association Organisation des producteurs ardennais livrant leur lait à Lactalis (OPALL) en tant qu’organisation de producteurs dans le secteur du lait de vache
Version d’origine Extrait du Journal officiel électronique authentifiéArrêté du 13 décembre 2013 relatif à la reconnaissance de l’Association des producteurs de lait Lactalis du Grand Est (APLLAGE) en tant qu’organisation de producteurs dans le secteur du lait de vache
Extrait du Journal officiel électronique authentifiéArrêté du 27 septembre 2013 relatif à l’extension de la zone de reconnaissance et au changement de dénomination de l’Association des producteurs de lait bretons Lactalis (APLBL) en qualité d’organisation de producteurs dans le secteur du lait de vache
Extrait du Journal officiel électronique authentifié
Arrêté du 27 septembre 2013 relatif à la reconnaissance de l’Association des producteurs de lait Lactalis Rodez (APL Rodez) en tant qu’organisation de producteurs dans le secteur du lait de vache
Extrait du Journal officiel électronique authentifié Arrêté du 27 septembre 2013 relatif à la reconnaissance de l’Association des producteurs Lactalis du Sud-Est (APLSE) en tant qu’organisation de producteurs dans le secteur du lait de vache
Arrêté du 26 avril 2013 relatif à la reconnaissance de l‘association OP des producteurs Lactalis AOP de Normandie en tant qu’organisation de producteurs dans le secteur du lait de vache
Ces organisations couvrent quasiment tout le territoire national et qu’il s’agisse d’organisations défendant vraiment les intérêts des producteurs comme le veulent les textes, ou de structures indirectement pilotées par la société en question , selon une organisation verticale intégrée comme on en connaît dans d’autres filières, cela en dit long sur l’emprise de l’empire sur le secteur.

Manifestement, la famille a manqué de flair en créant la marque « Président ». Il aurait fallu l’appeler « l’Empereur ». Hélas pour cette filière en crise, un tel scandale est à la hauteur du poids de l’empire dans la filière et cela risque de ternir durablement l’image de la production laitière française dans le monde (à suivre)

Publié dans COUPD'GUEULE, l'économie comme on la subit | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Nourrir le Monde, pourrir l’enfance ?

Décidément, il y a encore du chemin à faire avant que les idées émises lors des Etats Généraux de l’Alimentation (EGA) deviennent une réalité. Je ne parle pas évidemment de la première partie de ces EGA qui ne concernait que l’organisation des marchés et le partage de la manne agro-alimentaire entre producteurs, collecteurs, transformateurs et distributeurs qui elle ne produira réellement ses effets que lors de la prochaine campagne, si tant est que cela produise des effets. Non, je veux parler de la seconde partie des EGA consacré à l’alimentation c’est à dire bien se nourrir dans des conditions économiques, sanitaires et environnementales optimales.
Depuis le lancement de cette opération dans le courant de l’été, au moins deux scandales alimentaires ont défrayé la chronique, qui concernent tous deux le même secteur, les produits laitiers (sont vos amiiiiis pour la viiiiiie ! Air connu).
A la rentrée, ce fut la grève du beurre. Je n’ai pas trouvé d’autres termes pour expliquer le bras de fer qui a opposé les transformateurs (dont Lactalis) aux distributeurs (dont la plupart des grandes enseignes de la grande distribution) et s’était traduit par une pénurie de plaquettes de beurre dans les gondoles de ces dernières. Cette crise a fini par se dénouer et les seuls perdants semblent être pour l’instant les consommateurs.
Et puis voilà maintenant un autre scandale, qui n’est pas économique celui-là, mais sanitaire, ce qui est plus grave et sous réserve d’en savoir plus sur les dessous de cette affaire, il ne semble pas que son ampleur soit juste la conséquence d’un manque de chance : https://www.ouest-france.frLait contaminé chez Lactalis : on ne badine pas avec l’alimentation Ici, il ne s’agit pas d’UN lot contaminé mais le doute porte sur plusieurs tonnes et sur une période manifestement assez longue qui aurait dû permettre aux différents acteurs de réagir et d’appliquer, non pas « le principe de précaution » qu’invoque impudemment, et à tort, le premier responsable, mais la réglementation sanitaire en vigueur. Rappeler tous les lots contaminés ou simplement suspects était LA SEULE réaction possible et qu’on ne vienne pas nous parler de coûts exorbitants. D’autres industries, l’automobile par exemple, qui pourtant s’est illustré négativement dans sa capacité à contourner les réglementations et les normes, n’ont jamais hésité, lorsque des vies humaines étaient en jeu, à retirer provisoirement ou définitivement des centaines voire des milliers de produits valant globalement quelques millions d’Euros. Or ici, s’agissant de lait infantile et de contamination à la salmonelle, il est bien question, AUSSI, de vies humaines en danger et parmi les plus fragiles.

Et là, curieusement, les adversaires d’hier, transformateurs et distributeurs, semblent avoir réagi de la même façon à défaut de le faire dans la concertation selon une méthode bien éprouvée : « Pas vu, pas pris ! ». Eux disent « Pas vu, trop pris ! »…. par l’affluence des fêtes de fin d’année. Et quand bien même cela serait vrai, cela confirme ce que nous savons depuis que les crises sanitaires alimentaires se répètent : le gigantisme n’est en aucune façon un gage de sécurité, bien au contraire. Le lait que j’allais chercher enfant, à la ferme d’à côté dans mon pot en fer blanc et qui m’était servi par la fermière qui ne prenait pas toujours le temps de se nettoyer à fond les mains avant de le faire était bien plus sûr et sain que ces produits stérilisés, contrôlés à tout moment parait-il. Dans un système qui manipule de telles masses, il est clair que la moindre anicroche devient elle-même massive:vache folle, grippe aviaire sont sur ce modèle-là aussi.

Comme je vous le disais d’emblée, il y a encore loin de la coupe aux lèvres pour que les idées énoncées par certains, les ONG, deviennent réalité. Il est vrai qu’elles n’ont pour l’instant pas été prises en compte dans les conclusions OFFICIELLES de ces travaux par les autorités compétentes. Mais il n’est  pas interdit à ces dernières  de faire preuve d’intelligence et de tirer les enseignements de ce nouvel épisode de la mal-nourriture pour introduire un peu plus de coercition dans le texte de loi qu’on nous a promis dans la foulée des EGA. Et qu’on ne vienne pas nous dire que les rabats-joie sont ENCORE en train d’introduire de nouvelles normes contraignantes. La preuve est faite que laissés à eux-mêmes, les acteurs maîtres du jeu ne sont pas capable de se régenter.

En attendant, eux qui proclament vouloir nourrir le monde entier, sont en train de pourrir un peu la vie des Français et cela dès leur plus jeune âge. (à suivre…)

Publié dans COUPD'GUEULE, l'économie comme on la subit | Tagué , , | Laisser un commentaire

Bien manger, bien vivre : les absents n’ont pas toujours tort

Indigence ou indécence ?

Tout le monde l’a remarqué, le ministre de l’écologie n’était pas là pour la clôture des travaux des Etats Généraux de l’Alimentation http://www.lemonde.frEtats généraux de l’alimentation : pour Nicolas Hulot, « le compte n’y est pas » Lire la suite

Publié dans l'économie comme on la subit | Tagué , , , | Laisser un commentaire