Le Monopoly a été inventé pendant la Grande Crise. Que produit celle-ci ?

La crise de 1929 a été déclenchée aux Etats-Unis par l’éclatement de ce qu’on n’appelait pas encore une bulle financière. C’est la spéculation, boursière surtout, et un peu immobilière déjà, qui en était la cause. On en connaît les effets macro-économiques mais peut-être sait-on moins que c’est à cette époque qu’un jeu inventé au début du XX° siècle pris réellement son essor, le Monopoly et surtout que c’est un chômeur qui à partir de 1931 en développa les règles. En fondant ce jeu sur les mécanismes qui avaient poussé à la crise, c’était en quelque sorte exorciser le démon mais aussi donner l’impression à chaque joueur qu’il peut être un vainqueur du système, par procuration. C’est ce qui explique vraisemblablement le succès de ce jeu qui, si on y regarde de près, est profondément immoral et cruel, comme tous les jeux de société, depuis les « petits chevaux » jusqu’au « Risk ». Et depuis plus de 80 ans , en famille ou entre amis, certains, très nombreux, passent des soirées entières à essayer de ruiner leurs parents ou leurs enfants, à taxer leurs meilleurs copains, avec le secret espoir de devenir LE SEUL, l’unique, le MONOPOLE.

C’est un peu comme dans la vraie vie, me direz-vous, sauf qu’ici pour la plupart d’entre nous cela reste du virtuel et comme « c’est pour du beurre », ce n’est pas grave.

Mais le succès d’un tel jeu, aux délices duquel j’ai souvent cédé quand j’étais plus jeune, est symptomatique d’une vision du monde largement répandue et sa large diffusion contribue à en renforcer l’implantation.

C’est pourquoi j’ai été interpellé par un article paru lors du Salon de l’Agriculture

http://www.ouest-france.fr/farming-simulator-le-jeu-qui-vous-donne-envie-de-devenir-agriculteur-3219013

Farming Simulator. Le jeu qui vous donne envie de devenir agriculteur

Comme je ne suis pas un passionné des jeux video, je n’avais jamais entendu parler de cela et pourtant c’est parait-il un carton sur le marché français, puis états-uniens, après avoir conquis le marché allemand. Mais le peu que j’en lis dans cet article ne me donne pas envie d’y mettre le bout de mon clavier. Imaginez un peu : vous commencez comme « petit exploitant » et le but c’est d’être un agro-businessman en ayant bouffé toutes les exploitations des environs, avec les plus gros tracteurs et toutes ces sortes de choses qui vont avec le modèle d’exploitation ( c’est ici que ce terme prend tout son sens) que promeut Xavier Beulin et sa clique. Je suis d’ailleurs surpris que ce ne soit pas la FNSEA qui soit à l’origine de ce jeu.  Donc, je vous le déconseille.

PAR CONTRE, si vous pensez que LA crise est le moment de changer nos logiciels internes, je vous invite fort à lire cet article

http://www.eco-bretons.info/ecomag/initiative/un-jeu-coop%C3%A9ratif-pour-d%C3%A9couvrir-less

UN JEU COOPÉRATIF POUR DÉCOUVRIR L’ESS

Il y est question d’un jeu aussi mais dont les règles semblent beaucoup plus en phase avec les solutions qu’il nous faudra trouver pour sortir par le haut et réussir les transitions nécessaires. Je vous invite aussi à aller sur le site de financement participatif. Les promoteurs du projet ne sont pas gourmands financièrement parlant mais il est vrai qu’il s’agit d’un je de plateau. Comme le Monopoly en somme !

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Péages d’autoroute : l’hommage du vice (Vinci) et la vertu

Madame Royal a bien entendu ce que disaient des parlementaires et que pensent beaucoup d’automobilistes : les tarifs de péage des autoroutes sont un véritable scandale  et leur augmentation continue est une insulte à la raison et une offense à la morale publique. N’écoutant que le courage de ces sondages, elle décide d’un bras de fer avec les sociétés de concession dont Vinci (le même qui a les concessions d’aéroports régionaux à Nantes, à Quimper et ailleurs) et jurant ses grands dieux qu’elle allait les faire plier. Son collègue Macron qui n’est pas en reste, dans ces cas-là, embraie aussitôt et annonce qu’il envisage le gel de ces tarifs jusqu’à la fin de l’année.

Mais évidemment cela ne fait pas l’affaire des concessionnaires. Alors, comme on n’est pas d’accord, on met en place un groupe de travail, c’est démocratique, c’est participatif, sauf peut-être qu’on aurait pu y inviter également des associations de représentants des usagers et puisque la solution est également évoquée, des associations écologiques Au lieu de cela, Le Premier Ministre a préféré constituer un groupe de travail entre parlementaires et hauts fonctionnaires. Depuis que quelques ministres ont écrit sur le sujet du poids des hauts fonctionnaires, et en l’occurrence des ingénieurs généraux issus des corps des Ponts et Chaussées et des Eaux et Forêts , on sait que l’immense majorité de ces hauts fonctionnaires ont une vision très particulière du service public et de la façon de le faire évoluer (voir le livre signé par Corinne Lepage « on ne peut rien faire, madame la ministre »).

Ceci explique qu’un député, socialiste, dont le suppléant s’appelle… Michel Sapin (le ministre ou un homonyme ?) a décidé de claquer la porte de cette commission.http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/03/09/20002-20150309ARTFIG00167-autoroutes-un-depute-ps-claque-la-porte-du-groupe-de-travail.php

Autoroutes : un député PS claque la porte du groupe de travail

Cela en dit long sur les tractations qui se font en coulisse entre certains membres de ce gouvernement et les nouveaux fermiers généraux que sont des entreprises comme Vinci dont la fonction essentielle est de vivre aux crochets de la société, sous le prétexte fallacieux de « délégation de service public ».

Et finalement, il avait raison ce député, président quand même de la commission du développement durable de l’Assemblé Nationale et donc pas un fantassin du Parlement. En effet, si on en croit ce qui a fuité des travaux de ce groupe, Vinci semble sur le point d’obtenir ce qu’il voulait.http://www.leparisien.fr/economie/autoroutes-vers-un-degel-des-tarifs-en-echange-de-reductions-ecologiques-10-03-2015-4592005.php

Autoroutes : vers un dégel des tarifs en échange de réductions écologiques

En effet, gageons qu’une fois obtenu ces « ajustements tarifaires », Vinci et les autres concessionnaires d’autoroutes vont développer moult arguments pour démontrer que « c’est très compliqué » voire « très très compliqué » de réduire la durée de concession. On nous a déjà fait si souvent le coup de mettre tellement de conditions que l’administration met en place finalement des véritables usines à gaz qu’il est ensuite facile de dénoncer au nom de la « simplification administrative ». La dernière farce tragique en la matière est le « compte pénibilité » qui était la douceur visant à faire passer la pilule « allongement des durées de cotisation » et dénoncée maintenant comme inapplicable.

Mais revenons à nos tarifs. La ficelle est grosse mais elle va passer : ceux qui ne seront pas « vertueux » , c’est-à-dire l’immense majorité des gens qui, pour des tas de raisons valables, ne covoiturent pas , seront pénalisés. C’est ce qu’on appelle une mesure écologique. Mais pour mettre cela en place, c’est extrêmement compliqué. En effet, comment repérer les covoitureurs, c’est-à-dire des gens qui, comme vous et moi, considèrent que faire un Rennes-Paris ou un Lyon-Marseille, seul dans sa voiture est une aberration économique et un crime contre la planète ? Il fallait trouver un partenaire et lui faire une offre alléchante. Ce sera un des plus anciens sites de covoiturage et surtout le plus puissant http://www.ouest-france.fr/blablacar-le-site-de-covoiturage-partenaire-de-vinci-autoroutes-3284022

BlaBlaCar. Le site de covoiturage partenaire de Vinci Autoroutes

Tout le monde connaît Blablacar même si tout le monde n’a pas utilisé ces services . Mais sait-on ce qu’est exactement Blablacar ? C’est une entreprise commerciale, présente dans plus d’une dizaine de pays et ayant passé des conventions avec des collectivités territoriales et des entreprises dont …Vinci. Dans le fonctionnement actuel de cette entreprise, on est loin du concept initial d’économie participative mis en avant à l’origine par le site covoiturage.fr dont est issu ce groupe. D’après certains, Blablacar aurait même des tendances monopolistiques. En tout cas, voilà une entreprise qui a mauvaise presse comme l’indique cet article de Mediapart http://blogs.mediapart.fr/blog/evenstrood/200614/blablacar-le-covoiturage-tue-par-la-finance-et-l-appat-du-gain

Blablacar, le covoiturage tué par la finance et l’appât du gain

En passant cet accord, Vinci font d’une pierre deux coups : Blablacar s’assure un monopole sur les trajets autoroutiers puisqu’ils seront les seuls à bénéficier de l’accord tarifaire avec Vinci. Et Vinci répond déjà à la demande de mesures écologiques avant même que l’encre du rapport n’ait eu le temps de sécher. En contrepartie, Vinci obtient le dégel des tarifs. Compte tenu des proportions entre covoitureurs, même blablacarisés, et conducteurs normaux ou covoitureurs militants, Vinci est gagnant et pourra même rajouté un chapitre à son volet « défense de l’environnement » du rapport « Responsabilité Sociale et Environnementale de l’Entreprise ».

Voici donc comment deux entreprises que seuls les gains financiers, détournent les grands principes de défense de l’environnement et d’économie participative, pour continuer à faire plus de profit, en faisant au passage un magnifique bras d’honneur à deux ministres et quelques dizaines de parlementaires. L’hommage du vice à la vertu en quelque sorte. Le pire est qu’il ne sont pas les seuls : le système capitaliste tel qu’il fonctionne actuellement a parfaitement su s’adapter aux nouvelles demandes sociales d’une planète plus saine et mieux protégée. Il y aurait là peut-être matière à agir politiquement, non ?

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Si c’est ça le futur de l’agriculture, non merci!

Tout le monde parle ou veut parler de l’agriculture y compris ceux dont ce n’est pas le métier. Je sais de quoi je parle parce que c’est un peu mon cas. Quand on est n’est pas un spécialiste, on peut toujours jouer le rôle du Candide mais cela suppose une bonne dose d’ouverture d’esprit, un commencement d’esprit critique et une petite dose de bon sens.

C’est un peu ce qui manque au texte ci-dessous :

http://www.ouest-france.fr/lagriculture-ne-doit-pas-craindre-le-futur-3231127

L’agriculture ne doit pas craindre le futur

Son auteur y est présenté comme ex-membre de la commission Attali pour la libération de la croissance. C’est une référence assez connotée quand on sait ce que cela n’a pas produit son le précédent quinquennat (réformer, c’est risqué quand on touche réellement aux petits privilèges), par lâcheté politique, et ce que cela va produire (loi Macron, puis loi Rebsamen) sous ce quinquennat-ci, également par lâcheté politique (s’opposer à la vulgate dominante à Bruxelles, c’est risqué quand on n’a pas des finances publiques bien saines). Nous avons donc à faire à un éminent économiste. Mais ce que ne dit pas cette brève présentation de l’auteur, c’est qu’il est encore membre de plusieurs conseils d’administration de grandes entreprises et fut jusqu’à un passé récent le patron d’une belle entreprise française, ce qui lui valut même le titre de « manager de l’année » . Il s’agit donc d’un grand patron, donc de quelqu’un qui n’est pas neutre idéologiquement et dont les deux obsessions sont : le poids du secteur public dans l’économie française et la mondialisation heureuse.

Et de quoi nous parle-t-il donc dans cet article consacré à l’avenir de l’agriculture ? De la mondialisation heureuse et du poids du secteur public en utilisant parfois des raccourcis rapides.

Pour que les choses soit claires, j’ai aussi deux obsessions : le rôle du secteur public comme régulateur d’un système économique dont on constate tous les jours que, laissé à lui-même, il est en proie aux pires excès, et les méfaits d’une mondialisation dont on peut voir tous les jours, en France comme dans le reste de l’Europe mais aussi dans les pays dits émergents , qu’elle n’est pas heureuse pour tout le monde, loin de là. Donc, je ne suis pas d’accord avec Monsieur Fontanet, mais si vous êtes un habitué de mes écrits, cela ne doit pas vous surprendre, surtout si vous avez eu la curiosité de lire ce qu’il a écrit, surtout depuis que son retrait des affaires lui laisse beaucoup plus de temps.

Mais pourquoi ne sommes-nous pas d’accord en fait ? Essentiellement parce que nous ne vivons pas dans le même monde et que nous n’avons pas les mêmes références.

L’entreprise n’est pas un monde clos

Monsieur Fontanet, comme d’ailleurs tous les patrons qui se sont essayé à l’analyse économique, depuis Pierre de Calan ( vice-président du CNPF et auteur de « interdit aux économistes » Ed MAME ,1972), considère que l’analyse économique se limite à l’analyse de l’économie d’une entreprise. Ces patrons oublient, parce que cela les arrange, qu’une entreprise n’est pas un monde clos, que c’est une cellule d’un ensemble. Partant de là, ils en arrivent à la conclusion, logique dans leur paradigme, que ce qui est bon pour l’entreprise et bon pour la société et que ce qui est mauvais pour l’entreprise est mauvais pour la société dans son ensemble, la réciproque n’étant pas vraie.

Ceci explique qu’en fin de compte, les règles qu’impose l’Etat pour assurer les coexistences dans la société ainsi que les prélèvements financiers que le même Etat effectue sur leurs comptes soient perçues uniquement comme des contraintes et ce, quel que soit le niveau de celles-ci. Jusqu’à présent, les économistes qui n’étaient pas d’accord avec eux, et ils sont nombreux ont développé des tas de théories, plus savantes les unes que les autres, pour expliquer que cette vision très étroite de l’économie ne pouvait aboutir qu’à un désastre parce qu’au bout du compte, on en arrivait à une impasse sociale. Mais ce n’est que très récemment que de nouveaux théoriciens, qu’on ne veut pas appeler économistes mais qui ne sont pas non plus catalogués écologistes mais qui sont un peu des deux à la fois, ont introduit une nouvelle dimension dans l’analyse de la performance de l’entreprise : son empreinte sur l’environnement au sens le plus large du terme. Et là, il n’y a plus photo : une entreprise peut être très performante financièrement parlant, être très vertueuse socialement parlant mais une vraie catastrophe pour son environnement naturel, proche ou lointain, elle ne pourra pas dire qu’elle a un grand avenir devant elle.

Toutes ces précautions préliminaires sont là pour dire que dès le titre de son article, Monsieur Fontanet fait fausse route, car il ne voit l’avenir de l’agriculture qu’à la seule aune de la productivité. En fait, il fait comme Monsieur Beulin, il transpose, sans nuance, les schémas les plus radicaux de l’entreprise industrielle ou de service, aux exploitations agricoles alors que celles-ci, plus que les précédentes,, doivent fonctionner en symbiose avec leur environnement naturel. C’est pour l’avoir un peu oublié que les légumiers bretons ont pris de plein fouet, la conjugaison de conditions météorologiques exceptionnelles, du contrecoup de l’embargo à l’exportation vers la Russie et d’une mauvaise gestion collective de la filière par les organismes chargés

les approximations du raisonnement

Mais il semblerait quand même que notre « économiste » ne soit pas vraiment sûr de son coup car il n’hésite pas à utiliser quelques approximations pour donner plus de force à son raisonnement.

Première assertion hasardeuse :  «  Entre 1950 et 2050, la population mondiale triplera » Signalons d’abord charitablement que nous ne sommes plus en 1950 mais bien en 2015, ce qui retire déjà un peu de force au choc émotionnel provoqué par le triplement de la population. Ensuite, il semble bien que le gros de la croissance démographique soit derrière nous puisque la population mondiale est de 7,3 milliards en 2015 et se situera dans la fourchette de 8,3 à 10,9 milliards en 2050 avec une valeur moyenne de 9,5 soit une progression de 30% en 35 ans, seulement ai-je envie d’écrire

Seconde assertion : « La terre arable par habitant, du fait de l’urbanisation, sera divisée par plus de 2,5. »

C’est un fait que l’urbanisation galopante consomme, chaque année, 100,000 km² par an environ. Mais est-ce un fait inéluctable ? Et plutôt que d’en faire un argument pour intensifier encore les rendements, peut-être faudrait-il se poser la question de cette évolution et se dire que tirer gloire de la division de la population agricole par 13, c’est un peu se tirer une balle dans le pied . ? Car ce sont ces gens qui, chassés de la terre qu’ils travaillent, viennent grossir les villes. Nous avons vu cela en France dans les années 50 chères à Monsieur Fontanet, et cela se produit à plus grande échelle encore dans le reste du monde.

Les aveuglements du libéralisme

L’argument du « trop d’Etat » qui est en quelque sorte la rengaine des libéraux en économie est à double tranchant s’agissant de l’agriculture. Ainsi quand on écrit : « Enfin, il faut que l’État et les syndicats comprennent qu’ils sont responsables de la gestion de 57% du PIB (1), c’est-à-dire de la majorité du prix de revient des produits agricoles. Nos paysans n’en contrôlent que 43%! Toutes les études montrent que notre sphère publique est à peu près 50% plus dispendieuse que les sphères allemande et hollandaise (et sans parler de celle de la Nouvelle-Zélande, infiniment moins chère). Ce surcoût, ajouté à l’explosion législative due à l’hypertrophie de l’État, fait courir un risque aux paysans. » c’est oublier la part des subventions, essentiellement la PAC, dans le revenu des exploitants agricoles. A cet égard, je suggérerai volontiers à Monsieur Fontanet, mais aussi à Monsieur Beulin de relire cette excellente étude faite par l’INSEE

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/revaind09g.PDF

l’étude date un peu mais quand on voit que les subventions peuvent représenter de 9,3% du Résultat Courant Avant Impôt dans l’agriculture bio mais 175% pour les oléagineux, parler du poids trop grand du secteur public dans l’économie, c’est soit de la provocation, soit de l’ignorance, soit du déni de réalité. Je n’ose penser que cet ancien patron se foutent ouvertement de nous.

Le coût des atteintes à l’environnement

Surtout, il y a dans le raisonnement de Monsieur Fontanet un grand absent, l’environnement et les coûts que génère les coups qui lui sont portés.

Monsieur Fontanet s’extasie de ce que « le trajet Saint-Nazaire-Singapour ne coûte pas plus cher que Pontivy-Marseille ». il devrait au contraire s’interroger sur cet état de fait et se dire qu’il n’est peut-être pas tout à fait normal de faire la moitié du tour de la planète en ne payant que le prix d’une traversée de la France. Alors que toutes les études menées depuis des décennies sur les causes des changements climatiques mettent en premier, les transports, c’est faire preuve d’un aveuglement rare que d’y voir là « une opportunité » et une chance pour l’avenir, ou alors cela limite l’avenir à la prochaine décennie. Il y a bien d’autres externalités que Monsieur Fontanet ne prend pas en compte pour mesurer l’efficacité réelle de son modèle économique mais je voudrais m’arrêter sur l’une d’elle car elle nous touche directement : les atteintes à la santé humaine et leur coût. Commençons par rendre hommage à celles qui ont été parmi les premières à tirer le signal sur ce sujet des perturbateurs endocriniens http://www.wecf.eu/francais/wecf/

On sait maintenant que c’est dangereux et que les pesticides, insecticides et autres biocides en sont bourrés. Mais voilà qu’une étude vient nous dire ce que cela coûte réellement à la collectivité

http://www.lagazettedescommunes.com/333475/perturbateurs-endocriniens-un-cout-sanitaire-evalue-a-157-milliards-deuros-par-an-dans-lue/?utm_source=quotidien&utm_medium=Email&utm_campaign=07-03-2015-quotidien

Perturbateurs endocriniens : un coût sanitaire évalué à 157 milliards d’euros par an dans l’UEA

Des chiffres et des coûts, voilà qui devrait parler à Monsieur Fontanet. Si on réintégrait ces données dans les coûts de fonctionnement des entreprises et en l’occurrence des exploitations agricoles, il serait intéressant de vérifier si son modèle économique reste aussi performant. Je note au passage que ces coûts étant pris en charge par la collectivité, cela se retrouve dans les 57% du PIB qui sont, à l’en croire collectiviser, c’est à dire dans son esprit stériliser. Un bon moyen de faire baisser ce taux serait par exemple de supprimer la cause de cette dépense mais cela n’a peut-être pas effleuré son esprit .

Mais alors quel modèle d’agriculture veut-il ?

Son modèle d’agriculture est encore plus productive, encore plus exportatrice, encore plus concentrée. Je veux bien prendre en compte certains créneaux qu’il évoque pour l’agriculture bretonne : l’élevage du poisson et la culture des algues, mais cela ne fait pas un modèle de développement. Miser sur l’augmentation du niveau de vie de Shanghaï pour booster les exportations : voilà une bonne idée mais encore faut-il s’en donner les moyens et surtout en voir les conséquences. Prenons l’exemple du lait. Les choses ne sont pas si simples que semble le dire notre économiste et les professionnels restent prudents : http://www.ouest-france.fr/salon-de-lagriculture-lexport-chance-ou-menace-pour-la-filiere-laitiere-3216728

Salon de l’agriculture. L’export, chance ou menace pour la filière laitière

Les Chinois viennent d’investir massivement dans le centre de la Bretagne pour produire du lait en poudre qui sera intégralement exporter vers la Chine. Ils ont également passer des accords de partenariat avec des coopératives laitières normandes. http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/pourquoi-louest-laitier-interesse-t-il-autant-chine-27-02-2012-46110

Pourquoi l’Ouest laitier intéresse-t-il autant la Chine ?

Dans le même temps, nos spécialistes en génétiques animales leur vendent les plus beaux specimens de reproducteurs ce qui est un façon de se créer une concurrence à terme.

Cela d’autant plus que dans le même temps, la filière se réorganise en Chine en ruinant les exploitations classiques au profit d’une filère plus industrialisée http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/agriculture-eleveurs-laitiers-chinois-pleine-crise-15-03-2015-200087

Agriculture. Les éleveurs laitiers chinois en pleine crise

Ce schéma rappelle un peu la façon dont en Bretagne, certains industriels ont contribué à démanteler la filière élevage de volaille au profit d’un modèle plus intégré, au point de susciter une concurrence extérieure, au Brésil pour être précis, pour peser sur les conditions locales de négociation. (In)juste retour des choses mais qui met un peu à mal le schéma de développement agricole de Monsieur Fontanet .

Reste enfin son dernier argument : l’excellence. Voilà effectivement une bonne piste et prendre l’exemple du label « produits en Bretagne » n’est peut-être pas si idiot que cela si on en croit les engagements que prennent les adhérents à cette association

http://pro.produitenbretagne.bzh/nous-rejoindre/les-engagements

Parmi ces engagements, je note :
*avoir des pratiques sociales qui respectent les droits et intérêts de salariés ;
*mener des politiques de qualité et de respect de l’environnement

Cela va dans le bon sens, c’est ce qu’on appelle de la RSE sauf que dans les actions collectives menées par cette association, il n’y en a aucune qui permettent la promotion de ces principes et le développement de ces pratiques parmi les entreprises adhérentes. Et surtout, il n’est prévu nulle part de procédures de contrôle du respect de ces engagements, ce qui différencie ce logo d’un label de qualité.

Alors oui ! La démarche d’excellence peut être une voie d’avenir pour l’agriculture et la filière agroalimentaire qui en découle à condition qu’elle se lance résolument dans une démarche de labelisation. Mais cela veut dire l’acceptation de certains contrôles et le respect de cahiers des charges stricts. Exactement, ce dont ne veulent pas les agro-industriels qui donnent le ton dans la profession et pour qui une norme ou un contrôle est une norme de trop ou un contrôle de trop. Dans ces conditions le futur de l’agriculture rêvé par Monsieur Fontanet est vraiment mal parti. Pensons donc à autre chose, c’est à dire peut-être à un autre mode de développement qui tienne compte de l’environnement, de l’emploi local et de la qualité alimentaire de ce qui est produit, c’est à dire toute la palette des solutions qui vont de l’agriculture intensivement écologique (« écologiquement intensive » étant une option en forme d’oxymore) à l’agriculture biologique.

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Si Patrick, il y a des Barbares !

Il y a 4 jours Patrick Viveret, grand humaniste s’il en est, signait une tribune dans Reporterre pour dénoncer les amalgames faits entre auteurs d’actes terroristes et les populations dont ils sont issus.

http://www.reporterre.net/Il-n-y-a-pas-de-Barbares

Il n’y a pas de Barbares

Certes il a mille fois raison de dire qu’il n’y a pas de Barbares mais des actes barbares, car sinon cela voudrait dire que des populations entières sont assimilables aux horreurs commises par certains d’entre eux.

Pour autant, je ne suis pas d’accord avec lui dans l’absolu et je ne prendrais qu’un seul exemple : la peine de mort. Il y a plus de quatre ans déjà j’avais commis un billet sur ce sujet au titre évocateur

La peine de mort reste une coutume préhistorique et barbare

A le relire, je n’en retirerais rien sur le fond, peut-être serais-je moins « humour noir » sur la forme. Mais le fait reste là : ces meurtres ritualisés par la justice ne sont pas des actes barbares commis par des individus mais bien un choix de société qu’une validation démocratique, dans les régimes qui se réclame de la démocratie, ne rend pas plus civilisée que son application par des régimes tyranniques. Les sociétés qui pratiquent la peine de mort comme mode de VENGEANCE SOCIALE sont des sociétés barbares. Que cela se fasse « en douceur » comme dans la plupart des Etats de l’Union, ou de manière très violente comme en Chine (une balle dans la nuque), en Iran (par pendaison) ou ailleurs par décapitation, cela reste quand même des meurtres rituels.

Par ailleurs, il y a quatre ans, j’avais trouvé particulièrement abjecte l’argumentation abolitionniste fondée sur des considérations purement budgétaires (un condamné à mort coûterait plus cher qu’un reclus à perpétuité) mais au moins ce genre de considérations avaient le mérite de militer pour la suppression de cet acte de barbarie. Mais voilà que de nouvelles considérations purement logistiques font retomber un Etat nord-américain un peu plus dans la barbarie

http://www.ouest-france.fr/peine-de-mort-lutah-retabli-les-pelotons-dexecution-3278870

Peine de mort. L’Utah rétablit les pelotons d’exécution

Oh ! certes, il ne s’agit pas de s’aligner sur les standards chinois mais bien de …pénurie de poison. Il n’empêche : il y aurait 5  hommes qui , armés, tirerait sur un autre au seul motif qu’un juge et des jurés l’auront décidé.

Alors non, Patrick, tu ne peux pas dire qu’il n’y a pas de Barbares et se contenter de dire que nous sommes tous un peu barbare parce que la barbarie est la face sombre de l’Humanité. Quand commettre un acte barbare est un acte régalien (« la nécessité » d’appliquer une décision de justice ), cela veut dire que l’Etat qui organise et permet cela est barbare et quand cela est le fait d’un Etat démocratique et Dieu sait (In God we trust) que les Etats-Unis sont un Etat démocratique, cela n’en est que plus choquant.

 

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Le bio, c’est biau

Je continue ma chronique agricole maintenant que le salon est passé. Je rebondis sur mon précédent billet Les mal-aimés de nos campagnes et la question qu’y posait le très médiatisé président de la FNSEA-AVRI,  Xavier Beulin : « Nous sommes prêts à moins de pesticides, mais où sont les solutions alternatives ? »

C’est vrai que pour le béotien, la question mérite d’être posée. En effet, pourquoi s’évertuer à utiliser des produits qui coûtent cher, qui sont dangereux pour la santé des gens qui les manipulent et pour les gens qui les ingurgitent en bout de la chaîne alimentaire, s’il existait une solution miracle ? C’est du moins ce que voudrait nous faire croire le président de la FNSEA, de SOPROFITEOL-AVRIL et co-fondateur d’au moins deux fondations qui prônent une agriculture industrialisée.

J’ai envie de décomposer sa question en deux questions qui se rejoindront au bout du champ.

Existe-t-il  une alternative à l’agriculture intensive ?

Existe-t-il une alternative aux pesticides ?

Commençons par la première :

L’alternative à l’agriculture intensive

Contrairement à ce qu’on m’avait appris à l’école, l’alternative à l’agriculture intensive, façon « ceinture dorée » Nord-Finistérienne, ce n’est pas l’agriculture extensive façon latifundia du Sud de l’Italie ou d’Amérique du Sud. Ce sont des schémas qui ont évidemment beaucoup vieillie. Non, l’alternative à l’agriculture intensive, on dira l’agro-industrie aujourd’hui, c’est l’agriculture biologique. On lui fait le reproche principale de ne pas être assez productive. Dans des conditions optimales et en y mettant les moyens (qui sont ici essentiellement les moyens humains c’est-à-dire autant de jus de cerveau que de jus de bras), on arrive au même résultat ou presque que l’agriculture industrielle qui a l’impudence de s’auto-proclamer agriculture traditionnelle. C’est du moins ce qu’indique cet article du Monde

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/12/10/l-agriculture-biologique-plus-productive-qu-on-ne-le-pense_4537494_3244.html

L’agriculture biologique, plus productive qu’on ne le pense

Cela ne transparaît pas immédiatement à la lecture de l’article mais quand on sait que la polyculture et l’alternance sont les pratiques normales de la l’agriculture biologique, on comprend mieux ce que le journaliste ne s’est pas résigner à admettre, c’est à dire que, pratiquée normalement l’agriculture biologique est du point de vue de la production, une activité parfaitement viable.

Et encore, faut-il préciser que pour rédiger cet article en demi-teinte sur les bienfaits de l’agriculture biologique, le journaliste ne s’est-il limité qu’à analyser le bilan de production au niveau de l’entreprise. S’il avait poussé le raisonnement jusqu’au bout et qu’il avait eu une vision panoptique de l’agriculture DANS son environnement, le bilan aurait-il été plus flatteur. Mais pour cela, il eût fallu qu’il disposât des outils conceptuels dont ne disposent pas toujours les journalistes. Un expert comme Marc Dufumier les maîtrise à la perfection, c’est ce qui lui permet d’affirmer la chose suivante :

http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/marc-dufumier-avec-le-bio-la-ferme-france-sera-plus-riche_1493111.html

Marc Dufumier: « Avec le bio, la ferme France sera plus riche »

Eh oui ! non seulement le bio peut être rentable pour l’agriculteur mais c’est aussi tout bénéfice pour :

La balance commerciale de la France

L’état de nos rivières

L’état de nos viscères

L’état de nos sols

L’état de nos finances publiques

L’état de notre biodiversité

etc….

Et ça, comme dirait l’autre, « ça n’a pas de prix ! ». Ce n’est pas une raison pour ne pas en tenir compte.

Rien que cela devrait suffire à notre bonheur. Mais comme le patron de la FNSEA croit, dur comme fer, depuis que ses aïeuls ont milité à la JAC dans les années 60, que « la vocation de l’agriculture française est de nourrir le monde », j’ai une bonne nouvelle pour lui. Voici en effet la présentation d’un petit livre qu’a publié quelqu’un qui sait de quoi il parle et qui fonde son discours sur une analyse scientifique étayée par des années de pratique.

http://agirpoulenvironnement.kiubi-web.com/catalogue/livres-environnement/livre-l-agriculture-biologique-pour-nourrir-l-humanite-de-jacques-caplat-acte-sud.html

- L’agriculture biologique pour nourrir l’humanité

Il est rare que dans un de mes billets, je fasse de la réclame pour un copain, mais quand celui-ci dit des choses justes que peu de monde entend, pourquoi se priver de lui donner un petit haut-parleur

Voici donc une partie de la réponse à la question que se posait, faussement ingénu, le multi-président de l’agro-business.

Venons en à la seconde question

existe-t-il une alternative aux pesticides?

Une agriculture sans pesticides

J’y ai déjà répondu dans les lignes précédentes puisque par définition, l’agriculture biologique est SANS pesticides

Toujours du même Jacques Caplat mais cette fois-ci en s’appuyant sur le centre de formation des élus écologistes, voici un petit guide qu’il serait utile de conseiller à Monsieur Beulin de lire

http://www.amazon.fr/Cultivons-alternatives-pesticides-Jacques-Caplat/dp/291695256X/ref=asap_bc?ie=UTF8

Cultivons : les alternatives aux pesticides

C’est simple pratique et de bon goût, dans tous les sens du terme goût.

en guise de conclusion

Dernières preuves de la supériorité de l’agriculture biologique sur l’agriculture dite « conventionnelle ». Tout le monde dit que « le bio, c’est plus cher ». C’est vrai mais est-ce la seule faute des producteurs. D’une part, la grande distribution ne joue pas le jeu : ayant identifiée que le bio, c’était encore bo-bo et que dans bo-bo, il y a bo comme bourgeois et que le bourgeois a de la thune, il n’hésite pas un instant à forcer sur l’addition car pour elle, c’est double bénéfice, des super-marges et une super-image. D’autre part, la Commission et l’Etat français ne jouent pas le jeu : tout le monde sait que tout les secteurs bénéficient de la PAC pour assurer leur viabilité économique. mais tous ne sont pas égaux devant cette manne publique.

Voici une étude qui a le défaut de dater un peu mais les grandes tendances sont encore là

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/revaind09g.PDF

Que lit-on dans cette étude?

1° que la PAC représente plus de 90% du revenu courant avant impôts (RCAI)  mais que

2° cela ne représente que 9.3% du RCAI de l’agriculture bio et

3° plus de 170% du RCAI des producteurs d’oléagineux et protéagineux …..dont Monsieur Beulin fut longtemps le représentant et le porte-parole

Et enfin cerise sur le gâteau, la lourdeur des normes et contraintes administratives. La FNSEA comme tous les syndicats de patrons, libéraux par essence, sauf quand il s’agit des aides d’Etat évidemment, crie à l’étranglement administratif et au carcan de la norme. Dans le même temps, l’agriculture biologique connaît un système de contrôle autrement plus dense et plus tatillon que l’agriculture conventionnelle. Sans aller jusqu’à revendiquer un tel zèle normatif, l’agriculture biologique l’accepte parce qu’elle sait que c’est sa meilleure garantie contre le dévoiement de son modèle et donc contre la détérioration de la qualité de ses productions. A l’inverse, rejeter les normes et les contrôles au seul motif que c’est « un frein » donne envie de compléter cette assertion par « un frein ? Mais à quoi ? »

Finalement Xavier Beulin devrait venir faire un tour dans les exploitations qui pratiquent l’agriculture biologique, il y verrait peut-être l’avenir du métier qu’il est censé représenter. En tout cas, il aurait une réponse à la question qui le taraude « Oui, il existe des alternatives aux pesticides. »

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Mort ou renaissance du capitalisme ?

Dans mon précédent billet, je parlais de la publication de la liste des hommes et femmes les plus riches du monde. J’y reviens, non pas par fascination morbide vis-à-vis de tout ce qui brille mais parce que l’évolution de cette liste est préoccupante

http://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/0204194190652-les-milliardaires-nont-jamais-ete-aussi-riches-et-nombreux-1098067.php

Les milliardaires n’ont jamais été aussi riches et nombreux

Si le cancer ne vous suffit pas….

Mais manifestement cela ne préoccupe pas que ma petite personne puisqu’un éditorialiste d’un des journaux financiers qui publiaient et commentaient cette liste s’interroge de savoir si cette évolution est une bonne ou une mauvaise chose pour le système et cela se terminait quand même par une interrogation : « N’est-ce pas le symptôme que le capitalisme est malade ? »

Mais si, messire, cela est. En effet si on peut me permettre une petite comparaison avec notre anatomie et la façon dont elle se développe plus ou moins bien, comment appelle-t-on une évolution où quelques cellules se développent de façon disproportionnée par  rapport aux autres cellules au point de les détruire et de constituer d’affreuses excroissances plus ou moins visibles, dont la vie de plus en plus autonome affaiblit tellement le corps qu’à la fin il en meurt ? Cela s’appelle un cancer !

Si ma comparaison vaut quelque chose, cela veut dire que ces milliardaires sont le cancer du capitalisme et que si rien n’est fait ce système en mourra, à force d’épuisement du reste du corps social. D’après une étude publiée par une ONG anglaise, ils ont déjà accaparé une grande partie de la richesse mondiale et ce n’est pas près de s’arrêter semble-t-il.

Ce système est donc condamné. Faut-il s’en réjouir? Je n’en sais rien. Mais peut-être que ma comparaison n’est pas bonne et que notre anatomie n’a rien à voir avec le capitalisme qui depuis qu’il existe à toujours réussi à surmonter TOUTES les crises auxquelles il a été confronté.

Si les plantes saprophytes ne l’épuisent pas….

Sauf que au sein de ces corps bouffis, le cerveau a petit à petit perdu sa place et dans ce cerveau, l’âme en particulier. Dans ces organisations-là, car on ne peut plus vraiment les appeler des entreprises, ce qui faisait la justification morale du capitalisme a disparu, au profit du culte exclusif de l’argent. C’est à ce genre de symptôme aussi qu’on se rend compte qu’un corps ou un système social est malade : il a perdu l’esprit, au sens spirituel du mot ici. C’est ce qui permet à certains d’affirmer que le capitalisme est en fin de règne et que ses Trente Glorieuse à lui, qui sont paradoxalement les Trente Piteuses de l’Europe, sont en quelque sorte son chant du cygne. Comme dans toutes les fins de règne, il se trouve toujours un « maire du palais », un « vizir » ou un grand chambellan qui veut devenir calife à la place du calife. Et quel est le meilleur moyen de devenir calife dans un monde où le califat se compte ni en nombre de croyants qu’on commande, ni en nombre de divisions qu’on peut mettre sur le pied de guerre mais au nombre de zéros qu’on aligne au bas de sa déclaration de patrimoine ? Le meilleur moyen est de rentrer dans leur cercle fermé. C’est ce que vient de faire un salarié d’une entreprise dont il n’est ni le propriétaire, ni le fondateur

http://www.ouest-france.fr/etats-unis-690-millions-de-dollars-pour-le-dirigeant-de-blackstone-3224055

États-Unis. 690 millions de dollars pour le dirigeant de Blackstone

Cela illustre à quel point aussi les valeurs fondatrices du capitalisme, valeurs contestables mais valeurs quand même, ce qui est préférable à l’absence totale de valeurs, se sont évaporées. En effet, rien ne justifie qu’une seule personne accapare à son profit exclusif une telle part de la richesse créée par d’autres, ni la propriété du capital, ni la prise de risque, ni rien de ce qui a permis au capitalisme d’imposer son mode de captation des richesses. C’est l’émergence d’une nouvelle forme de pouvoir dans le système capitaliste.

….Le boa constrictor finira par se manger

Mais un nouveau mal guette ces entreprises devenues trop grasses. Comme je ne risquerai plus dans les analogies anatomiques, je vous épargne les références aux affres de l’obésité et du diabète. Non je veux parler de ces entreprises qui ont perdu tellement le sens de l’économie réelle qu’elles ne savent plus que faire de leur argent. Et comme il s’agit de gens rationnels, ils vont pousser le système à ses limites parce que c’est là que se trouve l’accomplissement de leur pensée. A la question qu’ils se posent « Comment peut-on encore maximiser notre revenu ? », la réponse est simple « En réduisant au minimum, le coût de tous les facteurs. » Et parmi ces facteurs, il y a le capital. Le meilleur moyen de réduire ce coût du capital, c’est encore de réduire le montant de ce capital qu’il faut bien rémunérer. Pour ces technocrates du capitalisme, le seul adversaire qui leur reste, ce sont les capitalistes eux-mêmes. Donc le paradoxe auquel ils arrivent et d’aspirer à un capitalisme sans capitaliste et ce par ce biais

http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0204193714966-quand-le-capitalisme-en-vient-a-se-mordre-la-queue-1098149.php

Quand le capitalisme en vient à se mordre la queue

On comprend qu’un « croyant » comme l’auteur de cet éditorial soit décontenancé par ces méthodes nouvelles. Dans sa vulgate, en effet, la justification du capitalisme est de permettre à ceux qui ont de l’argent de l’apporter à ceux qui ont des idées mais peu d’argent pour leur permettre de réussir dans leur entreprise. Ici c’est l’inverse : ce serait les entreprises, qui ont de l’argent à ne plus savoir qu’en faire et qui faute d’avoir des idées productives pour l’utiliser souhaitent le rendre à d’autres qui ne savent plus qu’en faire faute d’avoir des idées. Parmi ceux-ci, il y a les fonds de pension, c’est-à-dire l’épargne des générations passées. Or celle-ci a besoin d’être rémunérée, non thésaurisée, pour pouvoir se pérenniser.

C’est un peu le serpent qui se mord la queue, sauf qu’en l’occurrence, il ne se contente pas de se la mordre, il l’avale et finira par ressembler au boa mis en image par Hergé dans son deuxième album des aventures de Tintin. Image tristement ironique.

Alors, moribond le capitalisme ?

Pas vraiment si on en croit la presse, non pas celle qui est branchée sur la mondialisation mais plutôt celle qui est branchée sur les territoires. En effet, on retrouve à ce niveau les réflexes qui ont fait la splendeur du capitalisme : des gens qui ont de l’argent qui le prêtent à ceux qui en ont moins mais qui ont des idées en contrepartie d’une part de la richesse que ces idées vont générer

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/finistere-angels-ont-investi-dans-nombreuses-entreprises-2014-01-03-2015-196622?utm_source=newsletter&utm_medium=OFentreprise&utm_campaign=20150303_local_votreNewsletter

Finistère Angels. Investissement dans de nombreuses entreprises en 2014

Mais manifestement, les deux flux ne sont pas de même intensité. Comparez en effet ce que ces « anges », comme ils s’appellent, sont capables d’investir en un an et ce qu’une seul personne est capable d’accaparer à son seul profit. On voit bien que ces gens-là ne tirent pas dans la même catégorie. Mais pour autant, ils se réclament du même système et de la même idéologie. Cela me fait penser au dialogue que mettait en scène Jack London dans son roman politique prémonitoire « Le Talon de Fer » entre d’un côté des petits patrons et de l’autre un penseur socialiste que j’ai publié sur ce blog il y a plus de quatre ans

Le feuilleton de l’été : le talon de fer Chapitre 6 où nous découvrons que comme dans la mer, ce ne sont jamais les petits poissons qui mangent les gros Publié le juillet 29, 2010

Si vous avez lu ce texte vous constatez que ceux qui sont en quelque sorte la justification morale du capitalisme, au sens où Max Weber disait que le capitalisme était le fruit d’une morale religieuse, apparaissaient donc comme les  victimes de ce système. Reportons-nous aujourd’hui, rien n’a changé et les mêmes causes produisant les mêmes effets, quoiqu’il arrive, ce système, c’est-à-dire le capitalisme, aboutira toujours aux mêmes excès et, comme à chaque phase, les monstres que cela produit sont de plus en plus monstrueux, il arrivera bien un moment où le serpent aura fini d’avaler les grands corps malades à la fois de ses parasites et de leurs proliférations métastatiques.

Tristes perspectives. En effet, comme on n’a rien inventé d’autre, il faudra bien vivre avec. « Rien inventé d’autre ? » Ce n’est pas si sûr. Le socialisme ayant montré ses limites aussi bien dans sa version social-démocrate que dans sa vision communiste, il est disqualifié dans ces deux versions. Reste l’Economie Sociale et Solidaire mais elle aussi à ses propres contradictions à résoudre. Mais ceci est une autre histoire.

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Les outils de la puissance

Dans un monde dominé par l’argent, les instruments de la puissance porte un nom : l’argent évidemment. La richesse, traduisez ici « le patrimoine financier et immobilier », sont le signe le plus tangible du réel pouvoir que les gens importants ont. Cela n’a pas toujours été le cas puisque les rois de France ont plus souvent été dans la dèche que dans l’opulence, ce qui ne les a pas empêchés d’être parmi les monarques les plus puissants de l’Europe pendant au moins trois siècles. Ce n’est plus le cas maintenant que le FMI et certaines banques centrales peuvent mettre au PAS (Plan d’Ajustement Structurel en troïkalangue) n’importe quel Etat.

C’est dire si le classement des richesses produit tous les ans par la revue Forbes est instructif pour savoir qui « compte dans le monde ». La liste est là.

http://www.ouest-france.fr/fortune-bill-gates-reste-lhomme-le-plus-riche-au-monde-3224174

Fortune. Bill Gates reste l’homme le plus riche au monde

Quels sont donc les nouveaux outils qui leur permet d’être ainsi, à ce point puissants ? La réponse tient en un acronyme, les TIC. Depuis le temps, on a oublié ce que cela voulait dire. Au tournant du millénaire, les NTIC qui ont perdu en cours de route leur N, et pour cause, c’était les nouvelles technologies de l’information et de la communication. En langage contemporain, on dirait Internet+mobile. Tous les jours, certains, petits malins, farfouillent sur le Net pour trouver la bonne affaire et utilisent « gratuitement » celui-ci pour s’informer, communiquer, déconner, surdimensionner leur ego en toute liberté. Certains, même encore plus malins , s’en servent pour dénoncer ce système qui ne vit que par l’argent, que pour l’argent sans même parfois se rendre compte que leur usage effréné de ce Net et des « réseaux sociaux » qui en font le succès, c’est autant de petits ruisseaux qui viennent grossir le gros fleuve financier de ceux-là même qu’ils dénoncent. C’est ce qui fait la force des vrais puissants : ils vous tiennent parce que vous le voulez bien, un peu comme les monarques d’antan qui vous tondez de taille et de gabelle et vous envoyez à la guerre parce que vous adhériez à l’idée qu’ils étaient les rois et pour certains « de droit divin », jusqu’au jour où….

La preuve que ces nouveaux puissants les ont remplacé est qu’ils peuvent se permettre les mêmes exactions, eux ou leurs séides sans que personne ou presque n’y trouve à redire pour le moment. Après tout, n’est-ce pas un de ces jeunes « nouveaux monarques » qui dirige cette entreprise dont les employés peuvent entrer dans votre intimité quand bon leur semblent ?

http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/les-employes-de-facebook-peuvent-acceder-a-votre-compte-sans-mot-de-passe_1656967.html

Les employés de Facebook peuvent accéder à votre compte sans mot de passe

Et puis, la semaine dernière quand il est allé à Washington pour trouver des solutions au problème que rencontrent les démocraties occidentales en matière de sécurité intérieure, à qui s’est adressé le ministre de l’intérieur de la 5° puissance mondiale ? A ses collègues bien entendu mais aussi ….aux fournisseurs d’accès à internet, du moins à certains intermédiaires de cette galaxie, virtuelle mais si riche, dont les patrons sont comme par hasard ceux qu’on retrouve dans la liste ci-dessus.

Et la plus grande puissance de l’ancien ordre a bien compris l’enjeu qui veut en réguler l’accès et faire de cet espace qui n’existe pas mais occupe tant de place dans nos vies quotidiennes, une espèce de « bien commun » comme l’eau, l’électricité, ce que nous appelons encore « services publics » bien qu’ils aient été privatisés

http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/neutralite-du-net-aux-etats-unis-l-acces-a-internet-devient-un-service-public_1656030.html

Neutralité du Net: aux Etats-Unis, l’accès à internet devient un service public

Mais comme n’est jamais simple quand il s’agit de pouvoir et de domination, en agissant ainsi, le président de la première puissance du monde, au sens actuel du terme, loin de servir uniquement les intérêts de ses mandants, c’est-à-dire le Peuple, sert aussi et surtout les intérêts des nouveaux monarques.

Notez que par ce biais, on retrouve les origines de la passation de pouvoir. En effet,  les Etats-Nations ont, à mon avis définitivement perdu la main, le jour où ils ont cédé assez facilement aux sirènes des théoriciens de cet ordre économique nouveau et en privatisant à tour de bras tout ce qu’on appelle les « industries de réseau » : eau, électricité, énergie de manière générale, télécommunication et même transports publics. C’est patent à la lecture de la liste de Forbes. Et si on reste au modeste niveau de notre Hexagone, parmi les plus grosses entreprises, qu’on appelle encore françaises par commodité et parce que le droit du sol existe encore, combien sont issues du démantèlement des services publics ou de la surexploitation de ce qu’on appelle la « délégation de service public » ?

Que Mémé soit la fille de celui qui bâtit sa fortune dans les laques et colorants et que deux de ses comparses prospèrent surtout dans la production de luxe n’a que peu d’importance et montrent surtout que nous sommes un peuple léger dont les puissants vivent des vices et passions d’autres puissants, c’est tout.

Tout le reste n’est que littérature…pour le moment.

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