COP22 Ici et ailleurs, mêmes dégâts, mêmes débats

Il n’y a pas que chez nous que des peuples des dunes existent, il n’y a pas que chez nous que les extractions de gaz de schiste par fracturation hydraulique font peur, il n’y a pas que chez nous que les carrières à ciel ouvert provoquent des explosions qui ne doivent rien à la dynamite.
Car il n’y a pas que chez nous qu’il y a des promoteurs immobiliers qui saccagent les littoraux, car il n’y a pas que chez nous que des compagnies pétrolières cherchent frénétiquement de nouvelles sources d’hydrocarbures, car il n’y a pas que chez nous qu’il y a des intérêts économiques et financiers qui passent la nature par perte et profit. Il n’y a pas que chez nous que l’argument du développement économique et de l’emploi sert de viatique unique à des pouvoirs locaux pour protéger ces intérêts.
La preuve en deux exemples pris dans la même région, le littoral Nord-Est du Maroc près de la frontière algérienne : Lire la suite

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COP 22 femmes en action : Les savoir-faire ancestraux sont-ils l’avenir de la planète ?

Le jeudi 17 novembre 2016, l’alliance mondiale des savoir-faire ancestraux pour le climat (AMSAC) a officiellement été lancée sous le haut patronage de Madame Hakima El Haïté , ministre de l’environnement du Maroc . Il s’agit d’une initiative commune de WECF, de Connecting Group et de la fondation Mohamed VI pour l’étude et la sauvegarde de l’arganier.
En commençant  son intervention, Madame El Haïté a tenu clairement à préciser : «  Nous savons maintenant que depuis des décennies, le monde s’est trompé de chemin aux dépends des ressources naturelles. » Et elle enchaine, s’agissant des savoir-faire ancestraux : « Ils sont le fruit d’une adaptation lente à un environnement qu’il a fallu domestiquer. Les peuples ont appris beaucoup de la nature. »  Et elle conclut en ces termes : « Les savoir-faire ancestraux sont une part importante du patrimoine culturel mondial et ces savoirs sont menacés, la plupart du temps dans des zones elles-mêmes menacées par les effets du changement climatique. Nous avons voulu une COP inclusive et nous sommes contents de constater avec la création de cette alliance mondiale que ces savoir-faire ont trouvé un gardien. »
Les témoignages qui ont ponctué cette cérémonie d’inauguration de l’alliance mondiale ont montré que, loin d’être une tentative passéiste de préserver des pratiques obsolètes, la défense des savoir-faire ancestraux étaient de puissants facteurs de développement dans les zones où ils étaient promus. En effet, toutes les initiatives qui ont été présentées ce jour-là montraient que, loin d’être des éco-musées, les territoires où les femmes avaient pris en main leur destin avec comme seule arme, le savoir-faire qu’elles avaient hérité de leurs mères, montraient une grande résilience, pour peu qu’on ait su marier ces savoir-faire avec des technologies modernes, en l’occurrence l’utilisation de sources d’énergie renouvelables.
D’autres témoignages ont également montré que la combinaison de ces savoirs ancestraux avec quelques outils modernes pouvaient produire de la modernité. Ainsi, les techniques et modes de gestion collectives de l’eau dans le Haut-Atlas ou dans les oasis, pourraient servir de modèle pour les zones où la question de l’accès à l’eau va se poser de façon cruciale dans les années à venir.
Certes, lors du débat on a opposé à ces pratiques ancestrales, le principe de productivité qui semblent les condamner. En écho aux propos de Madame El Haïté, il pourrait être rétorqué que cette recherche ininterrompue de la productivité est la limite ultime d’un modèle à bout de souffle. En effet, ce n’est pas en essayant de développer les capacités lumineuses de la bougie qu’on a inventé la lampe à incandescence.
Les savoir-faire ancestraux sont-ils alors l’avenir de la planète, dans un monde où l’activité économique serait au service du bien-être de tous et non l’inverse ? Nul ne peut le dire mais une chose est certaine, ils nous apportent une vision du monde plus sereine et leur disparition serait une grande perte patrimoniale pour l’humanité.
les premières signataires de l’alliance autour de madame Hakima El Haïtéamsac-6crédit photo : Annabelle Avril/WECF

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« Imprévisibles démocraties » : à chaque semaine son lot de surprises !

Sale temps pour ceux qui partent
Il y a ceux qui le décident…
La semaine a d’abord été marquée par l’annonce surprise de François Hollande de ne pas se représenter. Pour expliquer cette décision, les commentateurs ont avancé mille bonnes raisons mais tous pour déplorer que le président sortant ne se représente pas. C’est à croire qu’il est dans le destin des hommes politiques de chercher à se faire réélire. Il est vraisemblable que parmi ces commentateurs, il y en ait pour avoir dénoncé ce cumul dans le temps qui caractérise la classe politique.
Mais il n’y a pas qu’en France que ce mal sévit. Ailleurs aussi, il est admis, même recommandé, qu’un sortant se représente et quand l’un d’eux jette l’éponge, cela est vécu comme un séisme Nouvelle-Zélande : l’incompréhensible hara-kiri du « premier ministre le plus populaire de l’histoire » Il y a même un commentateur néo-zélandais pour dire « Nom de dieu, ce n’est pas comme ça que ça doit se passer » C’est dire si la conviction est profondément ancrée. Cela dit, on peut comprendre ce Premier Ministre. Se retirer en pleine gloire, vaut mieux que se retirer faute de mieux. Madame Merkel, à qui on prédit aussi un 4° mandat devrait y réfléchir et préparer sa succession. Je crois que pour eux, c’est ça le plus dur.
 Et ceux qui ne  le décident pas….
Le Brésil n’en finit pas de se purger la tête. C’est au tour du président du Sénat de se retrouver dans la tourmente Le président du Sénat brésilien a été démis de ses fonctions par la justice Il y a une bonne douzaine d’excellentes raisons pour justifier la décision du juge constitutionnel mais dans un pays qui a élu un président comme Lulla, cela commence à faire désordre.
Puisqu’on parle de désordre, voilà un autre pays qui va peut-être renouer avec le désordre, comme dans les années 80 Les Italiens ont fait payer à Matteo Renzi sa brutalité  Etre mis en minorité lors d’un référendum portant sur la réforme du Sénat et des régions et démissionner après avoir mis sa démission dans la balance, ça ne vous rappelle rien. Bon ! Tout le monde n’est pas De Gaulle et loin de moi l’idée de comparer un jeune loup pressé et un vieux loup fatigué, mais les voilà tous les deux victimes d’une réponse à une question non posée comme en fournissent de plus en plus souvent les référendums.

Sale temps aussi pour ceux qui arrivent….
Ouf ! l’Europe respire. Tout le monde craignait une victoire du président du parti d’extrême-droite en Autriche. Et finalement, c’est un candidat indépendant qui l’a emporté, confirmant ainsi le résultat du printemps dernier. Tout le monde a donc titré « une défaite pour les populismes européens ». Tout le monde ou presque car quelques élus du groupuscule écologiste qu’est devenu EELV  ont voulu y voir la victoire de l’écologie. Certes Van der Bellen a dirigé le parti vert autrichien mais il a depuis pris ses distances avec eux Qui est Alexander Van der Bellen, le nouveau président autrichien ? C’est un peu comme si un ancien dirigeant des Verts français, ou même d’EELV avait remporté une élection en rassemblant autour de son nom tout ce que le pays compte de démocrates. Ce ne serait pas une victoire de l’écologie, mais serait-ce pour autant une victoire pour la démocratie. Avec un parti ouvertement xénophobe, raciste et réactionnaire à 47%, on peut quand même en douter un petit peu. C’est pourquoi, cette élection n’est pas vraiment une bonne nouvelle. L’eau a commencé à bouillir dans la casserole et la grenouille ne sent toujours rien. Après Brexit, Oxit est maintenant possible. Pour ce qui concerne l’Italie, c’est moins certain. En effet difficile de prononcer Italxit. A moins que « Italvia » ne plaise davantage ; pour le coup l’Union Européenne et son modèle démocratique bancal devra se sentir mal.

Pendant ce temps-là, en France on multiplie les débats primaires comme si tout cela était secondaire !!

 

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COP 22 portrait de femmes en action : L’énergie des coopératives de Géorgie

LE CONTEXTE

2 milliards de femmes vivent dans des zones rurales où l’accès à l’énergie est problématique, ce qui se traduit le plus souvent par des déforestations, dommageables pour la planète et des corvées de bois éreintantes pour les femmes. C’est pourquoi le Fonds Vert des Nations-Unies intervient assez lourdement dans le cadre d’un programme « énergie rurale ». Il n’est dès lors pas étonnant qu’un grand nombre de programmes NAMA ( pour Nationally Appropriate Mitigation Action ou en français Mesures d’atténuation appropriées au niveau national) portent sur cette question.

Même si les statistiques de la Banque Mondiale laissent apparaître que 100% de la population géorgienne est relié au réseau électrique, une grande partie des zones rurales dépendent encore en grande partie pour leur consommation d’énergie de la ressource en bois, essentiellement pour les besoins domestiques de la cuisine et de la fourniture d’eau chaude. Cette consommation peut représenter jusqu’à 30% du revenu des ménages ; annuellement, chaque foyer consomme environ 12 mètres cubes et même si 75% de la forêt est gérée de façon durable, ce sont ainsi 7.000 hectares qui disparaissent tous les ans sous forme de chablis ou dans des glissements de terrain.

 

LE PROJET

Il y avait donc là un double défi social et écologique à  relever. C’est ce que fait depuis plus de 10 ans, l’agence pour le développement des communautés rurales (RCDA) , une ONG géorgienne,  dans 4 puis 5 districts ruraux  plus ou moins éloignés de la capitale Tbilissi.

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Nino Gamisonia, coordinatrice de Rural Communities Development Agency (RCDA), entre Liane Schalatek, directrice associée de la fondation Heinrich Böll et experte du Fonds Vert des Nations-Unies et Antoine Martin-Chave, représentant l’ONG française GERES, lors de la présentation du projet NAMA Géorgie pendant la COP 22 à Marrakech

Avec l’appui  du réseau WECF (Women Engage for a Common Future), RCDA a ainsi développé depuis 2008 un programme qui combinent, la production d’énergie renouvelable avec l’acquisition de savoir-faire, la formation d’acteurs locaux, le tout avec la volonté d’associer les hommes et les femmes à parité dans toutes ces actions, y compris les plus techniques, sans oublier naturellement la participation dans les instances de prises de décision.  C’est sur ces bases-là, qu’avec l’appui du gouvernement géorgien une NAMA a été mise en place en 2010.

L’objet principal de ce programme est la réduction de la consommation d’énergie à partir du bois. Cela s’appuie sur trois piliers techniques, la production d’eau chaude à partir de chauffe-eau solaires, l’isolation des maisons (fenêtres, murs et toitures) et l’utilisation de poêles à bois totalement efficients. Dans ce cadre, l’installation de 500 chauffe-eau solaires et l’isolation de 50 habitations ont été programmées. La mise en œuvre de ce programme devait être faite par les habitants eux-mêmes et à cet effet 5 groupes de qualification ont été constitués dans lesquels systématiquement la parité a été recherché, la règle étant qu’il y ait au moins 40% de femmes dans tous les groupes quelle  que soit le contenu technique de la formation.

 

LE BILAN

5 ans après le démarrage du projet, le bilan suivant peut être fait. Du point de vue écologique, 126.000 mètres cubes de bois devraient être épargnés d’ici à 2021 et les émissions de gaz à effet de serre sont réduite d’environ 1.000kilos de CO² par an. Du point de vue économique, les retours sur investissement sont plutôt bons :

  • L’isolation a permis de réduire de 25% la consommation d’énergie et le retour sur investissement se fait entre 1,5 an et 3ans
  • L’utilisation de poêle à double combustion a permis de réduire de 30% la consommation et l’investissement est remboursé dans l’intervalle de 1,5 an et 2,5 ans,
  • L’installation de chauffe-eau solaires a réduit de 30% la consommation de bois de chauffage et dans un délai de 4 à 5 ans, l’investissement sera couvert.

Mais le plus gros succès du programme concerne la prise en compte du genre dans le montage des actions. En effet, non seulement les femmes rurales ont vu leurs conditions de vie sensiblement améliorées par l’atténuation de la « corvée de bois », mais surtout cela leur a permis d’acquérir un nouveau statut économique, à travers le revenu d’appoint que leur apportent leurs activités au sein du programme et un nouveau statut social du fait de leur participation à toutes les instances du programme, y compris les instances décisionnelles.

De fait, le résultat le plus spectaculaire du programme NAMA a été la création de 4 coopératives d’énergie qui répondent à une demande croissante sur le modèle expérimental développé depuis 2010. Ainsi il y aurait plus de 10.000 demandes d’installation de chauffe-eau solaires ou de poêle à double combustion dont l’installation, le pilotage et la maintenance doit être assurée par les équipes des coopératives. Même s’il apparaît que les hommes sont plus attirés par les tâches d’installation et les femmes par les fonctions de pilotage des systèmes ou leur maintenance, une grande mixité est recherchée dans les groupes à tous les niveaux. Actuellement, sur les 4 coopératives existantes, 2 sont présidées par des femmes et une centaine de femmes sont sociétaires. Il convient à cet égard de noter que le droit d’entrée dans la coopérative est de 50 euros, le prix d’une action. Ce prix est à mettre en rapport avec le revenu mensuel moyen de Géorgie qui avoisine les 250 euros. Il parait que les dividendes versés en fin d’année à chaque coopératrice et coopérateurs valent ce sacrifice financier. La création de 4 autres coopératives est programmée d’ici 2018.

Le dernier intérêt de ce projet réside dans le modèle énergétique qu’il développe :

  • la combinaison de production d’électricité d’origine renouvelable avec des efforts de réduction de la consommation,
  • une production totalement décentralisée dans un pays où la montée en puissance de l’hydroélectricité imposerait plutôt un modèle centralisé,
  • un mode de production locale, s’appuyant principalement sur des technologies légères (voir l’encadré sur GERES)

ninoNino GAMISONIA, coordinatrice du projet NAMA Energy Georgia  pour RCDA
Lénine avait dit un peu imprudemment « le développement du communisme, ce sont les soviets plus l’électricité. » Gageons que ce modèle : « le développement de la communauté, ce sont les coopératives plus l’électricité. » a plus de chance de réussir !

Focus sur GERES
Des technologies basiques pour une appropriation rapide.
L’ONG française GERES, basée dans le Sud de la France, intervient auprès de WECF dans le projet de RCDA en Géorgie pour y apporter ses savoir-faire et ses technologies. La philosophie de base est l’utilisation de techniques simples et bon marché, faciles d’accès, financièrement et conceptuellement, aux populations auxquelles elles ont destinées. Ainsi, en matière d’isolation des fenêtres, elle préconise et met en œuvre une technique simple : le collage d’une seconde couche de verre sur la vitre initiale, avec un joint au silicone pour assurer l’étanchéité. De même pour l’isolation des combles, à la grande surprise des paysans géorgiens, elle a remis au goût du jour l’isolation sur rampants ou sur plancher avec des bottes de paille liées à l’argile trempée. En ce qui concerne les poêles à efficacité optimale, l’option retenue a été un poêle avec double chambre de combustion, la première où le bois est brulé, puis une seconde où les gaz de combustion de la première chambre sont à leur tour brulé. Rien n’empêche d’ailleurs d’accroitre l’efficacité énergétique de l’ensemble en installant des réserves d’eau le long de la colonne d’évacuation des fumées pour récupérer la chaleur des conduits

Pour en savoir plus sur/
Rural communities development agency : http://www.rcda.ge/
WECF : http://www.wecf.eu/francais/
GERES : http://www.geres.eu/fr/
Le fonds vert des Nations-Unies : https://www.greenclimate.fund/home
Les NAMA : http://unfccc.int/focus/mitigation/items/7172.php

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COP 22 Portraits de femmes en action : l’eau de Java

L’ile de Java était une ile très boisée donc plutôt humide. La déforestation a fait des ravages dans cette ile comme dans la plupart des iles de l’archipel indonésien. Du coup, la gestion de l’eau est devenue une question importante pour certaines communautés situées dans les collines de l’intérieur. Quelques unes ont décidé de réagir. L’initiative portée par l’organisation YEU (YAKKUM Emergency Unit) se situe dans le centre de l’ile de Java, principale ile de l’archipel, plus précisément dans le disrict Kaloran-Temmagung-Semawang.

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Certes l‘eau reste abondante mais elle est devenue de mauvaise qualité et dans les zones collinaires, les sources donnent une eau turbide et l’eau des puits est tellement chargée de minéraux, notamment du fer que la lessive est le plus souvent marron que blanche. Trouver de l’eau est devenue une corvée avec ses conséquences sur la santé des femmes qui y sont soumises.
En très peu de temps, puisque cette initiative a moins d’un an d’existence, quelques groupes de femmes ont obtenu des résultats spectaculaires.
Il faut dire que leur démarche a été exemplaire. Plutôt que d’entrer en conflit avec les autorités locales, elles ont choisi de collaborer systématiquement avec celles-ci à toutes les phases de la reconquête de l’eau. Elles ont ainsi obtenu d’être associées à l’évaluation qualitative et quantitative de la ressource hydrique. Elles ont également obtenu de participer aux choix technologiques de gestion des circuits d’eau.
Mais elles ont surtout mis la main à la pâte. Travaillant avec les artisans locaux  et l’ensemble de la communauté, elles ont construit l’adduction d’eau depuis le bas de la colline. Elles ont aussi imposé un outil de la gestion durable de l’eau, qui chez nous paraît évident mais dans cette zone est une véritable révolution, le compteur d’eau. Ce choix, qui n’allait pas de soi dans une région où l’eau avait toujours été gratuite, indique bien l’état d’esprit qui les anime : pour que la gestion de la ressource soit durable, il faut que tout le monde soit conscient de son importance et y prenne sa part. C’est d’ailleurs dans le même esprit qu’elles ont participé à des opérations de reboisement, autant pour reconstituer la forêt que pour enrayer les glissements de terrain qui menacent une partie du territoire. C’est au nom des mêmes principes  que, dans certains hameaux du district, des toilettes ont été construites, avec conduits d’évacuation, autant pour le confort des habitants que pour assainir les cours d’eau.
Pour l’ensemble de ces micro-réalisations et surtout pour saluer sa capacité de mobilisation rapide (plus de 50 personnes fortement impliquées dans les différentes actions), l’organisation YEU a été lauréate du prix « solutions genre et climat » dans la catégorie « solutions non techniques »

helgaCrédit photo : Annabelle Avril/WECF
Sur la photo : Helga Yohana Simatupang, représentante de YEU
Pour en savoir plus sur Yakkum energency unit : http://www.yeu.or.id/

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COP 22 Portraits de femmes en action : « du soleil dans les arganiers »

La région d’Essaouira, dans le Sud marocain est réputée pour une production, l’huile d’argan. Cela n’a pas toujours été le cas puisque jusqu’au milieu des années 80, les vertus de l’huile étaient méconnues. L’huile d’argan servait à la consommation locale à des fins culinaires ainsi qu’ à des fins médicales et cosmétiques mais cela restait local et dans le cadre de savoir-faire ancestraux ; en outre, l’arganier servait aussi de fourrage des caprins et à d’autres usages domestiques, cuisine et chauffage. Le droit coutumier autorisait d’ailleurs le glanage des bois morts à cet effet. Les besoins augmentant, la forêt s’est progressivement dépeuplée, passant d’une densité de 150 arbres à l’hectare en 1900 à 30 arbres à l’hectare actuellement. Il faut dire aussi que la guerre de 14-18 est passée par là et que l’arganier a payé un lourd tribut, sa qualité de combustion lente étant fort appréciée en France. L’engouement actuel pour les produits issus de l’huile d’argan pose clairement la question de la préservation, puis du développement de la ressource.

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Crédit photo : écoliers berbères.info

La fondation Mohamed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier s’est sentie interpellée par cette situation d’autant que ces dernières années le rythme de la déforestation est monté à 600 hectares par an. C’est ainsi qu’est né un projet de sensibilisation des populations de la zone arganière à l’utilisation de l’énergie solaire.
La population visée était bien entendu les femmes puisque dans le fonctionnement domestique elles jouent le rôle central. Toutefois, il a fallu avancer  à tout petits pas afin de ne pas rendre insurmontable le fossé technologique consistant à passer du feu de bois au four solaire.
La démarche  donc été progressive afin de faciliter l’appropriation de la technologie et la bonne idée a été de passer par les enfants. C’est ainsi que dans trois écoles de la province d’Essaouira (école Sidi Bouzekri de Smimou, groupe scolaire de Takoucht, école Al Khattabi d’Ounagha) ont été créées trois cantines scolaires fonctionnant exclusivement avec des cuiseurs solaires, mis au point et produits par une société perpignanaise.

ounaghaLes environs d’Ounagha crédit photo : Maroc communes
 La période de sensibilisation devait ne durer qu’un an dans la mesure où l’équipe éducative et la fondation recherchaient la moindre occasion pour inviter les mamans à venir partager ces repas scolaires et solaires avec leurs enfants. Cela a été en fait bien plus long puisque cette première phase a pris en fait trois ans. « La cuisson solaire a été une longue école de patience. » avoue en souriant Katim Alaoui, la directrice de la Fondation.

smimou

Mais le but est maintenant atteint et la fondation est confrontée à un autre problème, pouvoir répondre à la demande. Afin de faire un choix entre les mères demandeuses du cuiseur miracle, une solution à la fois astucieuse et morale a été retenue : le cuiseur est la récompense  des bons résultats scolaires. Belle solidarité familiale et quelle incitation à faire ses devoirs !

takouchtLe village de Takoucht
A l’issue de cette première phase, le bilan laisse apparaitre une économie de bois de 5 à 10 kilos par foyer et par jour.
La fondation va donc passer à la seconde phase de son projet pour s’adresser directement à toutes les femmes productrices d’huile d’argan, travaillant dans les coopératives qui ont foisonné dans les provinces d’Essaouira et d’Agadir. Elle compte s’appuyer pour cela sur la force de conviction des coopératrices de la zone d’Essaouira qui seront les meilleures propagandistes du cuiseur.
La dernière phase du projet consiste à produire les cuiseurs sur place et dans cette perspective, la fondation envisage de créer une pépinière d’entreprises pour aider de jeunes entrepreneurs (ou entrepreneuses) à se lancer dans l’aventure. Le choix technologique devrait favoriser ce transfert ; en effet le montage en est si simple que le premier cuiseur livré en kit a été monté directement à l’école par une petite fille. Ainsi naissent parait-il les vocations d’ingénieures !
Pour ce projet, la fondation Mohamed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier a été lauréate du prix « solution genre et climat » dans la catégorie « solutions techniques ».
Sur la photo : Madame Katim Alaoui directrice de la Fondation Mohamed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganierkatim-alaoui-eCrédit photo : Annabelle Avril/WECF

Focus sur la fondation Mohamed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier
La fondation est une initiative d’universitaires qui souhaitaient développer la recherche sur l’arganier et les produits qu’on peut en tirer. Présidée par André Azoulay, conseiller du roi Mohamed VI, elle bénéficie du parrainage de celui-ci qui a souhaité que l’objet social de la fondation auquel son nom était associé s’étende à la sauvegarde des arganeraies. Une des actions emblématiques de la fondation a été la création d’une IGP qui consacre l’huile d’argan comme produit d’exception.

 

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COP 22 portraits de femmes en action : les pêcheuses des iles aux coquillages

Le delta des rivières Siné et Saloum sur le littoral sénégalais à un peu plus de 100 kilomètres au Sud- Ouest de Dakar est une zone de mangroves, incluse dans un parc national et depuis peu aire marine protégé.

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Dans cette zone, parsemée d’iles, la pêche de coquillages est une activité traditionnelle des femmes qui assurent ainsi une part non négligeable de l’alimentation de leurs familles.
Cette cueillette de subsistance est devenue une véritable activité économique car la demande extérieure  croît, de Dakar mais aussi à l’exportation. Traditionnellement les femmes assumaient aussi la transformation et la commercialisation de leur production. Comme il s’est toujours agi d’une collecte de subsistance, les pratiques de pêche respectaient spontanément les règles d’une gestion durable de la ressource : sélectivité des prises, fermeture spontanée de zones de pêche pour accorder un repos biologique à la ressource.
Mais depuis une vingtaine d’années, le schéma a profondément changé. En effet, à partir du moment où il y a eu des perspectives lucratives de marché, une concurrence est apparue. L’exode rural a amené vers la côte des hommes qui, faute de trouver une activité, se sont rabattus vers la collecte de coquillages mais ces pêcheurs, exclusivement intéressés par l’aspect économique de leur activité ont constitué un double danger pour l’activité féminine de la pêche aux coquillages : une concurrence directe sur les marchés, et un épuisement prévisible de la ressource.

Dans la zone des iles Niodior- Niodewar, parc-naturel-du-sine-saloum les femmes se sont donc organisées et dès 1996, elles créaient la FELOGIE (FEdération Locale des GIE) qui fédérait 7 GIE regroupant en tout 105 femmes. Le but était d’arriver à des sources de financement plus facilement et assurer l’autonomie économique des membres de ces GIE. A ce jour la FELOGIE regroupe 24 GIE et 750 pêcheuses. Leur production journalière est actuellement de 2 à 3 tonnes de coquillages par jour. Une grande partie fait l’objet d’une première transformation par leurs soins : cuisson puis séchage.
Dans un contexte de concurrence accru entre groupes sociaux, les femmes contre les jeunes, les gens du littoral contre les gens de l’intérieur, les pêcheuses  seraient assez rapidement éjectées des circuits de distribution si elles ne s’étaient organisées de façon plus structurée. A partir de 2006,  avec l’appui de l’ONG ENDA et surtout de sa branche ENDA-GRAF/Sahel, leur démarche a visé,  principalement, à faire prendre conscience aux pouvoirs publics que cette concurrence pouvait être de nature à détruire une ressource naturelle essentielle dans le cadre du parc national et de l’aire marine protégée. Ainsi, en liaison avec l’université de Dakar et plus particulièrement l’Institut Universitaire de la Pêche Artisanale, un programme de recherche a été mis en place afin de suivre l’évolution de la ressource et mieux comprendre comment les pratiques traditionnelles de protection des espèces (repos biologique, réensemencement) sont efficaces. De même, dans le cadre de la gestion de la mangrove, les femmes de FELOGIE ont participé à la replantation d’arbres, menacés comme dans toutes les mangroves par les prélèvements excessifs à usage domestique. Enfin, avec l’aide d’artisans locaux, elles ont conçus des ustensiles de cuisson plus économes en énergie et permettant la mécanisation d’une partie du processus de décorticage des mollusques.
Parallèlement, elles mènent un travail de fond auprès des autorités pour faire reconnaître l’activité de pêcheuses de coquillages comme un métier avec ses règles, ses apprentissages et ses modalités d’accès. Cela passe notamment par des actions de formation de leurs membres aux règles de la gestion durable de la ressource.  Cette reconnaissance, outre qu’elle permettra de réglementer les questions de concurrence entre groupes sociaux sur l’accès aux zones de pêche, donnera l’accès à ces femmes aux instances de gestion des zones de protection (parc national mais surtout aire marine protégée) dont elles sont actuellement exclues, faute d’être reconnues comme actrices économiques  à part entière. Leur absence dans ces instances est préjudiciable notamment parce que, par pratique professionnelle, elles apporteraient leur approche préservatrice qui semble manquait actuellement dans la gestion de cette zone. De plus cela permettrait de corriger une anomalie administrative. En effet, depuis que la loi sur la parité a été promulguée au Sénégal, toutes les instances doivent être intégralement paritaires
Pour ce projet l’ONG sénégalaise ENDA-GRAF/Sahel a été lauréate du prix « Solutions Genre et Climat » dans la catégorie « solutions transformationnelles fatous-et-mdcrédit photo : Annabelle Avril/WECF

Sur la photo de gauche à droite : Fatou Sarr, présidente de FELOGIE, Marie-Dominique de Suremain, experte « genre » de ENDA-GENDDER et Fatou N’Doye, animatrice du pôle »sécurité alimentaire et nutritionnel/genre » de ENDA-GRAF/Sahel

Le contexte économique de ce projet
Au Sénégal, la principale source de protéines animales est le poisson et de manière générale les produits de la mer. De tous temps, les marchés locaux ont été approvisionnés par la pêche artisanale côtière répartie tout le long de la côte de Saint-Louis à la Casamance. Sur le littoral sénégalais comme partout ailleurs, la pêche artisanale est concurrencée par la pêche industrielle qui non seulement détruit la ressource, mais aussi met à mal les circuits traditionnels de distribution. Les pêcheurs  se rabattent sur d’autres sources de revenu en provenance du littoral. Les réseaux de distribution locaux tenus par les mareyeurs, qui sont d’ailleurs le plus souvent des mareyeuses, sont soumis à une forte concurrence.
Le littoral est soumis à une double pression. La première est liée au changement climatique et à l’élévation du niveau des océans qui bouleverse l’équilibre écologique des éco-systèmes fragiles des mangroves. La seconde est également liée au changement climatique qui touche l’intérieur du continent africain et qui chasse vers le littoral des habitants, qui viennent chercher au bord de la mer les moyens de subsistance que leur terre ne peut plus leur fournir.

Focus sur ENDA-GREF/Sahel pôle « sécurité alimentaire et nutritionnelle/genre »
ENDA-GREF/Sahel est une des branches de l’ONG d’origine sénégalaise ENDA. Son pôle agro-alimentaires de la zone Sénégal-Sahel, d’en faire un diagnostic et d’y repérer les initiatives porteuses d’avenir et éventuellement reproductibles.
En ce qui concerne le secteur de la pêche son rôle est plus spécifiquement d’organiser en fédération toutes les initiatives locales, dont FELOGIE, pour en faire une force de proposition. Dans ce cadre, la principale revendication est la reconnaissance du métier de pêcheur au féminin.

 Focus sur ENDA GENDDER
ENDA GENDDER est un projet porté par ENDA Europe dont le but est d’introduire la dimension du genre dans la constitution de projets de développement. C’est ainsi que ENDA GENDDER est partie prenante dans plusieurs projets, outre le projet des pêcheuses. L’un au Sénégal concerne l’agro-écologie comme méthode de lutte contre une plante invasive le Striga ; c’est un projet où la mixité est assurée et une attention forte est portée sur l’analyse de la division du travail. Trois projets, conçus sur le même principe, sont suivis en Colombie, Viet-Nam et Ethiopie sur la gestion communautaire des déchets. Enfin ENDA GENDDER suit un projet de micro-finances à la fois en milieu rural et urbain sur la micro-finance avec des questionnements spécifiques sur l’accès des femmes au crédit, sur le surendettement, sur le droit des femmes.

Pour en savoir plus
Sur ENDA :  http://endatiersmonde.org/instit/
Sur ENDA GRAF-Sahel :  www.endagrafsahel.org
Sur ENDA GENDDER :  http://enda-europe.org/id-4-genre

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