Bien manger, bien vivre 2 : La graine est-elle semée?

Ce n’est pas une nouveauté pour celles et ceux qui s’intéressent aux questions agricoles : la mainmise de grands groupes industriels et financiers est totale sur l’ensemble du cycle de production et les semences n’y font pas exception. Une réglementation qui date de plus de 70 ans, créée au départ pour protéger les producteurs contre les excès des obtenteurs, est devenue une arme de dissuasion massive entre les mains de ces mêmes semenciers, puisque, grâce à un système de droit d’accès au marché, plutôt bien expliqué dans cet article https://www.ouest-france.fr/En Bretagne, C………r va vendre des légumes issus du “marché interdit”

Pourquoi vous parler de cette initiative alors ? D’abord parce qu’elle permet de reparler de cette réglementation qui laisse les agriculteurs aux mains des semenciers. Notons toutefois que cette situation n’est pas spécifiquement française mais que toutes les paysanneries mondiales sont aussi soumises à quelques grands groupes mondiaux. Cela veut-il dire qu’un des principaux groupes français de distribution s’est converti à la défense de la biodiversité? On aimerait y croire mais j’ai quand même un doute sur la solidité de la démarche. Le premier indice est quand même le message publicitaire lui-même. Que signifie cette qualification de « marché interdit », si ce n’est qu’elle permet à ce groupe, plutôt discret jusqu’à présent sur ses convictions écologiques, de se donner une image de rebelle, j’allais écrire « insoumis » mais c’est devenu une marque politique déposée. C’est un peu dans l’air du temps, du moins dans ce créneau de consommateurs qui désertent le rayons « frais » de la grande distribution pour aller vers d’autres réseaux, la distribution spécialisée avec ses propres réseaux (je ne cite pas de noms mais tout le monde les a en tête), la vente directe, la vente militante,etc…. Voilà, je viens de lâcher le mot « créneau de consommateurs » : dans leur jargon, on dirait peut-être « segment de marché », mais quand ce segment de marché dépasse durablement les 10% voire les 20%, ce n’est plus une niche et il convient donc de réagir, si du moins on est un bon distributeur. « Revenez vers nous ! Nous sommes comme eux ! » semble dire cette campagne. Maintenant, c’est aux consommateurs de voir si sur le fond, l’offre correspond à leurs attentes, notamment en termes de mode de production, en termes de lieux de production, en termes de partage de la valeur ajoutée entre producteurs et distributeurs. Sur ces points, nous n’avons aucune information, ce qui confirme mon doute. Alors, on regarde et on passe à autre chose ? Pas tout à fait tout de même. Car en l’occurrence, cela pourrait fonctionner comme un « nudge » : utiliser un stimulus (ici récupérer un segment de clientèle) pour semer (c’est le cas de le dire) les germes d’un changement de comportement radical. Le chemin sera long pour modifier le modèle économique de ces entreprises pour accepter des produits plus chers à l’achat, plus sensibles aux conditions de transport et de stockage, plus saisonniers (on n’aura plus de tomates toute l’année), accepter des fournisseurs plus près du lieu de vente , qui pourront constater de visu la marge réelle réalisée, etc…. Bref, c’est une remise en cause radicale du modèle qui a fait le succès depuis plus de 50 ans des grandes chaînes de distribution. Et c’est là où cela risque de coincer. Mais ce faisant, cela peut faire un joli sujet de débat lors des Etats Généraux de l’Alimentation.

Si vous souhaitez aller plus loin sur cette question de semences, vous pouvez jeter un coup d’oeil à ces sites (listes non exhaustive naturellement)
http://www.grainesdetroc.fr/
http://www.semencespaysannes.org/
https://libertepourlespaysans.org/?gclid=EAIaIQobChMIqPOlwKO21gIVor_tCh1VJgvtEAAYAyAAEgJFqfD_BwE

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Brèves de compteur n° 104 Les Etats investissent… chacun à sa façon

Areva va mal parce que la filière nucléaire va mal, à moins que ce soit le contraire. Cette entreprise et la filière dont elle constitue un point nodal, vont mal parce que certains choix stratégiques n’ont pas été faits assez tôt ou assez fortement. Et comme l’Etat est le principal actionnaire, l’Etat vient au secours de son entreprise. Plusieurs opérations de rachat d’actions comme celle-ci https://www.legifrance.gouv.fr/Arrêté du 12 juillet 2017 autorisant l’acquisition de titres d’AREVA SA par l’Etat sont programmées et l’effort financier final sera vraisemblablement de 4 milliards u moins, maintenant que la Commission de union Européenne a autorisé l’opération. Dans une période de disette budgétaire et de désengagement financier de l’Etat actionnaire, cela détonne un peu. Et comme l’argent se fait rare, toute somme distraite à des fins annexes, pèse lourdement au moment des choix ; ainsi ces milliards perdus ne pourront pas être injectés dans le développement des nouvelles technologies de production d’électricité à partir de sources renouvelables et tout retard accumulé, et nous avons déjà accumulé beaucoup de retard, se paiera fort cher quand dans quinze ou vingt ans quand il apparaîtra crucial d’avoir réussi la mutation de son mix énergétique.

Pendant ce temps, de plus petits Etats investissent des plus petites sommes mais avec des perspectives de plus gros gains Le gouvernement écossais investit pour la seconde fois dans le programme OWA Vous noterez que dans le consortium d’entreprise auquel s’associe les Ecossais, ne figurent aucune entreprise française. Dans un pays qui a la plus grande façade maritime d’Europe, être ainsi absent de la recherche sur l’éolien offshore est dramatique.

Dans un autre domaine aussi, les petits pouvoirs locaux font des choses importantes avec des petits moyens. La recherche est dans ce secteur, fondamentale, surtout si elle est appliquée.La Queen’s University va recevoir plus de €9.3 millions de l’UE L’Université de Belfast n’est peut-être pas le plus grand centre universitaire du Royaume-Uni mais constituer un pôle de recherche aussi pointu avec si peu de moyens peut être un exemple à suivre par les pôles universitaires qui jalonnent le littoral Français de Dunkerque à Menton. Encore faudra-t-il que Bercy accorde au ministère de l’enseignement et de la recherche les crédits nécessaires mais qui risquent hélas de manquer, la cagnotte de Bercy ayant été amputé pour sauvé le soldat Areva.

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CETA Et maintenant que va-t-il faire ?

Dans un précédent billet, je relatais la façon dont certains eurodéputés tiraient le signal d’alarme concernant les risques sanitaires d’une application trop libérale de l’accord de libre-échange entre le Japon et l’Union Européenne et cela concernait l’alimentation et les risques écologiques liés aux séquelles de l’explosion de Fukushima

Les mêmes députés et peut-être d’autres ont également alerté sur les risques de la mise en œuvre du traité de libre-échange entre l’Union Européenne le Canada. Conscient de ces réticences, notre président a demandé un rapport pour éventuellement faire évoluer la position diplomatique de la France sur le sujet. Le rapport vient de lui être remis http://info.economie.lefigaro.fr/UE-Canada : un rapport pointe les lacunes du Ceta

La principale lacune est la faiblesse des mesures de protection de l’environnement. On aurait dû s’en douter. Maintenant qu’il l’a entre les mains, que va donc faire notre Président ? On ne peut pas avoir donné un signal fort en direction des thèses écologistes en choisissant un homme symbolique comme ministre d’Etat et ne pas tenir compte de ce rapport pour tenter d’en faire varier le contenu. Mais, cela est-il encore possible à cette date ? Permettez-moi d’en douter. Alors à quoi rime cette gesticulation ? Je note quand même que parmi les mesures proposées il y a «  l’introduction d’un «veto climatique» qui limiterait les recours en justice d’entreprises contre des normes environnementales ». Cela veut donc dire que sur d’autres sujets, elles pourront ester contre les normes qui les gênent. C’est exactement la raison pour laquelle les gens s’opposent à ce traité et au traité TAFTA. En conséquences,lacunes écologiques comblées ou pas, ce traité reste mauvais.

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Brèves de compteur n° 103 transition énergétique et autonomie énergétique

Dans la précédente « brèves de compteur », j’évoquais la possibilité pour 139 Etats de passer au « tout renouvelable » et au cœur de ce dispositif, il y avait le continent africain. Pour trois raisons, la première est que les ressources nécessaires à ce développement des énergies d’origines renouvelables, essentiellement le vent et le soleil se trouvent dans son sous-sol, la deuxième est que c’est le continent dont les conditions météorologiques sont, pour l’instant, les plus favorables à leur développement, la troisième est, paradoxalement le retard d’équipement actuel de la majorité du continent. C’est en se fondant sur ce genre d’analyse qu’un groupe de personnes influentes, animé par un ancien ministre français de l’environnement, ont mis au point un grand projet d’électrification de l’Afrique, sur des bases totalement écologiques, en apparence. Électrification de l’Afrique. Borloo souhaite un grand traité
Dans l’esprit de Jean-Louis Borloo, le sort de l’Europe et de l’Afrique sont liés notamment parce que les écarts de développement entre les deux continents crée un appel d’air du Sud vers le Nord. Réduire l’écart de développement, ce serait donc tarir progressivement le flux migratoire. Le raisonnement est apparemment impeccable et le vecteur de ce développement, ce serait l’électricité, un peu comme pour Lénine, sans les soviets quand même. Ainsi au Maroc, il y a par exemple le projet Noor http://bfmbusiness.bfmtv.com/Au Maroc, la plus grande centrale solaire d’Afrique prend de l’ampleur qui a pour ambition d’alimenter le marché marocain et renforcer son autonomie énergétique

Il ne faut pas oublier cependant que derrière ce projet d’autonomie énergétique, il y a eu un projet pharaonique allemand, Desertec, qui avait d’autres visées, alimenter le marché européen. Les Allemands ne sont d’ailleurs pas les seuls à raisonner ainsi puisque à l’autre bout du Maghreb, en Tunisie, un projet encore plus gigantesque est sur le point de voir le jour. http://lenergeek.TUNUR : 9.400 GWH DE SOLEIL TUNISIEN POUR LE ROYAUME-UNI ?

Comme on le voit, on est loin du rêve d’autonomie énergétique de la fondation Energie pour l’Afrique et on voit réapparaître des réflexes néocoloniaux qui ne sont pas compatibles avec un schéma durable de développement des deux continents. C’est aussi ne pas tenir compte de l’ineptie écologique que représente une telle importation d’énergie sur d’aussi grandes distances avec les coûts d’infrastructures que cela suppose, l’emprise au sol de ces infrastructures sans compter les pertes en ligne inéluctables dans ce genre de transport d’électricité sur de si grandes distances. Comme le disait René Dumont, avec de tels projets « l’Afrique est (de nouveau) mal partie ».

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La presse « libre »

Il n’est pas encore enterré qu’il est déjà remplacé http://info.economie.lefigaro.fr/Xavier Niel et Matthieu Pigasse reprennent les parts de Pierre Bergé dans Le Monde

Il faut dire que cela faisait partie du deal depuis longtemps. Quand on pense qu’il fut un temps où ce titre appartenait à ses journalistes. Certes, les temps sont durs pour la presse écrite, qu’elle soit sur support papier ou « en ligne » comme on dit. Certes, ces trois actionnaires ont promis juré qu’ils n’interviendraient pas dans la ligne éditoriale. Certes, les témoignages recueillis par le journaliste du Figaro, journal qui appartient, lui aussi à un chef d’entreprise richissime, semble montrer que, quoi qu’il en est, le défunt ne serait jamais intervenu dans le contenu éditorial. Certes, dire publiquement qu’on n’est pas d’accord avec un contenu et que si on avait su, ce n’est pas là qu’on aurait placé son argent n’est pas une menace. Certes tout cela est vrai mais il faut une vraie force d’âme pour disposer d’un pouvoir d’intervention et se refusait de s’en servir, surtout si dans la gestion des affaires courantes, on n’est pas habitué à se refuser quoi que ce soit. Mais c’est à leur grandeur d’âme qu’on reconnaît les grands hommes, n’est-ce pas ?

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Bien manger, bien vivre

Voilà un beau sujet pour les Etats Généraux de l’Alimentation qui battent son plein depuis le milieu de l’été et de nombreuses associations ont mis ce sujet sur la table en espérant qu’il aura un traitement aussi approfondi que « le partage de la valeur », c’est-à-dire comment les acteurs économiques se partagent la masse de fric qui circulent sur le marché de l’alimentation, qu’il s’agisse de nourriture ou de bouffe. Lire la suite

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L’Europe comme on l’aime ou comme on la déteste

Chaque jour, l’actualité nous donne des raisons de croire dans les institutions de l’Union Européenne mais aussi de les fustiger. Cette semaine n’a pas échappé à la règle Lire la suite

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