Les paradoxes du référendum grec

Le résultat du référendum, organisé rapidement, à la va-vite disent certains, par le gouvernement grec sont difficiles à décrypter tellement ils sont paradoxaux.

Certains, les mêmes mais aussi d’autres , d’avis diamétralement opposés, dissertent très sérieusement et très doctement de ce que les Grecs ont voulu dire et ce que leur décision, démocratique, forcément démocratique, va impliquer dans les jours et les semaines à venir.

On peut le dire sur tous les tons et je ne vais pas m’en priver

Sur le ton « amusé-badin »

Comment voulez-vous qu’ils se comprennent en Europe sur cette question ? Quand le Grec dit OUI, il dit NAI et l’Allemand comprend « NEIN » et quand il dit NON, il dit OXI et l’Italien, le Portugais et l’Espagnol comprennent « O, SI ». Difficile d’être polyglotte, dans une Europe démocratique mais hétérogène .

Sur le ton « ironique-moqueur »

Ceux qu’on appelle les néo-libéraux ne veulent qu’une chose « toujours moins d’Etat, moins de taxes, moins de réglementation ». Ce qu’on reproche à la Grèce, c’est un Etat aux abonnés absents, incapables de faire rentrer les impôts et d’établir ne serait-ce qu’un cadastre. Et qui le leur reproche avec le plus de véhémence condescendante ? Les néo-libéraux.

Sur le ton  « ironique-rageur »

Dans ce référendum, le principal défenseur du NON était le ministre de l’économie. Le NON l’emporte et qui est emporté ? Le ministre de l’économie.

Sur le ton « interrogatif –sentencieux »

Le peuple grec a été invité à se prononcer. Il a donné une réponse massive à défaut d’être totalement claire. Que lui répond la chancelière allemande ? « Il y a 18 peuples dans l’Eurogroupe et il faut en tenir compte ». A-t-on pensé à demander leur avis à ces 17 autres peuples ?

Sur le ton « interrogatif-narquois »

Des économistes très sérieux nous disent « La Grèce est un tonneau des Danaïdes ». D’autres économistes tout aussi sérieux nous affirment, graphiques à la clé : « la Grèce est le pays qui a fait le plus d’effort depuis le début de la crise et son budget est excédentaire avant service de la dette. » Cruel dilemme pour le béotien que je suis. Mais tous ces chiffres sont-ils fiables ? Rappelez-vous tout est parti de ce que les financiers ont pris peur quand ils ont découvert que l’outil statistique hellène était….fantaisiste.

Sur le ton « dramatique »

« Pousser la Grèce vers la sortie, c’est la jeter dans les bras de Poutine » « la victoire de Tsipras, ce n’est pas une victoire de la gauche, c’est une victoire des extrêmes puisqu’il gouverne avec le parti ANEL, ultra-nationaliste ». Mais les Grecs veulent-ils vraiment sortir de l’Europe ? On n’en sait rien puisqu’on ne leur a pas demandé. Le référendum ne portait pas sur cela.

Etc…

Je pourrais continuer encore longtemps tant on entend tout et son contraire sur le cas grec, et cela depuis bientôt 5 ans.

Je ne sais plus qui a raison ou qui a tort, ce que je sais par contre, c’est que quand quelqu’un se noie, on lui tend la main ou on lui lance une bouée de sauvetage, on ne l’attrape pas par le cou avec une élingue au risque de l’étrangler.

Au fait, si vous vous posez la question de savoir si la Grèce a sa place dans l’Europe, allez compter dans ce billet le nombre de mots dont la langue française lui est redevable, à commencer par…paradoxe.

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Grands projets inutiles : les mensonges du Pacte Electrique Breton

Le 14 décembre 2010, le représentant de l’Etat en Région et le Président du Conseil Régional signait presque en catimini un accord appelé pompeusement « le pacte électrique breton » dont le troisième objectif était de viser la sécurisation de l’alimentation électrique en plus de maîtriser la demande (axe 1) et développer les énergies renouvelables (axe 2). Pour atteindre ce troisième objectif quatre actions étaient prévues :

Le renforcement du réseau de transport d’électricité

Le développement de réseaux intelligents et le stockage d’énergie

La cogénération

L’implantation d’une centrale à gaz dans le Nord-Finistère.

Tout ceci était fait pour éviter le black-out en plein hiver, quand tous les convecteurs de chauffage s’allument en même temps. Ceci était donc censé rassurer les ménages. Mais il y avait aussi les entreprises à rassurer. En effet, le discours alarmiste sur l’insularité énergétique de la Bretagne a réussi à paniquer le monde de l’entreprise particulièrement dans le Finistère. Au point que les ventes de générateurs, de transformateurs et de tous les dispositifs permettant de faire face à une panne vont bon train, d’après ce qu’on dit.

C’est donc une coalition des peurs qui a poussé à la signature de ce pacte

Et de e l’aveu même des signataires, la pierre angulaire de ce Pacte c’est la centrale à gaz, connue maintenant sous le nom de « projet de Landivisiau ». En effet, une telle installation, 450 MW, cela rassure aussi bien les mères de familles que les boulangers dont le fournil marche à l’électricité, que les commerçants et leurs frigos, les éleveurs et leurs installations de plus en plus énergivores, sans oublier évidemment les industriels, car il y en a et non des moindres, pour qui l’électricité est vitale. Et en plus quel argument de promotion pour le territoire : « venez dans le Finistère, le pays où l’énergie est abondante ! »

De l’aveu même de certains défenseurs, peu importe même que cette centrale ne tourne jamais, ce qui risque fort d’arriver si elle n’est qu’une centrale d’appoint, le principal est qu’elle existe. Sa présence rassure, un peu comme la branche de buis trempée dans l’eau bénite au-dessus de la porte d’entrée des maisons léonardes bigotes.

Hélas ! Tout cela n’était que du vent. En effet, la Bretagne a frôlé le black-out, hier mais ce n’était pas pendant les grands froids d’hiver mais au premier jour de ce qu’en Bretagne on appellera une canicule mais qui ailleurs n’était encore qu’un gros coup de chaud

http://www.ouest-france.fr/coupure-electrique-de-grosses-coupures-en-bretagne-et-pays-de-la-loire-3524643?utm_source=of_alerte-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_alerte-generale&utm_content=20150701&vid=040032044041061035060111042044040038059044034033035018038035034044035123038060057

Coupure électrique. De grosses pannes en Bretagne et Pays de la Loire

Et oui ! le point faible, ce n’était pas la production d’électricité, mais cela les opposants à la centrale le savait et l’avait déjà dit. Le problème, c’est la distribution et notamment les faiblesses du réseau dans un triangle compris entre Saint Brieuc, Saint-Malo et Rennes. Pour ceux qui connaissent un peu la géographie de la Bretagne, ce n’est pas tout à fait le Finistère.

Et justement puisqu’on en parle, le seul département qui a à peu près échappé à ce brusque décrochage du réseau, c’est….le Finistère.

Alors pourquoi tout ce cirque et ces mensonges ?

Est-ce de l’incompétence de la part des ingénieurs de RTE et d’ERDF? Non, sûrement pas !

Est-ce cette croyance dans la vertu magique d’une usine ? Ce n’est pas impossible.

Est-ce parce que le renforcement d’un réseau, ce n’est pas spectaculaire et que pour calmer les angoisses des gens (voir plus haut), rien de tel qu’un geste visible ? C’est certain .

Est-ce aussi parce que un distributeur d’électricité avait besoin d’une unité de production continue pour remplir toutes ses obligations ? On le dit, mais c’est un peu gros, non ?

Toujours est-il que si ce projet allait à son terme, il faudrait que les pouvoirs publics investissent dans un réseau d’acheminement du gaz de Nantes à Landivisiau, dans un réseau d’acheminement de l’électricité et cerise sur le gâteau que l’Etat lâche tous les ans, via la CSPE (cette taxe que vous payez sans le savoir peut-être avec votre facture d’électricité), au moins 40 millions pour equilibrer les comptes de la centrale.

Cela fait beaucoup d’argent public, qui ne pourra plus aller avec ce qui apparait être le vrai maillon faible du schéma électrique breton, le réseau.

Nous aurions donc une belle centrale, faite pour rassurer les entrepreneurs bretons mais rien ne serait régler pour autant si l’ensemble du réseau est à la merci d’un transformateur qui brûle. Je dirais même qu’a contrario, cela renforce encore l’insécurité énergétique de la Bretagne de l’Est, celle qui se développe actuellement le plus vite.

Pour rassurer les entreprises, il est donc grand temps d’arrêter ce projet de centrale et de mettre les bouchées doubles sur la sécurisation du réseau. L’électricité ne manque pas en France, c’est les moyens de l’acheminer qui manquent.

Voilà comment en écoutant les marchands de boniments, peut naître un  Grand Projet Inutile.

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Uberpop : économie du partage ou économie du saccage ?

Dans la presse économique, c’est le sujet à la mode . L’économie du Net est en train d’envahir l’économie tout court et même d’en saccager les règles du jeu. Je ne sais pas quel est le communicant inventif qui a trouvé cette expression mais elle fait florès, de l’Usine Nouvelle » aux « Echos », ils parlent tous des « barbares ».

Et en effet, il s’agit bien de barbares au sens où l’Histoire les a défini en parlant des « invasions barbares », l’archétype en étant Attila et ses Huns, dont on disait qu’ « après eux, même l’herbe ne repoussait pas ».

Pourrait-on également dire que ce sont des barbares au sens étymologique du terme, c’est-à-dire  « l’étranger » chez les Grecs ?

En effet si on considère le capitalisme hérité du XX° siècle comme le paradigme, ces nouvelles sociétés ne lui sont  pas si étrangères que cela . Les mêmes ressorts fonctionnent dans le capitalisme mondialisé et sa répartition des tâches à l’échelle de la planète, pour ce qui est de la sphère de la production de biens ; ce sont  la recherche systématique et même obsessionnelle de la réduction des coûts et une  logique purement financière de maximisation du profit d’une part , et d’autre part deux autres  obsessions, la réduction de toutes les contraintes normatives et la soustraction aux règles (fiscales, sociales, environnementales, etc…) fixées par les Etats-Nation

En fait, cette « blitzkrieg » des barbares, c’est le triomphe de la société du service sur la société de la production

http://blogs.lesechos.fr/internetactu-net/les-barbares-attaquent-comment-le-numerique-redistribue-la-puissance-a14563.html

Les barbares attaquent : comment le numérique redistribue la puissance économique

Alors, au-delà de cela, quoi de neuf ?

Le capitalisme du XX° siècle comme celui du XIX°,  c’était « l’exploitation de l’homme par l’homme » et contrairement au communisme dont on disait par dérision que c’était exactement l’inverse , le capitalisme du XXI° siècle pour ces barbares, c’est autre chose, c’est « l’exploitation de l’homme par lui-même ».

En effet, si on considère attentivement le modèle économique de Google, Facebook, Twitter, tout est apparemment gratuit et pourtant ces entreprises sont en capacité après 10 ans d’existence de brasser des dizaines de milliards de dollar. Or il n’y a rien à vendre.  Quand c’est gratuit et qu’il n’y a rien à vendre, « c’est que le produit c’est vous »

Pour les autres sociétés cités dans cet article, l’analyse est plus simple. En effet, quand il s’agit d’un travail, car véhiculer une personne est un travail, celui-ci est présenté comme une recette marginale et donc il est payé au prix marginal c’est-à-dire largement en-dessous du coût réel . Quand il s’agit de louer un bien qu’on possède , la logique est la même : comme c’est un revenu marginal, le prix de location est également marginal

C’est la mise en œuvre du concept inventé par Michel Foucault « l’homme entrepreneur de lui-même », qu’il s’agisse de sa force de travail ou de la valorisation de ses investissements

En France, une brèche avait été ouverte, lors du quinquennat précédent par le statut d’auto-entrepreneur, présenté comme l’antichambre de la création d’entreprise alors que le plus souvent ce n’est qu’une externalisation du risque lié au recrutement. Mais au moins, ce statut avait été  un peu encadré en fixant un maximum d’activité possible.

D’où l’idée d’encadrer l’activité de ces barbares comme le suggère cet article

http://www.huffingtonpost.fr/karima-delli/legislation-uberpop-uber_b_7651776.html?utm_hp_ref=tw

UberPop: halte à l’attentisme politique

Cela ne suffira hélas pas car l’objectif de ces gens c’est d’imposer leur modèle et de capter ainsi à leur seul profit la pus grosse partie de la plus-value dégagée par cette mise sur le marché à des prix non marginaux d’un service acheté à coût marginal.. mais présenter ainsi  ce modèle d’entreprise aurait été  trop violent,  et c’est pourquoi on l’a habillé de couleurs chaleureuses, comme économie du partage ou économie collaborative, histoire de surfer sur une autre vague, l’économie du don. Mais tout cela n’est que mensonge habilement orchestré.  De l’aveu même des promoteurs de ces « entreprises », dès le départ leur projet est bien la rapine et à l’échelle mondiale. Pour séduire les financeurs, c’est-à-dire les vrais maîtres du jeu, ces fameux fonds de placement, que personne ne connait dont personne ne connait les comptes et les profits, ils ont d’emblée vendu ce qu’ils appellent un business model à l’échelle mondiale et pour lequel semble avoir été inventer le concept de scalabitity, c’est à dire la capacité de passer sans coup férir et sans déraper du stade bricolage de garage à entreprise mondiale. Blablacar, qui pactise avec Vinci pour tenter de créer un monopole du co-voiturage sur les autoroutes de France a très peu à voir avec la convivialité du partage d’un voyage mais semble parfaitement en phase avec les valeurs de l’économie capitaliste traditionnelle dont Vinci est justement un fleuron.

Donc exit l’économie du partage. De fait, poser vous la question pour toutes ces entreprises citées dans les deux articles ci-dessus : « Partage de quoi avec qui ? »

Mais exit aussi l’économie collaborative car pour les mêmes on pourrait également de poser  la question suivante : « Collaboration de qui avec qui pour faire quoi ? »

Par contre, leurs pratiques font des dégâts

Vivant dans la stratosphère du cloud, ces entreprises ne connaissent pas la territorialité fiscale et en fait paient rarement des impôts et qui dit fiscalité par terre, dit Etat par terre. or faire peser la charge fiscale sur les seuls individus, au titre de leurs revenus ou de leurs consommations, c’est le meilleur moyen de de rendre le peuple, le « demos » grec réticent à la démocratie comme le montre ce film http://www.telerama.fr/cinema/films/le-prix-a-payer,495345.php

Vivant en marge du salariat mais aussi de l’entrepreneuriat, ces entreprises ne paient aucune charges sociales et qui dit charges sociales par terre, dit  protection sociale par terre. Or la protection sociale, sous des formes variées, reste le socle du pacte social qui est le ciment des Etats  occidentaux, héritiers du welfare state.

Deux des piliers de nos sociétés développées sont ainsi sapés sans qu’il n’y ait aucun profit, par ailleurs, pour ces sociétés. En effet, la première conséquence de ces initiatives barbares, ce sont des entreprises par terre mais c’est sûrement ce que Schumpeter aurait appelé la « destruction créative »!

Mais me direz-vous, pour l’instant cela ne concerne que quelques activités de services où des règles d’un autre temps auraient permis que se perpétuent des monopoles anachroniques

Voire. Car rien n’est moins sûr. Petit état des lieux fait par le Monde

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/06/26/de-quoi-l-uberisation-est-elle-le-nom_4662261_4355770.html

De quoi l’« uberisation » est-elle le nom ?

Certes, il ne s’agit là encore que de services, de plus en plus sophistiqués mais de services tout de même.

La sphère de la production de biens serait-elle préservée ? Ce serait moindre mal car si l’organisation du travail au niveau mondial reste ce qu’elle est depuis la fin des années 80, les outils pour la contrer commence à se forger. Or même dans cette sphère-là, ce qu’on appelle des bruits bas commencent à se faire entendre. Prenons par exemple l’impression en trois dimensions, la fameuse impression 3D et ses « fab lab ». De quoi s’agit-il en fait ? Le principe de ces fab lab est qu’on devient le producteurs de ses propres consommations et c’est génial car c’et individualisable sauf que pour produire il ne suffit pas d’avoir un outil informatique même très sophistiqué mais il faut aussi et surtout des matières premières ou si vous préférez des ingrédients pour que ce qui n’est au départ qu’un schéma en trois dimensions deviennent un objet palpable. Cela veut dire que si cette innovation prospère, cela se traduira en fin de compte par une  captation de la valeur de ce que vous auriez produit  via l’imposition de droits d’auteur sur la propriété intellectuelle du logiciel permettant ces prouesses  et  évidemment aussi sur la fourniture des matières et ingrédients chimiques Cela ne vous rappelle rien ? Eh oui,  cela existe déjà, c’est le modèle agricole français, du moins pour ce qu’on appelle l’agriculture conventionnelle.

L’agriculteur, via sa coopérative ou autrement, paye une taxe sur la propriété des semences s’il cultive, ou paye pour ses animaux en bas âge s’il élève. Via sa coopérative ou non, il paye des intrants, engrais, produits phyto-sanitaires et autres poudres de perlinpimpin, inutiles souvent, nuisibles parfois, mais préconisés par les techniciens sans lesquels rien ne se feraient dans ce modèle agricole. Il y a la captation de la valeur ajoutée que ces agriculteurs ont produit  par les fournisseurs en amont et par la distribution en aval. Le producteur de base au milieu est de ce fait mal rémunéré mais le pire est que le plus souvent, il prend tous les risques, financiers mais aussi sanitaires.

Les taxis sont dans la rue, les paysans aussi mais ils se trompent de cible mais ceci est une autre histoire.

Mais comment en est-on arrivé là avec des bonnes idées au départ comme mobilisation de ressources disponibles, rationalisation de l’utilisation des investissements, défense de la planète ?

La réponse tient en trois mots : argent, avidité et misère humaine.

En effet, sans échange monétaire, ces modèles fondés au départ sur le schéma du don et du contre-don  n’auraient pas dérapé

Avidité, car c’est justement parce qu’il y avait possibilité d’échanges monétaires que certains se sont précipités pour en ramasser la plus grosse part.

Misère humaine, parce que justement c’est dur de joindre les deux bouts dans un monde où les richesses sont de plus en plus mal réparties et que la perspective de grappiller quelques miettes anesthésie beaucoup le sens moral.

Alors ces nouveaux barbares, « économie du partage » comme le serine depuis près de deux ans la rédaction  du Figaro

19 mai 2015 http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2015/05/19/32001-20150519ARTFIG00006-l-economie-du-partage-eldorado-des-entrepreneurs.php

28 novembre 2014 http://www.lefigaro.fr/conso/2014/11/27/05007-20141127ARTFIG00006-les-francais-sont-fans-de-consommation-collaborative-parfois-sans-le-savoir.php

4 janvier 2014 http://madame.lefigaro.fr/societe/partage-cest-chic-040114-636956

http://video.lefigaro.fr/figaro/video/kisskissbankbank-et-ouicar-misent-sur-l-economie-collaborative-adrien-aumont-et-benoit-sineau-(1-3)/4306412106001/

http://plus.lefigaro.fr/tag/economie-de-partage

ou économie du saccage ?

C’est incontestablement un  saccage dans tous les sens du terme, y compris celui de la « mise à sac », ce qui nous ramène aux « invasions barbares ».

Cela aurait pu être de l’économie du partage, de l’économie collaborative mais cela aurait supposé un changement des mentalités. C’est pourquoi si vous voulez trouver de l’économie du partage, il vaut mieux aller regarder de ce côté  http://www.terraeco.net/a60251.html   Une nouvelle économie fait sa révolution
iMême si c’est payant car rappelez vous que si c’est gratuit souvent c’est parce  que le produit, c’est vous

Vous pouvez plus modestement aller voir également ici http://www.eco-bretons.info/ C’est gratuit…. pour le moment

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# bac 2015 : “coping with the blue tiger of euphrates and its concerns” ou la désolation des pétitions “fesse-bouc”

Cela fait belle lurette (Monsieur, c’est trop dur! On n’a pas vu ce que c’était une lurette !Il faudra être compréhensif). Cela fait belle lurette, dis-je que je ne regarde plus ce qui se débite sur les réseaux sociaux que ce soit dans le livre de visage ou sur gazouillis (je traduis au cas où certains restent bloqués par des mots anglais qu’ils n’ont jamais vu, quoique j’en doute !).

Mais j’aurai beau faire, je serais toujours rattrapé par les médias qui font maintenant d’une manifestation potache, une sorte d’événement. Car c’est évident, le but est ici de faire la polémique et le dernier en la matière n’est pas ce magazine dont je cite l’article ci-dessous. En effet appelait J-P Brighelli à la rescousse de quelques cancres, plus assidus devant leur écran que devant leurs bouquins relève de la volonté de faire, avec de la mousse, une bonne dispute stérile, histoire de mettre l’Education Nationale et sa ministre dans l’embarras. En effet, loin de conseiller aux candidats de protester, Brighelli ecrivait ceci : « Si jamais un problème te paraît trop complexe, tu pourras toujours ouvrir un compte Facebook « Trop dur les maths » qui rassemblera immédiatement les like de 80 000 autres fainéants, pardon, victimes des lubies professorales, et le ministère, affolé, te votera une subvention spéciale sous forme de conseils / ordres de mansuétude aux correcteurs ». Et c’est exactement ce que 9.000 « fainéants ou victimes » ont fait http://www.lepoint.fr/societe/bac-2015-tigre-bleu-question-m-les-candidats-se-revoltent-21-06-2015-1938602_23.php Bac 2015 : les candidats s’insurgent contre des questions mal formulées !

Concernant l’épreuve de Français, franchement soit l’Histoire et la Géographie ne sont plus enseignée comme je l’ai apprises, soit certains ont raté les premiers épisodes du film. En effet, dès la 5°, nous savions que la Mésopotamie s’appelait ainsi parce qu’elle était située  entre deux fleuves (étymologie grecque garantie), le Tigre (Tigris) et l’Euphrate (Euphrates). L’esprit potache avait même inventé une blague Carambar que je ne vous narrerais pas sur le tigre (l’animal) et les avortements. Mais peut-être ont-ils raison, l’Histoire et la Géographie sont si mal enseignée qu’il semble normal qu’un tigre soit bleu, comme dans un (ou une) manga.

Quant à l’expression « to cope with », je doute qu’il faille une grande maîtrise de la langue anglaise pour en comprendre le sens. Evidemment si pour certains to cope avait un rapport avec « cop academy » ou avec « copy/paste», la question posée était incompréhensible.

Mais au-delà du côté académique de mon coup de gueule, il y a surtout ce que cela dit de notre société et de ceux qui vont la faire après nous.

D’abord sur notre société, dans laquelle 9.000 personnes, insatisfaites du sort qu’on leur fait peuvent faire autant de bruit dans les médias qu’une manifestation de 100.000 personnes, qu’ils soient dans leur bon droit ou non. Et ceci est vrai de ces cancres mais aussi des fameux mais déjà oubliés « #Pigeons », tout simplement parce que des journalistes sont plus accros à ces réseaux sociaux qu’au fil des agences de presse. Et si on se réfère à ces #Pigeons, le pire est qu’ils ont réussi, grâce à cette montée en mayonnaise, à faire fléchir un gouvernement qui avait encore du répondant .

Ensuite, cela nous en dit long sur la vision du monde de ces quelques milliers d’écervelés qui croient que dans la réalité, cela marche comme sur les réseaux sociaux ou à la télé et qu’il suffit de récolter le maximum de « like » pour gagner.

Notez, c’est un peu aussi ce que fait Nicolas Hulot, mais pour la bonne cause avec son opération « my positive impact » (pas de problème de traduction, là, j’espère !)

Sûrement s’agit-il de ce qu’on appelle une évolution sociétale. Dans ce cas, notre démocratie aurait du souci à se faire.

Mais ne vous en faites pas, tout sera oublié à la rentrée car à ce moment là on reparlera des programmes et du niveau qui baisse. « Du niveau qui baisse ? » et si c’était ça l’explication.

Cherchez la cause.

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Feuilleton de l’été : « la fabrique de l’homme endetté, essai sur la condition néolibérale » de Maurizio Lazzarato

Avec l’été revient le moment de la lecture. Voici un livre déjà un peu ancien,  publié en 2011, écrit par un sociologue et philosophe sur un sujet que se sont accaparés les économistes, la dette. Il apporte un œil débarrassé des considérations techniques dont nous sommes en général abreuvés et appelle à sa rescousse les philosophes, Nietzsche, Deleuze et Guattari, Foucault (Michel) mais aussi Marx et Lénine.

C’est donc tout sauf une œuvre de vulgarisation.

La thèse de base de cet essai est que la lutte des classes s’est déplacée des rapports de travail aux rapports monétaires. Les rapports sociaux se fondent sur la dette et non sur le travail : l’effort (« travailler, c’est bien ») n’est plus la vertu cardinale, la moralité (« il faut toujours payer ses dettes ») le devient.

La dette a permis aux propriétaires (du capital) de récupérer ce que des années de lutte avaient permis de conquérir, le pouvoir politique, un meilleur partage des richesses, une meilleure maîtrise de son avenir.

Chapitre 1 APPREHENDER LA DETTE COMME FONDEMENT DU SOCIAL

Deux citations mises en exergue donnent le ton de ce chapitre :

« Ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie. » les manifestants de la Puerta del Sol

« Ce n’est pas un sauvetage, c’est une braderie. » un syndicaliste grec

Tout est bon pour faire de la dette : l’action publique, la croissance, la consommation et même, ironie de l’Histoire, l’indemnisation du chômage.

Le crédit est un des meilleurs système d’exploitation que l’homme ait jamais su monter puisque certains peuvent, en fabriquant du papier, s’approprier la richesse et le travail des autres.

Contrairement à ce que disent certains pour disculper le système, la finance n’est pas une fonction spéculative qui vit en parasite du système capitaliste, elle en est le rouage central sans lequel rien ne se produit. Par exemple, l’automobile et l’immobilier, avant d’être des activités de production, sont surtout des machines à fabriquer de la dette.

Tout part des politiques monétaires des années 70, qui en faisant monter artificiellement les taux ont créé artificiellement de la dette supplémentaires. En supprimant l’amortisseur « banque centrale », les néolibéraux ont permis cette généralisation et surtout la privatisation de cette dette. Si on ajoute le transfert à l’Etat de la protection sociale sans lui accorder les financements (moins de charges sociales, moins d’impôts), on garantit l’étranglement de l’Etat et donc, à terme, un retour vers le privé, profits à la clé des outils de protection et d’assurance.

Jusqu’à présent, le propos est clair mais ça se complique avec le chapitre suivant

 

Chapitre 2 LA GENEALOGIE DE LA DETTE ET DU DEBITEUR

Le premier philosophe appelé à la rescousse est Nietzsche et en particulier son livre « La généalogie de la morale ».

La thèse défendue par Nietzsche et reprise par Lazzarato est que l’homme endetté a toujours existé : « le rapport le plus ancien et le plus primitif qui soit entre personnes est le rapport entre créancier et débiteur. », mais ce qui est nouveau, c’est que la dette est devenue centrale dans le rapport social. Cette dette n’est plus perçue comme une promesse (de rembourser) mais comme une souffrance imposée, voire intériorisée par le débiteur. La dette fonctionne alors comme une camisole de force.

La dette est ainsi devenue une façon de contrôler le futur des autres  ou comme le dit Nietzsche « la dette n’est pas seulement un dispositif économique, elle est aussi une technique sécuritaire de gouvernement visant à réduire l’incertitude des comportements des gouvernés. »

C’est cette façon de contrôler le futur qui explique, d’après le même, que les prêts à intérêt ont longtemps été interdit par l’église chrétienne, puisque prêter c’est acheter le futur de quelqu’un. Or ce futur n’appartient pour l’église, qu’à Dieu.

Pour pouvoir fonctionner, l’économie de la dette doit être globale et concerner tout le monde : « entrepreneur de soi », chacun n‘est plus qu’un acteur économique, le chômeur comme l’usager des services publics. Après ce rapide passage par Michel Foucault, c’est au tour de Marx d’être appelé à témoigner, à partir d’une de ses œuvres de jeunesse « crédit et banque » qui permet de constater que  deux philosophes allemands, Nietzsche et Marx, que tout sépare par ailleurs, se rejoignent sur la nature « morale » et non « économique » de la dette :

Quelques citations du philosophe-économiste :

« on constate que le crédit exploite et sollicite non pas le travail, mais l’action éthique et le travail de constitution de soi à un niveau à la fois individuel et collectif. »

« Le crédit implique une évaluation morale du débiteur par le créancier, c’est-à-dire une mesure subjective de la valeur. »

Si on y songe bien c’est exactement ce que font les fameuses agences de notation, dont les critères sont inconnus et en fin de compte le reflet d’une « impression ».

Bien qu’il ne soit plus de mode de citer ce Marx là, Lazzarato s’appuie sur « Le Capital » pour développer la thèse de l’indépendance de la finance par rapport au reste : « C’est sa forme générale, son indifférence à toute particularité industrielle, telle qu’elle se manifeste dans le crédit, qui permet au capital d’exploiter le social. » mais cela est encore mieux dit quelques décennies plus tard par Lénine : « Les banques et les banquiers jouent un rôle politique de première importance puisqu’ils fournissent cohérence et stratégies aux capitalistes industriels dont les intérêts sont trop hétérogènes pour pouvoir représenter la classe des capitalistes. » N’est-ce pas un siècle plus tard, le rôle que jouent conjointement les banques et les fonds d’investissement qui passent leur temps à « arbitrer » entre entreprises et secteurs d’activité, au-dessus de la tête des Etats qui n’y peuvent plus grand-chose.

Suivants à entrer en scène, le duo Deleuze et Guattari. Pour eux, la dette est un outil de contrôle de la subjectivité comme la monnaie est l’expression d’un pouvoir de commandement, ce qui explique l’asymétrie des rapports créanciers débiteurs. Et c’est ce déséquilibre qui explique que la dette doit se pérenniser et que nous sommes dans un système où l’endettement, c’est pour la vie, la dette infinie

Le dernier philosophe sollicité est Michel Foucault

Chapitre 3 L’EMPRISE DE LA DETTE DANS LE NEOLIBERALISME

Tout part du postulat de Foucault « le néolibéralisme est fondé sur le fait que chacun est « l’entrepreneur de soi ». Cette vision de l’homme, ce n’est pas la déprolétarisation espérée autant qu’esquissée par la pensée allemande de l’économie sociale de marché mais plutôt l’intériorisation des phénomènes d’exploitation.

S’appuyant sur ce postulat, le néolibéralisme a reconfiguré tous les pouvoirs : le pouvoir souverain de l’Etat en le transformant  en pouvoir de souveraineté monétaire, le pouvoir disciplinaire en substituant la logique de contractualisation individuelle ( l’homme entrepreneur de lui-même) à la logique de la convention collective (dans l’entreprise mais aussi hors de l’entreprise). Ceci est résumé par cette fanfaronnade devenue célèbre de Warren Buffet, l’un des milliardaires les plus puissants de la planète : « Tout va bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospère. C’est une guerre de classe et c’est ma classe qui est en train de la gagner. »

Dans cette configuration, qu’est-ce que le capitalisme ? C’est essentiellement le renforcement permanent  de la relation créanciers-débiteurs autour du primat de la propriété.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la crise des subprimes qui est dans un premier temps  une forme de constat d’échec de cette forme de pensée puisque « alors que l’économie réelle appauvrit les gouvernés en tant que salariés, la finance prétendait les enrichir par le crédit et l’actionnariat. » Or, il y a une contradiction entre d’une part le salarié et l’usager des services publics qui doivent coûter le moins cher possible et d’autre part le consommateur qui doit rapporter le plus possible. Les trois étant réunis, c’est la finance qui prétendait résoudre ce paradoxe. Et finalement dans cette crise, ce qui a failli, ce n’est pas la spéculation , c’est-à-dire le prétendu découplage de la finance et de l’économie réelle, mais la prétention à enrichir tout le monde sans toucher au régime de la propriété privée.

De fait,  le système a su rebondir et faire de cela un outil de son renforcement, apparemment. Mais c’est aussi son talon d’Achille car le système a une énorme faille  car la dette est  de plus en plus souvent aux mains des banques comme en Grèce et non aux mains des ménages comme en Italie ou au Japon. Le sauvetage de la Grèce devient alors le sauvetage des banques qui ont prêté aux Grecs et le risque est alors qu’un peuple, plus important, réagissent comme les Islandais, qui par deux fois ont refusé par référendum d’endosser les dettes de leurs banques

En conclusion, Lazzarato pose la question suivante : « à quelles conditions pouvons-nous réactiver une lutte de classe que l’initiative capitaliste a complètement déplacée sur le terrain très abstrait et déterritorialisée de la dette ? »

Les débuts de réponse sont :

Comme la dette est transversale à la notion d’Etat et aux sphères économiques, sociales et politiques, la réponse doit aussi être transversale mais hélas l’auteur omet de nous préciser quelle forme peut prendre cette réponse. Tout juste esquisse-t-il une piste en indiquant  que la revendication première n’est pas seulement l’annulation de la dette ou la revendication de la faillite mais bien de sortir de la morale de la dette et du  discours dans lequel elle nous enferme.

 

Je ne résiste pas au plaisir de citer in extenso, cette phrase de Guattari qui conclut cet essai : « La Grèce, c’est le mauvais élève de l’Europe. C’est toute sa qualité. Heureusement qu’il y a des mauvais élèves comme la Grèce qui portent la complexité. Qui portent comme un refus d’une certaine normalisation germano-française… Alors continuez à être mauvais élèves et nous resterons de bons amis… »

Sauf que cette citation date de….1992. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

 

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COP 21 : S’ils continuent comme ça, ils ne comprendront jamais

La semaine dernière, je faisais état d’épisodes climatiques extrêmes en Chine, en Inde, au Texas. J’avais omis la sécheresse qui frappe la Californie depuis quatre ans déjà. A ce stade, on ne parle plus d’ailleurs d’épisodes mais de changement de régime. La Californie serait-elle en train de devenir une zone désertique comme le Sahel ? Ce serait une drôle de révolution dans cet Etat qui concentre les géants des médias , des réseaux sociaux et de l’industrie de l’audiovisuel.

Mais face à ce qui parait quand même comme un lent cataclysme certains s’adaptent d’une façon bizarre : http://www.ouest-france.fr/peindre-lherbe-pour-garder-sa-pelouse-verte-3431731 Californie. Peindre l’herbe pour garder sa pelouse verte. C’est en effet surprenant comme réflexe, un peu comme l’autruche qui, parait-il, se cache la tête dans le sable pour nier le danger. Car il s’agit bien de dénégation, de refus de voir et d’accepter une réalité qui dérange. Certes, ceux-ci ne sont pas des climato-sceptiques, ils auraient d’ailleurs bien du mal à ne pas reconnaître que le climat ne va pas bien chez eux. C’est presque pire : ces peintres-jardiniers du dimanche sont un peu dans la situation du gars qui, tombé à la renverse du 27° étage, compte les étages en disant à chaque fenêtre qui défile devant lui « Jusqu’à présent, tout va bien ! »

Cette sorte de folie douce ne porterait pas à conséquence si elle n’était le symptôme d’un mal plus grave, l’incapacité de s’adapter. C’est de cela que sont morts les dinosaures. Mais c’est surtout le signe que certains sont prêts à n’importe quel excès pour maintenir leur mode de vie ou du moins l’illusion du maintien. Qui dit comportement excessif dit souvent comportement contraire à l’ordre public et cela donne ça:  http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/06/01/le-vol-deau-crime-dun-nouveau-genre-en-californie/ Le vol d’eau, crime d’un nouveau genre en Californie Comme la Californie a toujours eu quelques années d’avance sur le reste du monde cela laisse augurer de ce que pourraient être certaines partie de ce monde dans quelques années si nous ne faisons rien. Mais en attendant, s’ils ne comprennent pas ou s’ils ne disent as qu’ils ont enfin compris, comptez sur ceux et celles qui vont se réunir en décembre à Paris pour surtout ne rien faire de définitif car cela leur demanderait trop de courage

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La queue des crépidules

Bien évidemment les crépidules non pas de queue puisque ce sont des coquillages. Non, si j ’ai choisi ce titre un peu paradoxal c’est pour corriger l’impression que j’avais d’avoir laissé un texte, Les crépidules, drôle de bidule qui nous laisse incrédule ! ,qui finissait en queue de poisson.

En prenant ces deux exemples, bretons, de tentatives de transformer une pollution en opportunités commerciales, je voulais montrer l’intérêt de négliger aucune piste permettant de réduire l’impact de l’activité humaine sur son environnement tout en augmentant ou en diversifiant les moyens de satisfaire aux besoins vitaux de cette même humanité. Mais je voulais aussi montrer que le mode de pensée de la plupart des chefs d’entreprise est ainsi fait qu’en partant d’une bonne intention, de graves dérives sont le plus souvent inévitables.

Prenons d’abord le cas des ulves, ces fameuses algues vertes qui, après nous avoir foutu la paix en 2014, pour cause de tempêtes hivernales dévastatrices, risquent de revenir en force maintenant que les chaleurs sont de nouveau là. Voilà une usine, financée par une start-up qui réussit dans la transformation des algues à des fins fourragères ou thérapeutiques OLMIX , par une coopérative légumière SICA et par sa filiale spécialisée dans les extractions AGRIVAL  qui se fait fort de transformer cette ordure en or. Mais il y a une faille dans ce raisonnement. En effet, le but des pouvoirs publics est d’éradiquer cette saleté et surtout de tarir la source de cette saleté qui est la pollution des eaux, essentiellement par les excès d’engrais introduits dans les sols sur les conseils des coopératives et des chambres d’agriculture. Cela veut dire, en bonne logique, que dès le départ, ce projet est voué à une extinction rapide , si on prend en compte l’intérêt général et que les pouvoirs publics sont efficaces, bien entendu. Et bien, non! Si les pollutions aux algues vertes se réduisent, qu’à cela ne tienne, les agriculteurs se feront aquaculteurs pour produire la matière première nécessaire à la rentabilité de leur investissement : ils cultiveront des ulves. Et quand on connaît leurs méthodes pour forcer les rendements, on a de quoi être inquiets.

Mais me direz-vous, ceci c’est de la fiction. Que non point ! la folie des hommes en la matière n’a pas de limite comme le prouve ce projet :  http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/peche/22075-polynesie-un-projet-aquacole-100-000-tonnesPolynésie : un projet aquacole chinois à 100 000 tonnes

D’ici à ce que les capitaux chinois s’intéressent à nos crépidules, comme ils sont en train de s’intéresser à nos producteurs de lait, on peut cauchemarder de les voir s’installer dans les baies bretonnes pour y faire de gigantesques fermes de berlingots, destinés essentiellement à l’exportation, surtout si le Français continue à être dégoûté par ce coquillage.

Mais d’un autre côté, on peut pousser la même la logique valorisatrice des sous-produits jusqu’au bout : dans la crépidule, il y a la chair et il y a la coquille , qui est du calcaire quasi pur. Comme les frondes se multiplient contre les extractions massives de sable coquillier, utile parait-il pour l’agriculture[1], on peut fort bien imaginer une joint venture entre ces capitaux chinois qui se font actuellement la main sur le lait à Carhaix (chez LE bonnet rouge) et le groupe Roullier, première puissance agro-alimentaire bretonne, qui s’illustre notamment dans l’extractions de sable coquillier en Baie de Morlaix et veut récidiver en Baie de Lannion, entre deux zones Natura 2000, pour transformer ce sous-produit de la crépiduliculture en amendement riche.  Et on pourra avancer les mêmes arguments: en produisant des crépidules, on réduit les extractions de sable, donc on réduit les atteintes à l’environnement. Et hop, ça serait reparti dans la même spirale car après tout on peut faire du fric avec tout. Finalement cette histoire est sans fin, surtout si l’avidité des hommes reste insatiable.

Pour illustrer cette dérive toujours possible de modèles présentés comme vertueux, j’ai un autre exemple en tête, toujours en Bretagne et toujours autour de l’agriculture. L’élevage bovin est en train d’évoluer en Bretagne et tous les modèles cohabitent depuis le »tout maïs », jusqu’au « tout herbe ». Mais quelle n’a pas été ma surprise d’entendre, au détour d’un débat sur l’autre modèle agricole breton, un éleveur qui était passé au régime herbager, nous expliquer qu’un herbage non seulement ça s’entretient, mais ça se nourrit comme une culture pour avoir un meilleur rendement en lait. D’ici à ce que certains passent au tout herbage et gave leurs prairies d’engrais et autres adjuvants pour produire plus, il n’y a qu’un pas que la folie productiviste peut être prête à franchir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Comme je l’indiquais dans un autre billet sur le site Eco-Bretons : SABLES COQUILLIERS : « MONSIEUR MACRON, IL EXISTE D’AUTRES SOLUTIONS ! » http://www.eco-bretons.info/ecoclub/biodiversite/sables-coquilliers%C2%A0-%C2%AB%C2%A0monsieur-macron-il-existe-d%E2%80%99autres-solutions%C2%A0%C2%A0%C2%BB

 

 

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