Mieux vaut en rire-rubrique décidément inépuisable- n°147 les calculs bizarres et indigestes

« Dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. » Beaumarchais
« L ‘humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde
« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. »Pierre Desproges
« parce que le rire est le propre de l’homme. » Rabelais

Ces enquêtes qui nous baladent

Quand il leur manque de la matière dans l’actualité, les quotidiens nous infligent des enquêtes-classements parfois déroutantes mais instructives et parfois totalement ineptes. Celle-ci fait partie de la seconde catégorie https://www.ouest-france.frOù partir en week-end en Europe à pas cher ?
En effet, à quoi cela peut-il bien rimer de vouloir passer le même week-end à Cracovie et à Lille, à Riga et à Athènes ? Passer deux jours dans une ville étrangère, cela veut quand même dire goûter aux spécialités locales et manger différemment de chez soi. Alors pourquoi prendre un café, un sérieux de bière, accompagner ses repas de vin de table ordinaire, alors que la bière et tellement meilleure à Prague qu’à Athènes, surtout pour déjeuner, que le vin grec est sans commune mesure avec le vin russe, qu’il vaut mieux boire un thé à Moscou qu’un café, que le café du Nord est sûrement plus réputé que le café balte. Mais voilà, puisqu’il fallait comparer à tout prix, on arrive à ce genre d’absurdité. Après tout, tant qu’à rechercher le toujours moins cher, on aurait pu également faire ce genre d’enquête : il vaut mieux « Prendre son café à Riga, son sérieux de bière à Lille, ses repas à Riga, la navette d’aéroport à Moscou, les transports en commun à Budapest et dormir à l’hôtel à Lisbonne » et ça vous coûterait 226,58€ que « Prendre un café à Riga ou Lisbonne, une bière à Prague, ses repas arrosés d’un vin de table quelconque à Athènes , prendre la navette aéroportuaire à Vilnius, le pass 48 heures à Cracovie ou Varsovie, et dormir à l’hôtel à Riga » ce qui vous coûtera quand même 123,60€. Absurde , non ? Mais tant qu’à faire des comparaisons ineptes…..

Tiens ! À tout prendre, il aurait peut-être été préférable de faire ces comparaisons à partir des habitudes de consommation des touristes , c’est à dire prendre son café dans une franchise présente dans le monde entier et qui vend très cher des cafés quelconques aux compositions bizarres, prendre une bière blonde de préférence, vendue par un brasseur américain, belge ou néerlandais dans le monde entier, faire ses repas dans une officine de restauration rapide d’une enseigne présente sur les cinq continents et dormir dans ces hôtels bon marché d’une des chaînes internationales. Ces comparaisons auraient un peu de sens puisqu’il s’agirait de la même façon « mondialisée » de consommer qu’on retrouve aussi bien à Riga qu’à Lisbonne, à Prague qu’à Lille, à Moscou qu’à Budapest. Mais alors me direz-vous, pourquoi se déplacer si c’est pour manger et manger les mêmes choses qu’à la maison ? Bonne question !!

les bizarreries culinaires

Tiens, puisque je viens d’évoquer à demi-mot, la plaie de la malbouffe mondiale, je voudrais vous signaler deux innovations, que je n’ose qualifier de gastronomiques, ni même de culinaires, deux innovations , disons, alimentaires.

La première est étonnante de complexité : https://www.ouest-france.frPrès de Saint-Brieuc. Avec son burger, Jonathane est vice-champion de France

Tant qu’à faire, il aurait pu aussi y ajouter du caramel au beurre salé, un crumble de gâteau sablé, ou des copeaux d’artichaut avec une émiettée d’araignée. On peut vraiment mettre de tout dans un petit pain rond et c’est ce qui leur rend indigeste.

Indigeste peut-être pas mais intrigant tout de même, voici un autre petit pain rond garni : http://www.letelegramme.frPrimel Gastronomie. Un burger surgelé végétarien Le sandwich à la viande hachée, sans viande, voilà déjà un concept bizarre mais en plus surgelé. Il n’y a pas que le sandwich qui soit givré.

Et dire que ce sont deux « innovations alimentaires » inventée en Bretagne, un pays qui dispose de tant de bons produits frais. A tout prendre, quitte à paraître décalé, je préfère encore un bon jambon-beurre à condition naturellement que le cochon ait été élevé sur paille, que le pain soit complet et bio et que le beurre soit salé, naturellement. Essayez ! Ça vaut le déplacement. Un petit week-end en Bretagne, alors ?

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La vraie privatisation de la SNCF

Comme toujours dans les phases initiales de négociations, où les positions des protagonistes ont tendance à être radicales et clivantes, le premier mois d’échanges entre l’Etat et les syndicats sur la réforme de la SNCF a donné lieu à des prises de position outrées. Quand les uns lient la dette abyssale et le statut des cheminots, ils font, maladroitement ou non, un amalgame qui ne pouvaient qu’exciter TOUS les syndicats . Quand en s’emparant abusivement du rapport Spinetta, les autres crient à la privatisation du service public et à la braderie d’une entreprise publique, ils anticipent sur une décision qui n’a pas été prise, histoire de faire monter la pression. Mais tout ceci est « de bonne guerre » comme on dit. En fait qu’en est-il ? La dette de la SNCF est estimée à 54 milliards d’euros et même si le statut des cheminots était le plus avantageux du monde, il en aurait fallu des années et des années de gabegies statutaires pour creuser un tel trou. Or la SNCF quoique vieille dame maintenant n’existe pas depuis assez longtemps pour expliquer cela.

Mais au fait quel est-il ce statut autour duquel circulent tant de rumeurs malveillantes ? N’étant pas un spécialiste du statut, j’ai essayé de me renseigner à droite et à gauche sur son contenu. Il m’est difficile de dire ce qu’il en est sauf qu’il y a l’emploi à vie (sauf faute grave) mais cela n’a pas empêcher l’actuel président de la SNCF de réduire de 12.000 postes l’effectif de son entreprise en 8 ans. Il y a aussi quelques petits avantages en nature, comme un régime de retraite avantageux, mais qui tend à se rapprocher du régime général depuis que le nombre d’annuités exigées a été augmenté. Il y a bien aussi un régime de protection sanitaire intéressant et la possibilité de voyager gratuitement mais cela ne va pas chercher très loin et quand on compare avec d’autres professions et d’autres entreprises, cela fait partie des petits avantages que certaines branches ont réussi à négocier. Donc, si on en croit les syndicats le statut n’est pas un sujet. Mais alors, me direz-vous, pourquoi se hérissent-ils dès qu’on parle d’y toucher ? Cela mériterait peut-être quelques explications. En effet, pourquoi prendre le risque d’une grève longue et forcément coûteuse si ce statut n’apporte pas grand avantage à ses bénéficiaires ?

La réponse des syndicats est limpide : « Mais vous n’avez rien compris, nous nous battons pour le service public et contre la privatisation du chemin de fer ! » Sur la défense du service, j’attends de voir les propositions (les vraies, pas celles de début de négociation) pour estimer, à mon niveau, si le service piblic est réellement en danger. Mais pour ce qui est de la privatisation, je m’étonne que les syndicats ne réagissent que maintenant car de fait la privatisation a déjà commencé et personne ou presque n’en a parlé.

Sans fausse modestie, j’avais déjà évoqué à demi-mot le sujet dès juillet 2010  dans ce billet : des grandes manoeuvres en perspectives dans les transports Publics/Privés
A l’époque, on ne connaissait pas encore l’ampleur des dégâts provoqués par cette vague de contrats  de partenariat public-privé (PPP) dont la seule raison d’être, du côté de l’Etat, était de contourner les règles communautaires de calcul de l’endettement public en mettant « hors-bilan » le engagements sur le très long terme pris par l’Etat pour financer ses investissements. Pour les consortiums privés, l’intérêt étaient encore plus évident et plus immédiat. Il s’agissait de s’assurer une rente à long terme à partir d’un investissement en partie financé par l’Etat et garanti contre pertes potentielles.
En 2015, on voyait déjà plus clair et l’état des marchés passés depuis 2004 faisait apparaître que la SNCF avait un grand utilisateur de ces contrats https://www.lesechos.frMarchés publics : les 10 plus grands partenariats public-privé  Encore convient-il de noter que dans cet inventaire ne figurait pas le plus gros contrat de ce type passé par la SNCF http://www.lemonde.frLa LGV Tours-Bordeaux, première ligne ferroviaire sous concession privée

Ainsi c’était 4 gros marché représentant plus de 15 milliards d’euros qui avaient été passé selon ce mécanisme du partenariat publioc-privé.

Mais comment cela fonctionne-t-il ?
Prenons le cas le plus simple, la ligne LGV Bretagne-Pays-de-la-Loire qui représente un investissement de 3,3 milliards d’euros et voici comment le décrit la SNCF : http://www.lgv-bpl.org/mise-en-oeuvre-projet/choix-partenariat-public-prive

En quelques mots, SNCF et les collectivités locales apportent plus de la moitié du financement, un groupe privé, ici Eiffage, apporte le reste et conçoit, construit et entretient un tronçon de voie qu’il loue à l’entité ferroviaire qui gère les voies, charge à elle de trouver des sociétés de transport pour percevoir les péages qui équilibreront ses comptes . Vous noterez que la note  de SNCF- réseau, si elle est prolixe sur les conditions de réalisation du chantier, est d’une grande discrétion sur le montant de la location de la ligne. C’est dommage, car c’est ce montant qui, pour une durée de 25 ans quand même, constitue la dette réelle de l’entreprise puisque le loyer est dû quoi qu’il arrive. En ce qui concerne la LGV vers Bordeaux, le montage est similaire sauf que, comme le trafic est mieux garanti, le concessionnaire, ici Vinci, perçoit directement les péages, comme sur les autoroutes. Ce sont donc ainsi plusieurs tronçons de lignes ferroviaires très rentables à terme qui , de fait sont privatisées, sans d’ailleurs qu’on ait entendu les syndicats s’offusquer, à l’époque. Il est vrai qu’il ne s’agissait que de construire les voies et non d’y faire rouler des trains.

Ce n’est que tardivement, en février 2018 pour la CGT, en mars 2018 pour la « gauche républicaine » qu’on s’est aperçu du danger :
http://www.ulcgt7-8lyon.frRapport Spinetta : l’analyse de la CGT Cheminots
http://www.gaucherepublicaine.orgSNCF : C’est le public qui finance et qui prend des risques et ce sont des actionnaires privés qui toucheront les dividendes

Certes les PPP comme on les nomme n’explique pas toute la dette mais ils sont symptomatiques d’une démarche déjà ancienne de manque de rigueur dans la gestion des investissements. Si on y rajoute les lubies des élus locaux, et la « virgule de Sablé » à 36 millions voulue par F.Fillon  n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, tout le monde est un peu responsable de cette situation. Entretemps, même si globalement les trains arrivent, sauf incident, à destination et à l’heure, ce sont les usagers qui en payent le prix et ce sont les enfants et petits enfants de ces usagers qui payeront le prix fort de l’abandon d’une entreprise.

Cela aurait pourtant eu de la gueule, une grande grève unitaire contre la privatisation d’une partie du réseau. Hélas, tout cela est passé à l’as et il y a parmi les élus qui actuellement stigmatisent le projet de réforme plus d’un qui a mis la main à la poche sur le budget de sa collectivité ou celui de l’Etat pour que ce « hold-up sur les rails » se fasse. Que chacun regarde devant sa porte son petit tas de poussière. Pour le moment, nous, usagers mais aussi contribuables, nous continuerons à payer, que les trains roulent ou pas.

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Les parties prenantes de l’entreprise : « est bien fou du cerveau qui prétend contenter tout le monde et son père. » (La Fontaine)

Dans mon précédent billet, je souriais un peu des classements effectués par quelques médias à partir des mêmes données statistiques de l’Education Nationale dans l’optique d’une orientation des jeunes pour le baccalauréat. Aujourd’hui, je vais parler plus sérieusement de ce qui se passera après le baccalauréat et quelques années complémentaires d’études : l’entrée dans la vie active. Lire la suite

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Mieux vaut en rire-rubrique décidément inépuisable-n°146 : que vaut la valeur?

« Dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. » Beaumarchais
« L ‘humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde
« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. »Pierre Desproges
« parce que le rire est le propre de l’homme. » Rabelais

Aujourd’hui pour se détendre un peu on va parler de l’analyse de la valeur mais sans y accorder plus de valeur que cela Lire la suite

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Loi PACTE « Il existe un droit des sociétés, nous réclamons un droit de l’entreprise ! »

Voici des contributions au débat en cours sur la réforme des entreprises prévue par le projet de loi PACTE .

Tout d’abord des constats :

« Une exigence croissante d’utilité sociale sera imposée à l’entreprise par la collectivité. Elle sera de plus en plus comme co-responsable de l’emploi et du développement au niveau régional. Si les chefs d’entreprise se refusent à proposer eux-mêmes des contreparties à la liberté d’entreprendre, ils risquent de s’en voir imposer de bien plus graves. »
« Que ces richesses soient réparties de façon diverses, plus ou moins justes, leur origine réside toujours dans l’activité de milliers d’entreprises et résulte des choix effectués par leurs dirigeants. »
« Les enquêtes effectuées auprès des jeunes entrant dans le monde du travail le confirment. Ils n’acceptent pas l’ordre incompris, ils ne veulent pas qu’on choisisse pour eux, ils recherchent le dialogue, ils veulent la vérité sur les buts de l’entreprise, son fonctionnement, ses résultats et la répartition de ceux-ci. »
« Si dans le passé l’homme au travail pouvait accepter n’importe quel système d’autorité, n’importe quel changement dans l’entreprise à condition d’être payé pour son travail, il n’en est plus de même aujourd’hui. Peu à peu, l’homme évolue et remet en cause. Il témoigne d’un désir plus grand de développement personnel. »
« Le nombre optimal de personnes au-delà duquel une entreprise n’est plus de dimension humaine est difficile à préciser. Il dépend de la nature du projet, de l composition du groupe, du type d’activité de l’entreprise. ….C’est une évidence : la taille de l’entreprise influe sur la motivation des hommes qui, de moins en moins se sentent concernés par la vie et le développement du projet au fur et à mesure que l’entreprise grandit.»

Puis l’affirmation de quelques principes

« Mais nous pensons que la prise en compte des besoins collectifs qui devra être mieux assurée nous conduira vraisemblablement à une société plus socialisée…..De toute façon, nous affirmons la primauté du politique sur l’économique : il appartient au pouvoir politique, expression de la volonté des citoyens, de faire les choix de société qui se traduiront en terme d’objectifs et de politiques dans les domaines économique et social. »
« Pour créer une entreprise, il faut réunir des capitaux qui louent le travail des hommes. Tout le droit des sociétés est actuellement fondé sur ce concept. En aucune manière un groupe d’hommes qui travaillent ensemble ne constitue une entité juridiquement reconnue comme une entreprise : l’argent prime les hommes. »
« [La réalisation du projet d’entreprise] exige la définition de règles particulières à chaque entreprise, mais qui comprennent notamment :

  • la nomination des dirigeants
  • la répartition des pouvoirs
  • le moyen d’assumer les résultats, donc de rémunérer les hommes, de répartir les surplus ou d’assumer les pertes »

dont deux ou trois règles de gouvernance

« Les apporteurs des moyens financiers, quels qu’ils soient ne disposent pas d’un droit de propriété sur l’entreprise. Leurs droits sont définis dans le cadre d’un contrat, ce dernier, en aucun cas, ne peut prévoir qu’ils ont la possibilité de nommer le leader, ou de décider de l’affectation des résultats et des plus-values. »
« Dans l’Entreprise des Hommes, la qualité d’associés appartient à tous les hommes de l’entreprise avec les droits et obligations qui en résultent : participation à l’élaboration des règles du jeu , à l’Assemblée Générale, eu partage des résultats -positifs ou négatifs_ et des plus ou moins values. …L’entreprise appartient à ceux qui y travaillent. »
« Fonder le pouvoir sur la propriété n’est pas acceptable. A terme, cela sera insupportable….Ce refus va s’exprimer de plus en plus vigoureusement et s’accélérer avec l’arrivée au travail de jeunes dont le niveau culturel s’élève….Mais la contestation d’un pouvoir fondé sur la propriété n’est pas forcément contestation de la propriété. »
« L’origine des moyens financiers doit rester principalement l’épargne privée…encore que la part des organismes d’Etat puisse équilibrer la participation privée. …..Sur un plan fiscal, la rémunération des parts d’investissement sera considérée comme une charge d’exploitation déductibles des résultats fiscalement imposables….

dont un organe central

« Le Conseil d’entreprise [est] l’organe de représentation des hommes de l’entreprise, peut appeler à siéger en son sein avec voix consultative, des représentants des apporteurs de moyens financiers, des consommateurs, des pouvoirs publics. Il est certain que l’entreprise, demain, sera appelée à plus d’utilité sociale. Sa fonction dans la localité, sur le marché, sa responsabilité en matière d’emplois seront relevées, voire contestées par les hommes extérieurs à l’entreprise. Il est donc préférable , pour ne pas dire naturel, de donner à ceux-ci, la possibilité d’interpeller en continu au niveau de cette instance essentielle de l’entreprise. Le rôle de ce Conseil tourne autour de trois fonctions essentielles :

  • le choix du leader de l’entreprise
  • le contrôle de la réalisation des objectifs
  • l’arbitrage des éventuels conflits

et une exigence forte en matière d’information au sein de l’entreprise

« …Toute l’information doit être disponible. Mais eu égard à l’efficacité, tout individu, dans le cadre de la mission qui lui est confiée est responsable de rendre disponible ou non, tout de suite, une information concernant exclusivement une partie de sa fonction. …Certains renseignements peuvent avoir à être tenus secret pendant un certain temps. Mais nous pouvons penser que dans un avenir proche, les hommes mieux formés seront aptes à recevoir des informations de plus en plus complètes dans lesquelles ils sauront discerner celles dont ils ont besoin et qu’ils sauront utiliser à des fins constructives. »
« C’est de la confrontation des points de vue sur des informations sincères et complètes que naîtra l’objectivité. Il convient donc d’en multiplier les sources et de donner à chacun le droit à la consultation de celle-ci afin de se former une opinion. »
« Le contenu de toute information doit être adapté aux personnes auxquelles elle s’adresse. De même qu’elle ne peut être perçue que grâce à une formation suffisante, de même elle ne peut avoir d’impact que si sa formulation est adaptée au milieu. »

et une préoccupation nouvelle, l’environnement

« La force croissante de l’opinion publique pour une sauvegarde aujourd’hui, pour une amélioration de l’environnement demain ne peut trouver de frein que dans la crainte de voir fuir les industries vers des lieux moins réglementés. ….Il semble que jusqu’à ce jour, le respect nécessaire des grands équilibres naturels soit une notion demeurée ignorée…La pollution en mettant en jeu l’équilibre biologique de la nature, est une menace pour l’homme. »
« Pour l’Entreprise des Hommes, cette évolution conduit à de fortes nécessités :

  • refus de production de biens matériels entraînant des désutilités croissantes, tant au niveau de la non-satisfaction réelle des besoins qu’à celui des coûts indirects qu’ils entraînent pour la société
  • réorientation de la production pour mettre à disposition du plus grand nombre, à côté des biens et services sophistiqués et éphémères, des biens et des services simplifiés et robustes, ouvrant donc des possibilités de choix vers des types différents de qualité de vie
  • rechercher de nouveaux indicateurs mesurant la qualité du développement de l’entreprise….sur le thème du « Bilan social »
  • formulation de nouveaux objectifs en fonction
    • de l’utilité sociale des biens et services produits
    • de la contribution à l’innovation technologique
    • de l’amélioration de la qualité de vie dans et hors l’entreprise… »

Voici donc des contributions qui tombent à point nommées dans le débat actuel sur l’objet de l’entreprise à ceci près que toutes les citations en italique sont extraites d’un opuscule intitulé « l’autorité de l’entreprise, après l’association des capitaux, l’association des hommes » avec comme base-line la phrase qui sert de titre à ce billet « Il existe un droit des sociétés, réclamons un droit de l’entreprise. »

Ce texte a été publié
………..en 1974
…………..par le Centre des Jeunes Dirigeants d’Entreprise (le CJD)

Rappelons qu’en 1974, c’était le premier choc pétrolier et la fin des Trente Glorieuses, qui n’auront duré en fait de 25 ans.

Rappelons aussi que 1974, c’est l’année où le Président nouvellement élu, Valéry Giscard d’Estaing confie à Mr Sudreau la rédaction d’un rapport qui s’appellera « la réforme de l’entreprise. » où tout ou presque fut alors décrit de ce que devrait être une entreprise moderne au service d’une société en développement. Ecrit…mis pas mis en oeuvre!

Rappelons également que 1974, c’est deux ans à peine après la parution du rapport du Club de Rome, intitulé « The limits of growth » traduit en français par « Halte à la croissance ? »

Rappelons encore que 1974, c’est quatre ans à peine après le Congrès d’Issy-lès-Moulineaux qui ancra durablement la CFDT dans le courant autogestionnaire et de la planification démocratique.

1974 c’est enfin la dernière année du VI° Plan intitulé « l’impératif industriel ».

1974 c’est pour finir, il y a 44 ans.

Les prémisses de la RSE

Peut-on dire que depuis les objectifs ambitieux du CJD ont été atteints ? Loin s’en faut mais on y trouvait déjà tous les ingrédients de ce qui 25 ans plus tard allait devenir la RSE.

Il a fallu la loi pour que quelques règles de cette RSE s’imposent aux plus grosses entreprises et tout le monde s’esbaudit de voir que celle-ci « commence à percoler dans le monde de la PME ».

Le rôle des PME dans l’évolution

L’erreur historique est lourde car qui étaient et sont encore ces membres du CJD ? Essentiellement des entrepreneurs et des cadres dirigeants de PME. C’est donc bien des PME que viendra le renouveau des entreprises françaises, d’autant plus que les nouvelles règles de gouvernance esquissée dans ce livre y seront plus faciles à mettre en œuvre.

Pour conclure, j’ai envie de dire qu’en lançant ce débat sur la loi PACTE, les ministres Lemaire et Hulot n’ont rien inventé de nouveau et n’ont fait qu’aller chercher dans les archives ce que la pensée entrepreneuriale française avait pu produire de mieux au cours de ce demi-siècle. En 1974, alors que la conjonction idéologique de l’époque aurait pu rendre possible une avancée à la marge, celle-ci n’eut pas lieu. Peut-être que 44 ans après, la bonne idée finira par trouver son temps.

Mais à voir les réactions des uns et des autres, là encore, ce n’est pas gagné. « l’air du temps » est encore parfois trop léger en comparaison de certaines lourdeurs sociologiques.

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BdC n° 121 manœuvre en mer

Une association nationale, conglomérat hétéroclite de voisins en colère, d’amoureux nostalgiques des paysages champêtres du XIX° siècle et de défenseurs farouches du nucléaire-énergie propre s’ingénie à ralentir les projets de fermes éoliennes terrestres. Mais bon an, mal an cette filière arrive à suivre le plan de croissance tracée par la loi Royal, maintenant que son environnement juridique et financier semble mieux assuré.

Mais cela restera insuffisant pour aller plus vite, plus loin afin de rendre plus facile le choix de l’abandon progressif du nucléaire. Une piste s’avère prometteuse, toujours portée par la force du vent, l’éolien en mer sous ses deux versions , sur pylônes fixes ou sur plates-formes flottantes. En effet l’inventaire réalisé conjointement par deux newsletters spécialisées, une française et une britannique est éloquent : https://energiesdelamer.eu/2017 année charnière pour la progression du développement de l’éolien en mer ?
Imaginez, en un an 3.612 MW ont été mis en service sur les littoraux européens, soit l’équivalent de deux fois Fessenheim . Et les perspectives de progression sont encore plus optimistes. En effet, les coûts baissent à très grande vitesse, au fur et à mesure que les opérateurs maîtrisent mieux toute la chaîne de production et d’acheminement de l’électricité.

Et dans ce contexte euphorique, une entreprise basée en France, à Saint-Nazaire est en passe d’imposer un nouveau modèle de développement fondé, on peut le regretter, sur la course au gigantisme :https://energiesdelamer.eu/General Electric : répondre aux futurs marchés avec une éolienne de 12 MW
Maintenant que les querelles de voisinage, autour de deux sites essentiellement, sont en voie de règlement, on pouvait même penser qu’en la matière la France allait rapidement rattraper son retard. 6 fermes à 500MW chacune entrant progressivement en activité, ça pèse un peu dans la balance. Mais c’était sans compter sur la capacité française à embrouiller les situations simples à cause de considérations parfois surprenantes, fondées essentiellement sur des relations toujours perverses entre grands groupes industriels et pouvoirs publics.

Toujours est-il qu’une polémique est en train d’enfler autour d’un minuscule amendement à un projet de loi qui ne traite pas de la politique énergétique (grande spécialité des lobbyistes français, le « cavalier législatif ») : https://energiesdelamer.euL’UFE : L’Etat au service d’une société de confiance introduit une insécurité contractuelle. Pour l’instant un contre-feu a été allumé, qui ne résout rien sur le fond https://energiesdelamer.euArticle 34 : Amendement – La Commission spéciale du Sénat émet un avis défavorable

Mais au fait de quoi s’agit-il ? Le long article ci-après vous donne toutes les clés du marché et des tractations en coulisse :
https://energiesdelamer.euDécryptage de la guerre des prix sur le marché de l’éolien offshore européen
Je résume en quelques phrases. Actuellement, les appels d’offre dans les pays les plus avancés en la matière se négocient entre 45 et 54 € le MW. GE avec sa « petite » (220 mètres de haut quand même soit la hauteur de la Tour Montparnasse) merveille pense participer à des projets à 60 € le MW. Or les projets français ont été choisis entre 2012 et 2013 avec les prix de l’époque, majorés, soit entre 180 et 200 € le MW. Evidemment la lourdeur des procédures françaises est un peu en cause, évidemment aussi les postulants ont présentés des projets qui n’étaient pas tout à fait ficelés, évidemment, il y a eu des râleurs ralentisseurs et naturellement, de gros retards se sont accumulés et ce qui aurait pu être admissible en 2015, devient intolérable, pour les pouvoirs publics, en 2018. Ceci explique donc cette volonté du gouvernement de remettre à plat les conditions financières des projets. En effet, puisque sur les six sites, on retrouve des consortiums qui rassemblent ce que l’Europe fait de mieux dans cette filière, il paraîtrait anormal que des soutiens exagérés via de prix de rachat extravagants, permettent à des opérateurs européens de gagner à des prix compétitifs des marchés ailleurs en Europe, grâce à cette subvention qui ne dit pas son nom, de l’Etat français. Confronté au même problème, il semblerait que le gouvernement belge n’ait pas hésité à dénoncer trois contrats. Mais les Belges ne sont pas les Français.

Voyons maintenant le fond de la négociation et prenons des comparaisons avec les marchés publics, des TP par exemple. Il est rare qu’un marché signé soit celui qui est effectivement exécuté car d’avenant en avenant, le prix finalement payé par la puissance publique dépasse allègrement l’enveloppe contractuelle de départ. Prenez par exemple les futurs JO 2024 de Paris : les travaux n’ont pas encore commencé qu’on parle déjà de dérapage. C’est toujours pour moi une source d’étonnement, l’imprévoyance de ceux qui lancent des appels d’offre mais aussi de ceux qui y répondent. Toujours est-il qu’il paraît normal à ces entreprises de transférer à la puissance publique le surcoût et donc de lui faire porter tout le poids du risque industriel. Pour autant, personne dans les services de l’Etat n’a jamais remis en cause le niveau de confiance que la puissance publique a vis à vis des entreprises soumissionnaires.

En outre, il semblerait aussi, mais là je n’ai pas d’autres informations que des bribes récoltées de-ci de-là au gré de dépêches d’agence, que les projets déposés n’étaient ficelés, ni techniquement, ni financièrement. Compte tenu de la rapidité de l’évolution technologique, rien n’empêche les heureux détenteurs des permis d’adapter à la baisse leur propositions et donc de proposer des avenants de moins-disance mais cela ne se fait pas.

C’est donc dans ce contexte que devrait se nouer ce qui ressemble quand même à un bras de fer soigneusement orchestré par des groupes d’influence ayant trouvé de puissants porte-voix face à un pouvoir politique qui semble également peu enclin à se laisser tondre. Il serait quand même urgent de trouver une solution pour ces 3 GW car le potentiel littoral français est d’après l’ADEME de 30GW soit 18 fois Fessenheim. Plus vite on arrivera à l’exploiter, plus facile sera la transition vers un autre modèle énergétique. Mais ces palinodies sont bien caractéristiques du modèle français de la commande publique.

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Mieux vaut en rire -rubrique décidément inépuisable- n° 145 : Mais où vont-ils chercher tout ça ?

« Dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. » Beaumarchais
« L ‘humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde
« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. »Pierre Desproges
« parce que le rire est le propre de l’homme. » Rabelais

Attention l’abus de marketing est dangereux pour la santé mentale

Je n’en ai pas crû mes yeux quand j’ai lu, dans la presse quotidienne du Grand Ouest, ce titre https://www.ouest-france.fr. Les Bretons ont inventé le camembert… râpé !
J’ai d’abord regardé la date et j’ai constaté que si c’était un canular, le journaliste avait un bon mois et demi d’avance.
Après, je me suis dit que c’était peut-être une façon artificielle de ranimer la guéguerre entre voisins qui n’amuse finalement que les proches de la Baie du Mont-St Michel.
Eh, non ! C’était bien vrai. La société qui a « inventé » ce, comment dire? … ce« produit » existe bien et j’ai pu constater sur son site qu’elle n’en était pas à son coup d’essai sur les transformations des produits laitiers en spécialités « fromagères ».
En la matière, on a déjà beaucoup vu d’horreur anti-gastronomique mais là on atteint un sommet dans l’absurde. Imaginez, on va sécher un fromage réputé coulant, pour le râper, pour ensuite le vendre, sûrement beaucoup plus cher, à des personnes qui ne voudront généralement l’utiliser que comme garniture d’un plat (pizza, tarte, pâtes, et autres gratins) en …le faisant fondre. Il n’y a pas que le fromage qui a fondu dans cette affaire.

« Aie confiance, Aie confiance ! »
C’est ce que ssssussssurer l’infâme Kaa dans le Livre de la Jungle à un pauvre Mowgli à moitié subjugué par les yeux envoûtant du sardonique serpent. J’étais à mille lieues de penser à ce dessin animé de la fin des années 60 quand j’ai lu ce titre : https://www.ouest-france.fr/Éoliennes marines : les présidents de l’Ouest montent au créneau
Bon, je me dis, c’est normal, les grands élus veulent rappeler à l’Etat que sa parole est sacrée et qu’à partir du moment où, à l’issue d’un appel à projets fructueux, 6 projets ont été retenus et que dés lors que ces projets correspondent au cahier des charges et qu’ils ont franchi avec succès toutes les étapes d’instruction administrative de leur dossier (ce qui est en soi une épreuve de vérité, paraît-il), l’Etat doit respecter sa signature et ne pas tenter de revenir sur ses engagements à défaut de quoi, la confiance en l’Etat risque d’être fort écornée.

Or, quelle ne fut pas ma surprise de constater que ce qui provoquait ainsi l’ire des grands élus de l’Ouest était un amendement glissé subrepticement par un sénateur au détour d’un projet de loi dont l’intitulé est…… « pour un État au service d’une société de confiance ». Un comble ! Il n’y a pas que Mowgli qui en reste sidéré !

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