BdC n° 121 manœuvre en mer

Une association nationale, conglomérat hétéroclite de voisins en colère, d’amoureux nostalgiques des paysages champêtres du XIX° siècle et de défenseurs farouches du nucléaire-énergie propre s’ingénie à ralentir les projets de fermes éoliennes terrestres. Mais bon an, mal an cette filière arrive à suivre le plan de croissance tracée par la loi Royal, maintenant que son environnement juridique et financier semble mieux assuré.

Mais cela restera insuffisant pour aller plus vite, plus loin afin de rendre plus facile le choix de l’abandon progressif du nucléaire. Une piste s’avère prometteuse, toujours portée par la force du vent, l’éolien en mer sous ses deux versions , sur pylônes fixes ou sur plates-formes flottantes. En effet l’inventaire réalisé conjointement par deux newsletters spécialisées, une française et une britannique est éloquent : https://energiesdelamer.eu/2017 année charnière pour la progression du développement de l’éolien en mer ?
Imaginez, en un an 3.612 MW ont été mis en service sur les littoraux européens, soit l’équivalent de deux fois Fessenheim . Et les perspectives de progression sont encore plus optimistes. En effet, les coûts baissent à très grande vitesse, au fur et à mesure que les opérateurs maîtrisent mieux toute la chaîne de production et d’acheminement de l’électricité.

Et dans ce contexte euphorique, une entreprise basée en France, à Saint-Nazaire est en passe d’imposer un nouveau modèle de développement fondé, on peut le regretter, sur la course au gigantisme :https://energiesdelamer.eu/General Electric : répondre aux futurs marchés avec une éolienne de 12 MW
Maintenant que les querelles de voisinage, autour de deux sites essentiellement, sont en voie de règlement, on pouvait même penser qu’en la matière la France allait rapidement rattraper son retard. 6 fermes à 500MW chacune entrant progressivement en activité, ça pèse un peu dans la balance. Mais c’était sans compter sur la capacité française à embrouiller les situations simples à cause de considérations parfois surprenantes, fondées essentiellement sur des relations toujours perverses entre grands groupes industriels et pouvoirs publics.

Toujours est-il qu’une polémique est en train d’enfler autour d’un minuscule amendement à un projet de loi qui ne traite pas de la politique énergétique (grande spécialité des lobbyistes français, le « cavalier législatif ») : https://energiesdelamer.euL’UFE : L’Etat au service d’une société de confiance introduit une insécurité contractuelle. Pour l’instant un contre-feu a été allumé, qui ne résout rien sur le fond https://energiesdelamer.euArticle 34 : Amendement – La Commission spéciale du Sénat émet un avis défavorable

Mais au fait de quoi s’agit-il ? Le long article ci-après vous donne toutes les clés du marché et des tractations en coulisse :
https://energiesdelamer.euDécryptage de la guerre des prix sur le marché de l’éolien offshore européen
Je résume en quelques phrases. Actuellement, les appels d’offre dans les pays les plus avancés en la matière se négocient entre 45 et 54 € le MW. GE avec sa « petite » (220 mètres de haut quand même soit la hauteur de la Tour Montparnasse) merveille pense participer à des projets à 60 € le MW. Or les projets français ont été choisis entre 2012 et 2013 avec les prix de l’époque, majorés, soit entre 180 et 200 € le MW. Evidemment la lourdeur des procédures françaises est un peu en cause, évidemment aussi les postulants ont présentés des projets qui n’étaient pas tout à fait ficelés, évidemment, il y a eu des râleurs ralentisseurs et naturellement, de gros retards se sont accumulés et ce qui aurait pu être admissible en 2015, devient intolérable, pour les pouvoirs publics, en 2018. Ceci explique donc cette volonté du gouvernement de remettre à plat les conditions financières des projets. En effet, puisque sur les six sites, on retrouve des consortiums qui rassemblent ce que l’Europe fait de mieux dans cette filière, il paraîtrait anormal que des soutiens exagérés via de prix de rachat extravagants, permettent à des opérateurs européens de gagner à des prix compétitifs des marchés ailleurs en Europe, grâce à cette subvention qui ne dit pas son nom, de l’Etat français. Confronté au même problème, il semblerait que le gouvernement belge n’ait pas hésité à dénoncer trois contrats. Mais les Belges ne sont pas les Français.

Voyons maintenant le fond de la négociation et prenons des comparaisons avec les marchés publics, des TP par exemple. Il est rare qu’un marché signé soit celui qui est effectivement exécuté car d’avenant en avenant, le prix finalement payé par la puissance publique dépasse allègrement l’enveloppe contractuelle de départ. Prenez par exemple les futurs JO 2024 de Paris : les travaux n’ont pas encore commencé qu’on parle déjà de dérapage. C’est toujours pour moi une source d’étonnement, l’imprévoyance de ceux qui lancent des appels d’offre mais aussi de ceux qui y répondent. Toujours est-il qu’il paraît normal à ces entreprises de transférer à la puissance publique le surcoût et donc de lui faire porter tout le poids du risque industriel. Pour autant, personne dans les services de l’Etat n’a jamais remis en cause le niveau de confiance que la puissance publique a vis à vis des entreprises soumissionnaires.

En outre, il semblerait aussi, mais là je n’ai pas d’autres informations que des bribes récoltées de-ci de-là au gré de dépêches d’agence, que les projets déposés n’étaient ficelés, ni techniquement, ni financièrement. Compte tenu de la rapidité de l’évolution technologique, rien n’empêche les heureux détenteurs des permis d’adapter à la baisse leur propositions et donc de proposer des avenants de moins-disance mais cela ne se fait pas.

C’est donc dans ce contexte que devrait se nouer ce qui ressemble quand même à un bras de fer soigneusement orchestré par des groupes d’influence ayant trouvé de puissants porte-voix face à un pouvoir politique qui semble également peu enclin à se laisser tondre. Il serait quand même urgent de trouver une solution pour ces 3 GW car le potentiel littoral français est d’après l’ADEME de 30GW soit 18 fois Fessenheim. Plus vite on arrivera à l’exploiter, plus facile sera la transition vers un autre modèle énergétique. Mais ces palinodies sont bien caractéristiques du modèle français de la commande publique.

Publicités
Publié dans développement durable | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Mieux vaut en rire -rubrique décidément inépuisable- n° 145 : Mais où vont-ils chercher tout ça ?

« Dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. » Beaumarchais
« L ‘humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde
« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. »Pierre Desproges
« parce que le rire est le propre de l’homme. » Rabelais

Attention l’abus de marketing est dangereux pour la santé mentale

Je n’en ai pas crû mes yeux quand j’ai lu, dans la presse quotidienne du Grand Ouest, ce titre https://www.ouest-france.fr. Les Bretons ont inventé le camembert… râpé !
J’ai d’abord regardé la date et j’ai constaté que si c’était un canular, le journaliste avait un bon mois et demi d’avance.
Après, je me suis dit que c’était peut-être une façon artificielle de ranimer la guéguerre entre voisins qui n’amuse finalement que les proches de la Baie du Mont-St Michel.
Eh, non ! C’était bien vrai. La société qui a « inventé » ce, comment dire? … ce« produit » existe bien et j’ai pu constater sur son site qu’elle n’en était pas à son coup d’essai sur les transformations des produits laitiers en spécialités « fromagères ».
En la matière, on a déjà beaucoup vu d’horreur anti-gastronomique mais là on atteint un sommet dans l’absurde. Imaginez, on va sécher un fromage réputé coulant, pour le râper, pour ensuite le vendre, sûrement beaucoup plus cher, à des personnes qui ne voudront généralement l’utiliser que comme garniture d’un plat (pizza, tarte, pâtes, et autres gratins) en …le faisant fondre. Il n’y a pas que le fromage qui a fondu dans cette affaire.

« Aie confiance, Aie confiance ! »
C’est ce que ssssussssurer l’infâme Kaa dans le Livre de la Jungle à un pauvre Mowgli à moitié subjugué par les yeux envoûtant du sardonique serpent. J’étais à mille lieues de penser à ce dessin animé de la fin des années 60 quand j’ai lu ce titre : https://www.ouest-france.fr/Éoliennes marines : les présidents de l’Ouest montent au créneau
Bon, je me dis, c’est normal, les grands élus veulent rappeler à l’Etat que sa parole est sacrée et qu’à partir du moment où, à l’issue d’un appel à projets fructueux, 6 projets ont été retenus et que dés lors que ces projets correspondent au cahier des charges et qu’ils ont franchi avec succès toutes les étapes d’instruction administrative de leur dossier (ce qui est en soi une épreuve de vérité, paraît-il), l’Etat doit respecter sa signature et ne pas tenter de revenir sur ses engagements à défaut de quoi, la confiance en l’Etat risque d’être fort écornée.

Or, quelle ne fut pas ma surprise de constater que ce qui provoquait ainsi l’ire des grands élus de l’Ouest était un amendement glissé subrepticement par un sénateur au détour d’un projet de loi dont l’intitulé est…… « pour un État au service d’une société de confiance ». Un comble ! Il n’y a pas que Mowgli qui en reste sidéré !

Publié dans COUPD'GUEULE | Tagué , , , | Laisser un commentaire

BdC 120 La transition énergétique n’est pas simple (volet 2)

La COP 21 a accouché d’un très bel accord qui n’a qu’un petit défaut : il n’a pas les moyens de son financement. Certes, il y a bien eu cette belle initiative portée notamment par Jean-Louis Borloo, l’Alliance Solaire Internationale mais soutenue essentiellement par des pays sans grand moyens budgétaires. Les bonnes nouvelles de ces derniers jours, c’est d’abord que les pays un peu plus riches commencent sérieusement à s’impliquer dans le processus https://www.actu-environnement.comL’Alliance solaire consolide ses objectifs
Il faut dire qu’il faut quand même trouver 1.000 milliards de dollars pour équiper les pays inter-tropicaux en capteurs solaires. La connivence affichée entre le Président français et le Premier Ministre indien est un atout indéniable mais ne sera sûrement pas suffisant pour atteindre cet objectif de « tour de table financier ».

Et c’est là où une nouvelle initiative, prise dans le cadre de la réunion du GIEC à l’UNESCO devient intéressante https://www.ouest-france.frUn Pacte finance-climat pour sauver l’accord de Paris
Si la société civile s’engage dans le débat et surtout s’engage dans le cadre des futures élections européennes pour faire de l’Union Européenne le fer de lance de l’équipement électrique de l’Afrique, d’une partie de l’Asie tropicale et de l’Amérique Centrale, il peut y avoir là le ferment d’un mouvement de fond. Reste à savoir si ce collectif citoyen arrivera à atteindre une taille critique suffisante au niveau des 27 pays de l’Union. A suivre donc ici par exemple https://climat-2020.eu/

Hélas, car les choses ne sont jamais simples, en même temps qu’il inaugurait une centrale photovoltaïque de 75 MW dans le Nord-Est de l’Inde, il vendait au gouvernement indien qui l’accompagnait dans cette inauguration 6 tranche de centrales nucléaires de type EPR https://www.huffingtonpost.frEn Inde, Macron ne jure que par le solaire (tout en vendant du nucléaire). Le « en même temps » est justifiée en s’appuyant sur les arguments fournis par la nucléarocratie : l’énergie nucléaire est une énergie propre car elle a le meilleur bilan carbone sauf peut-être l’hydroélectricité. L’argument est audible si on considère que l’urgence majeure est la lutte contre le processus de dégradation climatique qui s’accélère et que l’éventuel risque qui pèse sur des générations sur plusieurs millénaires pèse peu face à un risque plus palpable qui concernera les deux prochaines générations. C’est un pari risqué et un mode d’appréhension du risque qui pose comme hypothèse que Tchernobyl et ses erreurs humaines ou Fukushima et son accumulation d’aléas climatiques forts peuvent être évités dans le cadre d’une politique de sûreté nucléaire plus contraignante. C’est surtout fondée sur une croyance (je pourrais même dire une foi) dans la toute-puissance de la science et que celle-ci arrivera un jour à résoudre ce qui apparaît encore comme la quadrature du cercle : le traitement définitif des déchets nucléaires ultimes les rendant totalement inoffensifs. Ce sont le genre de pari qu’on ne prend pas à la légère

Quand on est dans l’action gouvernementale, il est parfois difficile de trancher de tels dilemmes. Ceci explique peut-être cette prise de position qui en a surpris plus d’un : https://www.actu-environnement.comNucléaire : il faut « probablement » modifier la loi de transition énergétique, selon l’entourage de Hulot
Quand on est face à une horde d’Ingénieurs Généraux qui, assis sur un monticule de certitudes amassées tout au long d’une longue carrière dans la Haute Administration ou la haute Industrie où le « ce n’est pas possible, monsieur (ou madame) le Ministre ! » et le « Mais il n’y a pas d’autres solutions, voyons ! » (où tout est dans le ton sur lequel ce « voyons » est assené) leur ont servi de viatique pour un parcours sans contestation, quand on est face à ces gens-là, donc, bien des convictions militantes les mieux accrochées vacilleraient.

Mais tout est dans le « probablement » et ce probablement pourrait se transformer en « peut-être » voire même en « sauf si.. » parce que toutes les cartes n’ont pas été mises sur la table.

En effet outre le incertitudes qui pèsent sur l’avenir de toutes les filières de production d’énergie, il y a un autre élément mal maîtrisé à prendre en compte : l’évolution de la demande. Il y a donc une forme d’escamotage intellectuel à aborder l’exercice de programmation quinquennal de l’énergie qui engage quand même des choix d’investissement cruciaux sans qu’on se soit mis d’accord sur les scénarios de consommation https://www.actu-environnement.comProgrammation de l’énergie : les scénarios de consommation, grands absents du débat public
C’est à peu près aussi idiot que de vouloir résoudre une équation du premier degré à deux inconnues en oubliant même de définir le second membre de l’équation. N’importe quel élève de 2° sait qu’algébriquement, c’est scabreux. Par contre des hypermatheux comme les Polytechniciens, cela ne les fait même pas sourciller. Comme quoi même les problèmes simples les troublent. Alors imaginez ce que ça peut être quand ils sont confrontés à une question aussi compliquée que la modification progressive de notre mix énergétique.

Publié dans développement durable | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Réformer le statut des sociétés : quel(s) intérêt(s) ?

Intéressant cette conclusion du rapport Notat-Senard concernant la modification des articles 1832 et 1833 du Code Civil : http://www.novethic.frLoi pacte : un rapport préconise de prioriser l’intérêt de l’entreprise avant celui des actionnaires
Ainsi une entreprise pourrait-elle avoir des intérêts propres, différents de ceux des actionnaires qui la possèdent ? Cette affirmation, placé au cœur du Code Civil qui ne traite que du contrat de société et donc ne parle que du droit de propriété, la proposition est pour le moins audacieuse.
En effet le droit de propriété se définit sommairement par l’usus et abusus qui traduit en langage commun se dit : « Ça m’appartient donc j’en fais ce que je veux. » Dans ce cadre-là, dès lors, comment insérer ce qui serait l’intérêt propre de l’entreprise, c’est à dire du bien possédé. Cela supposerait d’une part qu’on puisse définir un intérêt propre d’une part mais surtout qu’on puisse définir de manière incontestable juridiquement quelle est la personnalité juridique de l’entreprise qui aurait ainsi ses propres intérêts. C’est peut-être là que le bât va blesser dans la mise en œuvre d’une telle préconisation.
Cela dit, la question peut être résolue de façon extra-juridique dans un premier temps et en la matière la littérature économique est abondante pour définir ce qu’en économie est une entreprise. Toutefois, je suis persuadé que la théorie des parties prenantes est la plus opérationnelle pour traiter la question des intérêts propres à l’entreprise. En termes rapides, ces intérêts propres sont en quelques sortes, le point d’équilibre entre les intérêts particuliers de toutes les parties prenantes mais ce point d’équilibre ne peut être atteint que si la recherche du consensus se fait dans la plus grande transparence où toutes les parties prenantes ont accès aux mêmes informations, au même moment et ensuite de disposer de leviers d’action équivalents.
Ce simple constat est lourd de conséquences car il pose les bases des nouvelles règles de gouvernance de ces entreprises responsables. Ainsi de fil en aiguille, en modifiant un article du Code Civil, nous voilà embarqué à modifier parfois de façon conséquente, plusieurs codes de droit. En effet puisque les parties prenantes sont les actionnaires, les salariés, les clients, les fournisseurs, les collectivités territoriales, la planète, la définition de nouvelles règles de gouvernance vont amener à modifier, le droit des sociétés, le code de commerce, le code du travail, le code de l’environnement, le code des collectivités locales dans leur partie législative ou leur partie réglementaire. Nous voilà parti un peu loin mais pour le coup, il s’agirait là d’une véritable révolution. A défaut, ce ne serait que quelques mots de plus inscrit dans un code, mais sans grande portée juridique réelle puisque s’adressant à un objet inexistant juridiquement.

La solution absurde même simple dans ces implications pourrait être celle-ci, si elle était poussée à son comble : http://www.optionfinance.frADIDAS soigne ses actionnaires et sa rentabilité, le marché apprécie Évidemment, si vous vous arrêtez au seul titre de l’article, vous ne risquez pas de comprendre où je veux en venir. En fait, il s’agit d’une opération devenue classique dans les grandes entreprises, le rachat d’une partie du capital avec les bénéfices dégagés. Les actionnaires adorent parce que les dividendes versés étant répartis sur un plus petit nombre d’actions, leur part par action augmente mécaniquement. Le bonheur quoi ! Mais si on creuse un peu au-delà de la vision à court terme, cette opération signifie surtout que l’entreprise, entité sans personnalité juridique propre signifie à ses propriétaires qu’elle a moins besoin d’eux pour se financer, ce qui est en fait la fonction première des actionnaires, financer les besoins de l’entreprise . Mais surtout, si on pousse l’opération jusqu’à son terme et que d’année en année, le capital soit progressivement racheté par l’entreprise, il arrivera un moment où le dernier actionnaire décidera dans le conseil d’administration où il siège seul actionnaire de se racheter sa dernière action. Question : dès lors que l’entreprise aura racheté toutes ses actions, à qui appartient-elle ? C’est vertigineux !!

Bien entendu, une telle hypothèse a peu de chance de se réaliser. En général, les patrons les plus favorables à cette réforme du Code Civil ont une vision plus douce de l’évolution. Parmi les grands patrons qui se sont exprimés dans le sens de la réforme, il y a celle-ci :https://www.lesechos.fr/Antoine Frérot : « Dépasser la vieille opposition entre le capital et le travail » Tout d’abord, je rectifie une petite dérive journalistique. Mr Frérot parle beaucoup de responsabilité environnementale, de restauration de la confiance des Français dans les entreprises, de respect de la loi et ce n’est qu’à une sollicitation du journaliste qu’il finit par lâcher que la présence d’un salarié de plus dans son CA ne lui pose pas de problème. A aucun moment, il n’est question de dépasser la lutte des classes et l’opposition capital-travail. Voilà donc une déclaration qui a le mérite de la clarté.
Mais au fait qui est Mr Frérot ? Comme tout le monde, je suis allé consulter sa fiche Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Frérot Bon, c’est le patron de Véolia et le président de l’Institut de l’Entreprise, think tank qui de son côté mène également une campagne sur le thème de la confiance « repères confiance ». Mais malheureusement les recherches sur Internet amènent parfois loin, car, je suis également tombé sur cela : https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/cash-investigation/ n« Cash Investigation ». L’eau : scandale dans nos tuyaux où il est largement question de son groupe. Je ne porte pas de jugement sur le contenu de cette enquête mais question « restauration de la confiance », c’est un peu tombé à l’eau.
Et c’est là où on peut constater que sans présence active de toutes les parties prenantes dans des instances de gouvernance (pilotage ou contrôle), un gros doute subsiste toujours en cas  d’allégations de fraude.

Publié dans RSE | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Brèves de compteur n°119 la transition énergétique n’est pas simple (volet 1)

Dans la précédente BdC brèves de compteur n° 118 : énergies renouvelables, le compte y est enfin ! Je me réjouissais de la montée en puissance des énergies renouvelables.

A l’approche du Salon de l’Agriculture, les journaux se sont intéressés d’un peu plus près à ces nouveaux opérateurs de la sphère énergétique, les agriculteurs  et là, une autre bonne nouvelle https://www.actu-environnement.comLes énergies renouvelables deviennent une source non négligeable de revenus pour les agriculteurs La production d’énergie bio-sourcée peut être le second souffle d’une agriculture qui peine à vivre de son premier métier, nourrir et vêtir le monde.

Hélas, les choses ne sont jamais simples car en matière d’énergie, il ne suffit pas qu’une puissance soit installée pour que l’énergie attendue soit automatiquement disponible. Encore faut-il que ces sources soient en capacité de produire ; et c’est parce que la technique est faillible que le nucléaire n’a pas rendu ce qu’on attendait de lui, contrairement à ce qu’on dit habituellement en parlant du « socle nucléaire » ; et c’est parce que la météo a été capricieuse que l’hydroélectricité n’a pas rendu ce qu’on attendait d’elle. C’est pourquoi, malgré toutes ces bonnes nouvelles concernant la montée en puissance des énergies renouvelables, le bilan énergétique de la France ne colle pas avec les espoirs nés de la COP 21http://www.novethic.frEn 2017, le gaz et le charbon sont venus au secours de l’électricité française…mais pas du climat
Évidemment, plus l’éolien, le photovoltaïque et la méthanisation auront pris de l’importance, moins ces aléas climatiques ou techniques influeront. En effet, s’il y a sécheresse, c’est qu’il y a soleil et souvent un léger vent et à l’inverse si le soleil fait place à la pluie, les lacs de retenue se rempliront sans problème. Mais entre deux, il faut bien assumer ces aléas. C’est pour cela d’ailleurs qu’on parle de transition et non de révolution. Le mouvement sera donc progressif et il faudra bien composer avec le ciel, c’est le cas de le dire, donc inutile de se mettre martel en tête quand tout n’est pas idéal. Ce qui importe est l’évolution dans le bon sens.

Mais s’il n’y avait que cela, ce serait encore assez simple à expliquer mais il y a plus complexe. En effet l’une des clés de la réussite de la transition énergétique est la capacité à stocker l’énergie quand la production est trop importante pour la déstocker quand il y a pénurie. Pour stocker, il y a l’hydrogène mais pour en produire, il faut de l’eau. Or l’eau va être de plus en plus rare. Pour stocker, il y a aussi la technique dite des STEP mais là aussi, il faut de l’eau mais aussi de l’espace pour stocker cette eau dans des retenues en amont et en aval de la station de pompage.

Pour stocker l’énergie, il y a aussi les piles mais celles-ci ne peuvent être fabriquées sans des minerais qu’on appelle « terres rares » et celles-là, il faudra bien aller les chercher dessous la terre. De même qu’il faudra aller chercher sous terre des minéraux pour construire les capteurs solaires http://www.novethic.frLa transition énergétique ouvre une nouvelle page de l’histoire minière française
Ceci ne facilite pas la compréhension du commun des mortels. « Comment, se dit-il, vous m’avez demandé de vous soutenir quand il fallait s’opposer aux nouvelles mines pour extraire du gaz de schiste et maintenant, vous venez me dire que la transition énergétique nous obligera à transformer de nouvelles portions du territoire en gruyère à trous ? J’y comprends plus rien. » Cela nécessite un peu d’explication. Ces métaux et terres rares sont effectivement indispensables et les alternatives ne sont pas nombreuses : soit on importe, de Chine généralement, avec tous les inconvénients que cela comporte (déficit commercial accru, dépendance stratégique, conditions d’exploitation humainement et écologiquement contestables), soit on recycle les métaux déjà incorporés dans nos produits du quotidien, mais les processus industriels sont encore mal maîtrisés et de toute façon, il y a de la perte en ligne, soit on extrait sur notre territoire mais cela aura forcément un coût écologique et tout l’enjeu sera de le rendre le plus faible possible ( c’est ce que Macron appelle « la mine responsable », je suppose et je demande à voir les garde-fou mis en œuvre) , soit enfin on renonce à ces appareillages sans lesquels la transition énergétique ne serait pas possible. La solution est sûrement un mix de ces quatre possibilités. Reste à faire le bon mélange.

Décidément, cette transition énergétique, ce n’est pas simple comme…..un clic.

Publié dans développement durable | Tagué , , | Laisser un commentaire

Transition énergétique : on ne peut pas penser à tout

Transition écologique : voici encore une expression devenue mot-valise à force d’être galvaudée. Tout est transition énergétique même ce qui ne concerne pas directement l’énergie comme la réduction des déchets ou la préservation de la biodiversité. J’ai d’ailleurs pris à dessein ces deux thèmes car, eux aussi sont devenus des mots-valises à force d’être utilisés à tort et à travers.
Mais comme ce mot-valise est dans l’air du temps autant l’utiliser pour souligner quelques petits défauts de nos beaux raisonnements.

Premier couac : la voiture électrique et ses aléas
A force de l’avoir écrit, je pense vous avoir convaincu que le passage trop rapide du « tout moteur thermique » au « tout moteur électrique » n’était en aucune façon la panacée en matière de transition énergétique du moins tant que la production d’électricité d’origine renouvelable n’aura pas supplanté les autres sources de production d’électricité. Mais voici un inconvénient que je n’avais pas envisagé: http://www.novethic.fr35 pompiers, 5 heures d’intervention… Ce qu’il se passe quand une Tesla prend feu
Eh oui, une voiture électrique peut avoir un accident comme tous les véhicules à deux ou quatre roues qui fréquentent nos réseaux routiers. Et c’est vrai qu’une batterie haute tension ne réagit pas comme la batterie 12 volts de votre voiture à explosion. Si maintenant il faut plusieurs centaine de mètres cubes d’eau pour enrayer les conséquences d’un petit accrochage sur une voie express, il n’est pas sûr que le bilan écologique d’ensemble soit très bon

deuxième couac : la dédieselisation (comme on dit la dédiabolisation pour les organisations politiques sulfureuses) a des effets inattendus

Dieselgate ou pas, c’est haro sur le diesel, avec au passage un petit coup de bonneteau fiscal, via la TIPP. Mais c’est pour la bonne cause, la qualité de l’air de nos villes envahi par des myriades de particules fines. Mais c’est balot, on avait juste un détail : les véhicules à essence émettent plus de …CO², c’est à dire justement ce gaz dont les effets sur le réchauffement de la planète sont particulièrement montrés du doig: t http://info.economie.lefigaro.frAutomobile: première hausse des émissions de CO2 en France depuis 1995 On ne peut pas penser à tout quand on décide d’une politique publique sauf…à avoir une approche systémique de la question et de l’envisager dans toute sa complèxité et ses ultimes conséquences. C’et juste une question d’entrainement et de…bonne volonté.

Publié dans développement durable | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Les pôvres !

Ça y est ! La crise est bel et bien finie ! Je ne dis pas cela parce que le chômage a commencé à baisser pour de bon, mais tout le monde s’en fout depuis que F.H. n’est plus là pour que les médias lui rappellent sa promesse de début de son quinquennat. Je ne dis pas cela non plus parce que le sacro-saint PIB a crû, qui l’eut cru, de 2% en un an mais tout le monde s’en fout puisque le PIB n’est pas le bon indicateur de la bonne santé de la société française. Non, j’écris cela parce que la bonne nouvelle est tombé ! les entreprises du CAC 40 ont fait exploser leur score de l’année passé avec un bénéfice cumulé pour ces 40 groupes de 94 milliards d’euros. Et on sait depuis Helmut Schmitt que les bénéfices d’aujourd’hui seront les investissements de demain et les emplois d’après-demain. Sauf que…sauf que dans la réalité, les bénéfices d’aujourd’hui font surtout les dividendes de demain et que s’il y a des investissements, les investissements de demain feront aussi, parfois, les plans sociaux d’après-demain. Vu comme cela, c’est évidemment un peu moins glorieux. C’est pourquoi, on passe la nouvelle sous silence ou alors, on la présente de manière anodine. La palme de la présentation dédramatisée revient sans conteste à Ouest-France http://info.economie.lefigaro.frCAC 40: ça correspond à quoi, 94 milliards d’euros de bénéfices ? Drôle d’idée de faire toutes ces comparaisons, parfois pertinentes comme lorsque qu’on compare les bénéfices des meilleures entreprises françaises et allemandes (match nul), beaucoup plus saugrenues aussi comme le montre l’infographie présentée dans l’article. Quand on veut parler à des gens ordinaires, qui sont leurs lecteurs, il faut leur parler avec des exemples ordinaires. Alors c’est quoi 94 milliards ?

94 milliards, c ‘est 235 paires « Neymar+M’Bapé » de quoi donner à tous les clubs de foot professionnels français (Ligue 1 et ligue 2 confondues) les moyens d’échouer en 1/8° de finale d’une coupe d’Europe

94 milliards : c’est le salaire annuel moyen de 3,5 millions de salariés français

94 milliards : c’est la possibilité de financer le revenu universel de 10 millions de personnes sur la base de 800 euros par mois

94 milliards : c’est énormément d’argent, au point que c’en devient indécent. C’est pourquoi ces petites comparaisons sont alors faites. Pour faire paraître anodine l’information. Car où va cet argent?

Contrairement aux entreprises américaines, beaucoup de sociétés françaises inscrites au CAC 40 sont encore sous contrôle familial . Donc, ces bénéfices, une fois distribués, iront dans la poche de quelques familles.

Cela tombe bien puisque le même jour ou presque le classement des plus grandes fortunes établi par la revue Forbes a été publié et devinez quoi ? La fortune des plus riches en France a encore augmenté en 2017. Il paraît même que l’homme le plus riche de France a vu sa fortune croître de 72% en un an et qu’il est même devenu un des 5 hommes les plus riches du monde. Cela la pose un peu là : un petit Ch’ti qui cause d’égal à égal avec le fondateur d’Amazon, du fondateur de Microsoft ou de Warren Buffet et devance le fondateur de Facebook !. Tiens au fait, lui aussi pense-t-il comme les  susnommés qu’il devrait payer plus d’impôt ? La réponse serait intéressante à connaître.

Mais il paraît que ce classement est faux ou au moins incomplet http://www.lemonde.frLes limites du classement des milliardaires par « Forbes » Ils sont plus riches que cela, ils ne sont pas tous là et les chiffres vrais aujourd’hui seront faux dès demain. Ça doit être dur pour « les pôvres » de vivre ainsi sans jamais savoir d’un jour sur l’autre quelle est leur richesse réelle. Imaginez 1 point de moins à la Bourse, c’est un yacht qui fout le camp. Insuppooooortââââble, non ?

Tiens au fait, comment font-ils ces journalistes de Forbes pour connaître la richesse exacte de ces gens ? Je ne prendrais qu’un exemple. Nous avons vu lorsque l’affaire des laits contaminés a éclaté en France que la société Lactalys ne publiait même pas ses comptes. Dans ces conditions, comment peut-on savoir que son PDG est 5° fortune de France et que son frère et sa sœur sont eux-même 12° et 14° fortunes de France?

Accessoirement, on voit très bien à qui profite la modification de l’ISF qui exonère l’outil de production. Macron, président des riches ? Les plus démagogues pourraient dire « Non, président des très très riches. » Je ne suis même pas sûr que ces riches lui en sachent gré tellement cela doit leur paraître normal.

Publié dans l'économie comme on la subit | Tagué , , | Laisser un commentaire