Les masques tombent

Ce n’est pas la première fois que je cite ce site, émanation de l’Institut de l’Entreprise mais c’est la première fois qu’à partir d’un éditorial se trouve clairement affirmé le contenu idéologique de cette publication https://www.societal.fr/Jean-Marc Daniel : Combattre la paresse intellectuelle
La charge est loin d’être légère et parfois l’attaque est caricaturale, même si dans l’allégorie, le païen des temps préchristiques a remplacé l’Amish comme image répulsive de l’ennemi du « progrès » : «  Les appels à l’expiation développés par les tenants d’un écologisme sommaire rappelant le paganisme des temps antiques…. » Evidemment, cela ne veut rien dire mais l’essentiel est dit : ils sont « sommaires ».

Du coup, il devient normal que raisonnant sommairement, ils fassent preuve de paresse intellectuelle : «….Cette adhésion au keynésianisme comme la soumission croissante à une forme radicale de l’écologie traduisent le désarroi et la paresse intellectuelle de notre époque…..»
Voilà une conception assez radicale du débat d’idées. Le keynésianisme est une pensée d’économie politique qui est tout sauf paresseuse et qui, rappelons-le fut bien utile dans une autre grande période de crise pour apporter une voie de sortie par le haut à une économie en désarroi du fait de la paresse intellectuelle des économistes d’alors, majoritairement libéraux.

Quant à cette forme radicale de l’écologie, parlons-en. S’il est fait référence aux mouvements radicaux qui tentent par des actions spéctaculaires de bloquer le système, je lui en donne volontiers acte. Par contre, s’il inclut dans cette radicalité tous ces lanceurs d’alerte qui depuis deux décennies annoncent que ce modèle économique est condamné à terme, je voudrais juste lui rappeler que c’est parce que ces gens-là n’ont pas changé d’un iota dans leurs analyses et que celles-ci se révèlent un peu plus justes chaque jour, que les opinions publiques se mobilisent de plus en plus autour de ces questions de protection de la nature  et comme notre éditorialiste le dit si bien, les entreprises se savent menacées de perdre des parts de marché si elles ne répondent pas aux attentes de leurs clients. Et cela joue quand ces attentes portent sur la préservation de la nature. »

Et pour terminer cette rapide éxégèse, je ne résiste pas au plaisir de mettre en évidence l’éternelle contradiction des néo-libéraux dans leur rapport à l’Etat. Comment peut-on dans la même page dire « ….Il est tout aussi absurde de considérer que ceux-ci justifient un renforcement de l’Etat ….»  et «…un moyen simple et efficace est d’instaurer une taxe….» sauf à considérer que la collecte et la distribution de cette taxe soit l’affaire de ceux qui y sont soumis. Ce serait une conception intéressante de la notion de taxation.

Bon, vous avez compris, ce propos n’est pas vraiment ma tasse de thé mais après tout, le débat d’idées est fait pour cela : ne pas être forcément d’accord sur tout et même parfois n’être d’accord sur rien, sans tomber dans la caricature ou l’invective.

On pourrait en rester là si je n’avais pas en tête l’objet de ce site : «  À propos de Sociétal : Sociétal est le média de décryptage de l’économie et de la société de l’Institut de l’Entreprise, à destination des décideurs et influenceurs français et au croisement des réflexions d’universitaires, de praticiens de l’entreprise et des dirigeants politiques. »

A destination des décideurs et influenceurs français ! Tout un programme.

Du coup, il convient quand même de vérifier à partir de quelques exemples si ce discours a un écho dans la vie réelle. Je vais prendre deux exemples dans l’actualité de ces jours-ci
https://www.euractiv.fr/Accord de Paris : 86% des industriels sont des mauvais élèves
Ce titre à lui seul en dit long sur la capacité actuelle des grandes entreprises françaises, celles qui plaisent à l’Institut de l’entreprise, a assumer les conséquences d’un constat mondialement partagé, sur leur capacité à bouger sans qu’un Etat ne les y contraignent un petit peu, sur leur capacité à répondre « ….. aux attentes de leurs clients. Et cela joue quand ces attentes portent sur la préservation de la nature… »

https://www.sudouest.fr/Pourquoi le PDG de Danone, Emmanuel Faber, est poussé vers la sortie<
Là , c’est plus subtil mais tellement plus instructif. Voilà un patron qui fait le pari d’être « en même temps » socialement et environnementalement responsable  et économiquement efficace. Et que lui arrive-t-il ? Parce qu’il n’est pas suffisamment efficace économiquement, ceux qui possèdent le capital vont le débarquer faisant foin des engagements type RSE. Telles sont les vraies limites de l’implication des entreprises dans ce grand challenge mondial : le rapport de force actuels entre parties prenantes.

Certes il existe un discours des financiers qui dit autre chose, mais l’important, cela reste quand même les actes et tant que ces actes seront majoritairement de cette nature, je continuerai à penser que la pensée économique de cet éditorialiste est fausse car non vérifiée dans les faits.

Et ne parlons plus de paresse intellectuelle, cela pourrait me fâcher.

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