Petite arithmétique électrique

D’abord pour fixer les idées donnons les ordres de grandeur actuels en matière de production électrique :

 

2010 (source Wikipedia)

2012 (source http://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/mix-energetique-de-la-france
Nucléaire 75,6%, Nucléaire 74.8%,
Combustion de fossiles 10,3% Combustion de fossiles 8.8%
Energies de sources renouvelables (EnR) 14,1% Energies de sources renouvelables (EnR) 16.4%
Dont hydro-électricité 11,4% Dont hydro-électricité 11,8%
Dont éolien+ photovoltaïque 1,6% Dont éolien+ photovoltaïque 3.5%
Dont biomasse+ autres 1,1% Dont biomasse+ autres 1,1%

Posons donc comme base de départ pour faire simple que, au moment où la pétition de principe a été validée, le nucléaire représentait 75% de l’électricité produite, l’électricité d’origine fossile (pétrole, charbon ET gaz) 10% et les énergies renouvelables, 15% dont 11,5% d’hydro-électricité et 3,5% d’énergie éolienne photovoltaïque, etc…

Ensuite posons la pétition de principe politique : ramener à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici… peu importe puisque le délai n’est pas un paramètre du raisonnement

 

Hypothèse 1 : L’une nous dit : « La capacité de production nucléaire doit rester inchangée et Fessenheim ne sera fermée que si on ouvre Flamanville. » à moins que ce soit l’inverse. Si on veut que la part du nucléaire revienne à 50%, cela induit mathématiquement que la production globale d’énergie devra augmenter de 50% (simple règle de trois). Cela induit aussi que les autres sources d’électricité devront multiplier par 3 leur contribution énergétique. Si vous ne voulez pas augmenter l’empreinte carbone, faite une croix sur les fossiles. L’hydraulique, l’éolien le photovoltaïque et la biomasse doivent donc augmenter de 500%. Si vous n’aimez pas les grandes fermes éoliennes de plus de 30MW, les champs de panneaux qui bouffent des centaines d’hectares, l’éolien en mer de 400 MW et les grosses usines de méthanisation qui drainent tout ce qui est méthanisable 50 kilomètres alentour, cela va être difficile à atteindre…. Ou alors il faudra accepter des centrales à gaz un peu partout car c’est la source fossile la moins polluante. A Landivisiau et ailleurs, on n’est pas d’accord.

 

Hypothèse 2 : les plus raisonnables disent «  il faut limiter la consommation d’énergie au niveau actuel. » Ils ont raison compte tenu de la courbe de progression inquiétante de la consommation électrique sur les 20 dernières années. Dans ce cas ramener la part du nucléaire à 50% signifie diminuer l’activité des centrales de 1/3 (simple règle de trois), soit en fermant une centrale sur trois soit en mettant à l’arrêt un réacteur sur trois dans chaque centrale. Mais cela veut aussi dire, doubler la part des autres sources d’électricité. Comme le but du jeu, c’es toujours de réduire les émissions de gaz à effet de serre, cela veut dire au minimum multiplier la part des énergies renouvelables par 2,33, ce qui est envisageable sauf à considérer que le développement de l’hydro-électricité est lié à l’acceptabilité de nouveaux grands barrages sur des cours d’eau de moins en moins appropriés. Supposons que cette énergie est à son apogée actuellement, cela veut dire que cette progression des EnR ne peut être le fait que de l’éolien, du photovoltaïque, de l’utilisation de la biomasse ou de la géothermie qui devront connaître une croissance de  571%. Difficilement supportable encore, en l’état actuel de la technique.

 

Hypothèse 3 : les réalistes disent « il faut réduire notre consommation d’énergie d’au moins 25% pour que cela soit viable. » 50% d’origine nucléaire, signifie alors diviser par deux l’activité des centrales et si nous conservons les mêmes hypothèses que précédemment, cela veut dire une progression de l’ensemble vent-soleil-biomasse-géothermie de 350% ; C’est effectivement raisonnable mais alors adieu voiture électrique, bonjour rénovation thermique des bâtiments et toutes les chasses au gaspi, comme on disait dans le temps.

 

Bon, tout cela n’est que petits jeux mathématiques un peu basiques mais dont les conséquences sont, on le voit, très lourdes sur le mode de vie de nos concitoyens et sur les modalités d’intervention de la puissance publique. Cela vaut le coup d’un beau débat démocratique sur nos choix technologiques. La loi sur la transition énergétique repasse en seconde lecture à l’Assemblée Nationale. Plutôt que d’ingurgiter des batailles d’amendements auxquelles nos citoyens ne comprennent pas grand-chose, on pourrait essayer ce type de pédagogie, certes un peu sommaire, mais peut-être plus efficace.

Et puis, il y a la méthode ADEME qui, à son corps défendant, apporte un autre éclairage à ce débat, mais ceci est une autre histoire dont je parlerai demain

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3 commentaires pour Petite arithmétique électrique

  1. Vincent dit :

    En fait, il est bien possible de produire 48% d’électricité renouvelable en 2030. Cela ne gêne en rien les surfaces agricoles, est techniquement possible et plus facile à faire que ce qui a été réalisé par l’Allemagne en quinze ans.

    http://energeia.voila.net/renouv2/renouvelable_possible.htm

    Comparé à la situation de l’Allemagne, les technologies ont bien évolué en quinze ans et les coûts ont bien baissé aussi, surtout pour le solaire.

    Pour les surfaces : 870.000 hectares de toitures et 360.000 hectares de parkings … pour le solaire (lire : Electricité éolienne et solaire : quelle surface ? ).

    Chaque éolienne n’occupe qu’une centaine de mètres carrés en surface et nous avons 980.000 km de routes et chemins à travers champs et pâturages pour y poser quelques éoliennes de ci de là.

    • Bien sur que cela est possible et même au-delà comme l’a démontré le scénario 100% EnR de l’ADEME. C’est juste une question de choix politique mais compte tenu de notre point de départ, 75% de nucléaire, les transitions risquent soit d’être très longue soit d’être très spectaculaire. C’est juste ce que je voulais montrer avec mes petits jeux mathématiques sur les pourcentages

  2. Vincent dit :

    On peut déjà limiter l’excédent d’électricité produite pour le rapprocher de la consommation qui varie de 480 TWh à 500 TWh par an.

    Puis, en réduisant la consommation actuelle d’électricité, on pourrait par ailleurs alimenter une bonne partie du parc de véhicules routiers avec de l’électricité renouvelable plutôt qu’avec du pétrole.

    http://energeia.voila.net/transport/vehicule_electrique_twh.htm

    Et ainsi récupérer les 2,2 millions d’hectares qui sont utilisés pour produire des agrocarburants (lire : Agrocarburant ou photovoltaïque pour les véhicules ? )

    Les hectares appropriés étant convertis en peupleraies, taillis à courte rotation, certaines cultures énergétiques. Ailleurs, on pourra mettre des cultures intercalaires à vocation énergétique (CIVE) qui, comme leur nom l’indique, se placent dans l’année entre deux cultures « classiques » en évitant que la terre reste à nu pendant plusieurs mois.

    Ce qui donnera la biomasse pour faire de la cogénération électricité/chaleur pendant six mois de l’année, lorsque la consommation d’électricité est la plus forte.

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