Brève de compteur n°n115 « sortir du nucléaire : un autre bal des hypocrites »

Les COP se succèdent et un rituel est en train de s’instaurer : alors que les diplomates et les représentants des parties, comme on dit dans le jargon onusien, discutent de la mise en œuvre de l’accord, l’avant-scène est occupée par ceux qui veulent profiter de ce temps médiatique fort pour faire avancer leurs thèses :
à Copenhague, ce furent les pétroliers qui firent baisser brutalement le coût des hydrocarbures, histoire de montrer que pour l’économie, il valait mieux ne pas trop penser au décarbonage. Ils ont réessayé avant la COP 21 mais là, ça n’a pas marché. Aujourd’hui, alors que la COP 23 bat son plein, ce sont les nucléocrates français qui montent au créneau, en deux temps. Dans un premier temps, c’est le gestionnaire des réseaux qui tire un signal d’alarme et nous menace d’un black-out : https://www.ouest-france.fr/Aurons-nous assez d’électricité pour cet hiver ? Les Bretons et les Provençaux sont habitués à ce genre d’annonces sombres. En Bretagne, cela fait plus de 10 ans que ça nous pend au nez, mais manifestement, nous devons avoir le nez long et solide car rien ne s’est passé alors même que tous les hivers n’ont pas été cléments. Mais l’argument est régulièrement resservi par les tenants du nucléaire, car la menace du black-out sous-entend « sans les 58 réacteurs nucléaires, nous ne pourrions pas faire face aux pics de consommation ». Et pour bien faire rentrer le message dans la tête des gens, on accompagne l’article d’un petit graphique qui rappelle insidieusement la répartition de la production électrique par source en 2016 et en 2025
*nucléaire : de 72 % à 50 %,
*thermique : de 9 % à 16 %,
*renouvelables : de 19 % à 34 %- en précisant que pour y arriver, le nombre d’éoliennes passera de 6.500 à 11.250, à croire que les fermes éoliennes sont censées faire plus peur que les champs de capteurs solaires

Et le même jour, dans le même journal, on vous apprend que le ministre en charge de l’énergie fait un peu machine arrière https://www.ouest-france.fr/Électricité. Hulot recule sur la part du nucléaire à 50 % en 2025 Voilà une communication bien huilée et qui continue dans la foulée de l’offensive lancée dans le courant de l’été par France Stratégie contre l’Energiewende allemande. Cela dit, venant d’un écologiste qui ne s’est jamais montré un farouche opposant au nucléaire, cet aveu n’a pas dû être un tragique déchirement, juste une mise au point, une fois finie la période où l’on croit encore aux promesses électorales.

En effet, promettre qu’on mettra en œuvre la loi pour la transition énergétique et l’économie verte de madame Royal est à la fois une évidence, puisque c’est une loi et si on n’entend pas l’abroger, la moindre des choses est de la mettre en œuvre, et une belle hypocrisie.

En effet si tout ce petit monde avait fait les mêmes petits calculs arithmétiques que ceux que j’avais fait avant le vote de la loi
#transition énergétique les limites arithmétiques de la loi Royal
et juste après quand les objectifs ont été stabilisés
Petite arithmétique électrique,
il se serait aperçu que les objectifs qu’ils se fixaient étaient très contraignants. Or, je pense que dans l’entourage de ces gens, il y a pléthore d’esprits bien plus brillants que le mien et c’est donc en connaissance de cause qu’ils ont ont maintenu le message. Cette forme d’hypocrisie est parait-il monnaie courante en période électorale. Mais est-ce parce qu’elle est habituelle et communément partagée qu’elle serait plus excusable ?

Hypocrisie partagée dis-je. Et effectivement elle l’est quand on entend un porte-parole du principal parti au gouvernement quand cette loi fut votée parler de renoncement et de promesse non tenue, alors même que cette promesse a été faite par le Président de la République de l’époque et sa ministre de l’écologie.
Mais hypocrites,ils l’étaient déjà alors car les conseillers qui les entouraient été faits dans le même moule que les conseillers actuels. Ils savaient donc que l’équation était contraignante.

Hypocrites aussi les portes-paroles des différentes chapelles écologistes quand ils parlent de reniement. Certes, ils ont raison sur la forme : le report de date est une forme de reniement mais je reviendrai sur cette notion de reniement plus loin. Là où ils ne jouent pas le jeu et sont, à leur façon, hypocrites, c’est qu’ils ne disent pas clairement à celles et ceux qu’ils prennent à témoin quelle serait l’ampleur de l’effort d’économie d’énergie à accomplir pour pouvoir tenir à la fois, l’objectif de ramener à 50 % la part du nucléaire et de réduire par 4 de les émissions de CO².

Hypocrites aussi celles et ceux qui disent vouloir réduire la pollution de l’air des grandes villes en passant aux véhicules électriques, si elles et ils ne disent pas comment parallèlement ils vont favoriser la production d’électricité d’origine renouvelable sur leur territoire.

Les seuls à ne pas être hypocrites sur ce coup-là sont ceux qui n’ont jamais cru à la loi de madame Royal , surtout s’ils assument que cela induit le maintien voire le développement du nucléaire. Mais ils sont alors inconscients, et ce n’est pas mieux, voire carrément odieux comme j’ai pu en entendre l’un d’entre eux, ce matin sur une chaîne de radio totalement dédiée à l’information, dont le principal argument a été « Combien de mort à Fukushima ? Zéro. » C’est effectivement zéro en terme d’argument, un peu comme si un défenseur de la tabagie ou de l’alcoolisme défendait l’innocuité de ces vices avec des arguments « combien de morts en allumant une cigarette ? Combien de mort en vidant son verre de vin? » Des accidents de ce genre sont rarissimes mais ne justifient pas que boire et fumer sont des pratiques dangereuses …. à moyen terme, comme l’exposition prolongée à des doses massives de rayonnement .

Finalement les seuls à ne pas être hypocrites, ni inconscients, ni odieux, sont ceux qui à travers les différents scénarios de Negawatt ont clairement montré que tous ces objectifs étaient atteignables mais que cela avait un prix : un changement de modèle de société.

Ah ! Oui ! J’allais oublié. J’ai écrit que je reviendrai sur le concept de reniement. Il y a reniement lorsque on promet de fermer Fessenheim et que 5 ans après, cela n’est toujours pas fait. Il y aurait reniement, si le report de date annoncé par le ministre s’arrêtait là, à cette annonce. Je ne croirai réellement à la sincérité du ministre de l’écologie que si, dans les jours qui viennent, il nous annonce comment il envisage d’arriver à cet objectif en 2035, mais comme il y a quand même urgence, qu’il précise, où il pense être arrivé en 2020, en 2025, en 2030, de façon à ne pas laisser à ses successeurs, une série de promesses qui ne pourraient n’être alors qu’autant de reniements.

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