Ubu roi ou l’usine à gaz de l’Union Européenne

Il est difficile d’établir un marché unique des biens et des services dans un ensemble où cohabitent des économies qui ont encore les deux pieds dans le XX° siècle et d’autres qui ont déjà plus que les orteils dans le XXI° siècle. Il faut des mécanismes d’ajustement progressif qui permettent aux premiers de rejoindre les seconds.

La Commission, d’inspiration très libérale, croit aux vertus du marché mais pourtant ne peut s’empêcher de vouloir mettre, de temps en temps, son grain de sel dans le fonctionnement des mécanismes d’échange entre l’offre et la demande. C’est par exemple le cas de l’électricité. Ne me demandez pas pourquoi, sur ce marché très spécifique, les autorités bruxelloises ont décidé de déroger à leurs sacro-saintes régles du laisser-faire/laisser-passer. Mais c’est vrai que quand je dis les autorités bruxelloises, je suis obligé d’inclure dans cette entité la Commission, mais aussi le Parlement et le Conseil (c’est à dire tous les Etats-Membres) puisque aussi bien, cette décision n’a pu être prise qu’avec l’accord des trois. Du coup, il n’est pas impossible que les Etats-Membres qui, tous ou presque, avaient leur propre régie nationale de production d’électricité, comme EDF en France, aient eu ce vieux réflexe étatiste de vouloir réglementer le prix de l’électricité. Mais comme nous sommes dans un marché unique, cette réglementation ne porte que sur les échanges entre Etats. Allez savoir pourquoi.

Cela donne donc le sytème décrit dans cet article https://www.francetvinfo.fr/L’UE est-elle responsable de l’augmentation du prix de l’électricité en France ?. On comprend mieux du coup pourquoi un ministre français , libéral et européophile, le trouve obsolète, pourquoi une candidate, libérale et eurrpéophile, voudrait en sortir par décret. En fait, ce système ne pouvait fonctionner que dans le cadre d’un marché à peu près rationnel. Or quand celui-ci devient irrationnel , ce qui est impensable pour un économiste libéral, ça ne marche plus.

Je note que cet article souligne qu’EDF en tirerait une rente de situation confortable, alors que dans le même temps l’économie française y laisserait des plumes. C’est incompréhensible. Et je ne peux m’empêcher de rappeler que dans un autre article consacré celui-ci au marché national de l’électricité, j’avais mis en évidence le côté abracadabrantesque de la réglementation qui obligeait EDF à vendre son énergie nucléaire à bas prix à ces concurrents pour rétablir les « règles de la concurrence », ce qui faisait dire à un ancien PDG d’EDF : « C’est la première fois qu’une réglementation oblige une entreprise à subventionner ses concurrents. »

Il y a à ces situations ubuesques une cause principale et plusieurs solutions. La cause principale de tout cela est évidemment la déréglementation du marché de l’énergie, ce que les ultra-libéraux de la Commission ont appelé la libéralisation du marché. Or, l’énergie et singulièrement l’électricité n’est pas un bien comme les autres. C’est devenu ce qu’on appelle un bien commun. Sur un point Lénine avait raison quand il disait « le communisme [comprenez : le bonheur sur Terre], c’est les Soviets plus l’électrification. ». Supprimez Soviets et communisme est vous avez le fond de ma pensée : un standard de vie décent n’est plus envisageable sans un accès égal à l’énergie électrique, dans des conditions de disponibilité et de prix stables. Les régies nationales étaient donc la bonne solution avec des prix fixés réglementairement, la puissance publique faisant fonction de stabilisateur face aux aléas du marché.

La première solution serait donc de restaurer ce principe des régies nationales et les échanges se feraient alors dans le cadre de prix négociés annuellement entre Etats-Membres, ce système de prix d’échange étant garanti financièrement par des mécanismes de péréquation et de solidarité financière par les instances européennes. Ce serait à la fois plus juste que le système actuel et surtout moins anxiogène pour les citoyens et les entreprises.

Une deuxième solution serait évidemment de resynchroniser les cycles de production et de consommation d’énergie dont les rythmes divergents sont la cause essentielle de ces échanges inter-étatiques. C’est là où justement le fameux « règlement batterie » dont je parlais hier peut devenir intéressant. En effet, si par exemple la France stockait son énergie nucléaire pendant les heures creuses, elle ne serait pas obligé d’acheter l’électricité des centrales à gaz ou au charbon de ses voisins aux heures de pointe.

Du point de vue du stockage, il n’y a pas que les batteries, il y a aussi l’hydrogène. Dès qu’on se sera mis d’accord sur la définition de ce qu’est un hydrogène « vert » et ce qui est un hydrogène « sale », la porte sera aussi grande ouverte à un marché européen d’échange, un de plus. C’est un peu ce que dit la fin de cet article https://www.energiesdelamer.eu/Présidentielles : les candidats ne parlent pas de transition écologique, mais de prix de l’électricité. Au fait, à propos de cet article j’ouvre une parenthèse : inutile de lire le début, c’est le copier-coller de l’article que j’ai cité précédemment. Le plagiat reste un exercice pratiqué dans la profession ; je ferme la parenthèse.

Il y a bien une troisième solution, évoqué en fin de ces deux articles : mettre en place des mécanismes de restriction de la demande en période de pointe. C’est par exemple ce que propose les opérateurs français à leurs clients, avec un résultat mitigé, c’est la politique dite « d’effacement ». Contrairement à ce que pense l’auteur de cette proposition, les usagers de l’électricité ne sont pas prêts à renoncer à la disponibilité permanente de cette ressource, qu’ils considèrent maintenant comme un bien commun, comme ne l’aura pas dit Lénine .

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