L’art du déni

La sécurité nucléaire est une chose avec laquelle il ne faut surtout pas rigoler. Même si pour des raisons économiques, l’exploitant français a commencé à tangenter avec la ligne rouge en prolongeant encore de quelques années la durée de vie de ses réacteurs vieillissants, il reste quand même conscient que tout n’est pas possible dans une activité où le moindre manquement peut se révéler catastrophique. Il faut dire qu’en la matière, EDF est bien encadré par des agences publiques qui veillent au grain et comme si cela ne suffisait pas des réseaux militants sont là pour rappeler à l’ordre le cas échéant.

Tout ceci pour dire que cette réaction d’EDF https://www.lesechos.fr/Pour EDF un arrêt du réacteur EPR de Taishan s’impose peut se comprendre malgré un contexte commercial plutôt contraire. En effet, il n’y a guère, EDF avait fait de ces réacteurs la vitrine de sa « petite merveille technologique », l’EPR. Compte tenu des énormes enjeux financiers, il fallait cependant que le risque pris par les autorités chinoises soit démesuré. Ce qui est surprenant du coup dans cette affaire, c’est l’attitude de l’exploitant chinois qui semble nier la réalité du danger encouru en continuant l’exploitation d’une installation qui manifestement donne des signes de faiblesse. Comme souvent dans ce cas, les autorités se retranchent derrière une réglementation et des normes qui pour le coup leur conviennent bien. Avoir un thermomètre bien gradué permet parfois de nier la fièvre.

Ce petit déni chinois, sauf il se révèle persistant serait finalement assez bénin et correspondrait encore aux standards de communication de crise adoptés par la filière nucléaire dans le monde entier depuis les premiers incidents connus. Rappelez-vous les nuages de Tchernobyl arrêtés aux frontières par le Professeur Pellerin.

Plus grave par contre est le déni persistant de la Chine à reconnaître la moindre responsabilité dans la pandémie qui infecte la planète entière depuis près de deux ans maintenant. Et dans ce domaine, les autorités chinoises ont un peu hausser le niveau « artistique » de leurs dénégations https://www.lesechos.fr/Covid : la Chine refuse une enquête de l’OMS dans les laboratoires de Wuhan. En effet, l’attaque étant souvent la meilleure défense, les personnes autorisées à s’exprimer au nom de la patrie n’ont pas hésité à parler de l’arrogance d’une instance internationale qui fut naguère plus docile. On voit là que le grand stratège Sun Tzu a fait des émules, qui pratiquait volontiers l’art du paradoxe pour mieux déstabiliser ses éventuels adversaires en prêtant à ceux-ci les qualités et les défauts qui étaient siens.

En la matière, il semblerait que d’autres s’en inspirent aussi pour nier leur responsabilité. Je pense en particulier aux protagonistes de ce qu’on appelle l’affaire Pegasus. Si je parle de cette ténébreuse affaire, c’est parce qu’elle vient d’être évoquée par un responsable de la sécurité informatique française pour signifier que la France est en train de connaître une attaque bien plus dangereuse https://www.lemonde.fr/La Chine dans le viseur de la France dans le cadre d’une « virulente » cyberattaque. Bien que les auteurs soient identifiés, bien que leurs liens avec les autorités chinoises soient avérés, celles-ci nient toute implication. Seriez vous surpris ?

Du coup, cette citation https://www.lemonde.fr/Damien Hirst : « L’art sert à nier la mort » piquée au vol dans ma revue de presse quotidienne prend un tout autre relief. La négation peut devenir un art, mais un art mortifère à terme.

Passons à autre chose, c’est l’été !

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