Hauts fonctionnaires : La DIESE, pour hausser un peu le ton

Sur le papier, on est en train d’assister à un grand chamboulement dans la haute fonction publique de l’Etat. J’ai déjà évoqué la transformation de l’ENA en INSP et indiqué ce que cela impliquait en matière d’interministérialité et de non-automaticité des carrières fulgurantes. J’ai également parler du sort qu’il fallait faire à ces Grands Corps qui sont souvent le passage obligé de ces accélérations (avec les cabinets ministériels). Mais tout ceci risque fort soit de rester lettres mortes car les résistances corporatives auront été les plus fortes, soit de se déliter rapidement comme s’estompèrent progressivement les ambitions de 1945, par manque de pilotage interministériel.

En ce qui concerne le premier point, l’expérience vécue par une des ministres qui fut en charge de ce dossier est éclairante. Elle s’est plantée comme d’autres avant elles et c’est pourquoi sa prise de position actuelle ne manque pas de sel https://acteurspublics.fr/Marylise Lebranchu : “La réforme de la haute fonction publique méritait un vrai débat”
C’est vrai que cela demande un débat public et que l’a-t-elle mené alors ? mais il est vrai qu’il faut un grand courage politique et une grande détermination dans l’action pour faire face aux tirs de barrage de ceux qui trustent les leviers de commande dans la haute administration et passer outre en s’appuyant sur un large consensus national.

En ce qui concerne le second point, la volonté de récupération par chaque DRH ministériel du destin de « ses » cadres de catégorie A+ pèse plus lourd dans la gestion de ces cohortes que les timides tentatives de la Direction Générale de l’Administration de la Fonction Publique de mettre un peu d’ordre dans la gestion des parcours individuels pour aller vers une gestion plus collective des compétences. C’est pourquoi, il convient d’accueillir avec beaucoup d’attente l’annonce de la création d’une délégation interministérielle à l’encadrement supérieur de l’Etat (est-ce une coïncidence que l’anagramme en soit DIESE?) https://www.acteurspublics.fr/Encadrement supérieur : une délégation interministérielle pour quoi faire ?
Les auteurs de l’article ont raison de titrer avec un grand point d’interrogation, car vu les carences patentes, le chantier est si gigantesque et protéiforme qu’il peut aussi bien s’enliser.
Mais malgré tout, on ne part pas tout à fait de rien. En effet, il existe déjà dans la fonction publique, des instances dont une des missions principales est la gestion des carrières de cadres supérieurs. Je veux parler du Conseil Général des Mines, élargi aux Ingénieurs Télécom , du Conseil Général des Ponts et Chaussée et du Conseil Général des Eaux et Forêts, fusionnés dans le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable. Collectivement ils gérent les carrières de leurs membres, les évaluent, les écoutent mai aussi supervisent le contenu de leur formation.

Evidemment, travaillant chacun dans leur champs clos, leur action est extrèmement corporatiste et c’est bien là le principal reproche qui pourrait leur être faite, car pour le reste, ces structures ont développé de réels savoir-faire dans des domaines précieux : détection des hauts potentiels et pilotage fin de leur carrière, définition de filières de carrière en fonction des talents spécifiques développés (pilotage, expertise, stratégie), gestion des fins de carrière et également gestion des sorties de la fonction publique et des retours éventuels. Pour ces raisons, il serait utile que les promoteurs de la DIESE regarde un peu comment cela fonctionne, quels sont les verrous qu’il faut faire sauter pour passer d’une gestion corporatiste à une gestion « corporate » (pour parler comme maintenant).

Mais là ne doit pas s’arrêter la réflexion. En effet, l’enjeu majeur n’est pas la meilleure façon de gérer les compétences de quelques dizaines de milliers de personnes, mais bien ce à quoi on veut utiliser ces compétences. Et c’est là où madame l’ex-ministre a quand même raison, un débat est effectivement nécessaire, non sur la gestion de l’encadrement supérieur de l’Etat mais bien du rôle que celui-ci doit avoir pour que globalement, l’Administration, avec un grand A, ne soit plus un frein, mais bien un moteur de la transformation de l’ensemble de la société française. A cet égard, malgré tous les reproches que je pourrais faire sur sa tonalité corporatiste, j’invite ceux qui rédigeront les textes d’organisation de la DIESE, à lire ce rapport pas si ancien que cela sur l’avenir des corps d’ingénieurs d’Etathttps://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/094000145.pdf, non seulement parce que la méthode d’analyse me paraît pertinente mais aussi et peut-être surtout parce que ces corps d’ingénieurs constituent les gros bataillons des cadres A+ ce qu’on oublie un peu trop

A suivre

https://www.economie.gouv.fr/cge/gestion-corps-des-mines

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