#Lejourd’après : faire de l’exception, une bonne habitude

La nouvelle en a choqué plus d’un. Alors que de partout viennent des appels à se montrer raisonnables en ces temps difficiles, une famille bretonne propose à son conseil d’administration consentant une augmentation des dividendes versés https://www.lesechos.fr/Vivendi augmente son dividende malgré la crise du coronavirus

On reconnaît bien là l’esprit un peu pirate qui a inspiré la fulgurante ascension de cette famille dans le Panthéon capitaliste français. Ce faisant, cela va à l’encontre des positions prises récemment par la plupart des grands groupes financiers français https://www.lesechos.fr/https://www.lesechos.fr/Coronavirus : les grandes entreprises françaises devraient renoncer à verser plus de 30 milliards d’euros de dividendes qui ont bien compris qu’il était triplement de leur intérêt de faire ce petit sacrifice. Tout d’abord, comme les trésoreries sont en train de s’assécher, retarder un paiement, même s’il s’agit des propriétaires, est de bonne gestion financière à court terme. En second lieu, comme la réputation est un élément important de la valeur commerciale d’une entreprise, dans une période où l’opinion publique supporte mal que les sacrifices ne soient pas partagés par tous, c’est une bonne opération de communication. En troisème lieu, comme le plus haut sommet de l’Etat l’a réclamé, il vaut mieux ne pas l’indisposer actuellement, on pourrait en avoir besoin demain quand il faudra « négocier » des petites faveurs fscales ou autres.

En effet, non seulement le ministre girouette (voir un épisode précédent) a demandé aux entreprises de modérer leurs largesses vis à vis des actionnaires mais il est même allé plus loin, là où il est en mesure d’intervenir https://www.lefigaro.fr/L’État va demander aux entreprises dont il est actionnaire de ne pas verser de dividendes en 2020

Or, si j’en crois la fiche wikipedia consacré au groupe Vivendi, si le premier actionnaire est la famille bretonne en question, avec 27% , le second actionnaire ne serait autre que la Caisse des Dépôts et Consignation, c’est à dire le principal levier financier de l’Etat.

Alors, de deux choses l’une, soit la consigne n’a pas été respectée, soit le représentant de l’Etat n’a pas été écouté. Du coup, on se demande bien à quoi ça sert à l’Etat d’être ainsi actionnaire minoritaire dans un grand groupe de communication. Cela devrait être dans nos esprits lorsque « le jour d’après », il faudra redéfinir la stratégie de l’Etat actionnaire. Cela sera d’autant plus nécessaire que Mr Girouette vient d’annoncer une série d’aides financières à des groupes français en difficulté dont certaines pourraient être une participation au capital. Comme il s’agit quand même de notre argent, cela mériterait un minimum de débat sur les conditions dans lesquelles ces investissements pourront se faire.

Je tire une seconde leçon de cette histoire de dividendes diminués, ou reportés. Ces dernières années, la tendance avait été à être de plus en plus généreux avec les actionnaires, car la trésorerie de la plupart des grands groupes était pléthorique et que, faute de projets d’investissement, c’était une manière comme une autre d’utiliser cet argent. Ce faisant, ces entreprises se sont durablement affaiblis en réduisant leurs réserves financières stratégiques.

Or, il est d’autres entreprises qui vont se montrer dans les mois qui viennent beaucoup plus résilientes car elles n’ont JAMAIS distribué le moindre diviendes. En effet, leurs statuts le leur interdit. Ce sont les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Dans une telle situation de crise financière, il apparaît donc que ce modèle se révèle plus efficace que le modèle capitaliste pour afronter les temps durs. Il faudra aussi s’en souvenir « le jour d’après » et peut-être remettre sur le métier une nouvelle loi sur le développement de l’ESS.

Et si tout le monde ne peut pas changer brutalement de logiciel économique et que le modèle capitaliste reste encore un modèle trés prégnant, « le jour d’après » pourrait être l’occasion de lancer une grande réflexion sur la politique de distribution des dividendes, sur les mises en réserve obligatoire et surtout sur ces pratiques qui consistent parfois à distribuer plus de dividendes que le bénéfice de l’année car il ne faut pas fâcher l’actionnaire et « maintenir le cours.

Finalement, remercions cette famille qui, par son égoïsme affiché, a montré tous les défauts d’une gestion patrimoniale purement financière.

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