Les « triomphes » du nucléaire : EPR et ASTRID

A tout seigneur, tout honneur. Commençons par ce « fleuron » de l’industrie nucléaire française , l’EPR. C’est parait-il un énorme succès…..en Chine https://lenergeek.com/l’EPR de Taishan : symbole d’une coopération sino-française Vous imaginez, deux centrales inaugurées en moins de deux ans, alors que sur la même base technologique, EDF peine à faire émerger deux projets depuis déjà plus de 10 ans, en France et en Finlande. Quant au projet britannique sur lequel EDF semble beaucoup compter, il vaudrait mieux montrer aux esprits anglo-saxons, sceptiques par naissance, ce qui se passe en Chine plutôt que de les promener en Normandie comme je l’ai déjà relaté. Bon positivons quand même et comme le dit un des dirigeants d’EDF, l’usine chinoise a « bénéficié d’un retour d’expérience important du chantier de Flamanville, ce qui lui a permis d’aller vite au début du projet ». A quelque chose malheur est bon !

Mais le principal triomphe du génie français est passé un peu inaperçu. Et c’est l’oeuvre de notre plus récent prix Nobel de physique, qui du point de vue théorique semble avoir résolu le principal inconvénient de l’énergie nucléaire : la gestion des déchets radioactifs : https://resistanceinventerre.wordpress.com/Avec le laser « on peut réduire la radioactivité d’un million d’années à 30 minutes » : Gérard Mourou, prix Nobel de physique
C’est vrai que s’il devient possible de réduire la radioactivité des combustibles résiduels en une demi-heure, cela rendrait obsolète des installations comme Bure et l’énergie nucléaire serait vraiment une énergie très propre. Mais tout ceci est évidemment au conditionnel et comme toutes les promesses géniales de la filière nucléaire depuis quarante ans (surgénérateur, Phénix, Superphenix, ITER), cela va prendre beaucoup, beaucoup de temps, consommer beaucoup, beaucoup d’argent et cela peut se terminer comme les aventures susmentionnées par un gigantesque fiasco. Cela dit poursuivre la recherche dans ce sens a sûrement plus de sens que de se lancer dans des aventures sans lendemain immédiat. C’est ce que semble avoir compris le gouvernement actuel quand il a mis fin (provisoirement, dit-il) au projet ASTRID.

Tiens voilà encore une information importante qui est passée inaperçue dans l’atonie de l’été. Si vous ne savez pas ce qu’est ASTRID, ce qui était mon cas il y a encore quelques heures, reportez vous utilement à ……Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/Astrid (réacteur) Ainsi il semblerait que, profitant de la manne que l’Etat français déversait sur la recherche publique lors de la relance de 2008, les nucléocrates avaient réussi à faire renaître Superphénix de ses cendre. 750 millions plus tard, on s’est rendu compte que c’était peut-être de l’argent inutilement gaspillé et qu’il était urgent d’attendre ….2050 que les choses mûrissent.

Aussitôt la filière a hurlé à la mort : https://www.usinenouvelle.com/L’abandon du projet Astrid menace la filière nucléaire en France pour finalement convenir que tout n’était pas foutu pour eux https://www.usinenouvelle.com/Après Astrid, que reste-t-il de la recherche nucléaire en France ?

Cette aventure avortée de la filière sodium nous apprend deux ou trois choses. La première est que la réduction des déchets reste la préoccupation essentielle puisque la promesse principale de la filière sodium est bien d’utiliser au maximum, non seulement l’uranium brut mais aussi les déchets laissés par la filière eau pressurisée. Cette obsession du déchet est bien la preuve que l’industrie nucléaire sait que lorsque tous les autres problèmes auront été résolus, restera toujours cette hypothèque : l’amoncellement de déchets dont l’élimination est aujourd’hui impossible et que c’est cela qui, in fine, obscurcit l’avenir de la production électrique d’origine nucléaire. Tant que cette question n’aura pas trouvé de solution pérenne, le principe de précaution voudrait qu’on s’abstienne d’aller plus loin, pour le moment et de consacrer l’essentiel de l’effort de recherche à la résolution de ce qui apparaît pour l’instant comme la quadrature du cercle. Donner le temps au temps, c’est souvent la voie de la sagesse et c’est peut-être celle qu’est en train de prendre le gouvernement actuel. Après tout, si notre Prix Nobel a raison, attendre une quinzaine ou une vingtaine d’année n’est pas rédhibitoire, surtout si on considère rétrospectivement, le temps et l’argent qui ont été perdu entre les projets Rapsodie (1957), Phénix(1973-2010) et Superphénix(1984-1997). Acquérir un peu plus de sagesse serait un triomphe pour cette aristocratie de la recherche française.

PS : Quand j’écris « lorsque tous les autres problèmes auront été résolus », je veux parler bien entendu les problèmes liés à la sécurité même des installations nucléaires.

Mais ceci est une autre histoire qui fera l’objet dès demain d’un autre « triomphe » du nucléaire

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