Le financement de l’économie sociale et solidaire

Les entreprises de l’économie sociale et solidaire sont avant tout des sociétés de personnes avant d’être des sociétés de capitaux puisque, par définition les entreprises de l’ESS, historiquement, respectent toutes les mêmes principes de base : un homme une voix, pas de rémunération du capital investi, impartagibilité des excédents d’exploitation. Ce sont autant d’exceptions aux règles sacro-saintes du monde financier dont les règles sont : plus tu apportes, plus grand est ton pouvoir, maximisation du rendement financier, les bénéfices ont vocation à être partagés. Ceci explique que le financement est un peu le talon d’Achille de ces entreprises.

Le mois de l’ESS en novembre dernier avait permis de faire le point sur l’indigence des outils financiers à la disposition de ceux qui souhaitent soutenir ces initiatives non capitalistes : http://www.lemonde.frComment devenir un épargnant solidaire ?
Manifestement la piste des placements solidaires proposés par les banques paraît bien étroite, puisque en fait ce ne sont pas les capitaux qu’ont investi, mais seulement les intérêts de ce placement. Il y a même une forme de perversité à ce type de montage. En effet, si vous voulez beaucoup aider des projets solidaires, il ne vous reste qu’à espérer que votre placement aura un très fort rendement, comme n’importe quel gestionnaire de n’importe quel fonds de placement. Si votre démarche a une base fondamentalement anti-capitaliste, c’est difficile à admettre.

Bien sûr, il y a la possibilité d’investir dans les fonds d’investissement solidaire qui permettent eux de placer directement dans des entreprises de l’ESS. Leur défaut : ils sont encore peu répandus et encore, heureusement que les organisations syndicales, qui sont nées un peu du même moule social que les coopératives et les mutuelles, ont poussé à la roue pour que l’épargne salariale, fruit de la participation des salariés aux bénéfices de leurs entreprises, soit de préférence placée dans des Fonds Commun de Placement d’Entreprise qualifiés pour l’occasion de Solidaire (FCPE-S). Comme le dit si bien cet article, cela constitue les deux tiers des 10 milliards de fonds collectés pour l’investissement dans les ESS.

6 Milliards provenant de bénéfices des entreprises du secteur capitaliste investis dans l’ESS, c’est peu malgré tout, mais comme tenu de l’impécuniosité du secteur, c’est beaucoup. Rappelons pour marquer l’échelle que l’ambitieux Plan d’Investissement d’Avenir (appelé plan Rocard-Juppé) prévoit de ne consacrer à l’ESS que 100 millions sur les 30 Milliards du PIA.

Mais même ceci semble encore trop aux opérateurs bancaires. En effet, les FCPE-S ne sont pas cette manne qu’on veut bien croire : http://www.lemonde.frEconomie sociale et solidaire : que se cache-t-il derrière les fonds « 90/10 » Ainsi donc ces fonds d’investissement solidaire sont un peu comme le pâté d’alouette , un cheval/une alouette, ici 90% d’investissement, 10% de solidaire. Et encore, il convient encore de modérer cette appréciation plutôt minorée en constatant que les 10% restant, estimé à 400 millions, ne sont pas investi directement dans des entreprises mais indirectement via des « véhicules financiers » spécialisés. En matière d’action solidaire, on a vu mieux.

Bref, on voit donc que les flux financiers sensés irriguer l’ESS ne sont donc que de fins ruisselets.

Mais peut-être était-ce encore trop pour des parlementaires qui manifestement n’avaient pas lu ni compris les promesses de leur champion. En effet, l’investissement solidaire a été une des premières victimes du projet de loi de finances  pour 2018 alors même que l’investissement dans les entreprises de manière générale était de nouveau encouragé via la réforme de l’ISF
http://www.lemonde.frLe projet de loi de finances 2018 ne favorise pas « l’investissement au capital d’entreprises solidaires »
https://www.humanite.fr/Économie sociale et solidaire. L’actionnariat solidaire boudé et bouté par la majorité
http://www.gazette-sante-social.fr/L’incitation fiscale pour l’actionnariat solidaire en sursis ?
Après cela difficile pour le ministre de l’écologie de dire que l’économie sociale et solidaire qui est dans son portefeuille ministériel est au coeur de ses préoccupations. Ou alors, peut-être a-t-il d’autres ambitions que cette collecte de gagne-petit? On en saura plus bientôt, je pense.

Mais heureusement que les gens de terrain, comme on dit pour désigner ceux qui font et ne se contentent pas de dire, se prennent parfois par la main et trouvent les solutions palliatives localement https://www.est-ensemble.frLancement d’un nouvel outil de financement solidaire en Seine-Saint-Denis Pour parler technique, ce genre de financement à court terme permet de compenser le manque de fonds de roulement leur permettant de couvrir les besoins de trésorerie à court terme, qui ne sont de toute façon pas couvert par les banques, même de l’Economie Sociale, ni par les outils de financement présentés plus haut qui ne financent de toute façon que le haut de bilan, c’est à dire les besoins permanents.
D’ailleurs comme l’écrivent deux acteurs importants de la finance solidaire, il y a des sous dans les bas de laine et qui ne demandent qu’à s’investir dans la création d’emploi
https://www.la-croix.com/L’épargne des Français est abondante, mobilisons-la pour l’emploi
Or tous les ans, le mois de l’ESS est l’occasion pour les
CRESS (chambres régionales de l’ESS) de sortir des bilans élogieux en terme d’emplois
https://www.francebleu.fr/Les emplois sont en hausse de 5% ces 10 dernières années dans l’économie sociale et solidaire en Limousin
https://www.ouest-france.fr/L’ESS représente un emploi sur sept en Bretagne
Le message est été clair : « financer là où se créent les emplois ». Le hic est qu’il est difficilement admissible qu’un secteur aussi impécunieux puisse créer autant d’emplois. En fait, tout cela repose sur un tour de passe-passe où, en cette occasion, l’ESS embrasse tous les membres de la famille, y compris donc les grandes mutuelles d’assurances, les coopératives agricoles, les banques coopératives et mutuelles, les associations travaillant à 95% sur financement public ou grâce à la commande publique. Or chez ces mastodontes, la pratique est souvent fort éloignée de l’application des principes dont ils se réclament officiellement. Ainsi, si les banques et les assurances mutuelles étaient vraiment solidaires, cela ferait déjà longtemps que la question du financement des petits de l’ESS aurait été résolu.

Telle est entre autre un sujet que va trouver le nouveau Haut Commissaire à l’économie sociale qui est venu flanquer son ministre de tutelle https://www.lesechos.fr/Christophe Itier, en marche pour l’économie sociale et solidaire . Pour faire entrer l’Economie Sociale et Solidaire dans le XXI° siècle? Son passage dans un de ces mastodontes de l’ESS dans le département du Nord n’augure pas forcément que du bon. A suivre donc.

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