L’argent du pouvoir, le pouvoir de l’argent (suite) : L’Etat aime les entreprises

Dans les précédents billets de cette série consacrée  au rapport de l’argent avec le pouvoir, j’ai essayé d’illustrer en m’appuyant sur l’actualité la nature des rapports liant ou opposant le pouvoir d’Etat au pouvoir financier. Certains ont peut-être traduit un peu vite « les rapports de l’Etat et des entreprises ». Ce serait une grave erreur d’appréciation. En effet ce n’est pas la première fois que j’aborde cette question des rapports de l’Etat et des entreprises. Il y a deux ans et demi, j’avais abordé cette question d’un point de vue théorique dans une série de 4 billets que j’avais fini par rassembler dans une seule longue note

L’Etat et les entreprises 5/5

Qui n’était d’ailleurs que la poursuite d’un réflexion menée au sein d’un cénacle trop tôt disparu, Démocratie & Entreprises,  L’Etat et les entreprises

Certes, cela n’épuisait pas la question mais de mon point de vue, cela permettait de mieux fixer les jeux d’acteurs. Cela tombait bien puisque quelques mois après, le premier anniversaire de ce quinquennat me permettait de faire un petit bilan, d’étape

Un an après, il est temps de changer de cap… avec les entreprises

Le moins qu’on puisse dire est que ce bilan était très mitigé et que l’Etat méritait la mention « peu mieux faire ». Depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts comme a coulé le gouvernement Ayrault et comme vient de se saborder Valls 1. C’est le moment choisi par ce dernier, Valls 1er, pour faire une grande déclaration d’amour aux entreprises, sur le thème « nourrissons-nous de nos différences ! »

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/medef-manuel-valls-patrons-cessons-dopposer-etat-entreprises-27-08-2014-156793

Medef. Manuel Valls aux patrons : « Cessons d’opposer Etat et entreprises »

Pour avoir longtemps milité, au sein justement de D&E, pour la réconciliation du peuple de gauche avec le monde des entreprises (comme si le peuple laborieux de gauche ne travaillait pour une grande part dans …des entreprises), je ne peux qu’applaudir à ce discours.

Oui ce sont les entreprises, quel que soit leur statut juridique, qui crée l’essentiel des richesses !

Oui il faut aider les entreprises à créer ces richesses car c’est une des conditions essentielles pour que le modèle social français puisse continuer à fonctionner

MAIS

Ce n’est pas gagner d’avance. En effet, il ne suffit pas de dire pour que cela se fasse. Pour cela donnons la parole à un observateur plutôt impartial, Acteurs Publics, qui tout en affichant un profond attachement au service public tel qu’on le conçoit en France, milite aussi activement pour que ledit service public s’allège dans une perspective que je qualifierai volontiers de « libérale », au sens où « moins il y a d’Etat, meilleur l’Etat est ».

Alors cela donne ces deux constats

http://www.acteurspublics.com/2014/09/02/administrations-entreprises-elles-se-reparlent-enfin

Administrations-entreprises : elles se reparlent enfin !

http://www.acteurspublics.com/2014/09/03/jean-francois-roubaud-cgpme-le-temps-de-l-administration-n-est-pas-celui-des-entreprises

Jean-François Roubaud (CGPME) : “Le temps de l’administration n’est pas celui des entreprises”

Comme on le constate en lisant ces deux articles, les entreprises ont longuement la parole dans cette série d’articles et elles peuvent allègrement développer les griefs qu’elles ont, non pas avec l’Etat, mais avec son administration. Une enquête semblable, disons aux Etas-Unis ou en Allemagne n’aurait peut-être pas apportée des constats très différents tant il est vrai que toute administration a tendance à générer toutes les raisons qu’il faut pour se faire détester.

Sauf que dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pas de tout l’appareil d’Etat ni de tout le monde des entreprises.

Il existe dans les administrations, à tous les niveaux et même parfois au niveau le plus élevé des fonctionnaires qui comprennent parfaitement bien quels sont les intérêts des entreprises et qui trouvant que certaines réglementations sont absurdes, contournent habilement lesdites réglementations.

Le constat par contre sur la « sécession » de la Haute Administration fait par l’Institut de l’Entreprise (sic ! car comment peut-on avoir l’outrecuidance de s’intituler « LE » institut ?) est typiquement français et concerne la façon très particulière dont la France assure le renouvellement de ses élites et cela dépasse le simple rapport entre l’Etat, comme institution, et les entreprises, comme acteur.

Le problème en effet est que, contrairement à ce qu’affirme le susnommé « LE » Institut, il y a bien porosité entre l’appareil d’Etat à son plus haut niveau et le monde des entreprises, à son plus haut niveau mais que la porosité ne se fait pas dans le bon sens ni au bon niveau. En effet, rare sont les cadres dirigeants d’entreprises qui entrent dans la haute administration, c’est plutôt l’inverse qui se passe, c’est-à-dire des hauts fonctionnaires qui partent pantoufler dans les entreprises et dans ce cas, ce sont rarement des PME, plutôt des institutions bancaires ou les stars du CAC 40. D’ailleurs, comme le font remarquer les hauts fonctionnaires partis dans le privé, il serait difficile de faire venir des pointures du privé compte tenu du niveau de rémunération de l’administration.

Donc le divorce entre l’Etat et les entreprises n’est pas total. Il est entre la haute administration et les entreprises qui ne sont pas du CAC 40. C’est ce qui permet d’ailleurs à Alternatives Economiques de titrer ainsi un des plus beaux réquisitoires qui soit contre l’autre bureaucratie, la bureaucratie patronale, connue dans les années 20 comme le Comité des Forges, dans les années d’après-guerre, comme le CNPF, et depuis les lubies du Baron Seilleres, comme le MEDEF

http://www.alternatives-economiques.fr/page.php?controller=article&action=html&id_article=69294&id_parution=633

On ne peut faire le bien des entreprises que MALGRÉ le MEDEF

En effet dans les années 20, au moins les choses étaient claires. C’était le club très fermé des « maitres de forges » qui défendait ses intérêts. Après la deuxième guerre mondiale et la mise en  œuvre (toujours pas digérée à ce jour) du programme du CNR, « les jours heureux », ce sont les intérêts de TOUT le patronat français qu’il s’agissait de défendre. Maintenant, après près de 30 ans d’alternance gauche-droite, il s’agirait de défendre les intérêts de toutes les entreprises. Mais comme c’est toujours la même petite élite qui est à la manœuvre, ce sont en fait toujours les mêmes intérêts de quelques uns qu’on défend. C’est d’ailleurs pour cela qu’à côté du MEDEF, il existe une CGPME dont le discours, moins audible, est souvent pourtant plus crédible.

La différence en effet est que quand un patron du CAC 40 parle des difficultés de son entreprise et des rapports difficiles que « l’entreprise » a avec l’administration, il cite un rapport qu’on lui a remis, alors qu’un dirigeant d’une PME, quand il parle, le dit le plus souvent avec ses tripes car il s’agit de ses tracas et de ses angoisses au quotidien. La différence est là.

L’Etat aime les entreprises, certes mais DES entreprises aussi aiment l’Etat

Même si le CICE n’a pas encore eu les effets escomptés sur l’emploi, il semblerait qu’il en ait déjaà eu sur les résultats des entreprises. Dividendes des sociétés cotées : + 30% en un an !

En effet, pour distribuer des dividendes en augmentation, il faut avoir un résultat en augmentation, ou alors c’est suicidaire. Et pour que les résultats augmentent brutalement de 30%, la seule explication qui me vient à l’esprit, c’est que le CICE est venu dopé de façon artificielle, le résultat, toutes choses étant restées évidemment égales par ailleurs au cours d’une année qui n’a pas vu l’effort d’investissement des entreprises faire un grand bond en avant.

Et parmi ces entreprises, il y en a quelques unes qui auraient vraiment très mauvaise grâce à se plaindre de l’Etat, ou plutôt des Etats puisqu’il s’agit d’une aubaine européenne

La BCE choisit la relance… des cadeaux aux banques

D’ailleurs, si besoin était de démontrer que le sort des entreprises et des Etats sont liés, il n’ya qu’à pour se convaincre de lire cet article

http://www.euractiv.fr/sections/innovation-entreprises/les-patrons-francais-mobilises-pour-un-plan-dinvestissement-europeen?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=0fbcdf2401-newsletter_derni%C3%A8res_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-0fbcdf2401-55417197

Les patrons français mobilisés pour un plan d’investissement européen

L’Etat est évidemment un partenaire exécrable mais ça peut être un très bon client. Et si la fin du divorce entre l’Etat et les entreprises se fondait sur ce constat. Mais cela supposerait que l’Etat reconnaisse que s’endetter pour investir, ce n’est pas vraiment s’endetter et surtout qu’il arrive à en convaincre les autorités bruxelloises, qui montrent par ailleurs leur peu d’intérêt réel qu’elles ont pour l’entreprise, du moins celle qui n’est pas transnationale, en multipliant les directives et règlements, démontrant par la même, non seulement que l’excès de normes tue la norme, mais aussi épuise les entreprises

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L’argent du pouvoir, le pouvoir de l’argent : l’ambiguïté de la gouvernance économique

Je concluais un précédent billet, billet L’argent du pouvoir, le pouvoir de l’argent !  par le constat assez désespérant que le pouvoir financier était en train de s’abstraire du pouvoir des états fussent-ils démocratiquement élus.  Prenons un exemple a contrario qui montre la lutte sans merci que se livrent le pouvoir politique et le pouvoir de la finances, qui est devenue une sphère à part, hors du champ de l’économie réelle. L’Etat américain vient de sanctionner plusieurs banques et leur infliger des amendes astronomiques. La dernière décision en date constitue même un record

http://www.ouest-france.fr/subprimes-amende-de-17-milliards-pour-bank-america-un-record-2771029

Subprimes. Amende de 17 milliards pour Bank of America, un record !

Est-ce à dire que les Etats ont encore les moyens de faire plier les puissances financières au nom de l’intérêt public. Cela serait en contradiction avec la thèse que je développais dans un précédent Mais ceci n’est contradictoire qu’en apparence.

Ce n’est qu’une des nombreuses passes d’armes qui vont émailler pendant quelques décennies, on peut le penser, la lutte d’influence que vont se livrer ces deux pouvoirs jusqu’à ce que l’un cède. Cela rappelle , toute chose égale par ailleurs et notamment en faisant abstraction de l’arrière-fond religieux de l’époque, la lutte que mena la monarchie française contre , déjà, les puissances financières. L’archétype de ces luttes est le règne de Philippe le Bel qui vit les Templiers monter au bûcher, les Lombards et les Juifs être lourdement taxés, ces dernier devant même être chassés de France après avoir été spoliés. Déjà, à l’époque, la réponse la plus brutale d’un pouvoir d’Etat, en phase ascendante cependant, était de frapper les puissances financières là où cela faisait mal. A l’époque, la passe d’arme finit au bénéfice du pouvoir d’Etat parce qu’il était en phase de conquête. Pas sûr que l’issue soit identique dans la phase actuelle où l’Etat, dans sa version Etat-Nation, a dépassé depuis quelques temps déjà son apogée, sans qu’il l’est vraiment admis.

Mais ce que peut se permettre l’Etat états-unien, peu d’Etat peuvent se le permettre. La meilleure preuve en est l’incapacité des Etats européens à mettre au pas leurs secteurs financiers respectifs.

Mais ne nous leurrons pas ! Cet impressionnant de bras de fer entre Washington et ses banques n’empêche pas pour autant une grande connivence quand les « intérêts supérieurs » le justifie. Nous savions déjà que les Etats-Unis voulaient exclure les services bancaires de l’accord TTIP

 Les services financiers restent exclus des négociations transatlantiques

Les services financiers restent exclus des négociations transatlantiques

. Voici maintenant que le secteur de l’assurance, qui pèse au moins aussi lourd dans la sphère financière que le secteur bancaire, ferait l’objet d’une exclusion

http://www.euractiv.fr/sections/euro-finances/lue-renonce-inclure-la-question-de-la-reassurance-dans-le-ttip-308036?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=6e1e4b137e-newsletter_derni%C3%A8res_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-6e1e4b137e-55417197

Bruxelles renonce à inclure la question de la réassurance dans le TTIP

Quand on se souvient que ce sont les Européens qui ont inventé la réassurance et qu’ils tiennent encore le haut du pavé, l’arrogance de l’alliance banque-Etat états-uniennes est encore plus insupportable et justifierait à elle seule qu’un rejette ce traité, quel que soit son nom.

Pour des raisons exactement parallèles, nous devrions également refuser de signer un accord similaire entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest

Nouvelles du front : stopper l’APE entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest, 9 août

Ceci pour montrer que des deux côtés de l’Atlantique, la gouvernance économique est à peu près la même, la différence vient peut-être de la puissance d’impact des parties prenantes à ces gouvernances.

« Et la démocratie dans tout cela qu’est-ce qu’elle devient ? » me direz-vous. Si vous ne faites rien, elle périclitera. Le plus dur sera de réinventer quelque chose pour la remplacer car comme disait Churchill « la démocratie est le pire système, à l’exclusion de tous les autres. »

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La productivité est-elle compatible avec le développement durable ?

Dans le précédent billet, je brocardais un peu sur la déclaration du tout nouveau et très contesté ministre de l’économie

http://www.ouest-france.fr/emmanuel-macron-il-nest-pas-interdit-detre-de-gauche-et-de-bon-sens-2791811?utm_source=of_alerte-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_alerte-generale&utm_content=20140901&vid=040032044041061035060111042044040038059044034033035018038035034044035123038060057

Emmanuel Macron. "Il n’est pas interdit d’être de gauche et de bon sens"

Facile d’ailleurs de moquer ce jeune ministre tellement il paraît difficile de trouver dans la bouche de sa grand’mère des sentences qu’on attendrait plus dans celle de l’ancien directeur du FMI. Mais enfin passons ! il a décidé de jouer le bon sens « près de chez nous » comme on disait naguère dans une banque qui n’était pas la sienne.

Mais comme il n’est pas avare de déclarations pré, post et peri-nomination, il vient d’en faire une bien bonne qui relance le débat sur productivité et remet les revendications du MEDEF à leurs places.

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/emmanuel-macron-competitivite-nest-pas-quune-baisse-charges-02-09-2014-157228

Emmanuel Macron : « La compétitivité n’est pas qu’une baisse des charges »

Ce faisant, il ne fait que reprendre les propositions du rapport Gallois sur la productivité des entreprises françaises, rapport qui n’a eu qu’une application imparfaite, bien que son auteur soit aussi labellisé « social-libéral » et « grand patron ». Dans un billet que j’avais commis à la sortie de ce rapport, je prévoyais déjà l’impact limité que celui-ci aurait

Compétitivité : « Quatre débats pour le prix d’un" ou « comment la quadrature du cercle tourne en rond »

Dans cette veine la déclaration du ministre de ‘économie est plutôt de la veine social-démocrate que de la veine libérale en effet quand il déclare que : « La compétitivité, c’est l’organisation de l’entreprise, son financement, la montée en gamme et en qualité, la meilleure adaptation du droit du travail, l’investissement productif… », il renvoie les chefs d’entreprises, du moins ceux qui se plaignent, à leur responsabilité en invoquant des sujets qui sont de leur seul choix stratégique : l’organisation, le positionnement commercial, le financement et l’investissement, concédant toutefois qu’il faudra « une adaptation du droit du travail »

En écho à ces propos, vient de paraître une étude très intéressante autant par le point de vue choisi par les chercheurs que par les conclusions auxquelles ils arrivent

http://www.actu-environnement.com/ae/news/magali-delmas-sanja-pekovic-performance-salaries-entreprises-vertes-22547.php4#xtor=ES-6

Les employés des entreprises "vertes" sont significativement plus productifs

En effet que disent-ils ces chercheurs ? Les choix stratégiques de l’entreprise, guident ses choix en matière d’organisation, en matière de recrutement et de valorisation des compétences et que ce mélange aboutit finalement à un ensemble qui produit plus, et dans de meilleures conditions sociales et environnementales.

Il serait bon que notre ministre de l’Economie lise cette étude.

On en vient à regretter qu’il n’y ait pas eu dans ce gouvernement un Secretaire d’Etat à « l’économie verte ».

Mais si le ministre actuel veut faire le boulot, qu’il ne se gêne surtout pas car comme disait Deng Ziao Ping « peu importe que le chat soit blanc ou gris, pourvu qu’il attrape les souris ».

Notons quand même ce délicieux paradoxe que ce serait dans les entreprises dont le paradigme n’est pas « la croissance » que la productivité serait la meilleure. Cela ouvre de belles perspectives sur la réduction du temps de travail. « Etonnant n’est-ce pas ? » comme aurait pierre Desproges

Publié dans développement durable, entreprises, l'économie comme on la subit, l'économie comme on la voudrait, RSE | Tagué , , | Poster un commentaire

Le bon sens paysan à Bercy ? Le Contresens à Matignon ?

Les accusations de « social-libéralisme » fleurissent pour parler du gouvernement Valls 2 sans bien savoir souvent ce qu’on met sous ce vocable qui se veut immanquablement infamant.

S’il s’agit de dire par là qu’on se fait élire par des voix de gauche pour mener une politique de justice sociale et ensuite mener une politique servant les intérêts les plus privés de groupes financiers qui n’ont plus d’entreprises que le nom, alors il n’est pas sûr que le plus social-libéral soit celui qu’on dit.
En effet, il y a de cela 4 ans, j’avais publié un billet que m’avait transmis un haut fonctionnaire, tenu alors au devoir de réserve, qui démontrait comment le gouvernement de l’époque, authentiquement libéral et ouvertement ami des grands groupes financiers s’arrangeait pour financer les programmes qui lui tenait à cœur sans donner l’impression de (trop) creuser les déficits

Est-ce parce que l’Etat est devenu pauvre qu’il faut accepter des financements de pauvre?

Il était démontré dans cet article que les partenariats public-privé jouaient sur les finances publics le même rôle anesthésiant que le crédit revolving et toutes les formes de crédit facile sur le budget des ménages surendettés. Il y démontrait aussi que c’était l’astuce suprême qu’avaient trouvé les grands groupes qui font l’essentiel de leur chiffre d’affaires avec la commande publique pour maintenir un haut niveau de commande en période de vaches maigres budgétaires. Mais comme le dirait un opticien « ça c’était avant ! »

Hélas non ! Quelle n’a pas été ma surprise de lire cet article dans Acteurs Publics, par ailleurs fin observateur des évolutions de l’administration

http://www.acteurspublics.com/2014/09/02/manuel-valls-se-fait-l-avocat-des-partenariats-public-prive 

Manuel Valls se fait l’avocat des partenariats public-privé

Certes le contexte s’y prêtait mais était-il nécessaire de le faire en présence d’un dirigeant d’un groupe de travaux publics qui en fait ses choux gras. Certes, il faut soutenir l’investissement public, qui est un des moteurs du développement, dans cette période-ci mais s’endetter pour investir dans des travaux d’infrastructures, ce n’est pas vraiment s’endetter, en tout cas moins que pour assurer ses fins de mois. C’est surtout moins onéreux pour les finances publiques que d’accepter des surcoûts de marché pouvant dépasser les 10% uniquement par ce que c’est plus facile. C’est d’autant moins admissible que le même jour ou presque le Trésor empruntait 8 milliards à un taux négatif. C’est d’autant moins acceptable que dans le même temps, le gouvernement français fait le forcing pour que l’Union Européenne emprunte pour financer….des infrastructures.

J’ai envie de rappeler au Premier Ministre la phrase que vient de lâcher son ministre de l’économie

http://www.ouest-france.fr/emmanuel-macron-il-nest-pas-interdit-detre-de-gauche-et-de-bon-sens-2791811?utm_source=of_alerte-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_alerte-generale&utm_content=20140901&vid=040032044041061035060111042044040038059044034033035018038035034044035123038060057

Emmanuel Macron. "Il n’est pas interdit d’être de gauche et de bon sens"

Cette interview ayant été faite après sa prise de fonction, on peut considérer qu’il a fait cette déclaration en toute connaissance de cause et que cela sera sa marque de fabrique.

Mais là attendons un peu car comme il le dit lui-même : il faudra le juger non sur ce qu’il dit mais sur ce qu’il fera.

Rappelons toutefois, ce que dit d’ailleurs l’article d’Acteurs Publics, qu’il existe un rapport parlementaire, mais aussi plus d’un rapport de la Cour des Comptes, qui met en garde contre l’usage des partenariats public-privé.

http://www.acteurspublics.com/2014/07/16/les-ppp-un-contrat-juge-fallacieux-pour-les-collectivites-locales

Les PPP, un contrat jugé “fallacieux” pour les collectivités locales

On ne peut être plus virulent dans l’attaque, s’agissant d’un rapport parlementaire. Et au-delà de toutes les arguties en faveur ou contre les PPP, l’un des deux auteurs de ce rapport résume bien ce qui fait le fond du problème« Car un PPP, c’est de la dette durable que l’on transmet aux générations futures ».

Alors Monsieur le Premier ministre, monsieur le ministre de l’économie, toujours favorable aux PPP ….au nom du bon sens ?

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Mieux vaut en rire –rubrique inépuisable- n° 106 : embargo, a gogo ou pour gogos ?

« Dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. » Beaumarchais

« L’humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde

« On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. » Pierre Desproges

« pour ce que rire est le propre de l’homme » Rabelais

La situation est dramatique aux frontières Ouest de la Russie, en Ukraine, en Géorgie, en Biélorussie. Seuls les Etas baltes et la Pologne semblent épargner pour l’instant.

Face à cette situation, les protagonistes réels, la Russie d’un côté, l’Otan de l’autre ont des réponses dérisoires et qui prêteraient à sourire si le contexte n’était pas aussi sanglant.

Accordons-nous pourtant un moment de répit et essayons de sourire de l’absurdité des homme
J’ai du mal, à l’ère des échanges électroniques, de percevoir l’impact que peut avoir l’interdiction du territoire des pays de l’OTAN à quelques dignitaires russes mais c’est parait-il une arme de dissuasion massive. Est-ce les virées sur la Côte d’Azur ou les soirs de grands match à Wembley qui vont manquer aux oligarques russes ? J’en doute. Mais le principal est que les alliés occidentaux le croient et surtout arrivent à nous le faire croire pour masquer leur impuissance, ou plutôt leur aboulie.

Par contre la riposte de Poutine est, elle, bien concrète : l’embargo sur les produits agricoles et cela provoque inévitablement déjà des drames dans les exploitations agricoles françaises au point que la Commission va mettre la main au portefeuille.

http://www.ouest-france.fr/embargo-russe-lue-debloque-125-millions-deuros-pour-les-maraichers-2766513

Embargo russe. L’UE débloque 125 millions d’euros pour les maraîchers

Bien que cela n’ait aucun lien de cause à effet, dans le même temps une association familliale, « famille rurale », fait le constat suivant

http://www.ouest-france.fr/consommation-les-fruits-et-les-legumes-vendus-moins-cher-cet-ete-2770899

Consommation. Les fruits et les légumes vendus moins cher cet été

C’est sûr que l’embargo décidé par le nouveau tsar russe va encore accentuer la tendance. Toutefois, je reste dubitatif  sur les causes de ce désintérêt et sur les constats faits car  une autre étude de consommation, menée par une autre organisation de consommateur la CLCV, donne une explication qui n’est pas forcément que climatique à ce déséquilibre entre l’offre et la demande

http://www.ouest-france.fr/consommation-les-tomates-et-les-fraises-decoivent-les-consommateurs-2730918

Consommation. Les tomates et les fraises déçoivent les consommateurs

Evidemment, si on n’aime pas, on achète moins

Du coup, j’aurai bien une autre explication à cet embargo à l’encontre des produits agricoles et agro-alimentaires européens et nord-américains. Tuyauté par Gégé la bonne bouffe, acteur jadis français et amateur des bonnes choses que produit la terre par ailleurs, le nouveau tsar aurait souhaité préserver la qualité du panier de la baboutchka. C’est ce qu’Obelix appellerait « la guerre psychologique ». Ce qui me conforte dans cette opinion, c’est que dans le même temps plusieurs restaurants d’une chaîne de restauration rapide mondialement connue « pour la qualité » de ses hamburgers viennent de subir une fermeture administrative et parmi eux, celui de la Place Rouge dont l’ouverture fut le signe le plus tangible de la perestroïka

Il n’empêche que les 125 millions d’euros risquent fort de rester en travers de la gorge de beaucoup de contribuables, qui évidemment, n’y comprennent rien à la géostratégie.

Par contre les grands de ce monde, les puissants, eux comprennent tout à ces jeux, d’autant plus qu’ils en tirent les ficelles, au point parfois de prendre des décisions qui si elles n’étaient pas aussi scandaleuses seraient cocasses

L’actualité de la semaine nous en offre quelques exemples :

Le premier sur le mode « J’ai vieilli et je me suis assagi. »

Vous vous souvenez peut-être qu’en juin 1981, un jeune sous-préfet avait bruyamment démissionné de la fonction publique pour protester contre l’arrivée au pouvoir de la « gauche socialo-communiste » . 33 ans  (l’âge du Christ !) après, le voilà prêt à signer un accord avec le nouveau tsar pour promouvoir au-delà des frontières son idéologie réactionnaire

http://www.ouest-france.fr/polemique-le-puy-du-fou-attaque-la-crimee-2767440

Polémique. Le Puy du Fou attaque la Crimée

Certes, ce n’est pas (encore) devenu un crime de commercer avec la Russie mais dans le contexte actuel, implanter un parc de loisir dans un pays qui a changé de souveraineté au mépris de toutes les règles du droit international n’est pas un acte anodin. Mais peut-être que le Vicomte a reconnu dans l’ancien cadre du KGB quelqu’un de sa trempe, un des liquidateurs du bochevisme tant honni et peut-être espère-t-il ainsi , sur un site proche de Yalta (pour le symbole) mais loin tout de même d’Odessa (où s’illustrèrent les marins du Cuirassé Potempkine), recréer un spectacle mettant en valeur la « résistance héroïque des Russes Blancs face à la barbarie des hordes de l’Armée Rouge de Trotski ». Compte tenu du contexte, on peut penser que des banques françaises financeront : elles sont habitués à braver les embargos.

 

Le second sur le mode « à malin, malin et demi »

Comme je le suggère juste au-dessus, qui dit embargo, dit tentative de contourner l’embargo et cela n’a pas tardé mais il vaut quand même mieux le faire intelligemment et non pas comme ceux-ci

http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/des-crevettes-bielorusses-viennent-illustrer-les-limites-de-lembargo?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=24a340e074-newsletter_derni%C3%A8res_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-24a340e074-55417197

Des crevettes biélorusses viennent illustrer les limites de l’embargo russe

Faut-il être bête, mais c’est vrai que le choix était limité pour les importateurs de crevettes : La Suisse ou le Lichtenstein, n’aurait pas non plus été une bonne origine et quand à regarder du côté des pays insulaires (là il n’y a pas de problème, il y a de la mer tout autour) qui servent aussi de paradis fiscal, le choix était risqué. Ces petites iles sont quand même sous contrôle des grands pays membres de l’OTAN.

Reste que la piste est quand même bonne à creuser pour les petits malins qui veulent vendre par exemple du porc (car il n’y a pas que les légumes qui sont frappés d’embargo). Ces petits malins qui ont déjà découvert qu’à l’Est (en l’occurrence les abattoirs allemands), le monde est plus ensoleillé, n’ont qu’à poursuivre leur route vers le soleil levant et faire comme ceux qui ailleurs dans les anciennes colonies soviétiques , sont en train d’accaparer toutes les terres arables

http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-terres-agricoles-europe-est-attirent-autant-lucien-bourgeois-712329.html

Pourquoi les terres agricoles d’Europe de l’est attirent autant ?

Attention toutefois, s’ils veulent y faire naturaliser du porc d’éviter d’investir dans certaine république au Sud de la Russie, à majorité musulmane. Cela manquerait de crédibilité.

 

Le troisième sur le mode « je me tire une balle dans le pied »

Tout le monde a compris, même ceux qui n’y comprennent rien à la géopolitique, que si les sanctions contre la Russie restaient modérées, c’est parce que ce pays détient les vannes du bien le plus précieux actuellement, les hydrocarbures. L’Allemagne est particulièrement sensible à l’argument. C’est pourquoi, il apparait fâcheux que les autorités administratives allemandes autorisent cela

http://www.boursorama.com/actualites/berlin-autorise-la-vente-d-une-filiale-de-rwe-a-un-russe-645f2ff978607b5feced1d42f623f43b

Berlin autorise la vente d’une filiale de RWE à un Russe

Certes la décision était attendue depuis le printemps dernier, mais déjà à cette époque on savait que la situation était compliquée entre la Russie et ses voisins extra-communautaires. Autoriser la vente de la filiale « hydrocarbures » d’un des grands groupes énergétiques n’est peut-être pas la meilleur décision à prendre même si légalement, il n’y avait pas d’autres choix, puisqu’officiellement il n’y a pas d’embargo. Et puis les relations germano-russes dans les hydrocarbures sont une vieille histoire surtout depuis qu’un ex-chancelier s’est vu proposé (et il a accepté) une seconde carrière à la tête d’un groupe gazier russe.

 

Le quatrième sur le mode « je me tire carrément une rafale dans le second pied »

Les Américains ont le monopole du guidage satellitaire grâce à GPS. Les Russes peinent à faire émerger un concurrent et les Européens encore plus avec le projet Galileo, le mal-nomme ( « e pur si muove », « et pourtant elle bouge », elle !). Mais après moult vicissitudes, le projet décollait enfin. Las ! ça n’a pas fonctionné comme prévu

http://www.lefigaro.fr/sciences/2014/08/22/01008-20140822ARTFIG00312-galileo-le-gps-europeen-redecolle.php

Galileo : les satellites n’ont pas atteint la bonne orbite

Quelle idée aussi de confier à un pays potentiellement concurrent le soin d’assurer le lancement des premiers satellites ! Certes me direz-vous, mais la décision a été prise bien avant que les choses se tendent avec la Russie. Mais tout le monde connaissait les projets russes en matière de guidage satellitaire et il aurait fallu se méfier. Le plus triste dans l’histoire est que la suite des lancements sera assurée par une fusée européenne et on pouvait donc s’y prendre autrement. Le plus drôle dans l’histoire est que sur ce coup-là, les deux véritables antagonistes de la crise ukrainienne, la Russie et les Etats-Unis sont et resteront des alliés objectifs pour contrecarrer le projet européen, plus performant que les leurs.

Quitte à se jeter dans la gueule du loup, on pourrait suggérer que pour les lancements suivants, l’agence eurpéenne de l’espace confie le lancement à un Soyouz et le guidage à …GPS ; Compte tenu de ce que cela produit parfois, cela pourrait être cocasse.

Ben voilà, la preuve qu’on peut quand même sourire de ce qui est triste.

Mais n’oublions pas que derrière ce sourire, il va y avoir des tas de gens qui vont souffrir : les consommateurs russes qui n’avaient pas besoin de cela pour se serrer la ceinture, les agriculteurs européens, producteurs de légumes et de fruits, éleveurs de porc et de volaille qui, notamment en Bretagne n’avaient pas besoin de cela pour en crever et qui n’ont pas la possibilité, ni la volonté, eux, de contourner l’embargo.

Comme quoi mes vieux compères Beaumarchais, Oscar Wilde et Pierre Desproges ont raison :  derrière les rires, il y a souvent des larmes mais ce n’est pas parce qu’il y a des larmes qu’il ne faut pas parfois savoir en rire « pour ce que rire est le propre de l’Homme. » comme le disait François Rabelais que je rajoute à ma liste.

 

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L’argent du pouvoir, le pouvoir de l’argent !

Là où il y a du pouvoir, il y a de l’argent

Le courrier des maires, publication très lue dans nos mairies vient de faire un dossier complet sur les risques de corruption dans les collectivités territorialeshttp://www.courrierdesmaires.fr/38859/la-corruption-un-risque-bien-reel-pour-les-collectivites-territoriales/?utm_source=newsletter-cdm&utm_medium=email&utm_campaign=newsletter-18-08-2014

La corruption, un risque bien réel pour les collectivités territoriales

. Pour cela, il s’appuie sur le dernier rapport du SCPC qu’on n’avait pas connu aussi pertinent depuis bien des années. A lire ce document  Rapport SCPC 2013 , on peut être assez effaré des possibilités offertes aux élus de profiter de leur(s) mandat(s) pour faire passer leurs intérêts personnels avant le Bien Public. Cela ne veut pas dire pour autant que les élus locaux sont corrompus mais cela signifie quand même que les règles prudentielles se sont singulièrement affaiblies et quand les garde-fous s’abaissent, le risque d’accident augmente d’autant plus que les autres facteurs de risque persistent. Et parmi ceux-ci, le plus grave reste quand même le cumul des mandats, y compris et surtout même devrais-je dire le cumul dans le temps. J’ai déjà exprimé dans des billets précédents cette opinion sans qu’il soit besoin que j’y revienne.

Finalement le meilleur moyen de prévenir la corruption des élus locaux serait peut-être de leur donner un statut correct et leur assurer un revenu décent. C’est du moins ce que semble avoir pensé un nouvel municipal qui n’a pas hésité à s’octroyer une substantielle augmentation.

http://www.lagazettedescommunes.com/252050/le-maire-fn-du-pontet-vaucluse-contraint-dannuler-laugmentation-de-44-de-ses-indemnites/?utm_source=quotidien&utm_medium=Email&utm_campaign=21-08-2014-quotidien

Le maire FN du Pontet (Vaucluse) contraint d’annuler l’augmentation de 44% de ses indemnités

Pas de chance pour lui, il existe un contrôle de légalité en préfecture et celui-ci n’a pas manqué de l’aligner. Qu’il appartienne à un parti dont le slogan est « tous pourris ! » n’ajoute qu’un peu de piment à cette affaire qui n’irait pas plus loin que la pantalonnade si dans le même temps le même maire n’avait décidé de réduire une forme d’aide aux plus défavorisés accordés par sa commune. Il semblerait donc que pour certains, quel que soit leur discours politique, là où il y a du pouvoir, il y a nécessairement de l’argent.

 

Là où il y a de l’argent, il ya du pouvoir

Et puis, il y a les autres, ceux dont la profession est de faire de l’argent avec de l’argent. Pour eux donc l’argent n’est pas un problème, c’est juste un moyen et une fin en soi. Ils en arrivent parfois au point de ne plus se rendre compte de ce qu’ils font. Prenons ainsi le cas de ce haut fonctionnaire, donc un homme de la sphère publique et qui plus est du fait des fonctions qu’il a exercées dans l’administration comme dans les cabinets politiques est un homme de pouvoir, au sens le plus noble que pourrait avoir ce terme s’il en a un

http://www.franceinter.fr/emission-la-chronique-internationale-xavier-musca-epingle-par-la-presse-etrangere

Anthony Bellanger

La faillite fin juillet de la Banque portugaise Espirito Santo, n’en finit pas de faire des vagues
Mais que fait-il lorsqu’il est passé de l’autre côté de la barrière ? Je me garderai bien de reparler ici du scandale que représente en soi le passage dans le privé et dans des entreprises dont il ont eu à connaitre dans l’administration, de certains hauts fonctionnaires. J’ai déjà écrit dans plusieurs billets tout le mal que je pensais du pantouflage mal contrôlé et du laxisme inimaginable des comités de déontologie. Admettons que cela soit normal, à défaut d’être moral ! Il n’en reste pas moins qu’une fois passé de l’autre côté de la barrière, il faut respecter les règles en vigueur de ce côté-ci de la barrière. Si on en croit le chroniqueur, cela n’aurait pas été le cas. Que n’aurait-il pas dit, au temps où il l’était, ce haut fonctionnaire dont la tâche était justement de veiller au fair play financier ? Là, la règle n’existerait plus ou elle ne s’appliquerait pas à lui. Serait-ce que l’argent donne le pouvoir de s’abstraire du pouvoir de la loi ?

Mais là , on resterait dans le domaine de la dissimulation, du pouvoir mal assumé. Certains qui assument bien ce pouvoir, ce sont les vrais hommes d’argent, les grands patrons, pas les chefs d’entreprise pour qui l’argent n’est pas un instrument de pouvoir mais un simple outil de travail au service de l’entreprise, non les vrais grands patrons pour qui justement l’argent ce n’est que cela, l’instrument de leur toute-puissance. Et que serait la toute-puissance si elle ne permettait pas tout . C’est ce que semble dire les grands patrons britanniques qui en matière de cynisme n’ont de leçon à recevoir de personne

http://www.ouest-france.fr/royaume-uni-un-grand-patron-est-paye-143-fois-plus-que-ses-salaries-2766504

Royaume-Uni. Un grand patron est payé 143 fois plus que ses salariés

Eh oui ! là où il y a de l’argent, il y a du pouvoir et c’est peut-être même le seul endroit où il y a encore du pouvoir. Au XVIII° siècle, puis au siècle suivant, les peuples se sont révoltés et ont jeté bas des pouvoirs qui eux aussi se voulaient tout-puissants mais qui tiraient leur légitimité d’autre chose que de l’argent (car la plupart en manquaient cruellement le plus souvent, malgré les apparences). Ainsi sont nées les démocraties modernes, contre des pouvoirs tout-puissants. Maintenant que la toute-puissance est passée du côté de l’argent et uniquement de l’argent, les démocraties sur ce modèle-là sont-elles encore en mesure de limiter la toute puissance  de ces puissances d’argent ?

A leur façon, les grands patrons français ont répondu. S’appuyant sur la force de pression de centaine de milliers de petites et moyennes entreprises, ces happy few ont obtenu d’un gouvernement socialiste (un comble !:) un magnifique cadeau en contrepartie du théorème de Schmitt (les bénéfices d’aujourd’hui font les investissements de demain et les investissements de demain font les emplois d’après-demain). Sauf qu’après-demain, c’est pas demain, la veille !La preuve

https://www.easybourse.com/bourse/france/article/28778/cac-40-sbf-120…-forte-hausse-des-dividendes.htmlles

CAC 40, SBF 120…: forte hausse des dividendes

Ainsi donc, la machine redistributrice que constitue l’appareil d’Etat fonctionne à l’envers. Les contribuables, c’est-à-dire vous et moi sommes mis à contribution, c’est le cas de le dire, par notre consommation surtout, pour permettre aux plus riches d’entre nous d’être encore plus riches. C’est dire si ces puissants-là se moquent bien de ce qu’on appelle « le pouvoir ». Le vrai pouvoir, c’est eux !

Et si vous n’avez pas encore compris, ce qui se passe autour des projets d’accords commerciaux devrait finir par vous déciller les yeux On a beaucoup parlé de l’accord EU-UE (Etats-Unis/Union Européenne) quel que soit le nom qu’on lui ait donné TTIP, TAFTA etc… Mais plus discrètement il ya a aussi l’accord Canada-UE

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/08/16/l-europe-et-le-canada-disent-oui-a-la-justice-privee_4472299_4355770.html

La commission européenne (et donc l’UE) valide le principe de tribunaux d’arbitrage privée dans le cadre du traité de libre-échange UE-Canada

N’oublions pas que le Canada est partie prenante de l’accord ALENA, matrice de tous ces accords. Les tribunaux d’arbitrage voilà bien la preuve que les puissances d’argent sont en train de s’abstraire des règles démocratiques des Etats-Nations, grâce auxquels pourtant elles ont pu au fil des décennies acquérir la puissance qui est maintenant la leur, au nom du principe que la loi n’est pas faite pour défendre le faible contre le fort mais pour que tous aient les mêmes chances, le loup comme le mouton, le renard comme les poules. Au nom d’intérêts privés, il sera donc possible de dire qu’une loi pourtant votée démocratiquement est…..illégale. Et il n’est pas anodin de constater que l’une des premières entreprises à mettre ce principe en œuvre est justement une des vedettes du CAC 40

Là où est l’argent, là est le pouvoir, tous les pouvoirs devrais-je dire même celui de corrompre ceux qui ont l’illusion d’avoir encore le pouvoir, ce qui nous renvoie au début de ce billet.

Mais ceux-ci n’ont que les miettes et éventuellement les remords de leur conscience.

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« Le jour du dépassement » : encore une catastrophe annoncée !

Depuis maintenant 50 ans qu’on parle d’écologie et d’épuisement des ressources naturelles, les organisations non gouvernementales qui y consacrent l’essentiel de leur activité se sont fait une spécialité d’annoncer des catastrophes. Celles-ci ont longtemps fait sourire jusqu’au jour où ceux qui n’étaient pas particulièrement sensibilisés à ces questions, ni particulièrement obtus en la matière ont commencé à se rendre compte que certaines de ces prévisions-prédictions étaient en train de se réaliser et que cela les touchaient directement. Pour certains, c’est la plus grande difficulté à respirer en ville, pour d’autres, c’est l’eau qui devient de moins en moins potable, pour beaucoup, c’est l’advenue de plus en plus fréquente d’épisodes climatiques extrêmes.

Mais on n’en est pas encore à devoir se rationner.

C’est pourquoi la publication annuelle de l’ONG Global Footprint Network a fait autant de bruit. La presse d’un seul chœur a relayé le message. Voici deux des titres les plus sobres qu’on pouvait lire le 20 août matin

http://www.actu-environnement.com/ae/news/mardi-19-aout-dette-ecologique-jour-du-depassement-22473.php4#xtor=ES-6

Depuis mardi 19 août, l’humanité creuse sa dette écologique

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/environnement-ca-y-est-2014-lhumanite-vit-sur-terre-credit-19-08-2014-156166?utm

Environnement. Ça y est : pour 2014, l’humanité vit sur Terre à crédit !

De l’Humanité au Figaro, du Monde au Parisien, ils en ont tous parlé et parfois les titres valaient leur pesant de catastrophisme.

On comprend bien cet engouement de la presse pour cette information. C’est encore le mois d’août, les universités d’été n’ont pas encore sonné la rentrée politique. C’est un sujet auxquels nos concitoyens sont sensibles, même si cela ne se voit pas dans les urnes (mais à qui la faute ?) et surtout, la peur, cette grande trouille irrationnelle, fait toujours vendre, qu’il s’agisse de l’insécurité en banlieue, des virus balladeurs ou comme ici de l’extinction de la planète.

Mais qu’en est-il réellement ?

Comme toujours, je suis dubitatif face à ces indices uniques, sensés retracer un phénomène en un chiffre ou comme ici en une date et ce « jour du dépassement » n’échappe pas à la règle.

Tout d’abord, tout dépend des paramètres qu’on prend en considération et du poids relatif qu’on donne à chacun. J’ai trop lu de rapports consacrés à ces questions pour ne pas m’interroger sur la connaissance exacte que nous avons collectivement des effets de l’action de l’Homme sur son environnement. J’ai trop lu de rapports concernant l’état déplorable des outils statistiques de la plupart des Etats pour ne pas être circonspect sur la qualité des données qui servent à élaborer ces indicateurs.

Par acquit de conscience, je suis allé sur le site de l’ONG en question

Voici ce que j’y ai trouvé :

http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/footprint_science_introduction/

5.400 données par pays et par an dans 150 pays ! Même avec une méthodologie très sophistiquée et des standards de collecte de l’information très rigoureux, cela reste encore un exercice d’une grande incertitude quant à son résultat final.

Mais que faut-il en conclure ?

Que cela ne sert à rien de faire peur aux gens ? Certes pas.

Que ce n’est pas à partir du 20 août que nous avons commencé à consommer la biocapacité de l’année prochaine ? C’est vraisemblable.

Mais que ce soit le 19 août ou le 27 août, voire même le 9 août, date bénie entre toutes (private joke), ce n’est pas cela qui est important, c’est qu’à calcul constant et toutes choses égales par ailleurs, cette date arrive de plus en plus tôt.

En effet, la démarche de GFN est peut-être scientifique, elle est surtout pédagogique : ainsi une fois par an, on parle dans la presse , la grande pas les petits sites branchés développement durable, de l’épuisement progressif des richesses et l’image de « vivre à crédit » parle bien à nos contemporains surtout à ceux qui manquent le plus de ressources. Tiens, tiens, voilà un parallèle intéressant entre la pauvreté individuelle et l’appauvrissement de la planète : vivre à crédit, beaucoup s’en accommodent mais peu résistent longtemps « aux fins de mois » qui commencent dès le 15.

Grâce à Global Footprint Network, nous nous rappelons au moins une fois par an que nous vivons au-dessus de nos moyens et que cela va en s’empirant. Viendra un moment où pour eux, la fin de l’année commencera en juin. Peut-être qu’alors, contrairement à ce que pense la représentante de WWF, il ne sera plus temps de réagir.

Réagir ? Mais comment réagir chacun dans notre coin ?

Il se trouve que dans la presse du même jour, on trouvait également cet article

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/cacao-prix-feve-flambe-celui-chocolat-aussi-19-08-2014-156159?utm_source=newsletter&utm_medium=OFentreprise&utm_campaign=20140820_local_votreNewsletter

Cacao. Le prix de la fève flambe, celui du chocolat aussi

Mais ça n’a rien à voir, me direz-vous ? En êtes-vous si sûr ? Regardons cela d’un peu plus près. S’il y a pénurie de cacao, c’est qu’on produit moins qu’on ne consomme. Et si on produit moins, c’est pour deux raisons : la concurrence de l’huile de palme, dont on sait maintenant que c’est une belle saloperie pour notre santé http://www.cosmopolitan.fr/,tout-sur-l-huile-de-palme-et-ses-dangers,2510882,1875462.asp

Et les aléas climatiques.

Pour rétablir la balance, il faut donc soit produire plus, soit consommer moins.

Produire plus, c’est

1° soit remettre en culture les terres abandonnées aux palmiers à huile et cela suppose d’accepter de payer plus cher le cacao aux producteurs, mais c’est une solution stupide puisque justement le but du raisonnement est de payer le cacao moins cher ou qu’ un fort mouvement d’opinion contre l’utilisation de l’huile de palme par les industries agro-alimentaires et cosmétiques tarisse la demande d’huile de palme

2° soit augmenter les rendements en épuisant un peu plus vite les sols

Consommer moins c’est

1° soit une impossibilité pour la majeure partie du monde qui consomme moins de 100 grammes par an

2° soit un impératif de santé publique pour une petite minorité qui se gave. A titre d’illustration, la consommation moyenne d’un Français , c’est deux tablettes de 100 grammes à 60% de teneur en cacao par semaine, toutes les semaines de l’année.

Comme on peut difficilement demander à la majorité de la population mondiale de manger moins de chocolat, ce qui serait injuste, on voit bien que la seule solution est donc pour nous de manger moins de chocolat ET de le payer plus cher. L’un dans l’autre ça peut s’équilibrer et peut-être même qu’en prime quand vous mangerez du chocolat, ce sera vraiment du chocolat et non cet ersatz que permet la législation européenne.

Mon Dieu, on est bien loin de l’empreinte écologique ! Pas tant que cela : si nous appliquions ce même raisonnement à toute notre consommation, peut-être pourrions nous manger des chocolats à Noël sans avoir le remord de nous dire que nous mangeons, depuis six mois déjà, en ces fêtes de fin d’année, les friandises qu’auraient dû manger nos petits-enfants.

Elementaire, non ?

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