Le 26 octobre, deux grenades….

Le 26 octobre 2013 une grenade lancée par les forces de l’ordre explosait dans la main d’un jeune manifestant sous le portique de Pont de Buis lui arrachant cette main.

Dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014 , une grenade lancée par les forces de l’ordre atteignait dans le dos un jeune homme manifestant sur le chantier du projet de barrage du Testet, provoquant une mort tragique et inutile.

Certes, les combats n’étaient pas les mêmes, certes les opposants n’étaient pas les mêmes. Dans un cas, on retrouvait chez les Bonnets Rouges, une coalition hétéroclite où la FNSEA jouait un rôle très actif contre un projet jugé emblématique par les écologistes. Dans l’autre on retrouvait à la pointe de l’opposition au barrage, des écologistes qui ne voulaient pas d’un projet qui ne profitaient qu’à quelques entrepreneurs agricoles, soutenus par la FNSEA.

Chacun sait où va ma préférence mais ce n’est pas mon propos ici

En l’occurrence je ne fais aucune différence entre un jeune mécanicien, enrôlé chez les Bonnets Rouges, parce qu’ainsi il croyait défendre l’emploi régional et un jeune biologiste naturaliste, qui ne voulait pas d’un projet qui détruirait quelques dizaines d’hectares de zones humides et encore plusd’habitat d’espèces protégées.

En effet, tous les deux agissaient de bonne foi, tous les deux manifestaient paisiblement, même si autour d’eux il y avait parfois de la violence, tous les deux n’étaient pas « bête, au point de perdre leur vie [ou un membre] pour des idées », comme l’a dit ignominieusement  Mr Carcenac, président du Conseil général du Tarn (ce faisant, il rejoint Louis Pauwels et son « SIDA mental » dans l’abjection), tous les deux sont victimes d’une violence policière que rien ne justifie.

Et c’est là l’objet de mon propos.

Quelle que soit l’objet d’une manifestation quelle que soit la façon dont elle se déroule, rien, je dis bien rien ne justifie qu’on utilise des moyens qui peuvent tuer ou grièvement blesser un manifestant. Le temps où on pouvait tirer sur les mineurs en grève est révolu. Une grenade offensive, comme un flash-ball, comme un Taser, ne sont évidemment pas des fusils Lebel, mais il s’agit d’armes létales dans leurs effets.

Le droit de manifester est une conquête de la démocratie. La meilleure preuve en est que la moindre manifestation publique dans un pays que nous jugeons sous dictature, est saluée dans nos démocraties comme une avancée démocratique. Le droit de manifester implique de pouvoir le faire en toute sécurité.

Il faut donc bannir de l’arsenal des forces de l’ordre, toutes ces inventions, soit disant « défensives », c’est-à-dire visant à protéger les forces de l’ordre contre la violence des manifestants. C’est une question de survie démocratique.

Mais me direz-vous, que faire quand les rangs des manifestants sont gangrenés par quelques dizaines de voyous , car il n’y a pas d’autres mots pour les qualifier, pour qui détruire ou frapper est le seul mode d’expression ? Je répondrais à cela deux choses :

C’est la responsabilité des organisateurs de ces manifestations de faire en sorte que ces olibrius ne puissent agir. C’est aussi une question de survie démocratique

c’est ce qui fait l’excellence des forces de l’ordre quand elles arrivent à canaliser ces hordes violentes. C’est leur honneur et la justification démocratique de leur action.

Mais pour cela, il faut que quand un drame a lieu, les responsables, et on voit à travers mes lignes, qui sont pour moi les responsables possibles, doivent répondre de leurs actes. Laisser impuni de telles exactions qu’il s’agisse d’une mort d’homme, d’une blessure grave ou à un moindre degré de dégradations de biens publics comme à Morlaix ou à Pont de Buis, c’est inciter ces « responsables » à l’irresponsabilité. C’est une question de survie démocratique. C’est même la plus importante dans un pays où la légalité démocratique doit toujours rejoindre la légitimité de la revendication démocratique.

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Mieux vaut en rire –rubrique inépuisable- n° 108

« Dépêchons-nous d’en rire maintenant, de peur d’avoir à en pleurer demain .» Beamarchais
« L’humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde
« On peut rire de tout mais pas avec tout le monde. » Pierre Desproges
« Pour ce que rire est le propre de l’homme. » Rabelais
 

L’humour caché des journalistes

Voici un article au titre bien anodin paru dans la gazette des communes, journal ô combien sérieux !

http://www.lagazettedescommunes.com/289373/le-chemin-de-croix-des-parents-accompagnateurs-de-sorties-scolaires/?utm_source=quotidien&utm_medium=Email&utm_campaign=30-10-2014-quotidien

Le chemin de croix des parents accompagnateurs de sorties scolaires

Cela aurait été anodin, s’il n’avait été publié dans la rubrique « laïcité ». Les journalistes sont parfois des pince-sans-rire ou des humoristes involontaires.

Mais compte tenu du contenu sensible et polémique du sujet abordé, était-ce vraiment involontaire ?

L’enfer est pavé de bonnes intentions

La Semaine Européenne de Réduction des Déchets approche. Il se trouve qu’elle se déroule pendant le mois de l’Economie Sociale et Solidaire. Cela donne donc des tas d’initiatives qui combinent les deux, pour le meilleur , mais aussi parfois pour le pire.

Ainsi de cette initiative prise par une entreprise d’insertion de la région d’Aubagne.

http://www.marsactu.fr/economie/avec-des-containers-on-peut-fabriquer-un-t2-en-moins-dun-mois-36886.html

« Avec des containers, on peut fabriquer un T2 en moins d’un mois »

Sur le principe, recycler des containers en fin de vie, c’est bien.

Sur le principe, produire des hébergements d’urgence à des prix défiant toute concurrence, c’est bien.

MAIS

Qui loge-t-on dans ces hébergements d’urgence ? Parfois et même souvent des clandestins, c’est-à-dire des personnes venues d’un autre pays en France de façon irrégulière et qui parfois ont voyagé coincés entre des containers quand ce n’est pas DANS un container.

Le rapprochement est fâcheux !

L’arroseur arrosé

Je ne pouvais évidemment pas passer sous silence la mésaventure du député du Val de Marne, Gilles Carrez

http://www.ouest-france.fr/isf-redressement-fiscal-pour-le-president-de-la-commission-des-finances-2930280

ISF. Redressement fiscal pour le président de la commission des finances

Il est vrai qu’un président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, rattrapé par le fisc pour avoir omis de faire une déclaration d’assujettissement à l’ISF, c’est à la fois risible et pathétique depuis le précédent Cahuzac

Il est vrai que penser être exonéré de cet impôt en application d’un amendement qu’on a soi-même déposé n’est pas vraiment risible. Mais avoir oublié qu’on avait choisi un montage juridique, la SCI, qui ne permettait pas d’en bénéficier , pour le coup, c’est franchement comique !

Pour le reste, humour involontaire ? tricherie volontaire ? bonne foi ? Le doute profite au député en l’occurrence .

Dernière touche d’humour dans cette petite mésaventure : c’est grâce à Cahuzac que cette transparence est devenu possible. On ne peut pas tout prévoir , qu’on soit au gouvernement ou dans l’opposition

 

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Illusions et désillusions de l’économie sociale et solidaire

Le mouvement de l’économie sociale s’est bâti à la fin des années 70 et dans les années 80 sur la constatation qu’il existait  entre les entreprises du modèle capitaliste et le secteur public-étatique, une troisième variété d’organisations dont les principes ne relevaient d’aucune de ces deux logiques, c’est-à-dire qui ne tirent leur légitimité ni du montant de capital apporté, ni de la puissance étatique mais exclusivement de la volonté individuelle de personnes qui ont décidé de s’associer de coopérer ou de mutualiser leurs efforts. On l’appela dans un premier temps « le Tiers Secteur » pour cette raison et cela devint l’Economie Sociale quand l’ensemble de ces acteurs voulurent affirmer qu’ils étaient une force économique. Enfin quand je dis l’ensemble, je veux dire les poids lourds de l’économie sociale, ceux que Patrick Viveret appelait en 1986 « les éléphants » car pour ce qui est des tous petits, les associations à 0 ou 1 salariés, les micro-SCOP, ceux que le même Patrick Viveret appelait les « souris » leur exigence était moindre. Ils souhaitaient simplement que fût reconnu leur utilité sociale et leur rôle en matière d’animation et de développement des territoires.

L’évolution de l’économie sociale en 20 ans a démontré que ce clivage existe toujours. Malgré la création d’un éphémère Secrétariat d’Etat en 2000-2001, force a été de constater que, dans la « ménagerie ES », la mayonnaise avait toujours du mal à prendre. On rajouta même un « S » comme solidaire à la  fin tant certains pachydermes coopératifs ou mutualistes avaient du mal à faire croire  qu’ils étaient encore socialement légitimes, à force de vouloir être économiquement performants

Le vote de la loi qu’on devra appeler loi Hamon, tant c’est sous son ministère qu’elle a été élaborée, rebat un peu les cartes et remet au goût du jour les principes qui sont à l’origine du mouvement sans pour autant lever toutes es ambiguïtés. Mais cela suffit à raviver l’enthousiasme de certains. Manifestement les jeunes « kiffent » l’ESS mais il n’est pas sûr que l’enseignement supérieur  apporte une réponse adéquate à leurs aspirations généreuses

http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/economie-sociale-et-solidaire-ce-que-proposent-les-etablissements-du-superieur.html

Économie sociale et solidaire : ce que proposent les établissements du supérieur

Certes la loi reconnait que toute entreprise qui respecterait les principes suivants « but social autre que le seul partage des bénéfices, lucrativité encadrée, gouvernance démocratique et participative »  mais quand on y regarde de près, ce sont des principes dont se réclament aussi des entreprises qui revendiquent d’être Responsable Socialement et Environnementalement (RSE) gouvernance mise à part. En voulant reconnaître d’autres pratiques manageriales, le législateur brouille en fait un peu plus les lignes mais surtout, il ne reconnait encore une fois que le seul secteur des « éléphants » et c’est pour travailler dans ces grosses entreprises de l’ESS que va former l’Université. Les souris sont trop petites pour intéresser réellement l’enseignement supérieur. Et pourtant…

Certains étudiants vont donc au devant de quelques désillusions.

Mais il y a quand même des raisons d’espérer

Il se passe dans le sanctuaire du système capitaliste, la sphère financière, des petits mouvements discrets qui peuvent faire bouger les lignes.

Supplément Économie sociale et solidaire : L’éthique et la solidarité à l’assaut de la finance

L’éthique et la solidarité à l’assaut de la finance

Que ceux qui veulent agiter le cocotier se revendiquent de l’ESS, il n’y a rien de plus normal et cela laisse des espoirs à nos jeunes diplômés de « s’éclater » dans la finance tout en pouvant se regarder dans la glace tous les jours. Mais cela reste encore marginal. Drainer moins de 0,5% du patrimoine des ménages et des entreprises montre les limites actuelles de ce secteur et ses capacités à accueillir en masse les diplômés issus des 72 formations actuellement recensés.

Mais où sont donc les 90.000 recrutements de cadres dont parle l’article de l’étudiant ? La réponse est simple : ils sont dans ce fameux 10% de l’économie dont se gargarisent les tenants de l’ESS institutionnelles. Toutes ses structures (associations, mutuelles, coopératives, fondations) sont toutes reconnues d’ESS A PRIORI sans qu’il leur soit besoin de démontrer leur réelle vertu. Et pourtant….

Quand on lit ça : http://www.ouest-france.fr/banques-credit-mutuel-arkea-declare-la-guerre-la-federation-nationale-2881677?utm_source=of_alerte-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_alerte-generale&utm_content=20141006&vid=040032044041061035060111042044040038059044034033035018038035034044035123038060057

Banque. Crédit Mutuel Arkéa veut divorcer de sa fédération nationale

On peut être dubitatif. Que le litige porte sur des conflits d’intérêt importe peu. Il montre que la gouvernance laisse à désirer au moins au niveau fédéral. Si on se souvient que la plaignante Arkéa fut au cœur d’un conflit dur avec le personnel il y a quelques années, qu’à l’occasion de ce conflit les syndicats aient découvert qu’une filiale avait été créée , de statut ni mutuel, ni coopératif, pour permettre notamment des rémunérations accessoires de dirigeants, on se dit que parfois il faudrait aller regarder derrière le statut pour vérifier que ces entreprises légitimées par leurs statuts le sont aussi par leurs pratiques au non de ce qu’on demande a minima à celles qui n’ont pas ce statut mais s’en revendique au nom de principes de gestion. Si on rajoute enfin qu’un dirigeant de cette banque coopérative aurait dénié à un sociétaire le droit d’être même candidat à une fonction d’administrateur au seul motif que « ses dépôts étaient insuffisants » et « qu’à moins de 20.000 euros de dépôt ce n’était pas sérieux de vouloir être administrateur même d’une caisse locale », on peut alors penser que le divorce est consommé. C’est d’ailleurs ce que dit à sa façon cet article :

Pour un nouveau modèle socio-économique : le Coopératisme

Pour un nouveau modèle socio-économique : le Coopératisme

En s’appuyant notamment sur le contrexemple complet que représente le secteur bancaire coopératif et mutualiste.

Les principes évoqués dans cet article devraient permettre de relégitimer le VRAI secteur de l’Economie sociale et solidaire. C’est d’autant plus nécessaire que la troisième famille , le monde associatif, est actuellement en proie au doute, notamment sous la pression financière…des pouvoirs publics.

Dans un mois se déroule le mois de l’ESS : c’est sûrement le moment de poser sérieusement ces questions et d’arrêter les hypocrisies liées aux postures, et les impostures statistiques (les fameux 10%) liées au seul statut.

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mieux vaut en rire – rubrique inépuisable- n° 107

« dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. » Beaumarchais
« L’humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde
« On peut rire de tout mais pas avec tout le monde. » Pierre Desproges
« pour ce que rire est le propre de l’homme » Rabelais

Sur quel site trouve-t-on en page frontale les sujets suivants ?

Bâtir une prospérité partagée dans un monde d’inégalités

Une coalition mondiale pour l’emploi des jeunes

La richesse minière doit profiter aux pauvres

Discussion ouverte avec la société civile

Pour le savoir, allez ICI

Surprenant n’est-ce pas ?

Double langage ou mutation  des instances de régulation financière de l’ONU ?

Diplomatie onusienne vraisemblablement !

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L’argent du pouvoir, le pouvoir de l’argent (suite) : L’Etat aime les entreprises

Dans les précédents billets de cette série consacrée  au rapport de l’argent avec le pouvoir, ou du pouvoir avec l’argent si vous préférez, j’ai essayé d’illustrer en m’appuyant sur l’actualité la nature des rapports liant ou opposant le pouvoir d’Etat au pouvoir financier. Certains ont peut-être traduit un peu vite « les rapports de l’Etat et des entreprises ». Ce serait une grave erreur d’appréciation. En effet ce n’est pas la première fois que j’aborde cette question des rapports de l’Etat et des entreprises. Il y a deux ans et demi, j’avais abordé cette question d’un point de vue théorique dans une série de 4 billets que j’avais fini par rassembler dans une seule longue note

L’Etat et les entreprises 5/5

Qui n’était d’ailleurs que la poursuite d’un réflexion menée au sein d’un cénacle trop tôt disparu, Démocratie & Entreprises,  L’Etat et les entreprises

Certes, cela n’épuisait pas la question mais de mon point de vue, cela permettait de mieux fixer les jeux d’acteurs. Cela tombait bien puisque quelques mois après, le premier anniversaire de ce quinquennat me permettait de faire un petit bilan, d’étape

Un an après, il est temps de changer de cap… avec les entreprises

Le moins qu’on puisse dire est que ce bilan était très mitigé et que l’Etat méritait la mention « peut mieux faire ». Depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts comme a coulé le gouvernement Ayrault et comme vient de se saborder Valls 1. C’est le moment choisi par ce dernier pour faire une grande déclaration d’amour aux entreprises, sur le thème « nourrissons-nous de nos différences ! »

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/medef-manuel-valls-patrons-cessons-dopposer-etat-entreprises-27-08-2014-156793

Medef. Manuel Valls aux patrons : « Cessons d’opposer Etat et entreprises »

Pour avoir longtemps milité, au sein justement de D&E, pour la réconciliation du peuple de gauche avec le monde des entreprises (comme si le peuple laborieux de gauche ne travaillait pour une grande part dans …des entreprises), je ne peux qu’applaudir à ce discours.

Oui ce sont les entreprises, quel que soit leur statut juridique, qui crée l’essentiel des richesses !

Oui il faut aider les entreprises à créer ces richesses car c’est une des conditions essentielles pour que le modèle social français puisse continuer à fonctionner

MAIS

Ce n’est pas gagné d’avance. En effet, il ne suffit pas de dire pour que cela se fasse. Pour cela donnons la parole à un observateur plutôt impartial, Acteurs Publics, qui tout en affichant un profond attachement au service public tel qu’on le conçoit en France, milite aussi activement pour que ledit service public s’allège dans une perspective que je qualifierai volontiers de « libérale », au sens où « moins il y a d’Etat, meilleur l’Etat est ».

Alors cela donne ces deux constats

http://www.acteurspublics.com/2014/09/02/administrations-entreprises-elles-se-reparlent-enfin

Administrations-entreprises : elles se reparlent enfin !

http://www.acteurspublics.com/2014/09/03/jean-francois-roubaud-cgpme-le-temps-de-l-administration-n-est-pas-celui-des-entreprises

Jean-François Roubaud (CGPME) : “Le temps de l’administration n’est pas celui des entreprises”

Comme on le constate en lisant ces deux articles, les entreprises ont longuement la parole dans cette série d’articles et elles peuvent allègrement développer les griefs qu’elles ont, non pas avec l’Etat, mais avec son administration. Une enquête semblable, disons aux Etas-Unis ou en Allemagne n’aurait peut-être pas apportée des constats très différents tant il est vrai que toute administration a tendance à générer toutes les raisons qu’il faut pour se faire détester.

Sauf que dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pas de tout l’appareil d’Etat ni de tout le monde des entreprises.

Il existe dans les administrations, à tous les niveaux et même parfois au niveau le plus élevé des fonctionnaires qui comprennent parfaitement bien quels sont les intérêts des entreprises et qui, trouvant que certaines réglementations sont absurdes, contournent habilement lesdites réglementations.

Le constat par contre sur la « sécession » de la Haute Administration fait par l’Institut de l’Entreprise (sic ! car comment peut-on avoir l’outrecuidance de s’intituler « LE » institut ?) est typiquement français et concerne la façon très particulière dont la France assure le renouvellement de ses élites et cela dépasse le simple rapport entre l’Etat, comme institution, et les entreprises, comme acteur.

Le problème en effet est que, contrairement à ce qu’affirme le susnommé « LE » Institut, il y a bien porosité entre l’appareil d’Etat à son plus haut niveau et le monde des entreprises, à son plus haut niveau mais que la porosité ne se fait pas dans le bon sens ni au bon niveau. En effet, rare sont les cadres dirigeants d’entreprises qui entrent dans la haute administration, c’est plutôt l’inverse qui se passe, c’est-à-dire des hauts fonctionnaires qui partent pantoufler dans les entreprises et dans ce cas, ce sont rarement des PME, plutôt des institutions bancaires ou les stars du CAC 40. D’ailleurs, comme le font remarquer les hauts fonctionnaires partis dans le privé, il serait difficile de faire venir des pointures du privé compte tenu du niveau de rémunération de l’administration.

Donc le divorce entre l’Etat et les entreprises n’est pas total. Il est entre la haute administration et les entreprises qui ne sont pas du CAC 40. C’est ce qui permet d’ailleurs à Alternatives Economiques de titrer ainsi un des plus beaux réquisitoires qui soit contre l’autre bureaucratie, la bureaucratie patronale, connue dans les années 20 comme le Comité des Forges, dans les années d’après-guerre, comme le CNPF, et depuis les lubies du Baron Seilleres, comme le MEDEF

http://www.alternatives-economiques.fr/page.php?controller=article&action=html&id_article=69294&id_parution=633

On ne peut faire le bien des entreprises que MALGRÉ le MEDEF

En effet dans les années 20, au moins les choses étaient claires. C’était le club très fermé des « maîtres de forges » qui défendait ses intérêts. Après la deuxième guerre mondiale et la mise en  œuvre (toujours pas digérée à ce jour par une partie du patronat français) du programme du CNR, « les jours heureux », ce sont les intérêts de TOUT le patronat français qu’il s’agissait de défendre. Maintenant, après près de 30 ans d’alternance gauche-droite, il s’agirait de défendre « les intérêts de toutes les entreprises ». Mais comme c’est toujours la même petite élite qui est à la manœuvre, ce sont en fait toujours les mêmes intérêts de quelques uns qu’on défend. C’est d’ailleurs pour cela qu’à côté du MEDEF, il existe une CGPME dont le discours, moins audible, est souvent pourtant plus crédible.

La différence en effet est que quand un patron du CAC 40 parle des difficultés de son entreprise et des rapports difficiles que « l’entreprise » a avec l’administration, il cite un rapport qu’on lui a remis, alors qu’un dirigeant d’une PME, quand il parle, le dit le plus souvent avec ses tripes car il s’agit de ses tracas et de ses angoisses au quotidien. La différence est là.

L’Etat aime les entreprises, certes mais DES entreprises aussi aiment l’Etat

Même si le CICE n’a pas encore eu les effets escomptés sur l’emploi, il semblerait qu’il en ait déjà eu sur les résultats des entreprises. Dividendes des sociétés cotées : + 30% en un an ! En effet, pour distribuer des dividendes en augmentation, il faut avoir un résultat en augmentation, ou alors c’est suicidaire. Et pour que les résultats augmentent brutalement de 30%, la seule explication qui me vient à l’esprit, c’est que le CICE est venu dopé, de façon artificielle, le résultat, toutes choses étant restées évidemment égales par ailleurs au cours d’une année qui n’a pas vu l’effort d’investissement des entreprises faire un grand bond en avant.

Et parmi ces entreprises, il y en a quelques unes qui auraient vraiment très mauvaise grâce à se plaindre de l’Etat, ou plutôt des Etats puisqu’il s’agit d’une aubaine européenne

La BCE choisit la relance… des cadeaux aux banques

D’ailleurs, si besoin était de démontrer que le sort des entreprises et des Etats sont liés, il n’ya qu’à pour se convaincre de lire cet article

http://www.euractiv.fr/sections/innovation-entreprises/les-patrons-francais-mobilises-pour-un-plan-dinvestissement-europeen?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=0fbcdf2401-newsletter_derni%C3%A8res_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-0fbcdf2401-55417197

Les patrons français mobilisés pour un plan d’investissement européen

L’Etat est évidemment un partenaire exécrable mais ça peut être un très bon client. Et si la fin du divorce entre l’Etat et les entreprises se fondait sur ce constat. Mais cela supposerait que l’Etat reconnaisse que s’endetter pour investir, ce n’est pas vraiment s’endetter et surtout qu’il arrive à en convaincre les autorités bruxelloises, qui montrent par ailleurs leur peu d’intérêt réel qu’elles ont pour l’entreprise, du moins celle qui n’est pas transnationale, en multipliant les directives et règlements, démontrant par la même, non seulement que l’excès de normes tue la norme, mais aussi épuise les entreprises

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L’argent du pouvoir, le pouvoir de l’argent : l’ambiguïté de la gouvernance économique

Je concluais un précédent billet, billet L’argent du pouvoir, le pouvoir de l’argent !  par le constat assez désespérant que le pouvoir financier était en train de s’abstraire du pouvoir des états fussent-ils démocratiquement élus.  Prenons un exemple a contrario qui montre la lutte sans merci que se livrent le pouvoir politique et le pouvoir de la finances, qui est devenue une sphère à part, hors du champ de l’économie réelle. L’Etat américain vient de sanctionner plusieurs banques et leur infliger des amendes astronomiques. La dernière décision en date constitue même un record

http://www.ouest-france.fr/subprimes-amende-de-17-milliards-pour-bank-america-un-record-2771029

Subprimes. Amende de 17 milliards pour Bank of America, un record !

Est-ce à dire que les Etats ont encore les moyens de faire plier les puissances financières au nom de l’intérêt public. Cela serait en contradiction avec la thèse que je développais dans un précédent Mais ceci n’est contradictoire qu’en apparence.

Ce n’est qu’une des nombreuses passes d’armes qui vont émailler pendant quelques décennies, on peut le penser, la lutte d’influence que vont se livrer ces deux pouvoirs jusqu’à ce que l’un cède. Cela rappelle , toute chose égale par ailleurs et notamment en faisant abstraction de l’arrière-fond religieux de l’époque, la lutte que mena la monarchie française contre , déjà, les puissances financières. L’archétype de ces luttes est le règne de Philippe le Bel qui vit les Templiers monter au bûcher, les Lombards et les Juifs être lourdement taxés, ces dernier devant même être chassés de France après avoir été spoliés. Déjà, à l’époque, la réponse la plus brutale d’un pouvoir d’Etat, en phase ascendante cependant, était de frapper les puissances financières là où cela faisait mal. A l’époque, la passe d’arme finit au bénéfice du pouvoir d’Etat parce qu’il était en phase de conquête. Pas sûr que l’issue soit identique dans la phase actuelle où l’Etat, dans sa version Etat-Nation, a dépassé depuis quelques temps déjà son apogée, sans qu’il l’est vraiment admis.

Mais ce que peut se permettre l’Etat états-unien, peu d’Etat peuvent se le permettre. La meilleure preuve en est l’incapacité des Etats européens à mettre au pas leurs secteurs financiers respectifs.

Mais ne nous leurrons pas ! Cet impressionnant de bras de fer entre Washington et ses banques n’empêche pas pour autant une grande connivence quand les « intérêts supérieurs » le justifie. Nous savions déjà que les Etats-Unis voulaient exclure les services bancaires de l’accord TTIP

 Les services financiers restent exclus des négociations transatlantiques

Les services financiers restent exclus des négociations transatlantiques

. Voici maintenant que le secteur de l’assurance, qui pèse au moins aussi lourd dans la sphère financière que le secteur bancaire, ferait l’objet d’une exclusion

http://www.euractiv.fr/sections/euro-finances/lue-renonce-inclure-la-question-de-la-reassurance-dans-le-ttip-308036?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=6e1e4b137e-newsletter_derni%C3%A8res_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-6e1e4b137e-55417197

Bruxelles renonce à inclure la question de la réassurance dans le TTIP

Quand on se souvient que ce sont les Européens qui ont inventé la réassurance et qu’ils tiennent encore le haut du pavé, l’arrogance de l’alliance banque-Etat états-uniennes est encore plus insupportable et justifierait à elle seule qu’un rejette ce traité, quel que soit son nom.

Pour des raisons exactement parallèles, nous devrions également refuser de signer un accord similaire entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest

Nouvelles du front : stopper l’APE entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest, 9 août

Ceci pour montrer que des deux côtés de l’Atlantique, la gouvernance économique est à peu près la même, la différence vient peut-être de la puissance d’impact des parties prenantes à ces gouvernances.

« Et la démocratie dans tout cela qu’est-ce qu’elle devient ? » me direz-vous. Si vous ne faites rien, elle périclitera. Le plus dur sera de réinventer quelque chose pour la remplacer car comme disait Churchill « la démocratie est le pire système, à l’exclusion de tous les autres. »

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La productivité est-elle compatible avec le développement durable ?

Dans le précédent billet, je brocardais un peu sur la déclaration du tout nouveau et très contesté ministre de l’économie

http://www.ouest-france.fr/emmanuel-macron-il-nest-pas-interdit-detre-de-gauche-et-de-bon-sens-2791811?utm_source=of_alerte-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_alerte-generale&utm_content=20140901&vid=040032044041061035060111042044040038059044034033035018038035034044035123038060057

Emmanuel Macron. « Il n’est pas interdit d’être de gauche et de bon sens »

Facile d’ailleurs de moquer ce jeune ministre tellement il paraît difficile de trouver dans la bouche de sa grand’mère des sentences qu’on attendrait plus dans celle de l’ancien directeur du FMI. Mais enfin passons ! il a décidé de jouer le « bon sens  près de chez vous » comme on disait naguère dans une banque qui n’était pas la sienne.

Mais comme il n’est pas avare de déclarations pré, post et peri-nomination, il vient d’en faire une bien bonne qui relance le débat sur productivité et remet les revendications du MEDEF à leurs places.

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/emmanuel-macron-competitivite-nest-pas-quune-baisse-charges-02-09-2014-157228

Emmanuel Macron : « La compétitivité n’est pas qu’une baisse des charges »

Ce faisant, il ne fait que reprendre les propositions du rapport Gallois sur la productivité des entreprises françaises, rapport qui n’a eu qu’une application imparfaite, bien que son auteur soit aussi labellisé « social-libéral » et « grand patron ». Dans un billet que j’avais commis à la sortie de ce rapport, je prévoyais déjà l’impact limité que celui-ci aurait

Compétitivité : « Quatre débats pour le prix d’un » ou « comment la quadrature du cercle tourne en rond »

Dans cette veine la déclaration du ministre de l’économie est plutôt de la veine social-démocrate que de la veine libérale en effet quand il déclare que : « La compétitivité, c’est l’organisation de l’entreprise, son financement, la montée en gamme et en qualité, la meilleure adaptation du droit du travail, l’investissement productif… », il renvoie les chefs d’entreprises, du moins ceux qui se plaignent, à leur responsabilité en invoquant des sujets qui sont de leur seul choix stratégique : l’organisation, le positionnement commercial, le financement et l’investissement, concédant toutefois qu’il faudra « une adaptation du droit du travail »

En écho à ces propos, vient de paraître une étude très intéressante autant par le point de vue choisi par les chercheurs que par les conclusions auxquelles ils arrivent

http://www.actu-environnement.com/ae/news/magali-delmas-sanja-pekovic-performance-salaries-entreprises-vertes-22547.php4#xtor=ES-6

Les employés des entreprises « vertes » sont significativement plus productifs

En effet que disent-ils ces chercheurs ? Les choix stratégiques de l’entreprise, guident ses choix en matière d’organisation, en matière de recrutement et de valorisation des compétences et que ce mélange aboutit finalement à un ensemble qui produit plus, et dans de meilleures conditions sociales et environnementales.

Il serait bon que notre ministre de l’Economie lise cette étude.

On en vient à regretter qu’il n’y ait pas eu dans ce gouvernement un Secretaire d’Etat à « l’économie verte ».

Mais si le ministre actuel veut faire le boulot, qu’il ne se gêne surtout pas car comme disait Deng Ziao Ping « peu importe que le chat soit blanc ou gris, pourvu qu’il attrape les souris ».

Notons quand même ce délicieux paradoxe que ce serait dans les entreprises dont le paradigme n’est pas « la croissance » que la productivité serait la meilleure. Cela ouvre de belles perspectives sur la réduction du temps de travail. « Etonnant n’est-ce pas ? » comme aurait dit Pierre Desproges

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