Illusions et désillusions de l’économie sociale et solidaire

Le mouvement de l’économie sociale s’est bâti à la fin des années 70 et dans les années 80 sur la constatation qu’il existait  entre les entreprises du modèle capitaliste et le secteur public-étatique, une troisième variété d’organisations dont les principes ne relevaient d’aucune de ces deux logiques, c’est-à-dire qui ne tirent leur légitimité ni du montant de capital apporté, ni de la puissance étatique mais exclusivement de la volonté individuelle de personnes qui ont décidé de s’associer de coopérer ou de mutualiser leurs efforts. On l’appela dans un premier temps « le Tiers Secteur » pour cette raison et cela devint l’Economie Sociale quand l’ensemble de ces acteurs voulurent affirmer qu’ils étaient une force économique. Enfin quand je dis l’ensemble, je veux dire les poids lourds de l’économie sociale, ceux que Patrick Viveret appelait en 1986 « les éléphants » car pour ce qui est des tous petits, les associations à 0 ou 1 salariés, les micro-SCOP, ceux que le même Patrick Viveret appelait les « souris » leur exigence était moindre. Ils souhaitaient simplement que fût reconnu leur utilité sociale et leur rôle en matière d’animation et de développement des territoires.

L’évolution de l’économie sociale en 20 ans a démontré que ce clivage existe toujours. Malgré la création d’un éphémère Secrétariat d’Etat en 2000-2001, force a été de constater que, dans la « ménagerie ES », la mayonnaise avait toujours du mal à prendre. On rajouta même un « S » comme solidaire à la  fin tant certains pachydermes coopératifs ou mutualistes avaient du mal à faire croire  qu’ils étaient encore socialement légitimes, à force de vouloir être économiquement performants

Le vote de la loi qu’on devra appeler loi Hamon, tant c’est sous son ministère qu’elle a été élaborée, rebat un peu les cartes et remet au goût du jour les principes qui sont à l’origine du mouvement sans pour autant lever toutes es ambiguïtés. Mais cela suffit à raviver l’enthousiasme de certains. Manifestement les jeunes « kiffent » l’ESS mais il n’est pas sûr que l’enseignement supérieur  apporte une réponse adéquate à leurs aspirations généreuses

http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/economie-sociale-et-solidaire-ce-que-proposent-les-etablissements-du-superieur.html

Économie sociale et solidaire : ce que proposent les établissements du supérieur

Certes la loi reconnait que toute entreprise qui respecterait les principes suivants « but social autre que le seul partage des bénéfices, lucrativité encadrée, gouvernance démocratique et participative »  mais quand on y regarde de près, ce sont des principes dont se réclament aussi des entreprises qui revendiquent d’être Responsable Socialement et Environnementalement (RSE) gouvernance mise à part. En voulant reconnaître d’autres pratiques manageriales, le législateur brouille en fait un peu plus les lignes mais surtout, il ne reconnait encore une fois que le seul secteur des « éléphants » et c’est pour travailler dans ces grosses entreprises de l’ESS que va former l’Université. Les souris sont trop petites pour intéresser réellement l’enseignement supérieur. Et pourtant…

Certains étudiants vont donc au devant de quelques désillusions.

Mais il y a quand même des raisons d’espérer

Il se passe dans le sanctuaire du système capitaliste, la sphère financière, des petits mouvements discrets qui peuvent faire bouger les lignes.

Supplément Économie sociale et solidaire : L’éthique et la solidarité à l’assaut de la finance

L’éthique et la solidarité à l’assaut de la finance

Que ceux qui veulent agiter le cocotier se revendiquent de l’ESS, il n’y a rien de plus normal et cela laisse des espoirs à nos jeunes diplômés de « s’éclater » dans la finance tout en pouvant se regarder dans la glace tous les jours. Mais cela reste encore marginal. Drainer moins de 0,5% du patrimoine des ménages et des entreprises montre les limites actuelles de ce secteur et ses capacités à accueillir en masse les diplômés issus des 72 formations actuellement recensés.

Mais où sont donc les 90.000 recrutements de cadres dont parle l’article de l’étudiant ? La réponse est simple : ils sont dans ce fameux 10% de l’économie dont se gargarisent les tenants de l’ESS institutionnelles. Toutes ses structures (associations, mutuelles, coopératives, fondations) sont toutes reconnues d’ESS A PRIORI sans qu’il leur soit besoin de démontrer leur réelle vertu. Et pourtant….

Quand on lit ça : http://www.ouest-france.fr/banques-credit-mutuel-arkea-declare-la-guerre-la-federation-nationale-2881677?utm_source=of_alerte-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_alerte-generale&utm_content=20141006&vid=040032044041061035060111042044040038059044034033035018038035034044035123038060057

Banque. Crédit Mutuel Arkéa veut divorcer de sa fédération nationale

On peut être dubitatif. Que le litige porte sur des conflits d’intérêt importe peu. Il montre que la gouvernance laisse à désirer au moins au niveau fédéral. Si on se souvient que la plaignante Arkéa fut au cœur d’un conflit dur avec le personnel il y a quelques années, qu’à l’occasion de ce conflit les syndicats aient découvert qu’une filiale avait été créée , de statut ni mutuel, ni coopératif, pour permettre notamment des rémunérations accessoires de dirigeants, on se dit que parfois il faudrait aller regarder derrière le statut pour vérifier que ces entreprises légitimées par leurs statuts le sont aussi par leurs pratiques au non de ce qu’on demande a minima à celles qui n’ont pas ce statut mais s’en revendique au nom de principes de gestion. Si on rajoute enfin qu’un dirigeant de cette banque coopérative aurait dénié à un sociétaire le droit d’être même candidat à une fonction d’administrateur au seul motif que « ses dépôts étaient insuffisants » et « qu’à moins de 20.000 euros de dépôt ce n’était pas sérieux de vouloir être administrateur même d’une caisse locale », on peut alors penser que le divorce est consommé. C’est d’ailleurs ce que dit à sa façon cet article :

Pour un nouveau modèle socio-économique : le Coopératisme

Pour un nouveau modèle socio-économique : le Coopératisme

En s’appuyant notamment sur le contrexemple complet que représente le secteur bancaire coopératif et mutualiste.

Les principes évoqués dans cet article devraient permettre de relégitimer le VRAI secteur de l’Economie sociale et solidaire. C’est d’autant plus nécessaire que la troisième famille , le monde associatif, est actuellement en proie au doute, notamment sous la pression financière…des pouvoirs publics.

Dans un mois se déroule le mois de l’ESS : c’est sûrement le moment de poser sérieusement ces questions et d’arrêter les hypocrisies liées aux postures, et les impostures statistiques (les fameux 10%) liées au seul statut.

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mieux vaut en rire – rubrique inépuisable- n° 107

« dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. » Beaumarchais
« L’humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde
« On peut rire de tout mais pas avec tout le monde. » Pierre Desproges
« pour ce que rire est le propre de l’homme » Rabelais

Sur quel site trouve-t-on en page frontale les sujets suivants ?

Bâtir une prospérité partagée dans un monde d’inégalités

Une coalition mondiale pour l’emploi des jeunes

La richesse minière doit profiter aux pauvres

Discussion ouverte avec la société civile

Pour le savoir, allez ICI

Surprenant n’est-ce pas ?

Double langage ou mutation  des instances de régulation financière de l’ONU ?

Diplomatie onusienne vraisemblablement !

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L’argent du pouvoir, le pouvoir de l’argent (suite) : L’Etat aime les entreprises

Dans les précédents billets de cette série consacrée  au rapport de l’argent avec le pouvoir, ou du pouvoir avec l’argent si vous préférez, j’ai essayé d’illustrer en m’appuyant sur l’actualité la nature des rapports liant ou opposant le pouvoir d’Etat au pouvoir financier. Certains ont peut-être traduit un peu vite « les rapports de l’Etat et des entreprises ». Ce serait une grave erreur d’appréciation. En effet ce n’est pas la première fois que j’aborde cette question des rapports de l’Etat et des entreprises. Il y a deux ans et demi, j’avais abordé cette question d’un point de vue théorique dans une série de 4 billets que j’avais fini par rassembler dans une seule longue note

L’Etat et les entreprises 5/5

Qui n’était d’ailleurs que la poursuite d’un réflexion menée au sein d’un cénacle trop tôt disparu, Démocratie & Entreprises,  L’Etat et les entreprises

Certes, cela n’épuisait pas la question mais de mon point de vue, cela permettait de mieux fixer les jeux d’acteurs. Cela tombait bien puisque quelques mois après, le premier anniversaire de ce quinquennat me permettait de faire un petit bilan, d’étape

Un an après, il est temps de changer de cap… avec les entreprises

Le moins qu’on puisse dire est que ce bilan était très mitigé et que l’Etat méritait la mention « peut mieux faire ». Depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts comme a coulé le gouvernement Ayrault et comme vient de se saborder Valls 1. C’est le moment choisi par ce dernier pour faire une grande déclaration d’amour aux entreprises, sur le thème « nourrissons-nous de nos différences ! »

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/medef-manuel-valls-patrons-cessons-dopposer-etat-entreprises-27-08-2014-156793

Medef. Manuel Valls aux patrons : « Cessons d’opposer Etat et entreprises »

Pour avoir longtemps milité, au sein justement de D&E, pour la réconciliation du peuple de gauche avec le monde des entreprises (comme si le peuple laborieux de gauche ne travaillait pour une grande part dans …des entreprises), je ne peux qu’applaudir à ce discours.

Oui ce sont les entreprises, quel que soit leur statut juridique, qui crée l’essentiel des richesses !

Oui il faut aider les entreprises à créer ces richesses car c’est une des conditions essentielles pour que le modèle social français puisse continuer à fonctionner

MAIS

Ce n’est pas gagné d’avance. En effet, il ne suffit pas de dire pour que cela se fasse. Pour cela donnons la parole à un observateur plutôt impartial, Acteurs Publics, qui tout en affichant un profond attachement au service public tel qu’on le conçoit en France, milite aussi activement pour que ledit service public s’allège dans une perspective que je qualifierai volontiers de « libérale », au sens où « moins il y a d’Etat, meilleur l’Etat est ».

Alors cela donne ces deux constats

http://www.acteurspublics.com/2014/09/02/administrations-entreprises-elles-se-reparlent-enfin

Administrations-entreprises : elles se reparlent enfin !

http://www.acteurspublics.com/2014/09/03/jean-francois-roubaud-cgpme-le-temps-de-l-administration-n-est-pas-celui-des-entreprises

Jean-François Roubaud (CGPME) : “Le temps de l’administration n’est pas celui des entreprises”

Comme on le constate en lisant ces deux articles, les entreprises ont longuement la parole dans cette série d’articles et elles peuvent allègrement développer les griefs qu’elles ont, non pas avec l’Etat, mais avec son administration. Une enquête semblable, disons aux Etas-Unis ou en Allemagne n’aurait peut-être pas apportée des constats très différents tant il est vrai que toute administration a tendance à générer toutes les raisons qu’il faut pour se faire détester.

Sauf que dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pas de tout l’appareil d’Etat ni de tout le monde des entreprises.

Il existe dans les administrations, à tous les niveaux et même parfois au niveau le plus élevé des fonctionnaires qui comprennent parfaitement bien quels sont les intérêts des entreprises et qui, trouvant que certaines réglementations sont absurdes, contournent habilement lesdites réglementations.

Le constat par contre sur la « sécession » de la Haute Administration fait par l’Institut de l’Entreprise (sic ! car comment peut-on avoir l’outrecuidance de s’intituler « LE » institut ?) est typiquement français et concerne la façon très particulière dont la France assure le renouvellement de ses élites et cela dépasse le simple rapport entre l’Etat, comme institution, et les entreprises, comme acteur.

Le problème en effet est que, contrairement à ce qu’affirme le susnommé « LE » Institut, il y a bien porosité entre l’appareil d’Etat à son plus haut niveau et le monde des entreprises, à son plus haut niveau mais que la porosité ne se fait pas dans le bon sens ni au bon niveau. En effet, rare sont les cadres dirigeants d’entreprises qui entrent dans la haute administration, c’est plutôt l’inverse qui se passe, c’est-à-dire des hauts fonctionnaires qui partent pantoufler dans les entreprises et dans ce cas, ce sont rarement des PME, plutôt des institutions bancaires ou les stars du CAC 40. D’ailleurs, comme le font remarquer les hauts fonctionnaires partis dans le privé, il serait difficile de faire venir des pointures du privé compte tenu du niveau de rémunération de l’administration.

Donc le divorce entre l’Etat et les entreprises n’est pas total. Il est entre la haute administration et les entreprises qui ne sont pas du CAC 40. C’est ce qui permet d’ailleurs à Alternatives Economiques de titrer ainsi un des plus beaux réquisitoires qui soit contre l’autre bureaucratie, la bureaucratie patronale, connue dans les années 20 comme le Comité des Forges, dans les années d’après-guerre, comme le CNPF, et depuis les lubies du Baron Seilleres, comme le MEDEF

http://www.alternatives-economiques.fr/page.php?controller=article&action=html&id_article=69294&id_parution=633

On ne peut faire le bien des entreprises que MALGRÉ le MEDEF

En effet dans les années 20, au moins les choses étaient claires. C’était le club très fermé des « maîtres de forges » qui défendait ses intérêts. Après la deuxième guerre mondiale et la mise en  œuvre (toujours pas digérée à ce jour par une partie du patronat français) du programme du CNR, « les jours heureux », ce sont les intérêts de TOUT le patronat français qu’il s’agissait de défendre. Maintenant, après près de 30 ans d’alternance gauche-droite, il s’agirait de défendre « les intérêts de toutes les entreprises ». Mais comme c’est toujours la même petite élite qui est à la manœuvre, ce sont en fait toujours les mêmes intérêts de quelques uns qu’on défend. C’est d’ailleurs pour cela qu’à côté du MEDEF, il existe une CGPME dont le discours, moins audible, est souvent pourtant plus crédible.

La différence en effet est que quand un patron du CAC 40 parle des difficultés de son entreprise et des rapports difficiles que « l’entreprise » a avec l’administration, il cite un rapport qu’on lui a remis, alors qu’un dirigeant d’une PME, quand il parle, le dit le plus souvent avec ses tripes car il s’agit de ses tracas et de ses angoisses au quotidien. La différence est là.

L’Etat aime les entreprises, certes mais DES entreprises aussi aiment l’Etat

Même si le CICE n’a pas encore eu les effets escomptés sur l’emploi, il semblerait qu’il en ait déjà eu sur les résultats des entreprises. Dividendes des sociétés cotées : + 30% en un an ! En effet, pour distribuer des dividendes en augmentation, il faut avoir un résultat en augmentation, ou alors c’est suicidaire. Et pour que les résultats augmentent brutalement de 30%, la seule explication qui me vient à l’esprit, c’est que le CICE est venu dopé, de façon artificielle, le résultat, toutes choses étant restées évidemment égales par ailleurs au cours d’une année qui n’a pas vu l’effort d’investissement des entreprises faire un grand bond en avant.

Et parmi ces entreprises, il y en a quelques unes qui auraient vraiment très mauvaise grâce à se plaindre de l’Etat, ou plutôt des Etats puisqu’il s’agit d’une aubaine européenne

La BCE choisit la relance… des cadeaux aux banques

D’ailleurs, si besoin était de démontrer que le sort des entreprises et des Etats sont liés, il n’ya qu’à pour se convaincre de lire cet article

http://www.euractiv.fr/sections/innovation-entreprises/les-patrons-francais-mobilises-pour-un-plan-dinvestissement-europeen?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=0fbcdf2401-newsletter_derni%C3%A8res_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-0fbcdf2401-55417197

Les patrons français mobilisés pour un plan d’investissement européen

L’Etat est évidemment un partenaire exécrable mais ça peut être un très bon client. Et si la fin du divorce entre l’Etat et les entreprises se fondait sur ce constat. Mais cela supposerait que l’Etat reconnaisse que s’endetter pour investir, ce n’est pas vraiment s’endetter et surtout qu’il arrive à en convaincre les autorités bruxelloises, qui montrent par ailleurs leur peu d’intérêt réel qu’elles ont pour l’entreprise, du moins celle qui n’est pas transnationale, en multipliant les directives et règlements, démontrant par la même, non seulement que l’excès de normes tue la norme, mais aussi épuise les entreprises

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L’argent du pouvoir, le pouvoir de l’argent : l’ambiguïté de la gouvernance économique

Je concluais un précédent billet, billet L’argent du pouvoir, le pouvoir de l’argent !  par le constat assez désespérant que le pouvoir financier était en train de s’abstraire du pouvoir des états fussent-ils démocratiquement élus.  Prenons un exemple a contrario qui montre la lutte sans merci que se livrent le pouvoir politique et le pouvoir de la finances, qui est devenue une sphère à part, hors du champ de l’économie réelle. L’Etat américain vient de sanctionner plusieurs banques et leur infliger des amendes astronomiques. La dernière décision en date constitue même un record

http://www.ouest-france.fr/subprimes-amende-de-17-milliards-pour-bank-america-un-record-2771029

Subprimes. Amende de 17 milliards pour Bank of America, un record !

Est-ce à dire que les Etats ont encore les moyens de faire plier les puissances financières au nom de l’intérêt public. Cela serait en contradiction avec la thèse que je développais dans un précédent Mais ceci n’est contradictoire qu’en apparence.

Ce n’est qu’une des nombreuses passes d’armes qui vont émailler pendant quelques décennies, on peut le penser, la lutte d’influence que vont se livrer ces deux pouvoirs jusqu’à ce que l’un cède. Cela rappelle , toute chose égale par ailleurs et notamment en faisant abstraction de l’arrière-fond religieux de l’époque, la lutte que mena la monarchie française contre , déjà, les puissances financières. L’archétype de ces luttes est le règne de Philippe le Bel qui vit les Templiers monter au bûcher, les Lombards et les Juifs être lourdement taxés, ces dernier devant même être chassés de France après avoir été spoliés. Déjà, à l’époque, la réponse la plus brutale d’un pouvoir d’Etat, en phase ascendante cependant, était de frapper les puissances financières là où cela faisait mal. A l’époque, la passe d’arme finit au bénéfice du pouvoir d’Etat parce qu’il était en phase de conquête. Pas sûr que l’issue soit identique dans la phase actuelle où l’Etat, dans sa version Etat-Nation, a dépassé depuis quelques temps déjà son apogée, sans qu’il l’est vraiment admis.

Mais ce que peut se permettre l’Etat états-unien, peu d’Etat peuvent se le permettre. La meilleure preuve en est l’incapacité des Etats européens à mettre au pas leurs secteurs financiers respectifs.

Mais ne nous leurrons pas ! Cet impressionnant de bras de fer entre Washington et ses banques n’empêche pas pour autant une grande connivence quand les « intérêts supérieurs » le justifie. Nous savions déjà que les Etats-Unis voulaient exclure les services bancaires de l’accord TTIP

 Les services financiers restent exclus des négociations transatlantiques

Les services financiers restent exclus des négociations transatlantiques

. Voici maintenant que le secteur de l’assurance, qui pèse au moins aussi lourd dans la sphère financière que le secteur bancaire, ferait l’objet d’une exclusion

http://www.euractiv.fr/sections/euro-finances/lue-renonce-inclure-la-question-de-la-reassurance-dans-le-ttip-308036?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=6e1e4b137e-newsletter_derni%C3%A8res_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-6e1e4b137e-55417197

Bruxelles renonce à inclure la question de la réassurance dans le TTIP

Quand on se souvient que ce sont les Européens qui ont inventé la réassurance et qu’ils tiennent encore le haut du pavé, l’arrogance de l’alliance banque-Etat états-uniennes est encore plus insupportable et justifierait à elle seule qu’un rejette ce traité, quel que soit son nom.

Pour des raisons exactement parallèles, nous devrions également refuser de signer un accord similaire entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest

Nouvelles du front : stopper l’APE entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest, 9 août

Ceci pour montrer que des deux côtés de l’Atlantique, la gouvernance économique est à peu près la même, la différence vient peut-être de la puissance d’impact des parties prenantes à ces gouvernances.

« Et la démocratie dans tout cela qu’est-ce qu’elle devient ? » me direz-vous. Si vous ne faites rien, elle périclitera. Le plus dur sera de réinventer quelque chose pour la remplacer car comme disait Churchill « la démocratie est le pire système, à l’exclusion de tous les autres. »

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La productivité est-elle compatible avec le développement durable ?

Dans le précédent billet, je brocardais un peu sur la déclaration du tout nouveau et très contesté ministre de l’économie

http://www.ouest-france.fr/emmanuel-macron-il-nest-pas-interdit-detre-de-gauche-et-de-bon-sens-2791811?utm_source=of_alerte-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_alerte-generale&utm_content=20140901&vid=040032044041061035060111042044040038059044034033035018038035034044035123038060057

Emmanuel Macron. « Il n’est pas interdit d’être de gauche et de bon sens »

Facile d’ailleurs de moquer ce jeune ministre tellement il paraît difficile de trouver dans la bouche de sa grand’mère des sentences qu’on attendrait plus dans celle de l’ancien directeur du FMI. Mais enfin passons ! il a décidé de jouer le « bon sens  près de chez vous » comme on disait naguère dans une banque qui n’était pas la sienne.

Mais comme il n’est pas avare de déclarations pré, post et peri-nomination, il vient d’en faire une bien bonne qui relance le débat sur productivité et remet les revendications du MEDEF à leurs places.

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/emmanuel-macron-competitivite-nest-pas-quune-baisse-charges-02-09-2014-157228

Emmanuel Macron : « La compétitivité n’est pas qu’une baisse des charges »

Ce faisant, il ne fait que reprendre les propositions du rapport Gallois sur la productivité des entreprises françaises, rapport qui n’a eu qu’une application imparfaite, bien que son auteur soit aussi labellisé « social-libéral » et « grand patron ». Dans un billet que j’avais commis à la sortie de ce rapport, je prévoyais déjà l’impact limité que celui-ci aurait

Compétitivité : « Quatre débats pour le prix d’un » ou « comment la quadrature du cercle tourne en rond »

Dans cette veine la déclaration du ministre de l’économie est plutôt de la veine social-démocrate que de la veine libérale en effet quand il déclare que : « La compétitivité, c’est l’organisation de l’entreprise, son financement, la montée en gamme et en qualité, la meilleure adaptation du droit du travail, l’investissement productif… », il renvoie les chefs d’entreprises, du moins ceux qui se plaignent, à leur responsabilité en invoquant des sujets qui sont de leur seul choix stratégique : l’organisation, le positionnement commercial, le financement et l’investissement, concédant toutefois qu’il faudra « une adaptation du droit du travail »

En écho à ces propos, vient de paraître une étude très intéressante autant par le point de vue choisi par les chercheurs que par les conclusions auxquelles ils arrivent

http://www.actu-environnement.com/ae/news/magali-delmas-sanja-pekovic-performance-salaries-entreprises-vertes-22547.php4#xtor=ES-6

Les employés des entreprises « vertes » sont significativement plus productifs

En effet que disent-ils ces chercheurs ? Les choix stratégiques de l’entreprise, guident ses choix en matière d’organisation, en matière de recrutement et de valorisation des compétences et que ce mélange aboutit finalement à un ensemble qui produit plus, et dans de meilleures conditions sociales et environnementales.

Il serait bon que notre ministre de l’Economie lise cette étude.

On en vient à regretter qu’il n’y ait pas eu dans ce gouvernement un Secretaire d’Etat à « l’économie verte ».

Mais si le ministre actuel veut faire le boulot, qu’il ne se gêne surtout pas car comme disait Deng Ziao Ping « peu importe que le chat soit blanc ou gris, pourvu qu’il attrape les souris ».

Notons quand même ce délicieux paradoxe que ce serait dans les entreprises dont le paradigme n’est pas « la croissance » que la productivité serait la meilleure. Cela ouvre de belles perspectives sur la réduction du temps de travail. « Etonnant n’est-ce pas ? » comme aurait dit Pierre Desproges

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Le bon sens paysan à Bercy ? Le Contresens à Matignon ?

Les accusations de « social-libéralisme » fleurissent pour parler du gouvernement Valls 2 sans bien savoir souvent ce qu’on met sous ce vocable qui se veut immanquablement infamant.

S’il s’agit de dire par là qu’on se fait élire par des voix de gauche pour mener une politique de justice sociale et ensuite mener une politique servant les intérêts les plus privés de groupes financiers qui n’ont plus d’entreprises que le nom, alors il n’est pas sûr que le plus social-libéral soit celui qu’on dit.
En effet, il y a de cela 4 ans, j’avais publié un billet que m’avait transmis un haut fonctionnaire, tenu alors au devoir de réserve, qui démontrait comment le gouvernement de l’époque, authentiquement libéral et ouvertement ami des grands groupes financiers s’arrangeait pour financer les programmes qui lui tenait à cœur sans donner l’impression de (trop) creuser les déficits

Est-ce parce que l’Etat est devenu pauvre qu’il faut accepter des financements de pauvre?

Il était démontré dans cet article que les partenariats public-privé jouaient sur les finances publics le même rôle anesthésiant que le crédit revolving et toutes les formes de crédit facile sur le budget des ménages surendettés. Il y démontrait aussi que c’était l’astuce suprême qu’avaient trouvé les grands groupes qui font l’essentiel de leur chiffre d’affaires avec la commande publique pour maintenir un haut niveau de commande en période de vaches maigres budgétaires. Mais comme le dirait un opticien « ça c’était avant ! »

Hélas non ! Quelle n’a pas été ma surprise de lire cet article dans Acteurs Publics, par ailleurs fin observateur des évolutions de l’administration

http://www.acteurspublics.com/2014/09/02/manuel-valls-se-fait-l-avocat-des-partenariats-public-prive 

Manuel Valls se fait l’avocat des partenariats public-privé

Certes le contexte s’y prêtait mais était-il nécessaire de le faire en présence d’un dirigeant d’un groupe de travaux publics qui en fait ses choux gras. Certes, il faut soutenir l’investissement public, qui est un des moteurs du développement, dans cette période-ci mais s’endetter pour investir dans des travaux d’infrastructures, ce n’est pas vraiment s’endetter, en tout cas moins que pour assurer ses fins de mois. C’est surtout moins onéreux pour les finances publiques que d’accepter des surcoûts de marché pouvant dépasser les 10% uniquement par ce que c’est plus facile. C’est d’autant moins admissible que le même jour ou presque le Trésor empruntait 8 milliards à un taux négatif. C’est d’autant moins acceptable que dans le même temps, le gouvernement français fait le forcing pour que l’Union Européenne emprunte pour financer….des infrastructures.

J’ai envie de rappeler au Premier Ministre la phrase que vient de lâcher son ministre de l’économie

http://www.ouest-france.fr/emmanuel-macron-il-nest-pas-interdit-detre-de-gauche-et-de-bon-sens-2791811?utm_source=of_alerte-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_alerte-generale&utm_content=20140901&vid=040032044041061035060111042044040038059044034033035018038035034044035123038060057

Emmanuel Macron. « Il n’est pas interdit d’être de gauche et de bon sens »

Cette interview ayant été faite après sa prise de fonction, on peut considérer qu’il a fait cette déclaration en toute connaissance de cause et que cela sera sa marque de fabrique.

Mais là attendons un peu car comme il le dit lui-même : il faudra le juger non sur ce qu’il dit mais sur ce qu’il fera.

Rappelons toutefois, ce que dit d’ailleurs l’article d’Acteurs Publics, qu’il existe un rapport parlementaire, mais aussi plus d’un rapport de la Cour des Comptes, qui met en garde contre l’usage des partenariats public-privé.

http://www.acteurspublics.com/2014/07/16/les-ppp-un-contrat-juge-fallacieux-pour-les-collectivites-locales

Les PPP, un contrat jugé “fallacieux” pour les collectivités locales

On ne peut être plus virulent dans l’attaque, s’agissant d’un rapport parlementaire. Et au-delà de toutes les arguties en faveur ou contre les PPP, l’un des deux auteurs de ce rapport résume bien ce qui fait le fond du problème« Car un PPP, c’est de la dette durable que l’on transmet aux générations futures ».

Alors Monsieur le Premier ministre, monsieur le ministre de l’économie, toujours favorable aux PPP ….au nom du bon sens ?

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Mieux vaut en rire –rubrique inépuisable- n° 106 : embargo, a gogo ou pour gogos ?

« Dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. » Beaumarchais

« L’humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde

« On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. » Pierre Desproges

« pour ce que rire est le propre de l’homme » Rabelais

La situation est dramatique aux frontières Ouest de la Russie, en Ukraine, en Géorgie, en Biélorussie. Seuls les Etas baltes et la Pologne semblent épargner pour l’instant.

Face à cette situation, les protagonistes réels, la Russie d’un côté, l’Otan de l’autre ont des réponses dérisoires et qui prêteraient à sourire si le contexte n’était pas aussi sanglant.

Accordons-nous pourtant un moment de répit et essayons de sourire de l’absurdité des homme
J’ai du mal, à l’ère des échanges électroniques, de percevoir l’impact que peut avoir l’interdiction du territoire des pays de l’OTAN à quelques dignitaires russes mais c’est parait-il une arme de dissuasion massive. Est-ce les virées sur la Côte d’Azur ou les soirs de grands match à Wembley qui vont manquer aux oligarques russes ? J’en doute. Mais le principal est que les alliés occidentaux le croient et surtout arrivent à nous le faire croire pour masquer leur impuissance, ou plutôt leur aboulie.

Par contre la riposte de Poutine est, elle, bien concrète : l’embargo sur les produits agricoles et cela provoque inévitablement déjà des drames dans les exploitations agricoles françaises au point que la Commission va mettre la main au portefeuille.

http://www.ouest-france.fr/embargo-russe-lue-debloque-125-millions-deuros-pour-les-maraichers-2766513

Embargo russe. L’UE débloque 125 millions d’euros pour les maraîchers

Bien que cela n’ait aucun lien de cause à effet, dans le même temps une association familliale, « famille rurale », fait le constat suivant

http://www.ouest-france.fr/consommation-les-fruits-et-les-legumes-vendus-moins-cher-cet-ete-2770899

Consommation. Les fruits et les légumes vendus moins cher cet été

C’est sûr que l’embargo décidé par le nouveau tsar russe va encore accentuer la tendance. Toutefois, je reste dubitatif  sur les causes de ce désintérêt et sur les constats faits car  une autre étude de consommation, menée par une autre organisation de consommateur la CLCV, donne une explication qui n’est pas forcément que climatique à ce déséquilibre entre l’offre et la demande

http://www.ouest-france.fr/consommation-les-tomates-et-les-fraises-decoivent-les-consommateurs-2730918

Consommation. Les tomates et les fraises déçoivent les consommateurs

Evidemment, si on n’aime pas, on achète moins

Du coup, j’aurai bien une autre explication à cet embargo à l’encontre des produits agricoles et agro-alimentaires européens et nord-américains. Tuyauté par Gégé la bonne bouffe, acteur jadis français et amateur des bonnes choses que produit la terre par ailleurs, le nouveau tsar aurait souhaité préserver la qualité du panier de la baboutchka. C’est ce qu’Obelix appellerait « la guerre psychologique ». Ce qui me conforte dans cette opinion, c’est que dans le même temps plusieurs restaurants d’une chaîne de restauration rapide mondialement connue « pour la qualité » de ses hamburgers viennent de subir une fermeture administrative et parmi eux, celui de la Place Rouge dont l’ouverture fut le signe le plus tangible de la perestroïka

Il n’empêche que les 125 millions d’euros risquent fort de rester en travers de la gorge de beaucoup de contribuables, qui évidemment, n’y comprennent rien à la géostratégie.

Par contre les grands de ce monde, les puissants, eux comprennent tout à ces jeux, d’autant plus qu’ils en tirent les ficelles, au point parfois de prendre des décisions qui si elles n’étaient pas aussi scandaleuses seraient cocasses

L’actualité de la semaine nous en offre quelques exemples :

Le premier sur le mode « J’ai vieilli et je me suis assagi. »

Vous vous souvenez peut-être qu’en juin 1981, un jeune sous-préfet avait bruyamment démissionné de la fonction publique pour protester contre l’arrivée au pouvoir de la « gauche socialo-communiste » . 33 ans  (l’âge du Christ !) après, le voilà prêt à signer un accord avec le nouveau tsar pour promouvoir au-delà des frontières son idéologie réactionnaire

http://www.ouest-france.fr/polemique-le-puy-du-fou-attaque-la-crimee-2767440

Polémique. Le Puy du Fou attaque la Crimée

Certes, ce n’est pas (encore) devenu un crime de commercer avec la Russie mais dans le contexte actuel, implanter un parc de loisir dans un pays qui a changé de souveraineté au mépris de toutes les règles du droit international n’est pas un acte anodin. Mais peut-être que le Vicomte a reconnu dans l’ancien cadre du KGB quelqu’un de sa trempe, un des liquidateurs du bochevisme tant honni et peut-être espère-t-il ainsi , sur un site proche de Yalta (pour le symbole) mais loin tout de même d’Odessa (où s’illustrèrent les marins du Cuirassé Potempkine), recréer un spectacle mettant en valeur la « résistance héroïque des Russes Blancs face à la barbarie des hordes de l’Armée Rouge de Trotski ». Compte tenu du contexte, on peut penser que des banques françaises financeront : elles sont habitués à braver les embargos.

 

Le second sur le mode « à malin, malin et demi »

Comme je le suggère juste au-dessus, qui dit embargo, dit tentative de contourner l’embargo et cela n’a pas tardé mais il vaut quand même mieux le faire intelligemment et non pas comme ceux-ci

http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/des-crevettes-bielorusses-viennent-illustrer-les-limites-de-lembargo?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=24a340e074-newsletter_derni%C3%A8res_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-24a340e074-55417197

Des crevettes biélorusses viennent illustrer les limites de l’embargo russe

Faut-il être bête, mais c’est vrai que le choix était limité pour les importateurs de crevettes : La Suisse ou le Lichtenstein, n’aurait pas non plus été une bonne origine et quand à regarder du côté des pays insulaires (là il n’y a pas de problème, il y a de la mer tout autour) qui servent aussi de paradis fiscal, le choix était risqué. Ces petites iles sont quand même sous contrôle des grands pays membres de l’OTAN.

Reste que la piste est quand même bonne à creuser pour les petits malins qui veulent vendre par exemple du porc (car il n’y a pas que les légumes qui sont frappés d’embargo). Ces petits malins qui ont déjà découvert qu’à l’Est (en l’occurrence les abattoirs allemands), le monde est plus ensoleillé, n’ont qu’à poursuivre leur route vers le soleil levant et faire comme ceux qui ailleurs dans les anciennes colonies soviétiques , sont en train d’accaparer toutes les terres arables

http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-terres-agricoles-europe-est-attirent-autant-lucien-bourgeois-712329.html

Pourquoi les terres agricoles d’Europe de l’est attirent autant ?

Attention toutefois, s’ils veulent y faire naturaliser du porc d’éviter d’investir dans certaine république au Sud de la Russie, à majorité musulmane. Cela manquerait de crédibilité.

 

Le troisième sur le mode « je me tire une balle dans le pied »

Tout le monde a compris, même ceux qui n’y comprennent rien à la géopolitique, que si les sanctions contre la Russie restaient modérées, c’est parce que ce pays détient les vannes du bien le plus précieux actuellement, les hydrocarbures. L’Allemagne est particulièrement sensible à l’argument. C’est pourquoi, il apparait fâcheux que les autorités administratives allemandes autorisent cela

http://www.boursorama.com/actualites/berlin-autorise-la-vente-d-une-filiale-de-rwe-a-un-russe-645f2ff978607b5feced1d42f623f43b

Berlin autorise la vente d’une filiale de RWE à un Russe

Certes la décision était attendue depuis le printemps dernier, mais déjà à cette époque on savait que la situation était compliquée entre la Russie et ses voisins extra-communautaires. Autoriser la vente de la filiale « hydrocarbures » d’un des grands groupes énergétiques n’est peut-être pas la meilleur décision à prendre même si légalement, il n’y avait pas d’autres choix, puisqu’officiellement il n’y a pas d’embargo. Et puis les relations germano-russes dans les hydrocarbures sont une vieille histoire surtout depuis qu’un ex-chancelier s’est vu proposé (et il a accepté) une seconde carrière à la tête d’un groupe gazier russe.

 

Le quatrième sur le mode « je me tire carrément une rafale dans le second pied »

Les Américains ont le monopole du guidage satellitaire grâce à GPS. Les Russes peinent à faire émerger un concurrent et les Européens encore plus avec le projet Galileo, le mal-nomme ( « e pur si muove », « et pourtant elle bouge », elle !). Mais après moult vicissitudes, le projet décollait enfin. Las ! ça n’a pas fonctionné comme prévu

http://www.lefigaro.fr/sciences/2014/08/22/01008-20140822ARTFIG00312-galileo-le-gps-europeen-redecolle.php

Galileo : les satellites n’ont pas atteint la bonne orbite

Quelle idée aussi de confier à un pays potentiellement concurrent le soin d’assurer le lancement des premiers satellites ! Certes me direz-vous, mais la décision a été prise bien avant que les choses se tendent avec la Russie. Mais tout le monde connaissait les projets russes en matière de guidage satellitaire et il aurait fallu se méfier. Le plus triste dans l’histoire est que la suite des lancements sera assurée par une fusée européenne et on pouvait donc s’y prendre autrement. Le plus drôle dans l’histoire est que sur ce coup-là, les deux véritables antagonistes de la crise ukrainienne, la Russie et les Etats-Unis sont et resteront des alliés objectifs pour contrecarrer le projet européen, plus performant que les leurs.

Quitte à se jeter dans la gueule du loup, on pourrait suggérer que pour les lancements suivants, l’agence eurpéenne de l’espace confie le lancement à un Soyouz et le guidage à …GPS ; Compte tenu de ce que cela produit parfois, cela pourrait être cocasse.

Ben voilà, la preuve qu’on peut quand même sourire de ce qui est triste.

Mais n’oublions pas que derrière ce sourire, il va y avoir des tas de gens qui vont souffrir : les consommateurs russes qui n’avaient pas besoin de cela pour se serrer la ceinture, les agriculteurs européens, producteurs de légumes et de fruits, éleveurs de porc et de volaille qui, notamment en Bretagne n’avaient pas besoin de cela pour en crever et qui n’ont pas la possibilité, ni la volonté, eux, de contourner l’embargo.

Comme quoi mes vieux compères Beaumarchais, Oscar Wilde et Pierre Desproges ont raison :  derrière les rires, il y a souvent des larmes mais ce n’est pas parce qu’il y a des larmes qu’il ne faut pas parfois savoir en rire « pour ce que rire est le propre de l’Homme. » comme le disait François Rabelais que je rajoute à ma liste.

 

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