Les profiteurs de guerre.

En stigmatisant sans les nommer un certain nombre d’entreprises, françaises notamment, le Président de la République a peut-être réussi un joli effet de manches mais il a aussi provoqué des réactions virulentes de vertus outragées dans leur engagement citoyen.

Ainsi celui qui fut un patron emblématique des entreprises françaises de production d’énergie se fend d’un billet au vitriol sur le site Atlantico, qui n’est pas habituellement ma tasse de thé https://atlantico.fr/Les profiteurs de guerre du marché de l’énergie sont-ils vraiment là où les voit Emmanuel Macron ?.

Ce qu’il dit concernant l’effet boomerang des sanctions prises par les alliés de l’OTAN n’est pas dénué de fondement. Et dans ce domaine, aussi bien la Russie qui vend plus cher son gaz, que les Etats-Unis qui nous fourguent leur gaz de schiste profitent bien de notre vulnérabilité actuelle. Ce sont donc les premiers profiteurs de guerre. Paradoxal, non ? Pas tant que ça.

Ce que dit également Le Floch-Prigent sur les effets dévastateurs de la dérégulation du commerce de l’énergie est parfaitement bien vu qu’il s’agisse du renchérissement global des coûts né de la création d’un nouvel intermédiaire parasite ou de la rente versée par EDF à ces parasites via le dispositif ARENH. Il est paradoxal que les principaux profiteurs de ce nouveau système, Totalenergies et Engie soient toutes les deux les descendantes en ligne directe d’entreprises qu’il dirigea naguère, ELF et GDF.

Du coup, certains dans le champ anti-étatique ont vu aussi parmi les profiteurs évidents de cette situation de guerre, l’Etat lui-même dans la mesure où il est celui qui ponctionne le plus. Les chiffres sont là pour le confirmer, sauf que dans la période récente le propos n’est plus tout à fait aussi juste que cela https://www.la-croix.com/Prix du carburant : l’État va reverser plus qu’il ne gagne en taxes.

Il n’empêche que ce niveau de prélèvement continue à poser problème. Il en posera même encore plus dans quelques années lorsque la décision prise récemment au Conseil Européen entrera dans les faits. En effet, la suppression des véhicules moteur thermique sonne le glas de la TICPE. Mais nul doute que les têtes pensantes de Bercy vont trouver une parade. Je crains que le prix de l’électricité, à laquelle nous serions alors complètement accro, sera grevé d’une taxe coquette.

Mais en faisant ainsi le tour des « profiteurs de guerre », j’ai l’impression d’en oublier quelques uns. Du coup pour me rafraîchir la mémoire, je suis allé voir ce que j’avais écrit sur la question, il y a quelques temps. Or ce que « quelques temps », c’était pour ainsi dire hier puisque en novembre 2021 j’écrivais ceci Prix des hydrocarbures, de qui se moque-t-on ?. Vous noterez que Poutine n’était pas encore totalement diabolisé, juste présenté comme un habile manipulateur, que la guerre n’était pas la cause de nos malheur et donc qu’il n’y avait pas encore de « profiteurs de guerre », juste des profiteurs.

Or parmi ceux-ci, il y en a dont on ne parle presque jamais, justement parce qu’ils sont discrets, les spéculateurs à la marge, ceux par qui tout se déclenche. En effet, un hausse brutale du marché ponctuel des hydrocarbures ne modifie en rien les contrats à long terme mais donne une occasion à tout le monde de donner un « petit coup de pouce » au prix. C’est encore pire quand le prix réglementé est calculé sur le prix moyen constaté sur ces marchés spots puisque là on a une norme totalement manipulable par les spéculateurs.

Du coup qui sont-ils ? Nul ne le sait. Dans ce billet de novembre 2021, je renvoyais à un autre billet de 2011 celui-là (comme quoi il n’y a rien de nouveau sous le soleil) Mes brêves de compteur n°8 dans lequel j’identifiais 9 banques, françaises, allemandes, britanniques et américaines officiellement autorisées par le gouvernement français à vendre du gaz.

Depuis un certain nombre d’entre elles ont perdu cet agrément
Arrêté du 2 août 2016 abrogeant des arrêtés d’autorisation à exercer l’activité de fourniture de gaz naturel
Arrêté du 22 juin 2012 abrogeant l’autorisation de fourniture de gaz naturel de la société Royal Bank of Scotland plc (RBS)
mais 5 d’entre elles n’ont pas vu leur autorisation abrogée voire même pour l’une d’entre elles cette autorisation a été récemment conformée Arrêté du 16 septembre 2020 transférant l’autorisation de fourniture de gaz naturel de la société Goldman Sachs Europe SE (GSE) à Goldman Sachs Paris Inc. et Cie (GSPIC). Une banque qui vend du gaz, c’était louche il y a 10 ans. Cela l’est toujours.

De là à conclure qu’elle pourrait être « profiteurs de guerre » , il y a un pas que je franchirait, dans un sens ou dans l’autre qu’après avoir vu les résultats de leur exercice 2022 car après tout, c’est toujours à la fin du marché qu’on compte les bouses !

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