Après le green washing le social washing

Quand le concept d’économie sociale est apparu au détours des années 80, pour remplacer le concept un peu fumeux de « tiers secteur », il caractérisait des entreprises qui se distinguaient aussi bien des administrations publiques que de entreprises capitalistes ou personnelles par leurs statuts : pas de propriété du capital, impartageabilité des réserves, mises en réserves systématiques des excédents et surtout un mode de décision démocratique fondé sur le principe un homme=une voix. Sur ce dernier point, la différence entre les différentes formes d’entreprises, coopératives, mutuelles, associations c’était surtout la composition du corps électoral auquel s’appliquait ce principe démocratique.

Puis dans les années 90, l’Economie sociale est devenue Economie Sociale et Solidaire pour mieux marquer sa spécificité mais surtout pour indiquer que les entreprises de ce secteur étaient en train d’investir de nouveaux champs de l’activité humaine, notamment en innovant par la nature des services qu’elles rendaient autour d’elles, par la façon de faire participer leurs bénévoles mais aussi celles et ceux qui bénéficiaient de ces services. C’est ce qu’on appelait l’innovation sociale et faute d’avoir trouvé l’équivalent en français l’ « empowerment ».

Puis vers la même époque apparut un nouveau type d’entrepreneurs, des chefs d’entreprise, dont la motivation n’était pas uniquement la réussite économique et, par ricochet la réussite sociale personnelle que cette réussite économique induit généralement. Ils avaient également une ambition sociale ou sociétale, soit de réparer les dégâts faits aux gens par le système économique dominant, soit réparer ou réduire les dégâts faits à la planète par le même système. Ils se baptisèrent eux-mêmes les entrepreneurs sociaux et obtinrent la reconnaissance par la loi de l’appartenance à la grande famille de l’économie sociale et et solidaire avec la création de l’agrément d’entreprise solidaire d’utilité sociale.

Jusque là, les différentes étapes de constitution de l’ESS s’était faite sur des bases clairement anticapitalistes. En effet, les premières mutuelles, les premières coopératives sont nées grâce notamment aux syndicats, aux associations ouvrières qui souhaitaient se doter d’outils de protection contre l’avidité d’un système dont l’argent était le principal moteur. L’économie réparatrice des années 90 était apparue pour les mêmes raisons.

En ce qui concerne les ESUS c’était déjà plus ambigu, avec un pied dedans et un pied dehors. D’ailleurs, la mise en œuvre de l’agrément d’ESUS par les services de l’Etat le démontra rapidement Doux ESUS , ils ne parlent que de gros sous ! : le financement de l’ESS (suite et pas fin).
Mais les choses ont fini de se gâter sous ce quinquennat, tout d’abord avec la création de ce label grotesque « French Impact » et le concept fumeux d’entreprise à impact. Le summum a été atteint avec l’introduction par la loi du statut d’entreprise à mission. Ce sont autant de tentatives de rendre aux entreprises capitalistes un semblant de virginité et de la même manière que les gens de marketing ont habilement repeint en vert leur discours enjôleurs afin de flatter l’appétence d’une partie des consommateurs pour tout ce qui touche à la défense de la planète, au commerce équitable et à l’inclusion sociale, les financiers se sont emparés des mêmes thèmes pour faire croire que des entreprises capitalistes par essence [et ici ce mot n’a aucune connotation idéologique puisqu’il constate simplement que le capital donne le pouvoir et que son but essentiel est de générer plus de capital] sont aussi des entreprises solidaires ayant une certaine utilité sociale..

Du coup, cela donne cette tribune https://www.challenges.fr/Lettre à Emmanuel Macron : 100 jours pour aligner économie, écologie et progrès social. Je ne remet pas en cause les convictions de leurs auteurs qui, de bonne foi peut-être, croient qu’ils oeuvrent pour le Bien mais je ne peux m’empêcher de constater que leur logiciel de pensée n’est pas vraiment dans l’esprit de la démarche ESS d’origine. Il ne viendrait à l’idée de personne dans l’ESS de revendiquer une aide spécifique au motif que la solidarité est un handicap de compétitivité « importante distorsion de concurrence à être plus vertueuses d’un point de vue social, environnemental et du partage de la valeur. ». Il ne viendrait à personne dans l’économie sociale et solidaire de considérer que le versement de dividendes est un investissement, comme d’ailleurs la prime de fin d’année « investir chaque année leurs bénéfices autant en dividendes qu’en participation pour leurs salariés ».

Quant à vouloir rendre plus transparente la rémunération des dirigeants en indexant celle-ci sur les Accords de Paris, d’une part, ce serait ma moindre des choses puisque, comme il s’agissait d’une COP, c’est à dire une conférence des parties prenantes, il n’y a aucune raison que les entreprises, parties prenantes s’il en est, s’en exonèrent, et d’autre part, la question de la rémunération des dirigeants de l’ESS est d’abord une question d’échelle des salaires au sein même de l’entreprise. Parler d’écart de rémunération de 1 à 10 ou de 1 à 20 entre les mieux pays et le bas de la pyramide aurait eu plus de sens dans une démarche de type ESS, ce qui n’exclut pas aussi bien sûr la prise en compte des objectifs de l’Accord de Paris, voire les Objectifs de développement durable de l’ONU.

Mais manifestement, il s’agit là d’actrices et d’acteurs économiques qui croit que le macronisme est une révolution alors qu’elle n’est qu’un habile ravalement de la façade d’un édifice vieillissant.

Pour conclure, il n’y a rien d’étonnant à ce que cela paraisse dans cette publication dont le principal financeur ces dernières années n’est autre que le patron du système, l’homme le plus riche de France Monsieur Arnault. Il a parfaitement compris que pour que rien ne change, tout doit changer, au moins en apparence.

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