Élections présidentielles : un autre sujet oublié

Dans des interventions à contre-emploi, l’une se pare dans des oripeaux de démocratie tandis que l’autre comisère dans des trémolos de solidarité. Bien sûr, ils ont raison de vouloir montrer la face de ce qu’ils ne sont pas afin de mieux brouiller la mauvaise image qu’ils véhiculent.

Mais c’est dommage pour les débats, car l’un comme l’autre auraient pu, s’ils y avaient cru, parler de ce qui constitue un des nombreux liens entre démocratie et solidarité , l’économie sociale et solidaire.

Tiens voilà encore un sujet qui est passé sous les radars des campagnes politico-médiatiques et pourtant il y aurait eu bien des choses à dire.

Je commencerai par ce constat fait par une vingtaine de dirigeants d’entreprises https://www.nouvelobs.com/« Il ne peut plus y avoir une économie qui conquiert des marchés et une économie qui répare ». Ils ont raison dans le diagnostic qu’ils font de cette dichotomie qui veut que l’ESS soit là pour pallier les défaillances d’un système capitaliste par essence conquérant.

Par contre leur remède à ces maux n’est peut-être pas le mieux adapté. En effet, avec tous les tenants du courant de pensée des « entrepreneurs sociaux », ils font le pari que le capitalisme peut se rénover https://tnova.fr/economie-social/Une politique pour développer l’économie de l’impact et construire un nouveau capitalisme et ne plus être ce système économique dont l’objectif principal est la performance économique et financière car le but en est quand même la maximisation du profit. Quand bien même ils penseraient le contraire, il y aura toujours la principale partie prenante, les actionnaires, qui sera là pour leur rappeler que l’argent est fait et donc investi pour produire de l’argent et rien d’autre. Qu’il en soit autrement voudrait dire que le capitalisme n’est plus capitaliste et dans ce cas, il sera intéressant de définir ce que ce nouveau système est devenu.

Imaginons donc un système où l’argent ne serait plus qu’un moyen et non une fin et que la finalité de toute entreprise soit autre, par exemple, satisfaire un besoin social. Imaginez ensuite que la détention du capital apporté pour financer cette entreprise ne donne pas plus de pouvoir que celui d’un créancier vis à vis de son débiteur. Imaginez encore que ceux qui s’activent pour que cette entreprise fonctionne aient leur mot à dire sur la façon dont elle doit fonctionner et que leur avis soit prépondérant. Imaginez enfin que ceux qui bénéficient du bien ou du service que produit cette entreprise. N’imaginez plus, cela existe, du moins partiellement, ce sont les entreprises de l’économie sociale et solidaire. C’est un peu ce que décrit très imparfaitement cet article https://www.ouest-france.fr/Présidentielle. En quoi le modèle mutualiste doit être une source d’inspiration pour les candidats.

Hélas, aucune entreprise même d’économie sociale et solidaire ne coche toutes les cases. En fait, il y a 10 ans déjà, j’avais esquissé ce que cela pourrait être
mais alors c’est quoi « une entreprise vertueuse »?
Pourquoi la RSE n’est pas (encore) un schéma pour « une entreprise vertueuse »
Pourquoi les entrepreneurs sociaux ne peuvent pas (encore) être un modèle d’entreprise vertueuse
Pourquoi les entreprises d’économie sociale ne peuvent pas (encore) être des entreprises vertueuses

Si telle devait être l’évolution des entreprises à impact, cela voudrait effectivement dire que le capitalisme est en train de dépérir pour faire place à un autre modèle économique beaucoup plus inclusif. Il s’agirait pour le coup d’une révolution bien plus spectaculaire que la Grande Révolution du Grand Soir. Cela vaut mieux qu’une tribune mal ficelée dans un journal dit de gauche ou qu’une étude insuffisamment documentée pour un think tank pourtant sérieux d’habitude. Mais cela vaut quand mieux que les tentatives de racolage de l’héritage gaullien sur fond de participation ouvrière aux bénéfices. Quand on veut parler de démocratie, celle-ci ne peut s’arrêter aux portes des entreprises, où la plupart d’entre nous passent la plus grande partie de leur temps éveillé. De même quand on parle solidarité, il ne s’agit pas qu’on entende charité réparatrice mais bien tenir solidement ensemble.

Dommage, nous ne risquons pas d’entendre cela dans les deux semaines qui viennent.

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