Les consultants dans la fonction publique : Ils sont déjà là !

Lorsque cette circulaire a été publiée en janvier 2022 https://www.acteurspublics.fr/Une circulaire pour encadrer le recours aux cabinets de conseil, j’avais envisagé de publier un billet intitulé « mais ils sont déjà là ». Je ne l’ai finalement pas fait parce que je n’aurai pu apporter pour étayer mon affirmation que mes propres observations qui remontaient au mieux au début de la décennie précédente.

Il y avait bien cette information qui m’avait fait un peu sursauter https://www.consultor.fr/articles/elu-et-consultant-mckinsey-pour-le-vaccin-covid-un-stratege-ministeriel-surprenant, non pas tant à cause du contenu de la mission, quoique en l’occurrence on peut s’interroger sur la pertinence de confier à une entité privée le soin d’organiser une action de santé publique, mais surtout à cause de la personnalité du pilote du projet Vaccin covid : ce juppéiste surprenant consultant McKinsey du gouvernement, homme politique localement actif, à tel point qu’en cours de mission, il s’est fait élire président d’un exécutif départemental, le Conseil Départemental du Finistère. Le mélange des genres me semblait funeste.

Finalement je ne l’ai pas fait à ce moment-là. Mais il se trouve que l’actualité a remis en lumière cette question de l’invasion des cabinets de conseil dans le pilotage stratégique et opérationnel de l’Etat.

La charge est venue du Sénat https://acteurspublics.fr/Transparence, pilotage… Les pistes du Sénat pour encadrer le recours aux cabinets de conseil. Informé de cette enquête parlementaire, le gouvernement avait-il pris les devants en publiant la circulaire de janvier ? Ou à l’inverse, conscient de cette dérive, avant les parlementaires, avait-il décidé de mettre le holà et que la publication de cette circulaire a titillé la curiosité des sénateurs? Nous ne le saurons vraisemblablement jamais.

Toujours est-il qu’il devenait urgent que cette question soit posée. En effet, cela devenait tellement visible que même la profession s’en inquiétait https://www.consultor.fr/Enquête – À Matignon, vingt et un marchés de conseil en dix ans. Vous noterez que dans cet article, il est largement fait mention des actions d’accompagnement (de coaching) de cadres dirigeants (de leaders) dans leur action de gestion d’équipe (de management). J’ai envie de répondre à cela que l’Etat s’est doté des outils de formation permanente pour faire ce travail d’acquisition de nouvelles compétences. Mais peut-être est-ce la une des nombreuses faillites du système ENA-Grandes écoles d’ingénieurs de n’avoir pas réussi cet accompagnement dans la carrière des cadres qu’il (le système) a formé initialement. Il y a là pour la directrice de l’INSP un beau sujet de réflexion.

Mais au-delà, il y a plus fondamentalement l’incapacité de l’Etat à utiliser les ressources dont il dispose pour aller chercher ailleurs ce qu’il pense ne pas trouver en son sein. Après tout, tous les grands corps d’encadrement ont fini par admettre qu’il y avait parmi eux des profils très différents, des gens très aptes à gérer des hommes et des moyens, des gens capables d’affronter avec sérénité des situations de crise , et ce ne sont pas forcément les mêmes, mais qu’il y a aussi d’autres profils, ceux qui souhaitent creuser indéfiniment le même sillon au point d’en acquérir l’expertise, à force d’expérience et de formations complémentaires, mais aussi ceux que les contraintes qu’imposent la gestion administrative hiérarchique entravent et dont les talents se révèlent dans une gestion transversale de projets innovants.

Ces profils existent mais sont insuffisamment utilisés car l’Administration les connaît mal et le reconnaît encore moins. Certes, si on prend le corps le plus vilipendé de l’administration, l’ex-corps des administrateurs civils, on y avait créé, il y a de cela deux décennies, deux grades spécifiques, les experts de haut niveau et les directeurs de projet. Je mets de côté ceux pour qui la nomination sur ces emplois a été une porte de sortie honorable au bout d’une carrière qui les mena trop jeune à un niveau hiérarchique qu’ils ne pouvaient plus dépasser. Restent les autres qui, soit avaient chevillé au corps ce qu’on appelle la démarche « gestion de projet », soit avaient cultivé à force d’acharnement un savoir et savoir-faire tel sur un point crucial de la vie administrative que leur avis valait vérité révélée. Il y a là un vivier de compétences qu’aucun cabinet de consultants ne pourra jamais rassembler, sauf évidemment à venir les débaucher à grands renforts de rémunérations coquettes et de titres ronflants (partner, senior partner, etc..). Si chaque ministère faisait l’inventaire de ces compétences inutilisées, il y aurait là une task force de « consultants internes »qui rendrait vraisemblablement moins justifiable le recours à des consultants externes, sauf dans quelques domaines où l’Etat n’a jamais été capable de recruter les compétences nécessaires. C’est là un sujet qui n’a pas été abordé par la réforme de l’encadrement supérieur de l’Etat mais qui, vu le coût des consultants, méritent d’être posée.

Mais il est regrettable que cette question soit posée, maintenant, dans le cadre d’une campagne électorale où tout thème peut devenir sujet à polémique https://www.letelegramme.fr/Le recours aux cabinets de conseil par l’État est devenu « un réflexe », dénonce le Sénat. La meilleure preuve en est que simultanément à la publication du rapport d’enquête du Sénat, est paru dans la presse cette autre information https://www.lesechos.fr/Impôts : le cabinet de conseil McKinsey au coeur d’une nouvelle polémique. Cela vise manifestement à mettre dans l’embarras les actuels occupants du Palais de l’Elysée et de l’Hôtel Matignon, mais il s’agit là quand même d’un projectile qui peut revenir en boomerang. En effet comment demander des comptes sur les pratiques d’un cabinet d’audit quand par ailleurs, on a dans ces rangs, un jeune « prodige » grâce à qui un bastion de gauche a basculé à droite, dont les talents furent par ailleurs rémunéré par ces fraudeurs-même qu’on dénonce.

Cela dit cette dénonciation est quand même bienvenue. Toute entreprise travaillant pour le compte de l’Etat doit en permanence apportait la preuve qu’elle accepte ET respecte les règles ce ce même Etat a édicté. Il n’y a pas de place pour les fraudeurs dans les marchés publics, qu’elle que soit leur renommée.

PS : cet épilogue peu glorieux en dit long sur le respect que certains cabinets ont de la notion de bien public. Comment peuvent-ils apporter un conseil et une assistance valides s’il n’adhèrent pas aux valeurs de ceux qu’ils sont censés servir ? Mais peut-être est-ce leur intention d’en pervertir la portée ?

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