Réinventer les mécanismes de l’information en démocratie

Il se trouve qu’à un mois d’intervalle jaurai mes pas vers deux hauts lieux historiques de la démocratie naissante : le Forum romain au pied du Capitole, puis l’Agora d’Athènes au pied de l’Acropole. Sur ces places ont palpité l’esprit démocrate grec ou l’esprit républicain romain et il est intéressant de voir comment cela a vécu et comment cela a fini par dépérir. Dès le début, à Athènes, il y a eu ce combat entre démocrates sincères, dont l’archétype reste Périclès, et démagogues cyniques, qui furent légions. Ces derniers eurent raison à l’usure, des premiers car les peuples finissent toujours par préférer les mensonges et les promesses faciles aux discours volontaristes.

La République, qui naquit à Rome, rappelons-le, du discrédit des derniers rois, victimes de leur mégalomanie, connut sa splendeur lorsque des Républicains sincères montrèrent la voie d’une vie vertueuse. Les institutions demeurèrent vertueuses tant que se maintint l’équilibre des pouvoirs entre les sénateurs, issus d’une caste nobiliaire, et les tribuns, désignés par le peuple de Rome. Dès lors que les tribuns se lancèrent dans des discours mensongers et des promesses illusoires et que le Sénat, pour s’en défendre, en prit aussi son parti, le sort de la République romaine était scellé malgré l’excellence de certains êtres d’exception, tel Cicéron ou Caton qui ne firent que retarder l’émergence d’un nouveau régime, l’Empire.

Pourquoi fais-je ainsi cette petite disgression historique. Certainement pas pour vous faire partager mes réflexions pseudo-philosophiques au pied de vieux cailloux. Ce serait surtout pour mettre en évidence que ces deux systèmes, par ailleurs excellents dans leurs principes avaient au moins un talon d’Achille, leur perméabilité aux mensonges.

Les démocraties modernes n’échappèrent pas à ce danger non plus dès leurs premières décennies, sauf que depuis l’Antiquité, le mode de diffusion des idées et des informations, vraies ou fausses avaient changé avec l’apparition de la presse. C’est d’ailleurs parce qu’elles ont compris qu’il y avait là un poison mortel pour leur fonctionnement qu’un peu partout, en France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis notamment, sont été votées des lois sur la presse, protégeant les auteurs contre les pressions du politique mais aussi protégeant les opinions publiques contre les tentatives de manipulation avec par exemple le délit de diffusion de fausses nouvelles.

Naturellement la dialectique de la lance et du bouclier a continué à jouer et les tribunaux ont eu beaucoup de travail à juger ce qu’on a appelé les « délits de presse » au point qu’à Paris, une chambre du tribunal est consacrée à leur traitement.

C’est dans le même esprit qu’au lendemain de la libération de la France, les partis politiques définirent de nouvelles règles interdisant par exemple la détention de plusieurs titres par un seul groupe. Depuis, et malgré la levée de bouclier contre les tentatives du groupe Hersant, dans les années 70, de mettre la main sur plusieurs titres régionaux, ces principes de saine gestion de la presse ont été joyeusement piétinés.

Il semblerait qu’aujourd’hui, tout le monde s’en moque d’autant plus que le pouvoir de manipuler l’information a changé de modèle et tout ou presque se joue sur internet. Or ce qui est en train de s’y passer est autrement plus inquiétant que de savoir que tel titre appartient à un énergéticien, tel autre à l’homme le plus riche de France, tel autre à un fabricant d’avions ou un patron de réseau téléphonique.

En effet, la technologie a produit des monstres https://usbeketrica.com/L’intelligence artificielle d’OpenAI produit maintenant des fake news à la crédibilité bluffante dont l’émergence peut faire craindre le pire pour la sincérité de nos débats démocratiques. D’ailleurs, de l’autre côté de l’Atlantique, là où se sont développées en premier ces technologies, cela est déjà une réalité https://usbeketrica.com/« QAnon » : le méta-complot ultime de l’ère Trump et même chez nous, cela commence à devenir palpable https://usbeketrica.com/« Le centre de gravité de la circulation des informations en ligne se situe désormais à l’extrême-droite ».

Puisque nous assistons à un délitement du débat politique semblable à ceux qui ont entrainé la chute des régimes démocratiques grecs et romains, nous pouvons avoir deux attitudes. La première consiste à considérer que notre système n’est plus viable et accepter qu’émerge autre chose qui ressemblera plus, soit à la décadence grecque post-alexandrine, soit à l’empire romain, soit encore à quelque chose d’autre dont nous avons peut-être déjà des exemples sous nous yeux, ailleurs dans le monde. La seconde est de dire que rien n’est inéluctable et de bâtir dare-dare les contre-feux, ce qui veut dire effectivement remettre sous contrôle les organisations qui pilotent les réseaux par lesquels circulent l’information. Le dernier article d’Uzbek & Rica que je cite ci-dessus en donne quelques exemples. Mais une législation nationale serait en partie inopérante face à des organisations qui ne connaissent pas les frontières. Une législation au niveau européen est évidemment souhaitable et d’ailleurs elle commence à se mettre en place quoique bien timidement. Seule un accord planétaire permettrait de régler la question. Et cela est une autre paire de manche puisque parmi les malveillants à la manœuvre sur ces réseaux, on retrouve certains de ces régimes dont je redoutais ci-dessus qu’ils puissent servir de modèle de substitution à nos démocraties.

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