L’entreprise est aussi un sujet de débat électoral : faut il partager les bénéfices ?

Dans un précédent billet, j’ironisais sur la frilosité des PME-TPE face aux augmentations de salaires attendues par leurs collaborateurs. Compte tenu des réserves accumulées et de la situation de leurs trésoreries, il n’est pas évident que ce manque d’ambition soit aussi de mise dans les plus grandes entreprises. Bien entendu, on ne peut qu’approuver cette position en retrait dès lors qu’elles ne sont pas sûres de boucler l’année dans le positif.

Naturellement, la question ne se pose plus dans les mêmes termes dès lors que les entreprises dégagent du bénéfices et ce la devrait d’ailleurs être la règle car c’est quand même leur principale raison d’être revendiquée avant que le législateur leur apprenne qu’elles pouvaient avoir AUSSI une mission .

Mais alors que doit-on faire de ses bénéfices ? Dans la logique du système capitaliste, ces bénéfices doivent être reversés à ceux qui la financent, les actionnaires, sous forme de dividendes. Mais, depuis De Gaulle en France du moins, on a admis que les salariés avaient quand même contribué AUSSI à la génération de cet excédent et qu’il serait moralement normal qu’ils PARTICIPENT aux résultats. Si j’en crois ce que j’ai lu, une partie des organisations représentatives du patronat souhaite que ce dispositif, devenu fréquent mais pas totalement banal dans les grands groupes, soit étendu au ETI et même aux PME-TPE. Ce serait justice, après tout.

Mais je suis quand même frappé par l’indigence des propositions de l’Institut de l’Entreprise qui se limite à demander des allègements fiscaux et des simplifications administratives (ce sont leurs mantras, après tout) pour améliorer les mécanismes existants.

La proposition de la secrétaire d’Etat à l’ESS est déjà plus intéressante https://www.lopinion.fr/Actionnaires/salariés: comment partager le grisbi?, visant à lier mécaniquement le versement de dividendes et de la participation. On voit que Madame Grégoire fréquente les entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire car sa proposition est directement inspirée des mécanismes couramment utilisés depuis longtemps par les SCOP.

On pourrait même aller plus loin et considérer, comme dans les SCOP, mais aussi comme dans toutes les entreprises à statut ESS, que les excédents ont vocation à être systématiquement mis en réserves et que ces réserves sont IMPARTAGEABLES.

En effet, la meilleure garantie de pérennité d’une entreprise est quand même qu’elle contribue autant qu’elle le peut à son propre financement dans la durée. Les périodes dures que nous avons vécues et que nous devrions encore vivre dans un avenir proche démontrent la pertinence d’une telle approche. La capacité de pouvoir vivre sur ses réserves, sans devoir faire appel, soit aux banques (frileuses), soit à l’Etat(exsangue), soit à de nouveaux actionnaires (gourmands et ingrats) pour tenir le coup est quand même un gage indéniable d’autonomie.

Bien, mais alors si on met tout en réserve, que restera-t-il pour les actionnaires ? C’est simple, il suffit de considérer que leur apport en capital est un prêt à l’entreprise (de fait, financièrement, c’en est un) et que ce prêt mérite rémunération au prix du marché, avec une petite tolérance pour le prix du risque. Ce montant s’imputerait alors dans le coût des facteurs de production et diminuerait alors d’autant l’excédent à mettre en réserve (ou à payer à l’Etat). Pour suivre l’idée de Madame Grégoire, on pourrait considérer de la même façon qu’un euro versé aux actionnaire déclenche aussitôt un versement équivalent aux salariés.

Oui, mais que se passerait-il si l’entreprise est déficitaire ? C’est justement ce à quoi pourraient servir une partie des réserves sur lesquelles on pourrait prélever dans des limites fixées soit statutairement, soit par la loi.

Evidemment, ceci n’est pas une proposition programmatique, ce ne sont que quelques réflexions. Nul doute que des cénacles mieux instruits que moi de la chose entrepreneuriale pourraient longuement broder autour. En tout cas, cela vaut peut-être un petit débat. Ah que je regrette la disparition de « Démocratie & Entreprises ».

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Un commentaire pour L’entreprise est aussi un sujet de débat électoral : faut il partager les bénéfices ?

  1. Jean-Marie Pillet dit :

    J’aime bien tes reflexions, elle ont quelque chose du bon sens paysan 😉… Sous toutes reserves de blé ukrainien… Autre forme de grisby…

    Cordialement, Jean-Marie Pillet

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