Nucléaire « vert » : de l’importance des mots

C’est le jour de la Chandeleur que la Commission Européenne devait indiquer sur le gaz « naturel » et le nucléaire pouvait être considérés comme des énergies vertes. Je reviendrais plus loin sur cette notion d’ »énergie verte » mais je voudrais d’abord attirer l’attention sur l’importance des mots dans la présentation des faits.

Ainsi pour parler de cette annonce, voici deux articles dont les titres se ressemblent à première vue https://www.lefigaro.fr/Bruxelles accorde un label «vert» au gaz et au nucléaire, malgré les protestations
https://lenergeek.com/malgré les pressions et les polémiques, le nucléaire devrait rester dans la taxonomie.

Et pourtant à y regarder de plus près, on notera de sérieuses différences de présentation. Quand le Figaro parle d’ « accorder un label » et ce « malgré les protestations », il fait état de deux faits avérés : le premier est que l’obtention du label n’allait pas de soi et qu’il s’agit donc d’un choix délibéré , le deuxième est que ce choix a suscité des protestations de la part d’Etats-Membres, preuve qu’il n’allait pas de soi.

Par contre lorsque Energeek dit que « le nucléaire devrait rester dans la taxonomie », cela laisse entendre que le nucléaire a naturellement sa place dans cette nomenclature ce qui n’est manifestement pas exact et quant à dire « malgré les pressions et les polémiques », ce n’est ni plus ni moins qu’une inversion de la réalité. Compte tenu des efforts faits par la diplomatie française, il aurait été plus conforme à la vérité d’écrire « grâce aux pressions et aux polémiques ».

Parfois, des partis-pris idéologiques nous amènent à faire de légères entorses à la vérité.

Venons en maintenant à ce fameux concept d’ « énergie verte ». Au départ, il s’agissait de mettre en exergue les énergies d’origines renouvelables, par essence décarbonée, pour leur faire bénéficier des financements du plan de relance européen. Puis les services de la Commission ont considéré que les enjeux climatiques étaient capitaux et que tout ce qui permettait de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, ici le CO² était bon à prendre. Le concept a donc été élargie à énergie décarbonée, ce qui a permis d’évoquer le nucléaire, qui s’il produit des tas d’autres saletés n’emet pas de CO². Il s’agit là d’une belle entourloupe sémantique qui réduit la transition écologique à sa seule dimension climatique, oubliant tous les autres aspects qui contribuent à détériorer gravement l’environnement dans lequel nous vivons.

Quant à l’inclusion du gaz dit « naturel », elle est totalement aberrante mais c’est le fruit de ces pressions exercées par le gouvernement français-et quelques autres également intéressés par le maintien d’une filière nucléaire- car il fallait bien accorder une contrepartie, à l’Allemagne notament, pour faire accepter l’inacceptable

Il est surprenant que les Verts Européens se laissent ainsi déposséder de leur patronyme au profit d’une telle pantalonnade.

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