Le capitalisme doit-il cesser d’être capitaliste pour survivre ?

Il y a quelques années je m’étais essayé à l’exercice de la note de lecture mais lire et commenter un bouquin en même temps est affaire de spécialiste. J’ai donc un peu abandonné même si de temps en à autre il me vient l’envie de partager sur ce blog ce que j’ai pu retirer d’une lecture. Nul ne dit d’ailleurs que je n’y revienne pas.

Pour l’instant, je me lance dans un exercice inédit, la note de lecture d’une note de lecture. L’exercice est moins fastidieux car la lecture est plus courte. Voici donc les quelques commentaires que m’inspire cette longue note https://www.societal.fr/La dernière chance du capitalisme parue dans la revue de recherche de l’Institut de l’Entreprise, Societal, espèce d’avant-garde de la frange la plus éclairée du capitalisme français.

De cette note, je retire une première interrogation formulée par les auteurs de cette note : «Comment juger un système économique qui n’atteint jamais ses objectifs ?» Le constat d’échec qu’ils font, accroissement insupportable des inégalités, accaparement abusif des richesses produites, avidité sans limite avaient déjà été fait il y a un peu plus d’un siècle, au moment de l’apogée du capitalisme sauvage nord-américain. Accessoirement, ce fut une des causes profondes de la crise de 29. Mais surtout, pour y pallier, le système avait allumé des contre-feux. Dans le monde des chefs d’entreprises, ce fut le fordisme (« il faut que mes ouvriers gagnent suffisamment bien leur vie pour pouvoir acheter mes voitures, sinon à qui les vendrais-je ? »). Dans la sphère politique, ce furent aux Etats-Unis, les lois anti-trusts et partout l’émergence du « wellfare state », sous sa forme rooseveltienne avec le New Deal et ses avatars, sous la forme de la social-démocratie ailleurs en Europe. Poussée à ses extrêmes limites, ce fut en France le modèle social issu du programme d Conseil National de la Résistance « les jours heureux » dont la survivance fait dire à certains Américains que la France est encore un pays « communiste ».

Du coup, on aurait pu penser que nos deux économistes pompiers du système aurait proposer de revisiter ces dispositifs afin de les remettre au goût du jour et, de fait, c’est ce qu’ils font en partie. Lorsqu’ils proposent d’ouvrir largement le capital des sociétés aux salariés afin de juguler la gloutonnerie des fonds d’investissements, ils réinventent la « participation salariale » chère à De Gaulle. Mais s’ils poussaient le raisonnement jusqu’au bout, c’est à dire, ouvrir très largement le capital à tous ceux que la bonne vie d’une entreprise intéresse, ils auraient en quelque sorte réinventé la Société Coopérative d’Intérêt Collectif, dont je vous ai déjà parlé, encore récemment. Toutefois, il y a un hic à cette solution. En effet, vouloir limiter l’influence des fonds d’investissement, c’est oublier que parmi ceux-ci il y a surtout les fonds de pension. Or les fonds de pension sont LA solution trouvée par les Anglo-Saxons pour assurer les transferts de revenu entre générations au profit des plus anciens et réduire leur appétit financier, serait mécaniquement entamer le pouvoir d’achat de millions de retraités aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans tous les pays qui ont opté pour un régime par capitalisation au lieu du régime par répartition dont bénéficient principalement les retraités français.

Il y a un second hic, le rachat des actions par les entreprises qui diminue d’autant la part du gâteau qui pourrait être proposé aux salariés et autres parties prenantes. Cette dernière pratique dont j’ai appris en lisant cette note de lecture qu’elle portait le doux nom de « relution » interroge en outre sur la signification actuelle du terme même de capitalisme. En effet, initialement le système capitaliste est né de la rencontre de deux volontés, celle de ceux qui veulent agir mais ne disposent pas forcément des moyens de le faire et celle de ceux qui, disposant de moyens financiers importants, aimeraient les voir fructifier. En réduisant le capital, les managers (car ce sont eux qui sont ici à la manœuvre le plus souvent) signifient au système qu’il est allé au bout de sa logique. Et si on pousse au bout la logique de ce mouvement de relution (je ne me lasse pas de ce nouveau mot), arrivera le moment où une entreprise croulant sous le poids d’une trésorerie pléthorique aura racheté l’intégralité de son capital. Une entreprise capitaliste sans capitalistes, voilà qui serait cocasse, sans compter que dans ce cas, à qui appartiendrait l’entreprise si ce n’est à elle-même ? Cette image du serpent qui se mord la queue me remet en mémoire la couverture d’un autre livre écrit, en 2005, donc avant la crise des subprimes, par le même économiste https://www.editionsladecouverte.fr/le_capitalisme_est_en_train_de_s_autodetruire-9782707151995

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La conclusion de cette note de lecture a du coup des accents de « déjà entendu » : « ….mais avec des règles strictes contre les abus de position dominante, et encadré par de solides protections sociales…. » «  …. et en respectant l’environnement (en jouant sur les règles et les incitations avec une hausse du prix du CO2), afin d’optimiser la création de richesses et le bien-être individuel et collectif ».On retrouve en effet dans ces deux courtes citations tout l’arsenal qu’entend déployer le système pour se survivre : des lois anti-trusts, la revitalisation du wellfare state, la RSE et les sociétés à mission chères à Monsieur Macron et Madame Pannier-Runacher. Voilà comment le capitalisme entend rester le capitalisme, en oubliant sa vulgate fondatrice. L’autre option aurait pu être de considérer que le capital n’est qu’un moyen de production comme un autre sans pouvoir de propriété qui lui serait lié. A bien y regarder, on retrouve là un des ressorts de l’entrepreneuriat dans le cadre de l’Economie Sociale et Solidaire, mais ceci est peut être une autre histoire…ou tout simplement le prochain chapitre de l’histoire économique.

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