Avoir un bon baromètre

Maintenant que les Etats ont fait preuve de leur pusillanimité dans la lutte contre les dérèglements climatiques, on ne peut plus compter que sur la bonne volonté civique et les initiatives citoyennes de la « société civile » ou sur l’implication plus forte des acteurs économiques majeurs que sont les entreprises.

En ce qui concerne les premières, je pourrais en faire une chronique quotidienne tant elle sont nombreuses mais mises bout à bout cela ne reste quand même qu’une armée de colibris. Quant aux secondes, elles ont les moyens d’agir mais on a vite fait alors de sortir le cornet à soupçon et parler de « lessivage vert ».

Interressons nous pourtant un peu à cette question : quelle est l’implication réelle des entreprises de production et des opérateurs financiers qui les soutiennent 1 ?

Pour pouvoir y répondre, il faut avoir des moyens de mesurer leur action. Or ceci est un domaine totalement nouveau pour ces gens-là. En effet, leur seul unité de mesure de leur activité est l’argent. Et de ce point de vue, ils ont largement utilisé cet étalon monétaire, triturant les chiffres à tire-larigo, multipliant à l’envie les indicateurs pour montrer qu’ils étaient efficaces, en bonne santé, sans risque, en pleine croissance, ou que sais-je encore.

Quand pour répondre aux exigences de la social-démocratie et de ses opérateurs syndicaux, il fallut en plus montrer que les salariés n’étaient pas maltraités, il fallut inventer les bilans sociaux qui montraient combien ces collaborateurs contraints étaient heureux, en bonne santé, bien payés, traités équitablement et cetera, et cetera. Ce fut un peu difficile mais on finit par se mettre d’accord sur des unités de mesures communes qui complétaient la comptabilisation des mouvements d’argent. Evidemment, ce fut plus difficile de compiler des données aussi diverses que le nombre d’accidents de travail, les jours d’arrêt-maladie, les jours de grêve, le nombre de femmes par niveau hiérarchique et tutti quanti. Et de même qu’il s’était constituée une caste d’experts, les analystes financiers pour décortiquer la batterie d’indicateurs monétaires, il se constitua une nouvelle caste d’experts pour accompagner les dirigeants dans la compréhension de la santé sociale de leur entreprise.

Mais voilà qu’émerge une nouvelle exigence, le développement durable. Là brutalement tout se complique, on passe d’un univers en 3 ou 4 dimensions, à un monde multifactoriel où le nombre de dimensions est difficile à chiffrer.

Faute de cerner complètement le sujet, on a commencé par lui donner un nom. Ce fut la RSE, Responsabilité Sociale et Environnementale des Entreprises et comme cela ne suffisait pas on a rajouté un autre sigle ESG pour Environnement Social et Gouvernance, à usage plus particulièrement des investisseurs. Mais voilà, derrière le mot, il est devenu compliqué de mettre une réalité, ou plutôt des réalités. Cela est d’autant plus complexe que peu de monde dans cet univers sait exactement de quoi il retourne. Du coup, comme la loi va imposer qu’on en rende compte, ils sont un peu comme les poules devant une perle, perplexes. Ce flou, voulu ou involontaire, n’a pas contribué pour peu à l’impression que leurs premiers rapports ont donné, d’un gigantesque enfumagehttps://www.optionfinance.fr/Finance durable – Les institutionnels dans la jungle des rapports ESG. En fait, il a dû se trouver parmi ces chefs d’entreprises soumis à cette obligation d’informer, des gens de bonne composition qui ont fait comme ils ont pu.

Et souvent, dans ces cas, quand on ne sait pas comment rendre compte d’une performance, ils ont fait appel aux rares professionnels qui savent parler ux chiffres et leur faire dire ceux qu’ils peuvent, les experts-comptables et leurs compagnons de route, les commissaires aux comptes. Or ceux-ci ne connaissent qu’un credo, la norme. Ils se sont donc atteler à la tâche pour produire, avec l’aide des pouvoirs publics de la norme qui leur permet de calibrer par rapport à cette norme la performance réelle des entreprises https://www.optionfinance.fr/Les commissaires aux comptes accélèrent sur l’ESG. C’est en soi un progrès par rapport au grand n’importe-quoi qui pré-existait, mais cela reste perfectible.

Toutefois il y a toujours un point sur lequel achoppera un tel système, c’est le référentiel qui permet de graduer la norme. Or celui-ci n’est pas neutre et renvoie aux attentes que les parties prenantes de l’entreprise ont ou peuvent avoir vis-à-vis de chaque paramètre analysé. Or parfois le thermomètre est biaisé. Pour mieux me faire comprendre, je vais prendre un exemple pour illustrer cela.

Une grande partie de la norme proposé par les commissaires aux comptes s’appuie sur un document émanent de la Commission Européenne, ce qui est a priori un gage pour eux. Or ce document, la taxinomie des activités vertes, présente la particularité d’être, non pas le fruit d’une analyse scientifique mais le résultat d’un compromis négocié entre Etat-Membres. Ainsi de savoir par exemple que dans cette taxinomie, il y a actuellement une bataille diplomatique féroce menée par la France pour faire rentrer l’énergie nucléaire dans la catégorie des énergies vertes, est tout sauf anodin.

En quelque sorte, ceux qui est important dans le baromètre, ce n’est pas tant le mouvement de l’aiguille que la graduation du cadran.

1comme on parle de « souteneur, sur le trottoir?

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