la route de la soie filerait-elle un mauvais coton ?

Parfois, en lisant certaines publications j’en viens à me demander s’il y a un rédacteur en chef tellement la ligne éditoriale paraît flou ou inconsistante. Cette semaine, c’est un média, dont l’évolution rédactionnelle commence à me poser problème, qui est sur la sellette.

Alors que beaucoup de commentateurs de la géopolitique mondiale n’arrête pas de gloser sur l’émergence d’un nouveau leader mondial, l’idée était intéressante de publier une série d’articles sur les succès de l’Empire du Milieu en Europe
https://decouverte.challenges.fr/Réussites chinoises en Europe: Athènes, tête du pont du made in China
https://www.challenges.fr/Volvo, la réussite suédoise de Li Shufu… sous surveillance chinoise
https://www.challenges.fr/Réussites chinoises en Europe: Xiaomi, premier vendeur de smartphones en France
Quatre articles seulement a-t-on envie de dire. Il n’y franchement pas de quoi fouetter un chat et si on y prête attention, un journal stipendié par le pouvoir chinois aurait pu faire la même série d’articles sur les success story européennes en Chine en mettant en avant les machines-outils allemandes, le luxe et les cosmétiques français pour souligner l’imprégnation progressive de la société chinoise par la pernicieuse influence de l’Europe. Alors pourquoi cette série m’interroge soudain. C’est que quasiment en même temps, le même média publiait cet autre article https://decouverte.challenges.fr/La Chine s’embourbe dans les nouvelles routes de la soie. Ah ! Le moins qu’on puisse dire est que le ton est bien différent : finie la description d’un soft power conquérant venu de Chine et bonjour les interrogations sur l’issue de la stratégie de pénétration. Alors faut-il en conclure que le pouvoir chinois a fini par se prendre les pieds dans son écheveau de fils ténus mais solides qu’il tissait patiemment année après année ?

Tout cela pourrait paraître incohérent. Je n’exclus pas, toutefois, que cela fasse partie d’une stratégie de communication qui s’inspirerait directement des préceptes de Sun-Tzu où la dissimulation fait partie de l’arsenal de tout bon chef de guerre. En quelque sorte , le message qui doit passer est le suivant : « Vous vous inquiétez de nos succès, mais finalement cela reste des exceptions et de toute façon, vous pouvez vous rassurer, nous sommes en train de nous engluer dans un processus que nous ne maîtrisons plus. » Et pendant ce temps-là, on oublie qu’une partie de l’économie mondiale tourne au ralenti parce que « l’atelier du monde » alimente au compte-goutte des manufacturiers suffisamment imprudents pour avoir perdu le contrôle de leurs processus de production. On oublie aussi qu’au même moment, discrètement, des bribes du modèle culturel chinois commencent à imprégner le mode de vie de nations qui rejettent le modèle occidental qui ne leur apporte plus rien. On oublie surtout que là-bas, très loin des ports grecs, des universités hongroises ou des usines automobiles suédoises, une machine industrielle s’est mise en marche pour produire des armes, sous-marins, chars et fusées. Il est rare en effet qu’en fin de compte, on fasse la guerre en bas de soie.

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