Citizen K traverse les époques et les modes

Tous les cinéphiles ont en tête les images mythiques de ce film d’Orson Welles qui ont sacralisé, en archétype, le patron de presse omnipotent dont on redoute le pouvoir d’influence. Le film n’est pas récent et pourrait paraître suranné et de fait, il l’est, non pas parce qu’on n’offre plus de luge décorée à Noël, mais parce que le monde de la presse a bien changé depuis qu’il est devenu la galaxie des médias.

Mais pour autant le mythe reste actuel car il durera tant que quelques personnes seront en capacité d’utiliser leurs instruments de communication pour influer aussi bien sur les décisions publiques des dirigeants politiques que sur nos propres décisions privées.

Or ce phénomène n’est pas nouveau. Déjà à la fin du XIX° siècle des capitaines d’industrie américains n’avaient de cesse qu’il aient pris le contrôle d’un ou plusieurs journaux. En France même, les dirigeants de grands groupes industriels de l’entre-deux guerre, dans la sidérurgie, le textile ou le sucre se flattaient d’être aussi des patrons de presse. La tradition fut reprise après la Libération, malgré les nouvelles règles régissant la presse nationale, par d’autres patrons dans l’aéronautique par exemple, mais aussi dans l’agro-alimentaire en étendant leur emprise aux nouveaux médias, radios périphériques puis chaînes de télévision.

Dans les années 80, les ressorts démocratiques étaient encore assez puissants pour qu’une opposition efficace contrecarre les projets hégémoniques de certains magnats comme celui qu’on surnommait alors « citizen H ». Depuis son empire a été dépecé et de nouveaux empires se sont constitués.

J’ai déjà évoqué sur ce site les mouvements en cours depuis 4 ou 5 ans qui sont de nature à réveiller nos inquiétudes. Manifestement les sénateurs, qui de plus en plus s’érigent en ultimes défenseurs des libertés publiques s’en sont également émus https://decouverte.challenges.fr/Concentration des médias: Bolloré, Bouygues, Arnault et tous les Citizen Kane français auditionnés par le Sénat. Je suis quand même surpris de la teneur de cet article qui citent nommément un certain nombre d’hommes très riches et très influents qui se sont constitués un empire dans les médias et s’en servent pour promouvoir soit leurs intérêts directs, soit une idéologie à laquelle ils croient. Or il oublie, entre autres, un nouveau venu qui en peu de temps, s’est constitué un groupe de presse qui, par les titres qu’ils publie, est très influent. Je veux parler de Monsier Kretinsky patron du groupe Le Monde-l’Obs et qui vient de mettre la main sur une partie du groupe Lagardère en cours de dépeçage. C’est dommage car pour le coup nous aurions eu notre « citizen K » pour de vrai. Il est vrai que cela aurait trop facile et aurait masqué la réalité du paysage médiatique français et la façon où, directement, il est sous l’influence de quelques personnes qui ont bien d’autres intérêts à défendre que la révélation des faits qui constituent pourtant l’actualité dont nous nourrirons nos opinions.

J’attends avec grande impatience ces auditions, en espérant qu’elles seront publiques (merci Public Sénat) et que les conclusions nous parviendront avant la fin de la séquence électorale à venir.

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