Le mois de l’ESS : et si la SCIC SA c’était surtout ça

C’est devenu une tradition bien établie, le mois de novembre est le mois de l’ESS comme il est le mois sans tabac, comme il est le mois moustache, comme il est le « miz du », le mois noir des Bretons. Je veux dire par là que de telles commémorations, à force d’être répétitives, n’ont plus d’importance que pour celles et ceux qui les honorent. Et c’est dommage car le sevrage tabagique est une bonne cause, car le fait de se laisser pousser la moustache est un beau geste de solidarité des mâles poilus avec les femmes victimes d’un cancer du sein, car c’est un marqueur culturel des peuples celtiques de vivre l’approche des temps d’hiver comme une période sombre. C’est donc également dommage que le mois de l’ESS ne soit que le rappel des clichés habituels sur ce secteur de l’économie dont certains tentent de flouter l’image parce que, selon les mots d’Edgar Morin, ce modèle a vocation petit à petit à repousser le champs du modèle économique dominant et cela leur fait peur.

C’est pourquoi, il y a urgence à remettre l’église au centre du village comme on dit et retourner le discours intégrateur de ceux que, faute de mieux, j’appellerai les « néolibéraux progressistes » , « néo-libéraux » car c’est leur arrière-plan idéologique et « progressistes » parce qu’ils s’autoproclament ainsi. En créant les sociétés à mission ou les sociétés à impact, ils tentent en effet de banaliser une démarche entrepreneuriale COLLECTIVE qui ne se limite pas à un habillage moralisateur d’une ambition personnelle.

Du coup, j’ai envie de ne vous parler que d’une chose, la SCIC, c’est à dire la Société Coopérative d’Intérêt Collectif.

Si vous voulez savoir ce qu’est une SCIC, je vous renvoie au site de la Confédération des SCOP https://www.les-scop.coop/les-scic Si vous n’avez pas le temps, ou pas le courage, d’aller consulter cette mine d’information, fort bien faite, sachez quand même que ce mode d’organisation des rapports de travail et des rapports commerciaux coche à peu près toutes les cases de ce qu’il y a plus d’ une décennie j’appelai une entreprise vertueuse mais alors c’est quoi « une entreprise vertueuse »?

Bien entendu, les instances dirigeantes de l’ESS ont elles aussi voulu profiter de ce mois pour valoriser cette petite pépite tout en soulignant les freins institutionnels ou réglementaires qui entravent la prolifération de ces SCIC https://www.lelabo-ess.org/20 ans des SCIC : une entreprise d’avenir . De fait, pour étayer leur propos, les deux auteurs s’appuient sur un rapport rédigé par des hauts fonctionnaires qui, je le crains, ont une vision très lointaine de ce qu’est une entreprise et plus encore de ce qu’est l’économie sociale et solidaire. Leurs solutions paraissent alors anecdotiques et purement etchnocratiques au regard des enjeux liés à ces entreprises https://www.lelabo-ess.org/Des propositions pour développer les SCIC et CAE par l’IGAS et l’IGF. En effet, même si cela a de l’importance dans le quotidien des acteurs de l’ESS, ce n’est pas le statut vis-à-vis de l’assurance chômage ou l’inscription sur un registre spécial qui fera l’attractivité du modèle SCIC.

Non, l’essentiel est ailleurs ; il est dans les valeurs que véhiculent ces sociétés coopératives.
*En effet, société commerciale, elles sont condamnées à être efficaces économiquement et financièrement au risque de disparaître.
*Entreprises de l’économie sociale et solidaire, elles sont astreintes aux règles de celles-ci : fonctionnement démocratique, obligation de mise en réserve d’une part importante des résultats, impartageabilité des réserves, ce qui en période difficiles doit leur garantir une plus grande résilience.
*Entreprises d’intérêt collectif, elles ont par essence un objet social qui les classe dans la catégorie des « entreprises à mission » si chères aux auteur de la loi PACTE.
*Enfin, l’obligation d’avoir un sociétariat multipartite où chaque collège a ses droits et devoirs garantit une prise en compte des intérêts d’un grand nombre de parties prenantes, ce qui en matière de gouvernance est incontestablement une avancée dont ne peuvent se targuer aucune entreprise du secteur capitaliste ayant mis la RSE au cœur de son projet stratégique.

Comme on le voit, les SCIC disposent naturellement de suffisamment d’attraits pour que ces inconvénients statutaires mis en évidence par les deux inspections ne soient pas un obstacle à leur développement. Il y a dans la démarche suffisamment de volontarisme. Cela dit, améliorer à la marge la situation statutaire des acteurs n’est pas à négliger.

Reste cependant un ou deux points à régler et là le rapport d’inspection a peut-être raison : la surface financière des entreprises concernées pour garantir leur développement. Je parle de développement et non de croissance car la taille de l’entreprise est un autre sujet d’interrogation. C’est d’ailleurs ce que disent les créateurs de cette coopérative https://www.maddyness.com/Comment concilier compétitivité économique et impact ?. La tendance naturelle dans une start-up classique serait évidemment d’étendre géographiquement l’activité par création soit de succursales, soit d’agences, soit encore de franchise. Ils préfèreraient manifestement que d’autres SCIC, ancrées toutes dans leur terroir, s’approprient le concept, ce qui est, si on y réfléchit bien, une évidence quand on sait l’importance des relations interpersonnelles dans ces entreprises. Du coup, cela pourrait condamner ces entreprises à rester au mieux des PME locales avec de ce fait les problème de financement de PME. Mais rien n’empêche que ces entreprises jouent de leur solidarité pour afficher une surface globale intéressante. Cela s’appelle la fédération d’intérêt qui correspond à un mode de fonctionnement radicalement inverse du modèle dominant. En effet, dans ce dernier modèle, une entreprise capitaliste joue de sa surface pour assurer le développement de ses filiales dans le cadre d’un mouvement descendant, alors qu’en se fédérant des SCIC locales jouent de la coalition de leur poids local pour affirmer une capacité de négociation sans commune mesure avec la capacité de chacune de ses composantes dans le cadre d’un mouvement ascendant.

Il est clair qu’une telle vision fédérale de la vie des entreprises est orthogonale à l’organisation centralisée de la plupart des groupes capitalistes. Et c’est pour cela aussi que les SCIC devrait nous intéresser.

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