La politique des petits pets

CH4 ! Ce n’est pas un nom de code, mais cela va sûrement devenir un refrain ces jours-ci comme CO² l’est depuis déjà deux décennies.

De quoi s’agit-il ? Celles et ceux qui ont gardé des souvenirs de leurs cours de chimie des années pré-baccalauréat se rappelleront certainement qu’il s’agit là du méthane, gaz que l’on dit inodore sauf quand il est produit par le système digestif d’êtres vivants.

Et pourquoi diable suis-je en train de vous parler de ce gaz alors que « l’Apocalypse est dans une minute » (in Ev. selon Saint Boris-Johnson, chapitre 26, verset 1) ? Tout simplement parce que ce gaz est au cœur de deux grands débats actuellement.

En premier lieu, il y a cette polémique dont je vous parle depuis quelques temps concernant les implantions de méthaniseurs à la campagne, entre les tenants du méthaniseur paysan et ceux du méthaniseur industriel . Un nouveau élément vient d’être versé au dossier en réponse au rapport en forme de plaidoyer pro-industrie des sénateurs. Il s’agit d’une tribune d’un député qui connaît, lui, très bien la question https://reporterre.net/Méthanisation : faire plus petit, pour voir plus grand. En gros, la production de méthane à la ferme reste une bonne solution tant qu’elle reste à la ferme fonctionnant avec les ressources de la ferme ou de son entourage immédiat. Autrement, c’est un peu la catastrophe. En quelque sorte, il vaut mieux produire du gaz mais discrètement en disséminant les sources que massivement et de façon très concentrée. Cela me rappelle ces deux alexandrins un peu scatologiques (citation de mémoire) d’un poète dont j’ai oublié le nom :
au pet tonitruant qui part avec fracas,
je préfère la vesse qui pue mais ne s’entend pas

En second lieu, le premier fait d’armes de cette COP 26, qu’on dit de la dernière chance, comme les 11 précédentes, a été la signature de cet accord https://www.letelegramme.fr/Cop26 : une centaine de pays taclent le méthane et protègent les forêts. Du coup, c’est à n’y rien comprendre. Comment peut-on dans le même temps subventionner grassement des paysans ou des industrialo-agriculteurs pour produire un gaz et s’engager à en réduire la production de 45% en moins de 10 ans ? Il y a là un paradoxe qu’il convient d’éclairer.

S’il s’agit du même gaz, il ne s’agit pas des mêmes sources, mais vous allez voir qu’on arrive à un moment à une contradiction amusante qui peut cependant fort bien se résoudre. En effet, l’agent CH4 se fait plus rare que l’agent CO² mais il est bien plus dangereuxhttps://www.ouest-france.frLa Cop26 déclare la guerre au méthane : pourquoi ce gaz est bien plus dangereux que le CO2. Heureusement, il est moins endurant et s’évanouit très vite. Et c’est pour cela qu’on peut envisager de le réduire rapidement, en tarissant ses sources. En outre, quand on y regarde bien, les fautifs sont bien plus faciles à identifier, l’industrie gazière elle-même et l’agriculture. C’est quand même moins contraignant pour les politiques et les dirigeants économiques que de devoir réguler simultanément les processus de production industriels, les processus de production d’énergie et de chaleur et les modes de transport. Les intérêts en jeu sont moindres et le lobbys moins puissants, semble-t-il (quoique le lobby de la barbaque reste encore puissant malgré le véganisme ambiant).

Et puis il existe des solutions simples et immédiates pour arriver à un résultat spectaculaire satisfaisant https://www.francetvinfo.fr/Pour réduire de 30% les émissions de méthane, une piste simple et efficace : « Détecter les fuites et les reboucher ». L’idée est simple comme l’oeuf de Colomb  et ressemble à une lapalissade : pour éviter les fuites, il suffit de boucher les trous. Cela dit, si je comprends ce que cela veut dire pour ce qui concerne l’exploitation gazière et ses milliers de kilomètres de tubes plus ou moins étanches, je crains d’imaginer ce que cela voudrait dire pour l’autre source principale d’émission de CH4, les estomacs des ruminants.

Et c’est là que les deux démarches vont se rejoindre. En effet, l’élevage se trouve au centre des deux réflexions. Même si les rejets animaux ne sont pas le seul élément fermentescible qui entre dans le cocktail d’un méthaniseur, ils restent un élément indispensable. Sans élevage, par de méthaniseur, donc. Or sans élevage, moins de méthane émis directement dans l’atmosphère. Essayons donc de combiner les deux. Diminuons le nombre et la taille des élevages et aidons les éleveurs, redevenus paysans à compenser le manque à gagner par une meilleure valorisation des effluents via des mini-méthaniseurs. Cela induit évidemment que nous diminuions notre consommation de viande puisque l’offre sera mécaniquement moindre. Compte tenu du régime carné qui prévaut dans les pays développés, il y a là de grandes marges de manœuvre.

Pour terminer cette chronique un peu vaporeuse, je ne résiste pas au plaisir de vous faire connaître la proposition du « collectif » GESPERE favorable à l’installation d’une centrale électrique à cycle combiné gaz dans le Nord-Finistère. A l’objection que le collectif opposé à cette implantation, GASPARE, avait faite concernant la dépendance d’une telle centrale au gaz russe et à l’évolution des cours mondiaux, GESPERE, où se trouvaient gros exploitants agricoles, petits industriels et gros négociants, avait rétorqué, avec le plus grand sérieux : « ce n’est pas grave, car avec notre programme de méthaniseurs, la Bretagne pourra fournir le gaz nécessaire. » A leur façon, ils avaient, en théorie bien sûr, réussi à faire converger les deux démarches.

Or, nous y voici, la centrale devait démarrer en décembre 2021. Ce sera peut-être 2022, et le cours du gaz a explosé ses propres plafonds et tous les spécialistes de l’énergie en conviennent : même en couvrant le territoire breton de méga-méthaniseurs, cela ne suffira pas à alimenter une usine d’une puissance de 450 MW, sans compter qu’il y a un problème logistique majeur : comment raccorder toutes ces usines à gaz fermières au réseau d’approvisionnement de la centrale ? Le Nord-Bretagne est donc face à une double impasse à cause de mauvaises décisions politiques.

Cela dit et pour conclure, c’est une bonne nouvelle qu’une centaine d’Etats se soient mis d’accord sur cet objectif.

C’est également une bonne nouvelle qu’une voix autorisée rappelle que la méthanisation n’est ni la panacée, ni l’horreur.

Pour le reste, laissons les gens de science définir les zones de risque de ces démarches et forçons les gens de pouvoir à en tirer les conclusions nécessaires et prendre les bonnes décisions.

Tout le reste ne vaut pas un pet de lapin !

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