Un lobby dans votre assiette.

Il y a des jours comme ça où les informations se téléscopent sans qu’on l’ait voulu. Ainsi, ces jours-ci, j’ai reçu dans ma boite à lettre électronique (« « my mail box » ce serait plus court mais trop anglophone mais pourquoi pas « bàlé », après tout !) deux alertes visant à peu de chose près la même cible, les lobbys agro-alimentaires auprès des organisations supranationales.

La première alerte venait d’un groupe d’ONG et visait les entreprises chimiques qui fournissent les producteurs de produits agricoles en poisons divers et variés et se limitait à ceci : « Bayer, Cargill et Syngenta sont sur le point d’obtenir un pouvoir sans précédent pour façonner les politiques des Nations unies en matière de production alimentaire, il faut agir vite: https://actions.sumofus.org/a/stop-a-l-alliancetoxique-empechons-bayer-de-sieger-aux-nations-unies?sp_ref=741386700.99.220343.e.0.3&referring_akid=96096.11854181.w6VGmG&referring_source=fwd&source=mlt » Comme information, c’était un peu sommaire pour me mobiliser, mais vous me connaissez, il ne faut pas trop me titiller les neurones et du coup, j’ai cherché à savoir de quoi il retournait. En fait il s’agit d’un événement assez ancien, puisqu’il date d’il y a un peu moins d’un an Le rapprochement entre la FAO et le lobby des pesticides inquiète scientifiques et ONG (lemonde.fr) alors que le nouveau directeur général de la FAO, le Chinois QU DONGYU était en poste depuis un peu plus d’un an. Fallait-il s’inquiéter d’un partenariat officiel entre une organisation internationale et un groupement d’intérêts privés? Pour l’instant les prises de position les plus récentes des organisation dépendant de l’ONU sur la questions des pesticides sont les suivantes :
https://www.fao.org/pest-and-pesticide-management/pesticide-management/code-de-conduite-international-sur-la-gestion-des-pesticides/fr/
https://apps.who.int/Manuel sur l’élaboration et l’utilisation des spécifications FAO/OMS pour les pesticides, Première éd., troisième révisioniris/handle/10665/259819
Si vous avez ouvert les deux liens, vous avez peut-être constaté qu’il n’y avait là pas de quoi s’émouvoir, l’ONU tenait bon le cap dans la lutte contre l’utilisation déraisonnée des pesticides. Certes on ne parle pas d’interdiction mais manifestement l’influence du lobby ne se fait pas encore sentir. Cependant pour qui connait la lenteur et la lourdeur pachydermique des processus décisionnels onusiens, cela ne veut rien dire car il est trop tôt. Donc attendons ce qui va se passer sur ce front dans les prochaines années.

La deuxième alerte vient d’un groupe politique au Parlement européen, le 18 octobre 2021, https://www.social-ecologie.eu/De la ferme à la fourchette : halte au lobbying des industriels de la malbouffe !Ce communiqué de presse est elliptique et peu explicite sur les raisons de cette alerte. Il faudrait pour cela suivre en direct les débats en cours au parlement Européen. Heureusement, les lobbys français de la malbouffe ont maladroitement alertés les médias français sur un sujet qui du coup apparaît comme étant l’actualité européenne en matière de bonne alimentation, la généralisation du label nutri-score à tous les produits alimentaires en Europe.
Le premier média à en parler relaie sans trop barguigner le message dévalorisant envoyé par les gros de l’alimentaire Le 19 octobre 2021 https://www.huffingtonpost.fr/Le bilan du Nutri-score en France alors que l’UE veut l’imposer partoutCela rappelle en plus light, l’attaque frontale menée contre un autre outil de maîtrise de la qualité alimentaire de notre alimentation, Yuka (qui a été condamné en première instance à une amende particulièrement salée comme je l’ai déjà écrit) : «  puisque certains résultats sont sujets à caution, c’est que l’outil n’est pas scientifique donc il est contestable et nous, industriels nous le contestons ». Ce travail de dénigrement fait, chacun peut alors y aller de sa solution fantaisiste qui servira ces intérêts.
Le second média s’est montré plus sourcilleux dans son enquête puisque le même jour il publiat ceci Le 19 octobre 2021 https://www.letelegramme.fr/Pourquoi le Nutri-Score obligatoire fait grincer des dentsLa stratégie de dénigrement des groupes qui sont cités nommément y est plus clairement explicitée de même qu’il est exposé les limites d’un tel outil.

Du coup, je suis allé voir comment cet outil était né, comment il avait été accueilli et quelle avait été sa vie.
Avant sa mise en place expérimentale, il avait fait l’objet comme d’autres outils de notation nutritionnelle d’une évaluation de la part de l’ANSES qui ne fut pas tendre pour ces outils, 23 février 2017 https://www.culture-nutrition.com/L’étiquetage nutritionnel remis en question par l’Anses Seule Nutri-score semblait trouver grâce à ses yeux. Par contre une organisation de défense des consommateurs avait très rapidement eu pour ce label les yeux de Chimène 2 juillet 2019 https://www.quechoisir.orgÉtiquetage nutritionnel Le Nutri-Score soutenu par l’UFC-Que Choisir
Aucune prise de position officielle par contre des géants de l’agro-alimentaire ni de leur représentation officielle l’ANIA. Par contre, un travail de sape semble s’être organisé très rapidement, jouant sur les faiblesses de l’outil, sur la fibre patriotique et l’attachement à nos « bons produits traditionnels » même si cela fait belle lurette que l’industrialisation des processus leur a fait perdre ce caractère traditionnel (les fromages en sont un bon exemple). Cela a permis une sérieuse mise au point, scientifiquement étayée du père de cet outil. Publié le 11 juin 2021 sur le site de l’Institut d National de la Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentaion et l’Environnement, cette longue tribune https://www.inrae.fr/Lobbying et alimentation : le point de vue de Serge Hercberg sur les arguments des anti-Nutri-score mérite d’être lue car elle démonte parfaitement les mécanismes d’insinuation, d’assimilation abusive utilisée pour décrédibiliser l’outil dont ces industriels ne veulent pas. Cela dit, s’ils font de tels efforts, c’est peut-être que cet outil est vraiment utile.

Voilà en deux exemples comment les entreprises tentent d’influencer la décision publique. C’est pourquoi, je peux comprendre que certaines ONG s’émeuvent de voir que le gouvernement français entend faire « sponsoriser » les six mois de sa présidence de l’Union Européenne au premier semestre 2022.

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