Rémunérer les compétences certes mais rester décent !

La rémunération des très hauts fonctionnaires, voilà bien un sujet d’accord, au-delà des querelles corporatistes qui enveniment le débat actuel sur la gestion des cadres dirigeants de l’Etat : elle n’est plus suffisamment attractive, eu égard aux responsabilités assumées et surtout par comparaison au traitement que le secteur privé réserve à ses cadres dirigeants.

Pour éclairer le débat, rendons grâce à la DGAFP de publier ceci https://www.acteurspublics.fr/Combien ont gagné les agents les mieux payés des ministères en 2020 qui permet de fixer un peu les choses. Sans surprise, il existe des différences entre ministères (de 150.000 euros par an à la Culture à 265.000 euros à l’Ecologie). Cela permet de tordre un peu le cou à la légende qui voudrait que les cadres de Bercy aient profité de leur proximité avec le Grand Argentier pour se servir. Ces différences s’expliquent certainement par la différences des responsabilités exercées (volume budgétaire géré, nombre de fonctionnaires sous les ordres, sensibilité des politiques publiques menées) mais il n’est pas exclu que les régimes indemnitaires particuliers liés à certains corps d’origine de ces hauts fonctionnaires n’ajoutent pas un peu à ces différences de traitement.

Il n’en demeura pas moins qu’avec une rémunération mensuelle moyenne de 16.500 euros (un peu moins de 200.000 euros par an), les 110 hiérarques de l’Etat concernés par cette enquête disposent d’une rétribution confortable, notamment si on la compare à ce que touche officiellement leur ministre ou secrétaire d’Etat https://fr.wikipedia.org/wiki/Rémunération_des_acteurs_institutionnels_en_France

Ceci étant posé, il convient maintenant de voir ce qui se passe dans le privé. En la matière, la situation est plus complexe à analyser car à ma connaissance, il n’existe pas de compilation de même nature et même si les grandes entreprises se sont dotées, dans le cadre de leur RSE, d’un comité des rémunérations, je n’ai pas pu trouvé d’études permettant cette comparaison. Toutefois, j’ai trouvé ceci https://www.waage.fr/PRÉSIDENT DIRECTEUR GÉNÉRAL (PDG) SALAIRE ET RÉMUNÉRATION. Cette étude à l’avantage de concerner toutes tailles d’entreprises dès lors que la société dont chacune dépend s’est dotée d’un président directeur général. Pour le coup, l’éventail est très large et si le bas de la pyramide (82.000 euros) fait un peu pâle figure, l’arrogance du sommet de celle-ci, à près de 5 millions par an, paraît effectivement hors de proportion avec ce que nous venons devoir dans les ministères. Toutefois, il convient de jeter un coup d’oeil plus attentif au graphique qui accompagne cet article pour constater que plus de 80% des rémunérations de PDG se trouvent dans la tranche 250.000/350.000. C’est effectivement plus que ce que la fonction publique peut offrir. Certains diront que c’est la prime de risque liée à l’entrepreneuriat privé. Cela reste cependant à établir, dans la mesure où les réunions des Conseils des Ministres le mercredi matin sont aussi redoutables pour les uns que les réunion de Conseils d’Administration ou de Conseils de surveillance pour les autres.

Néanmoins, il y a un dernier élément, ou presque que je voudrais verser à ce dossier et qui concerne un secteur où a priori, les inégalités salariales ne devraient pas avoir cours, celui de l’économie sociale et solidaire. L’exemple qui m’a été fourni concerne certes une branche très particulière de l’économie coopérative, les coopératives agricoles https://basta.media/« Mieux vaut que tu ne saches pas » : les confortables revenus des dirigeants des coopératives agricoles. Si on prend l’extrait du registre des rémunérations figurant en encarté dans cet article, on constate que les dix cadres les mieux payés d’une coopérative agricole d’envergure à peine régionale ont une rémunération globale supérieure aux dix cadres les mieux payés du ministère de l’agriculture sous la tutelle duquel ces coopératives sont pourtant placées.

Evidemment, cela ne clôt pas le débat récurrent sur la rémunération des dirigeants mais si ces quelques chiffres peuvent contribuer à une réflexion sur la signification de la rémunération des cadres dirigeants, j’en serais heureux.

Au moins, on ne parlerait plus ici de l’indécence des rémunérations perçues par certains sportifs, parfois de haut niveau, certains animateurs radio et télé, parfois de caniveau, qui restent pour moi un phénomène inexpliqué dans un pays que la moindre inégalité de traitement, la moindre injustice subie met en émoi.

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