Faut-il se méfier d’une Chine affaiblie? Ou « la Chine, à qui perd gagne »

Certains avait commencé à sourire en décembre 2019 en voyant la panique qui semblait avoir gagné les autorités chinoises confrontées à un début d’épidémie de nature inconnue. En effet, l’économie de l’une des principales zones industrielles était à l’arrêt, des millions de personnes étaient enfermées chez elles (on redécouvrit le sens du mot confinement à cette occasion). Bref ! Tout allait mal dans la Chine triomphante et on allait bientôt voir que ce n’était là qu’un « tigre de papier », pour reprendre la terminologie maoïste appliquée à un autre empire.

On a bien vu en deux ans ce qu’il en était. Même si les chiffres officiels ne retracent pas forcément la réalité chinoise, il semble bien que l’Empire du Milieu (déjà ce nom devrait faire réfléchir) ait mieux surmonter la crise sanitaire dont il est l’origine (géographique au moins en attendant les résultats d’une hypothétique commission d’enquête de l’OMS) que n’importe quel autre pays.

Du coup, quand je lis cet article https://www.lesechos.fr/Les coûts de production en Chine flambent à un rythme record depuis 25 ans, je me dis que cet aveu de faiblesse de la Chine peut paraître surprenant. En effet, ce qui a fait la force de l’économie chinoise dans les années 90 et la première décennie de ce siècle, ce n’est pas son avance technologique mais bien le différentiel de compétitivité lié à des coûts de production extraordinairement bas. Est-ce à dire que progressivement la Chine arriverait à un niveau tel que, à son tour, elle pourrait être concurrencée, par le bas, par des pays à plus bas coût, dans le même temps qu’elle perdrait en attractivité pour les entreprises capitalistes des pays occidentaux qui y verraient là une belle opportunité de redorer leur blason de respectabilité en rapatriant une partie de leur processus de production ?

Il est certain cependant que la Chine traverse actuellement une crise majeure, comme d’ailleurs la plupart des économies développées, liée à une reprise trop brutale de l’activité qui a asséchée les reserves de carburants fossiles. Etant plus dépendante que les autres du fait de son statut d’atelier du monde, la Chine souffre actuellement plus que les autres. Mais il convient de ne pas oublier qu’en Chinois, comme en japonais, l’idéogramme « crise » signifie également opportunité. Le fait que cet article La Chine face au casse-tête de la neutralité carbone | Atlantico.fr nous dise que la Chine est déjà le premier pays en matière de production de voitures électriques et en passe d’être le numéro mondial pour ce qui est des énergies renouvelables montre cette capacité culturelle à faire face à l’adversité. En 1974, face au premier choc pétrolier, les communicants français s’étaient bien essayé à cela avec le slogan « En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées! » Hélas, le résultat le plus tangible fut la réalisation du fantasme d’ingénieurs polytechniciens, la France nucléaire. C’est là une différence culturelle majeure au niveau des élites nationales.

Mais pour revenir à la Chine, la seule raison d’espérer tient dans la nature du régime dont l’autoritarisme, et le mot est faible, est un frein certain à la créativité. Or pour passer d’une économie d’imitation, même si au passage on améliore les technologies utilisées, à une économie d’innovation, qui permettrait à la Chine d’assoir réellement son leadership mondial, il faut que l’Université chinoise soit capable de générer des innovations de rupture, c’est à dire d’avoir des chercheurs qui délibérément se mettent en rupture avec la science officielle pour défricher de nouveaux champs de la connaissance. C’est peut-être là la principale faiblesse de la Chine, mais je dis bien « peut-être ».

En effet, je n’oublie jamais, s’agissant de la Chine que Confucius n’est pas le seul à avoir façonné l’âme chinoise. Dans les élites chinoises, un autre philosophe est tout aussi très présent, Sun Tzu dont « l’art de la guerre » a été lu et commenté largement au fil des siècles. De la lecture de ce petit opuscule, j’ai personnellement retenu beaucoup de choses dont cette citation qui en dit plus long qu’une longue analyse sur ce qu’il faut penser de ces aveux de faiblesse à répétition des autorités chinoises : “Il faut feindre la faiblesse et l’infériorité, et encourager l’arrogance de l’ennemi (…) Quand vous êtes capable, feignez l’incapacité. Quand vous agissez, feignez l’inactivité. Quand vous êtes proche, feignez l’éloignement… » 

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