Pour être acceptable, il faut être respectable

Personne ou presque ne veut d’enfouissement de déchets radioactifs près de chez soi, personne ou presque ne veut même de l’installation d’une centrale nucléaire près de chez soi, sauf bien entendu quelques maires et quelques commerçants qui y voient là une source non négligeable de revenus complémentaires pour leur budget communal ou leurs commerces. De plus en plus, les ruraux renâlent à accepter de nouveaux parcs éoliens sur leur territoire communal. A peine entamé, le déploiement de l’éolien offshore est déjà contesté lui aussi par les usagers de l’espace maritime, pêcheurs professionnels ou de loisir et plansanciers . Un mouvement de révolte se lève également dans les campagnes contre les grandes unités de méthanisation qui poussent actuellement comme champignons en automne. Il n’est pas jusqu’au grandes fermes photovoltaïques qui ne provoquent des réactions épidermiques.

Je ne parle ici que des sources d’énergie dites décarbonées, les autres, charbon, fuel et même gaz, sont en effet disqualifiées d’office au nom de la limitation de la catastrophe climatique qui nous pend au nez.

Du coup, le grand sujet de préoccupation des décideurs politiques est l’A.C.C.E.P.T.A.B.I.L.I.T.E des projets, car comment faire pour respecter les promesses de l’Accord de Paris si rien ne trouve grâce aux yeux des Gaulois râleurs que nous sommes.

La ministre en charge de cette question lance des pistes de réflexion sur ce sujet et notamment sur la filière qui, actuellement est devenu un point de clivage politique, l’énergie éolienne https://www.actu-environnement.com/Barbara Pompili veut améliorer l’acceptabilité de l’éolien pour booster sa croissance. Les solutions qu’elles proposent sont le plus souvent de pur bon sens. Mais le bon sens et la logique financière ne vont pas souvent de pair . Comme l’explique une des animatrice de la révolte des maires ruraux, ce n’est pas tant l’éolien qui pose problème que la façon dont on l’a mis en œuvre.

En effet, les premiers projets dans la première décennies de ce siècle étaient de taille modeste (la technologie était encore balbutiante) implantée plutôt loin des zones habitées et surtout très dispersées.

A partire de 2007, on a vu paraître au J.O. des arrêtés autorisant des projets qui auraient dû alerter les autorités réglementaires à l’origine de ces autorisations. Il n’était pas rare qu’au cours de la même année, il y ait des arrêtés d’autorisation concernant plusieurs projets portés par des sociétés différentes mais toutes logées à la même adresse, ou plusieurs projets de parcs, chacun de de taille réglementaire (aux alentours de 12MW) mais tous implantés sur la même commune et parfois sur des parcelles apparemment contigües. Manifestement de gros opérateurs étaient à l’oeuvre pour couvrir le territoire d’ensembles éoliens de plus en plus gros car ils ne savent faire que cela puisque pour eux « big project= big money ».

Il suffit d’aller en plaine de Bauce ou dans les plaines picardes ou les vallons des Hauts de France pour comprendre le sens de cette densification. A partir d’une certaine densité, ce qui individuellement était supportable, est devenu inacceptable. Et du coup, les anti-éoliens viscéraux, ceux par exemple qui croient durs comme fer que l’énergie nucléaire est une énergie propre, ont eu beau jeu de surfer sur cette exaspération pour tenter de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Des contre-exemples existent pourtant qui montrent que quand le projet est bien muri, il est même plébiscité par les habitants. J’ai déjà eu l’occasion de parler de quelques exemples dans ma région. La coopérative de Béganne dans le Sud de la Bretagne en est un bel exemple comme la démarche de la communauté de commune du Méné ou comme pourrait l’être celle de l’ile de Sein si EDF ne l’avait pas entravé. Dans le même région, nombreuses sont les communes qui accueuillent une voire deux fermes éoliennes et ne rechignent pas à en accueillir une supplémentaire, pour peu que l’emplacement soit judicieusement choisi, la taille correctement pexplicitée de même que les contraintes de l’emprise au sol.

A partir du moment où les principes fondateurs d’une démarche écologique vertueuse sont respectés, à partir du moment où les intérêts fondamentaux des riverains sont respectés et leurs observations prises en compte dans la mesure du posible, cela devient tout de suite plus acceptable. Tout ici est donc une question de respect, de l’autre, de la nature, de l’avenir. Pour être acceptable, ces projets doivent être respectueux donc respectables.

La ministre n’est pas la seule à être turlupinée par les questions d’acceptabilité des projets d’énergie renouvelable ; les sénateurs, grands défenseurs de la cause de la ruralité se sont également émus de cette question mais à propos d’une autre filière, la production d’énergie (chaleur et électricité) à partir de méthaniseur de déchets organiques https://www.actu-environnement.com/Méthanisation : des sénateurs livrent leur vision du « modèle français ». Là aussi, on trouve à la base un processus vertueux que j’ai déjà largement décrit dans des articles précédents. Il s’agit de la valorisation des déchets organiques que peut produire une exploitation agricole pour les transformer en kilowatts utilisables d’abord sur l’exploitation et accessoirement dans l’environnement immédiat. Mais alors pourquoi ses sages du Palais du Luxembourg se sont-ils sentis obligés de faire des préconisations pour rendre ces installations plus fréquentables ? Eh, bien, c’est comme pour l’éolien, des grands groupes industriels, s’appuyant parfois sur des grands opérateurs comme des « coopératives » agricoles se sont mis en tête d’industrialiser le processus et la conséquence immédiate a été la concentration de nuisances d’une part, et d’autre part le dévoyement du projet initial. De tels monstres de méthanisation ne peuvent se contenter des déchets et débris agricoles et par conséquent on en vient à puiser dans les productions agricoles proprement, maïs essentiellement, pour alimenter la machine. L’effet est dévastateur pour l’équilibre des productions agricoles entre alimentation des bestiaux et alimentation des digesteurs. Certes pour les exploitants qui acceptent ces installations sur leur territoires, cela constitue un apport financier appréciable et rend viable des exploitations qui, sans cela, seraient en situation plus précaire. Et ce sont bien les seuls à apprécier. Le manque de respect de l’environnement naturel et humain explique qu’ils sont de plus en plus difficile à accepter.

Ici aussi, pour être acceptable, il faut être respectueux donc respectable.

Du coup, on est en droit de s’inquiéter de cette annonce https://www.energiesdelamer.eu/Haliade X de GE : une nouvelle étape pour la 14 MW. En effet, il faut s’imaginer la taille d’une telle turbine qui a la même puissance installée que les premières fermes éoliennes terrestres. Cela n’est hélas pas surprenant puisque, dès le départ, le modèle français de fermes éoliennes offshore était de type industriel. Une puissance installée de 400 à450 MW représente environ une quarantaine de fermes éoliennes terrestres. A ce rythme , il n’est pas impossible que les fermes éoliennes offshore dépassent les 1000MW et pour le coup on aurait alors à faire à des installations qui vont fortement pertuber l’environnement marin. Raison de plus pour fixer des règles très strictes pour ces implantations et les faire respecter. Le cas de la baie de Saint-Brieuc, les manquements évidents du porteur industriel du projet et les réactions violentes des marins pêcheurs sont là pour en témoigner. Dans ce cas particulier, le projet est d’autant moins acceptable que les promoteurs du projet ne semblent pas avoir été très respectables.

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