Innovation sans raison n’est que vide de l’âme

Il est parfois des idées novatrices qui ont tout pour plaire. Ainsi, utiliser les déchets agricoles (déjections animales, résidus de plantes, branchages issus des tailles de haies, etc…) pour les transformer en gaz susceptibles d’être brûlés afin de produire de la chaleur et pourquoi pas de l’électricité apparaît, présenté ainsi, comme un cycle vertueux de gestion des ressources, qui entre parfaitement dans le schéma d’économie circulaire. De là à parler de démarche innovante, il n’y a qu’un pas qu’a franchi l’ADEME, il y a quelques années et cette démarche était encore confortée par l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifique et Technique dans un rapport paru, il y a juste un an https://www.connaissancedesenergies.org/Un rapport parlementaire appelle à soutenir davantage la production d’énergie renouvelable dans l’agriculture

Depuis, il est passé beaucoup d’eau sous les ponts, un peu de gaz dans les tuyaux (ou en dehors) et quelques évènements, en Bretagne et Pays de Loire, qui ont amené certains à se poser des questions sur l’excellence de la filière. J’en ai déjà dit deux mots sur ce site dans le courant de l’été mais j’y reviens car il s’agit là d’un cas emblématique d’une dérive qui transforme une innovation a priori écologique en catastrophe environnementale parce quelques critères d’évaluation ont été oublié.

Les députés de l’OPECST auraient été bien inspirés de relire les comptes-rendus d’audition https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-rendus/cetransene/l15cetransene1819046_compte-rendu.pdf qui avaient eu lieu moins d’un an avant la publication de leur rapport favorable, car il y aurait lu que des dérives été apparues dans la mise en œuvre de la « méthanisation à la ferme » .

Que c’est-il donc passé pour arriver à un tel gâchis ?

La démarche innovante se fondait sur l’exploitation sur place de ressources disponibles sur place pour un usage avant tout local (chauffer des serres, fournir un complément d’énergie pour la ferme et quelques bâtiments autour). Bref, il s’agissait d’installations de taille réduite, qui, à l’expérience, ont montré quelques lacunes dont une, essentielle : elles n’étaient pas suffisamment rentables. En ne prenant que les paramètres financiers, coûts des investissements, coûts de traitement des intrants, valorisation de l’énergie-chaleur produite, le délai de retour sur investissement était trop long.

Du coup, les fabricants d’installation, c’est à dire ceux qui maîtrisent « l’innovation technique » ont conçu plus grand, plus puissant. Mais pour fournir, il a fallu aller chercher de plus en plus loin des effluents recyclables et comme cela ne suffisait pas, il a fallu produire des compléments notamment végétaux, qui sont venus en concurrence des productions existantes, nécessaires à l’alimentation humaine ou animale. Etant de plus en plus sophistiquées, ces installations ont échappé au contrôle des agriculteurs, non formés ou mal formés à la maîtrise de ces cycles complexes. Dans le pire des cas, cela a pu donner des accidents écologiques comme il y en eut à Chateaulin (Finistère) ou les projets gigantesques portés par les coopératives ligériennes en Loire-Atlantique.

Tout ceci n’est arrivé que parce que les porteurs de ces projets « innovants » ont oublié que la valeur d’une innovation ne se mesurait pas uniquement à l’aune de la performance économico-financière, délai de retour sur investissement, production et vente d’une quantité sans cesse accrue d’énergie, mais aussi et surtout, à partir de son intérêt écologique et de son acceptabilité sociale.

On pourrait espérer que la mission d’information que le Sénat vient de mettre en place saura en tirer les enseignements, mais à la lecture des premiers rapports d’audition http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/mi-methanisation.html, il ne semble pas que les autorités entendues en prennent la direction.

Cela illustre bien qu’une idée « innovante » n’est pas une innovation en soi, mais qu’elle ne le devient que si, au bout du compte, elles est réellement créatrice de valeurs nouvelles. Ici, l’innovation n’aurait pas été de faire plus grand et plus puissant mais plutôt d’améliorer les performances intrinsèques ( en terme, de traitement des masses sèches finales, en terme de rendement énergétique, que sais-je encore) d’installation à vocation locale, ce qu’elles n’auraient jamais du cesser d’être.

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