Les généraux impuissants d’une armée en déroute

Juste avant de partir en vacances, le gouvernement de la France s’était réuni pour parler de….la Réforme de l’Etat. C’est l’interminable serpent de mer qui émerge par période sans que jamais on ne vît sa queue https://www.acteurspublics.fr/Réforme de l’État : ce qu’il faut attendre du grand raout du 23 juillet. Cette fois-ci, rien de bien affriolant sauf cette décision «Le dispositif “vise à donner aux préfets un mandat interministériel et à renforcer leur rôle de pilotage et d’animation des services et opérateurs de l’État” » qui remet les préfets un peu plus au cœur du jeu administratif. La calamiteuse réforme de l’Etat dans les territoires (la RéATE) pilotée depuis le ministère de l’Intérieur sous le quinquennat de Sarkozy avait dû, en effet, un peu perturber la vie administative départementale et régionale. En créant des super directeurs départementaux et des super directeurs régionaux, les « brillants  cerveaux » de la Place Beauvau pensait faciliter la tâche de manager des préfets en ramassant fortement le nombre de leurs interlocuteurs directs. Il semble que cela n’ait pas forcément eu l’effet escompté mais par contre, cela a permis de créer un nouvel échelon hiérarchique puisque chaque directeur départemental « transversal » (DDT, DDTM, DDP)est maintenant flanqué de plusieurs directeurs adjoints qui, en réalité, jouent le rôle que jouaient avant les directeurs départementaux « thématiques » (DASS, DDTE, DDE, DDJS, etc…). En fait cela éloignait encore un peu plus les préfets des services opérationnels dans leur département. Rappeler leur rôle interministériel est en fait un retour à la tradition républicaine depuis plus de deux siècles et c’était donc nécessaire. Mais n’est-ce pas un peu vain maintenant ?

En effet, il y a un an déjà, les observateurs attentifs de la vie administrative s’inquiétaient de l’évolution des effectifs dans les services départementaux et régionaux de l’Etat https://www.acteurspublics.fr/Services déconcentrés de l’État : un quart d’effectifs en moins dans les départements depuis 2011. Les coups de rabots demandés au nom de la rigueur budgétaire ont donc fait leur effet et je ne doute pas que de ce point de vue la RéATE ait parfaitement joué son rôle. Là où précédemment 4 ou 5 agents, affectés dans dans deux ou trois directions départementales, travaillaient, en plus ou moins bonne coordination, dans la gestion d’une politique publique transversale, par exemple, la gestion des eaux, il n’y en a plus de 2,5 ou 3 mais pour autant les tâches de police de l’eau n’ont pas diminué, bien au contraire.

Et cela ne fait que croitre et embellir. En effet, au fur et à mesure que les exigences de la société civile montent, le volume de contrôle augmentent. Ainsi pour ne pas rester dans le domaine aquatique, cela touche aussi, par exemple, l’air que nous respirons https://www.actu-environnement.com/Pesticides dans l’air : lancement du premier suivi national et annuel de surveillance . Certes les associations sont appelées à la rescousse mais il faudra bien qu’à un moment ou un autre des agents dans l’administration y mettent un œil, car l’administration est ainsi faite. Et cela bien sûr à effectif réduit.

Pour parfaire le tableau, la crise sanitaire que nous vivons a sensiblement, et c’est une litote, augmenté les fonctions de contrôle de l’administration au sens large. A ce rythme-là, les troupes vont s’épuiser. Du coup, les préfets, nouveaux commandants en chef des services de l’Etat risquent de se retrouver à la tête de ce qu’on appelle (et ce n’est pas respectueux pour elle) une « armée mexicaine », où ils auront beaucoup de chefs et de sous-chefs, quelques superviseurs et plus grand monde pour accomplir les tâches les plus nécessaires.

Déjà que les citoyens commencent à trouver cela un peu lourd https://www.acteurspublics.fr/Des députés partent à l’assaut du “burn-out administratif” des Français , si en plus c’est inefficace, je préfère ne pas penser à l’état de l’opinion de nos concitoyens dans quelques années.

Mais le pire reste à venir. Si j’en reste au périmètre qui me sert d’exemple depuis le début, la protection de l’environnement et l’écologie, cela ne va pas beaucoup mieux au niveau des services dans le ministère https://reporterre.net/Au ministère de l’Écologie, les fonctionnaires souffrent et constatent leur impuissance. En devenant plus gros, le ministère de l’écologie n’a pas pour autant gagné en puissance puisque lui aussi a subi les coups et les coupes de Bercy. Si à ce niveau où s’élabore les normes administratives, les troupes sont déboussolées, cela va forcément se sentir. C’est pourquoi derrière les beaux discours, il y a souvent absence d’actes positifs, autant par volonté de ne pas faire (pour certains) que par incapacité de faire (pour les autres).

Et c’est ainsi que l’Etat que dirige Jupiter peut être le champion de la lutte pour le climat, en discours et EN MEME TEMPS, condamné pour son inaction en la matière. Avatar imprévu d’un slogan de campagne qui maintenant paraît bien éculé, comme tous les slogans de campagne d’ailleurs.

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