Les chemins de la transition épilogue 2 Pour s’élever, la route parfois descend

Pour disqualifier rapidement toute démarche de transition ambitieuse, les économistes orthodoxes agitent assez facilement le chiffon rouge de la décroissance. En cela, ils sont bien épaulés par les médias et la plupart des gourevènements ( Ô on Dieu, je garde cette faute de frappe, je n’aurai oser rêver un tel lapsus significatif] en place et ce panurgisme mérite quelques explications.

Qu’entend-on par décroissance ? La vulgate nous dit que lorsque le Produit Intérieur Brut diminue deux trimestre d’affilée, il y a décroissance. Mesurer la santé d’une nation avec un seul chiffre sacralisé, le PIB, c’est vraiment avoir une foi de charbonnier dans la magie des chiffres, surtout quand , comme ici il y a un seul chiffre.

J’ai déjà beaucoup écrit sur les limites de cet outil rudimentaire qu’est le PIB, né dans les périodes de pénurie de l’après-seconde guerre mondiale. Il suffit de faire remarquer que construire une maison augment le PIB qu’il s’agisse du premier logement d’un jeune couple en attente d’enfant ou la reconstruction d’une bâtisse centenaire qu’une coulée de boue a mis par terre définitivement. Ainsi, si je poursuit le raisonnement jusqu’au bout, plus il y aurait de catastrophes, et donc de réparations des dégâts, plus le PIB se porterait bien.

On voit là toute la tragique absurdité de ce satané PIB. Et pourtant c’est en se fondant sur l’évolution du PIB que les économistes nous parlent d’enrichissement ou d’appauvrissement et que les politiques tentent de nous convaincre que leurs choix ont été les meilleurs, forcément les meilleurs. Ce serait inquiétant sur la santé mentale de ces gens si cette opinion n’était largement partagée.

Une fois évacuée cette hypothèse hasardeuse que croissance de la production intérieure brute égale croissance du bien-être (je ne parle même pas de bonheur qui est une donnée bien plus subjective), il reste à en éliminer une autre billevesée qui est que la croissance de la production intérieure brute égale la croissance de l’emploi. J’irai chercher mon premier argument dans la tradition économique orthodoxe qui me dit que la puissance d’une économie se mesure à sa capacité de gagner en productivité. Or si la productivité augmente ne serait-ce que de 3% mais que la production intérieure brute n’augmente que de 1%, cela veut dire que mécaniquement, on a besoin de 2% de travail en moins. Si dans le même temps, la population en âge de travailler augmente de serait-ce que de 0,5%, cela veut dire que l’emploi aura diminué de 2,5%. Vu ainsi, le résultat n’est pas fameux. Il y a donc des subterfuges pour arriver à faire croire qu’avec un PIB poussif, on crée de l’emploi sauf à considérer que globalement, on perd en productivité, ce qui est à l’opposé d’un autre dogme qui veut que les gains de productivité sont continus. Il y a là un mystère que seuls les économistes orthodoxes sont en mesure de comprendre.

Et puis il y a une autre façon d’appréhender l’emploi dans l’économie, c’est au regard du service que rend le travail produit par cet emploi. Plutôt que de longues explications, je vais prendre quelques petits exemples tirés de la vie quotidienne. Le premier concerne la réparabilité d’un appareil électro-ménager. Supposons un aspirateur qui tombe en panne. Pour le réparer, un artisan me demande disons trois heures et quelques euros de pièces détachées et mon appareil est reparti pour quelques années de bons et loyaux services. Si je ne l’avais pas fait réparer, j’aurai acheter un autre aspirateur qui n’aurait demander que plusieurs minutes de temps ouvrier sur une chaine d’assemblage, beaucoup plus de temps machine et pas mal de pièces détachées à assembler. Sans rentrer dans le détail du temps de personnel qu’il a fallu pour fabriquer les machines qui vont fabriquer l’aspirateur, ni le temps de personnel qu’il a fallu pour fabriquer les pièces qui ont été assemblées, intuitivement, on sent bien que la réparation, en terme de service rendu, demande plus de temps de travail que le remplacement pur et simple. Dans le premier cas le PIB augment peu, du montant de la facture de l’artisan, mais il y a beaucoup de travail dedans, dans le second cas le PIB augmente de la valeur totale de l’aspirateur mais a demandé peu de travail. On peut donc créer plus d’emploi en n’augmentant peu la production de richesse mesurée à partir du PIB.

Le second cas concerne la production agricole, disons le maraichage. Un maraicher bio travaillera disons 2 hectares pour produire 100 de valeur et consommera peu d’intrants. Dans le même temps, un producteur en agriculture dite conventionnelle va exploiter avec deux personnes une exploitation de 40 hectares qui produira 3000 de valeur mais consommera 1000 à 1200 d’intrants. En terme d’emploi, la valeur ajoutée par le producteur bio est incomparablement plus riche en emploi que celle générée par l’exploitant conventionnel.

Tout ceci pour dire que si les buts de l’économie est d’une part de satisfaire au mieux les besoins des individus et d’autre part d’assurer à chacun la possibilité de les satisfaire grâce à la part de la richesse née de la satisfaction de ces besoins correspondant à sa contribution au processus de production, il n’est pas évident que le PIB soit un bon outil de calcul

J’ai pris ici deux exemples mais dans nos balades sur les chemins de la transition nous avons rencontré d’autres exemples de la même nature qui montre qu’on peut augmenter la satisfaction des besoins tout en augmentant la part que chacun peut y apporter par son travail sans que pour autant les calculs des économistes fondés sur les additions de valeur ajoutée n’augmentent, même au contraire, il arrive parfois que cette somme de valeurs ajoutées, c’est à dire le PIB diminue.

Tout ceci pour en arriver à la conclusion que la diminution du PIB n’est pas une catastrophe ; tout dépend de ce qu’on y met. Donc présenter la décroissance comme une catastrophe programmée par des écologistes complètement azimutés est au mieux de l’ignorance de la science économique (la vraie celle qui parle de satisfaction des besoins réels aux moindres couts globaux), au pire de la désinformation de la part de ceux qui n’ont pas intérêt à ce qu’on change les cadrans donc les moteurs de ce qui nous fait vivre.

Si vous trouvez mon discours trop complexe, je vous renvoie volontiers à cet échangehttps://reporterre.net/ Et si on essayait la décroissance ? Le récit du débat entre Delphine Batho et Timothée Parrique. C’est parfois un peu simpliste, c’est normal, il s’agit de politiques, mais ils arrivent globalement aux mêmes conclusions que moi et c’est l’essentiel.

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