Passe partout

A partir de lundi 9 août, nous ne pourrons plus pénétrer dans un restaurant sans présenter son sésame magnétique ; nous ne pourrons plus aller à la piscine sans avoir glisser dans son sac le précieux téléphone ; nous ne pourrons plus aller voir un film sans le même appendice électronique (avec le risque que la sonnerie se déclenche de façon inopportune en plein suspense). Bref, il va falloir montrer son pass partout. Et cela en énerve plus d’un. Nous étions tellement habitué à nous déplacer comme nous voulons, quand nous voulons sans rendre le moindre compte à qui que ce soit que cette contrainte est perçue par eux comme une atteinte intolérable à leur liberté. A cet égard, il y aurait là un beau sujet philosophique pour soirée estivale entre intellectuels sur la définition de la liberté dans des sociétés aussi complexes que la notre.

Mais à y regarder de plus près, est-ce une plus grande entrave à notre liberté de mouvement que les périodes de confinement que nous avons connu, avec ses documents autodéclaratifs justifiant de la nécessité de nos déplacements, avec ces lieux totalement interdits d’accès (restaurants, piscines, cinémas, etc…). Personne n’a manifesté à ce moment contre ces entraves réelles à nos mouvements.

Alors pourquoi maintenant ?

Il est vraisemblable que l’obligation de se faire vacciner y soit pour quelque chose car elle crée une distinction entre vaccinés et non-vaccinés. En période de pénurie de vaccin, cela aurait été interprété comme une intolérable discrimination. Mais ici, sauf certains cas, encore trop nombreux certes, qui n’ont pas un accès facile au système de vaccination, cela ne devrait plus être un problème.

Non, le problème vient du rapport à la vaccination elle-même. Et cela relève de la croyance, d’un côté que le vaccin est la panacée et qu’il nous protège comme l’égide athénienne, de l’autre qu’il s’agit là de l’oeuvre du Malin pour nous empoisonner en toute impunité. Et puis au milieu, il y a tous ceux qui, bien qu’ayant été poly-vaccinés dans leur enfance et n’en sont pas morts, restent quand même dubitatifs vis-à-vis de cette nouvelle technologie qui, pour eux confinent à la manipulation génétique.

Mais au-delà de ces croyances ou de ces doutes, il y a des réalités qu’on ne peut pas nier. Le fait que 87% des personnes hospitalisées pour cause de COVID soient non-vaccinées plaident en faveur de la vaccination systématique . Le fait qu’il y ait quand même 13% de ces personnes hospitalisées qui l’aient été bien que vaccinées est plutôt un facteur de doute. Quant aux chiffres de morts liés à la vaccination, ceux qui courent sur la Toile semblent tellement fallacieux que, pour le moment, je me retranche derrière un attentisme prudent mais vigilant. C’est évidemment à comparer au nombre total de personnes ayant été vaccinées car cela donne une idée de la probabilité du risque. C’est à comparer aux chiffres de victimes du COVID proprement dont la réalité semble plus avérée maintenant que le système de collecte statistique s’est rodé.

Nous n’avons pas de données précises en ce qui concerne l’impact de la vaccination sur la contagiosité de ce virus et de ses différents variants, c’est dommage, car c’est là le point crucial du débat. En effet, ceux qui nous ont précédé dans l’Histoire se sont montrés d’une grande sagesse quand ils ont déclaré que la liberté de chacun commence là où se termine la liberté de l’autre (ou vice-versa). Or c’est de cette limite dont il est question fondamentalement.

Le droit de se déplacer sans entrave ne va pas en effet sans le devoir de le faire sans nuire à autrui. Or, même si cela n’est pas totalement avéré, le fait d’être vacciné nous rend beaucoup moins contagieux.

La prise en compte d’autrui est donc un critère à ne pas négliger.

Cet équilibre entre droit et devoir se retrouve d’ailleurs dans d’autres situations comme par exemple celle que connaissent certains sites naturels en danger. Je connaissais, les chemins balisés de la Pointe du Raz ou du Cap Fréhel, mis en place pour éviter la disparition de biotopes menacés par le pietinement frénétique de milliers de visiteurs. A part quelques olibrius, pour qui marcher en dehors des sentiers battus est un besoin vital, les gens se plient volontiers à cette discipline dès lors que sa raison d’être est correctement expliquée.

Un pas de plus est franchi sur le littoral marseillais https://www.lesechos.fr/Réservation bientôt obligatoire pour se baigner dans les calanques à Marseille, https://reporterre.net/Le code QR s’invite dans les calanques surfréquentées de Marseille

Et oui, vous avez bien lu, un accès par QR code pour bénéficier de la sérénité des calanques marseillaises comme pour aller au restaurant. Nul doute que certains vont hurler à l’atteinte intolérable à leur liberté. Il n’empêche que l’article de Reporterre, par ailleurs très sceptique sur le pass sanitaire, explique bien la nécessité de mettre en place un accès régulé. Ce qui est vrai de la protection de biotopes pourrait l’être aussi de la protection de vie humaines.

Car on l’oublie déjà, le COVID reste une maladie potentiellement mortelle et ce n’est pas parce que les litanies morbides du printemps dernier ont fait place à de laconiques communiqués que cela change grand’chose à cet état de fait. Même 30 morts par jour reste un chiffre effrayant car cela fait plus de 10.000 morts par an. Avec un chiffre pareil, il y a une décennie on parlait encore d’hécatombe routière et il fallut la détermination d’un président de la République, suivi par ses 3 successeurs, pour en faire une grande cause nationale. Les contraintes imposées alors ont paru au départ attentatoires aux libertés puis, hormis les limitations de vitesse (dont la sanction a été dévoyée à d’autres fins), cela a fini par rentrer dans les mœurs.

Mais il en a fallu de la pédagogie, parfois calinante, parfois plus coercitive, pour en arriver là.

C’est vraisemblablement ce qui manque actuellement à ce gouvernement, une capacité à convaincre. Mais il est vrai que lorsqu’il y a en face des boute-feux qui déversent à micro ouvert des tombereaux de contre-vérités, demi-vérités, entrecoupées d’invectives assassines, il devient difficile de départir le bon grain, qui n’est pas forcément si bon que cela, de l’ivraie, qui n’et pas forcément que de la mauvaise herbe.

Et au milieu, il y a les hésitants qui se sentent un peu pris en otage. Il faudrait leur laisser un peu plus de temps pour la réflexion et se faire une idée sur les explications poussives de l’exécutif.

Hélas, du temps, il n’y en a peut-être pas vu l’urgence de réagir rapidement et c’est peut-être là que se trouve le drame.

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Un commentaire pour Passe partout

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