Les chemins de la transition ne sont pas la chaussée des géants

Voilà encore deux exemples de dévoiement d’une idée au départ plutôt géniale.

Actuellement, il y a débat autour du développement des méthaniseurs en France et manière générale de tous les gaz d’origine renouvelable qu’il s’agisse de l’hydrogène ou de gaz liquéfié carburant automobile.

Si je me limite au seul méthaniseur, reprenons la démarche au point de départ. Il s’agissait alors de valoriser les déchets produits sur une exploitation agricole, lisier ou déchets végétaux de toutes sortes en les faisant macérer dans une espèce de gros chaudron d’où sortirait un gaz de fermentation, extrêmement dangereux pour son effet de serre dévastateur, le méthane [oui ! oui c’est le même que produisent les ruminants en évacuant leur trop-plein gazeux]. Ce gaz brulé peut produire à la fois de la chaleur directement pour alimenter par exemple une serre et de l’électricité(mais cela demande un peu plus de technique) qui pourrait être utilisée dans un périmètre d’un ou deux kilomètres pour des usages professionnels ou domestiques. Ça c’est le principe de base vertueux sur lequel s’est bâti le discours de la filière. C’est aussi le discours repris par le lobby gazier https://www.euractiv.fr/L’association Française du Gaz confiante pour « dépasser l’objectif de production de biométhane de 1% en France cette année » mais quand on voit l’extrapolation qu’il en fait on est en droit d’être inquiet car là, il n’est plus de question de méthaniseur à la ferme mais bien de projets industriels et si en théorie on continue à valoriser les déchets agricoles avec un ajout de plantations ad hoc, la part de ces cultures spécifiques est un peu celle du cheval dans la recette du pâté d’alouette (un cheval pour une alouette). Il faut dire que les projets de méthaniseurs à la ferme ne correspondaient manifestement pas aux critères de rentabilité financière exigée par les financeurs de ces projets. Ceci explique cela.

Mais cela explique surtout que les nouveaux projets, portés notamment par des coopératives agricoles, qui ne sont plus réellement des coopératives et dont l’activité n’est plus réellement agricoles, sont de moins en moins bien acceptés par les riverains https://www.ouest-france.fr/Loire-Atlantique. Méthaniseur géant à Puceul : les élus rejettent le projet.

Dans le cas d’espèce, le seul côté un peu marrant est que l’élu qui demande un débat public https://www.20minutes.fr/Méthaniseur géant en Loire-Atlantique : Philippe Grosvalet réclame un « débat public » sur le projet est le même qui, en tant que président du Conseil départemental de Loire-Atlantique, ferraillait il y a quelques années avec tous les écologistes pour défendre SON aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

A ce stade, j’ai envie de rappeler ici, les 5 voies vers la transition que j’avais défini au début de ce feuilleton de l’été

Dans le prologue de ce feuilleton de l’été « les chemins de la transition » , deux personnages, un philosophe et un économiste, définissaient les 5 voies qu’il convenait de prendre pour assurer une évolution aussi harmonieuse que possible vers un monde qui n’aurait plus peur de la catastrophe écologique annoncée.
1 – Vers une réconciliation avec la nature
2 – Vers une civilisation techno-responsable
3 – Vers une culture de l’optimum
4 – Vers un nouveau consensus démocratique
5 – Vers une liberté positive

En l’occurrence, cela ne semble cocher aucune case et pourtant c’est sur de tels schémas que le lobby du gaz fonde sa stratégie. Le gigantisme n’est pas de mise

J’ai d’ailleurs envie de reprendre le même raisonnement à propos de cette autre information https://www.energiesdelamer.eu/HHI : le plus grand chantier naval au monde se met à l’éolien flottant. En principe, l’éolien offshore est plus vertueux que son homologue terrestre, parce que la ressource en vent est plus puissante et surtout plus régulière, que l’emprise au sol est moins sensible en terme d’artificialisation des sols. Hélas, l’exemple de Saint-Brieuc mais aussi de projets similaires en Galicie nous amènent à être plus circonspects car manifestement les logiques d’industrialisation ont pris le pas sur toute autre considération. Dès lors quand je lis que le plus grand chantier naval se lance dans l’aventure, alors qu’il est à l’origine de ces monstres des mers dont je parlais il y a quelques jours (j’ai la faiblesse de vous laisser dans mes archives pour retrouver la référence), je suis inquiet. Décidément, le gigantisme ne sera jamais le meilleur chemin vers une transition écologique réussie.

Pour illustrer ce que je viens d’écrire , l’exemple ci-dessous https://reporterre.net/La centrale de Gardanne bannit le bois du Brésil, sans rassurer les écolos arrive à point nommé tant il est emblématique des dérives qu’on peut redouter.

Le projet initial était tellement monstrueux, importer près d’un demi million de tonnes de bois du Brésil pour le brûler en France, que le seul fait d’annoncer qu’on fera de même mais avec des bois européen se veut être un discours vertueux.

Mais pour trouver cette demi-mégatonne, il faudrait aller dans un rayon de 250 kilomètres pour moititié et pour moitié jusqu’aux confins de l’Europe, c’est à dire perdre en CO² émis par les camions ce qu’on prétend gagner en ne brulant pas du charbon.

Tout cela pour arriver à un rendement énergétique d’à peine 35%. Voilà pour la performance purement écologique de ce projet.

Mais le pire, c’est l’état d’esprit dans lequel celui-ci a été conçu.

En effet, ce n’est pas par vertu que la filière brésilienne a été abandonné mais comme l’avoue l’entreprise qui gère ce projet parce que « … Nous avons travaillé sur un recentrage de nos approvisionnements sur l’Europe de façon à opérer dans le cadre réglementaire du règlement bois de l’Union européenne visant la lutte contre le bois illégal,… » En d’autre termes, ils l’ont fait tout simplement pour respecter la réglementation en vigueur, ce qui, analytiquement, en dit long sur la mentalité.

Mais dès le départ, le projet est vicié. En effet, le propriétaire de cette entreprise, par ailleurs actionnaire de référence du journal Le Monde, entre autres, a acquis, il y a quelques années nombres de centrales à charbon, en France et dans le reste de l’Europe, sans qu’on comprenne toujours pourquoi, il rachetait des usines condamnées à fermer par la nouvelle politique énergétique communautaire. On ne peut s’empêcher de penser que les aides généreuses accordées à la production d’électricité biosourcée ne sont pas totalement étrangères à la volonté, apparemment systématique de transformer ces hideuses centrale à charbon en pimpantes centrale biomasse. 100 millions par an quand même, le jeu en vaudrait la chandelle.

Du coup, le refus de la ministre de l’écologie (?) de verbaliser à hauteur de 30 millions (ce qui au passage pourrait passer pour un joli cadeau) une défaillance du projet pour « fait de grève » peut n’apparaître qu’anecdotique.

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