L’hydrogène est une bouffée d’oxygène

Dans les semaines passées, je vous ai déjà parlé à deux ou trois reprises de l’utilisation de l’hydrogène comme solution palliative à notre addiction aux énergies carbonées. Je ne retire rien de ce que j’ai écrit alors, y compris les restrictions que j’ai pu avoir quant à la tendance au gigantisme de certains projets.

Mais avec la publication du programme de la Commission pour sauver la planète, il y a eu la publication de deux rapports, l’un d’un cabinet de consultants financés par l’industrie pétrolière, l’autre émanant d’un aboratoire de recherche pour le compte d’ONG et paradoxalement tous les deux m’aménent à la même conclusion et cela m’améne à préciser mon sentiment quant à cette mervielle gazeuse.

Mais commençons par ce qui apparaît être une bonne nouvelle ttps://www.energiesdelamer.eu/DNV va étudier le projet d’hydrogène vert de LHYFE et Centrale NANTES Cela confirme ce que j’avais déjà écrit. L’éolien en mer est en fait ce qu’on pourrait appeler un précurseur de l’hydrogène et le moyen le plus efficace de produire de l’hydrogène « vert ». La bonne nouvelle est qu’on est en train de passer de la théorie à la pratique ce qu’aucune étude n’a encore pu prendre en compte dans les projection pour l’avenir. La substitution de l’hydrogène aux hydrocarbures est incontestablement une bouffée d’oxygène pour la planète, ….si toutefois les choses devaient se passer de façon vertueuse.

Or c’est justement de développement vicieux dont nous parle les deux études dont j’annonçais la parution ci-dessus.

Afin de ne pas vous faire languir et sachant votre appétance à la fois pour les analyses scientifiques et pour la langue anglaise, je vous mets ici les liens vers ces deux études :
https:// rapport Hydrogen4EU charting pathways to enable net zero.pdf
https://www.fossilfreepolitics.org/news-resources/hijacking-recovery-hydrogen
Si toutefois, vous êtes, comme moi, relativement hermétique à la littérature scientifique et trop paresseux dans la moiteur de cet été pour lire en directe 30 à 40 pages d’Anglais technique, le plus simple est de se reporter à des articles rédigés par des personnes qui, elles, auront lu ces documents[du moins, je l’espère, sinon c’est à désespérer du métier de journaliste]

Commençons par le plus polémique https://reporterre.net/L’hydrogène, joker de l’industrie fossile pour toucher les subventions européennes Dommage que Reporterre se soit laissé aller à un titre aussi racoleur car la réalité est peut-être moins crapoteuse que de jouer aux gagne-petit en courant la subvention comme n’importe quel exploitant agricole céréalier, producteur de betteraves ou installateur de panneaux photovoltaïques sur toiture de résidence secondaire, mais elle n’en est pas moins terrible.

Si je suis bien le raisonnement du reporterre, les grands pétroliers seraient en train de jouer un jeu tordu en promouvant une énergie qui apparaît à 180° de leurs intérêts actuels, histoire de nous appâter, un peu comme un dealer qui irait donner ses pilules de mort à la sortie des écoles, histoire de rendre des gamins accros et une fois qu’il serait devenu évident que l’hydrogène EST LA solution, ajouter benoitement « mais cela ne sera possible qu’avec un petit coup de pouce du gaz naturel. » C’est en plus subtil la même stratégie que les nucléocrates qui ont presque réussi à convaincre les autorités françaises que pour décarboner l’économie française, on ne pouvait se passer de l’atome.

Si telle est la stratégie des pétroliers, j’avoue que leur hydrogène « bleu » me paraît bien plus « gris » que « vert ». L’hydrogène serait donc un ballon d’oxygène pour les pétroliers. Inconcevable, non ?

Et bien non justement, ce n’est pas inconcevable puisque c’est justement la thèse développée par l’étude de Hydrogen4EU pour le compte de Deloitte et un consortium de pétroliers https://www.euractiv.com/Europe could save €2 trillion by 2050 with low-carbon hydrogen, says report
Partant d’une demande présentée comme gigantesque, l’étude n’a pas besoin de beaucoup de développement pour démontrer que même si on multipliait par dix, voire par vingt les capacités actuelles de l’énergie verte, la demande ne pourrait être satisfaite sans recourir, un peu, à l’hydrogène « gris », carboné, et beaucoup, à l’hydrogène « bleu », décarboné a posteriori. Evidemment conclut hypocritement l’étude, on pourrait importer de l’hydrogène. En pleine crise d’autonomie, quelle horreu !

Mais pourquoi me direz-vous nous faudra-t-il tant d’hydrogène ? Pour deux raisons. La première a déjà été évoquée dans un de mes précédents billets, ce sont les besoins des industries qui jusqu’à présent vivaient sur l’énergie des hydrocarbures. La deuxième concerne le développement des transports et pas n’importe lesquels, les transports sur de grandes distances de charges lourdes, ce qui concerne principalement le fret routier longue distance, le transport maritime et le transport aérien. Donc, si nous avons besoin de tant d’hydrogène, c’est pour continuer à produire les mêmes produits que maintenant avec à peu près les mêmes processus de consommation-destruction, c’est continuer à faire venir du bout du monde des marchandises qu’on pourrait produire localement, c’est continuer à faire faire le tour de l’Europe à une tonne de tomates, de céréales, de viande bas de gamme et de divers aromates pour livrer dans mon asseitte des raviolis insipides.

Donc l’hydrogène serait un vrai ballon d’oxygène pour le transport aérien, le fret routier, le fret maritime, les multinationales de l’agro-alimentaire, etc… mais peu la planète puisque finalement rien n’aurait changé dans notre façon de dilapider les ressources naturelles qui ne sont ni des hydrocarbures, ni l’air que nous respirons.

Vous comprenez mieux maintenant pourquoi je parlais de développements vicieux : ils existent et ils sont déjà au cœur des stratégies de certaines entreprises et de certains gouvernements.

Par contre, l’hydrogène sera sans conteste une bonne affaire si son développement s’accompagne d’une remise à plat de nos modes de production et de consommation. Mais cela nous le savons déjà, l’avenir de notre planète n’est pas que dans l’innovation technologique, il est surtout dans l’innovation sociale. J’y reviendrai quand il sera temps de parler de sobriété.

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