Eoliennes offshore : ils font tout ça pour ça !

Pour continuer avec les éoliennes offshore, interessons-nous maintenant à ce qui pousse les entreprises et les Etats à développer cette activité sur d’aussi grandes echelles.

La première raison qui vient à l’esprit, c’est que manifestement, la ressource est là et que ce serait bête de ne pas aller la chercher. La réponse reste quand même un peu courte car, pour qui connaît les conditions que subissent les hommes et les matériels dès qu’on s’éloigne à plus de 20 milles nautiques des côtes, une telle exploitation constitue toujours une grande aventure technique avec des contraintes sans équivalent à terre.

La seconde est évidemment parce qu’on en a besoin et j’y reviendrai plus loin. Car pour le moment, je vais m’interesser à la troisième raison qui justifie ce gigantisme des installations : le fric.

En effet, les promoteurs de ces projets ne sont pas les pionniers un peu bidouilleurs qui révaient de mettre une énergie propre produite localement à disposition d’une consommation locale mais des financiers qui s’appuient sur des opérateurs industriels dont la religion est le rendement, fruit un peu bâtard de l’innovation technologique et de la grande série (ce qu’on appelle justement le processus d’industrialisation).

Et effectivement les chiffres leur donnent raison https://www.energiesdelamer.eu/IRENA : EN DIX ANS, LE COÛT DE L’ÉLECTRICITÉ A BAISSÉ DE 48% POUR L’ÉOLIEN OFFSHORE
Je dirais même plus, comme la filière est encore en phase largement expérimentale, les vrais gains de productivité sont encore à venir. De ce point de vue, l’avenir de la filière est donc plutôt rose.

Si on veut voir le bon côté des choses, cela veut dire que plus on avancera, moins les sources fossiles d’énergie seront intéressantes et cela signifie à terme leur extinction, n’en déplaise aux Polonais, aux Sud-Africains, aux Australiens et au cartel de l’OPEP. Il est même vraisemblable que contrairement à ce que pensent les nucléocrates, cela disqualifie à terme également la filière nucléaire arrivée elle, à un palier technologique que jusqu’à présent elle a du mal à franchir.

Ça, c’est le bon côté des choses.

L’envers du décor, c’est tout le reste, à commencer par les effets mécaniques de toute densification d’activité qui, inéluctablement, en concentrant les ingérences dans le milieu environnant, crée un effet de pollution qui serait d’autant atténué si les mêmes activités étaient plus diffuses, la nature ayant alors plus de chance d’absorber cet apport indésirable.

A ce stade, nous savons que nous disposons d’une ressource propre, abondante, que nous en avons un besoin vital mais que cette urgence vitale va générer nécessairement des nuisances environnementales dont, objectivement, nous ne maîtrisons pas encore totalement tous les effets.

Plusieurs questions du coup en découlent : n’y a-t-il pas d’autres sources aussi abondantes et qui pollueraient moins ? Pourquoi avons-nous un besoin aussi vital d’une telle quantité d’énergie ? Incidemment, j’essayerai d’évoquer la première question en traitant plus en détail la deuxième.

Un premier élément de réponse à cette interrogation est fournie par la conclusion de l’article que je mentionne ci-dessus : « ….Cette tendance confirme que les énergies renouvelables à faible coût ne constituent pas seulement l’épine dorsale du système électrique, mais qu’elles permettront aussi l’électrification d’utilisations finales comme les transports, les bâtiments et l’industrie, et ouvriront la voie vers une électrification compétitive indirecte grâce à l’hydrogène renouvelable….. »

Cela tient en deux lettres et un chiffre H²O. Tout le monde connaît cela et tout le monde se souvient des premières expériences de chimie où le professeur fabriquait devant nos yeux ébahis des goutelettes d’eau . Là, ce serait le phénomène inverse. Et semble-t-il l’avenir est prometteur pour peu qu’on y mette le prix.

D’ailleurs les marchés financiers, qui en général, comme tous bons prédateurs, ont leur flair acéré, ne s’y sont pas trompé https://www.lesechos.fr/Décollage réussi pour Hydrogène de France à la Bourse de Paris En général quand la finance commence à s’intéresser à quelque chose, l’expérience nous montre que c’est rarement pour le bien de la planète, n’en déplaise aux tenants des investissements ESG (voir l’article que j’y consacrerai dans les prochains jours)

Et d’ailleurs l’actualité économique fourmille d’indices convergents.

Commençons par l’aspect le plus visible, l’énergie des transports. Il est intéressant de lire cet article https://www.lemonde.fr/Dans les airs, sur terre ou sur mer : qui roulera à l’hydrogène demain ? Rappelez-vous, cela avait commencé comme ça aussi pour la voiture électrique, marché de niche pour devenir standard dominant à terme. Mais imaginer ce que pourrait représenter en terme de production d’hydrogène la consommation ne serait-ce que de 25% du parc automobile ou même moins si on se limitait aux seuls utilitaires ?

Mais manifestement, certains secteurs aux abois y croient dur comme fer car c’est peut-être leur bouée de survie. Ainsi le transport aérien qui se remettra plus difficilement du choc pétrolier que du choc sanitaire y voit une porte de sortie par le haut face au désamour dont il pâtit depuis qu’il est devenu honteux de se balader en avion. Après tout, utiliser un gaz plus léger que l’air pour s’envoyer en l’air, l’image peut paraître sympathique et certains s’y préparent donc https://www.industrie-techno.com/Avion à hydrogène : Airbus, Air Liquide et groupe ADP s’associent pour imaginer les aéroports de demain
S’il s’agit de supprimer purement et simplement le kérosène, c’est génial. S’il s’agit de continuer la croissance d’un secteur d’activité pour qui le décollage est une seconde nature, cela mérite qu’on s’interroge sur l’impact d’une telle activité. L’essentiel des transports sont actuellement consacrés aux déplacements de loisir, le tourisme de masse. S’appuyer là-dessus, c’est alors se poser la question de l’impact, positif et négatif, que cette activité peut avoir sur les lieux de destination de ces pérégrinations planétaires. Et là, on ne parle plus de réchauffement climatique, on parle d’équilibre économique local, de densité de population intermittente, d’impact sur la biodiversité. On parle en fait d’un choix de modèle de développement.

Enfin, dernier exemple, peut-être le plus significatif mais pour l’instant le moins évident https://www.energiesdelamer.eu/VATTENFALL VEND 49,5 % DU PARC ÉOLIEN OFFSHORE HOLLANDSE KUST ZUID À BASF On peut se demander pourquoi un chimiste comme BASF rachète un parc éolien et pas n’importe lequel, le plus grand peut-être de Mer du Nord. Et bien justement parce c’est un chimiste et que la chimie a besoin de beaucoup d’énergie pour réussir toutes ses petites manipulations de molécules. Jusqu’à présent, l’énergie venait du charbon, la carbo-chimie, ou du pétrole, la pétro-chimie, ces deux sources fournissant en outre la base carbonée de maintes molécules. Comme il est devenu politiquement correct de « décarboner » ses productions, le chimiste allemand n’a d’autre solution que l’énergie électrique. Coup de chance à quelques encâblures du port, il y avait ces ailes marines. Le monde est bien fait.

Mais si demain tous les chimistes en font autant, si toutes les zones pétrochimiques portuaires de tous les grands ports européens s’y mettent, la Manche et la Mer du Nord ne seront pas assez larges pour installer les forêts de mâts nécessaires. Là aussi, ce n’est pas qu’une question d’énergie, c’est aussi un choix de modèle économique et industriel. Avons-nous besoin d’autant de nouvelles molécules dans nos assiettes, nos vêtements, nos logements, nos médicaments, nos instruments de toutes sortes ?

Manifestement, certains ont déjà choisi et l’énergie demain, ce sera l’hydrogène. Attendons-nous donc à voir l’eau se transformer massivement en H et en O². Notez ! Si je pousse le cynisme jusqu’au bout, on pourrait avoir le raisonnement suivant. Si on puise largement dans la ressource en eau (72% de la surface du globe et un volume incommensurable), cela va peut-être ralentir la montée des océans, non ? En outre, puisque on ne peut pas produire d’hydrogène sans automatiquement produire de l’oxygène, compte tenu de ce qu’ont vécu nombres d’hôpitaux dans le monde entier, une telle nouvelle ne peut qu’être bénéfique. Mais tout ceci évidemment est pure spéculation intellectuelle, totalement cynique, donc inexcusable !

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