Amzer zo !

« Amzer zo » : Expression bretonne dont la traduction littérale est « il est temps ! » mais qui signifie en fait « on a le temps ! » « rien ne presse ! » « il n’y a pas le feu ! »

Maintenant que tout revient progressivement à la normale, nous commençons à remarquer quelques petits changements dans notre perception du monde, tels que les contraintes du confinement nous les ont imposés.

Ainsi en va-t-il de notre rapport au temps et à l’espace. A vivre dans 40m² au 3° étage d’un HLM ou 650m² avec jardin, nous avons redécouvert la finitude des espaces. A ne communiquer qu’à travers un écran et des cablages, nous avons ressenti l’importance de se voir, de se toucher, de regarder les autres directement sans passer par le truchement d’une caméra figée. A passer de longues heures à écouter plus ou moins péniblement d’autres personnes monologuer, avec écho, sans pouvoir voir les réactions des autres, à avoir l’impression d’y perdre un peu son temps, nous a vacciné contre l’overdose de réunions.

J’ose espérer que ce sont des points acquis.

Du coup, cela permet de remettre en perspective certaines priorités en matière d’aménagement du territoire. Ainsi, dans les trains et les avions qui partent dès potron-minet de la périphérie de nos régions pour aller vers les métropoles, et naturellement vers la métropole par excellence qu’est Paris, combien sont-ils qui vont passer entre 3 et 4 heures dans les transports en commun pour une rencontre qui peut-être ne durera pas la moitié de ce temps ?

Et parmi ces rencontres, combien auraient pu être profitablement remplacées par une visio-conférence d’une durée nécessairement plus courte s’il ne s’agissait que de confronter en simultané des points de vue différents ?

Combien de ces rencontres aussi étaient vraiment nécessaires pour que quelques personnes se retrouvent, se découvrent, s’apprécient et pour lesquelles, le temps de la réunion aurait pu être plus long ou prolongé d’un peu ?

Toutes ces questions méritent d’être posées et relativisent complétement l’attachement totemique de certains élus à des marqueurs sociaux d’une autre époque https://www.letelegramme.fr/Brest et Quimper à 3 h de Paris : Burlot répond à Cuillandre et Assih

C’est à croire que cette barrière symbolique de 3 heures marque, dans l’esprit de ces femmes et hommes politiques à l’égo hypersensible, la considération que la collectivité nationale aurait pour ces terres du bout du monde. Et si au lieu de s’exprimer en heure, on avait exprimé cela en minutes, n’aurait-on pas pu fixer comme objectif Brest et Quimper à moins de 200 minutes de Paris, puisqu’après tout ces gens ont l’air d’être à la minute près. Or, 200 minutes, c’est 3h et 20 minutes, le temps actuel.

En outre, on se demande bien ce qu’il ferait de ce quart d’heure gagné ? Se lever plus tard ? Rentrer plus tôt ? Passer plus de temps à chercher une place de parking près de la gare ? A trois milliards d’euros, cela fait cher la minute d’un confort illusoire !

Tans qu’à passer un quart d’heure de plus, autant prendre un peu plus son temps pour mieux profiter de la rencontre, réintroduire de la convivialité dans celle-ci, là où il n’y avait plus que de l’urgence quitte à ce que ces rencontres soient moins fréquentes, l’urgence se traitant par Internet.

Tiens, justement, en parlant d’Internet, la période que nous venons de vivre vient de démontrer si besoin était l’importance que ce vecteur de communication avait pris dans notre vie quotidienne, professionnelle, familiale, ludique. Cela a montré qu’il existait bien une double fracture numérique en France. Une première inégalité est liée aux difficultés d’adaptation de certaines catégories aux nouveaux outils synonyme de déqualification, y compris pour des personnes qui dans l’ancien monde étaient considérées comme hyper-qualifiées. Une deuxième iniquité est née des écarts parfois importants d’accès aux réseaux, soit parce qu’acquérir un terminal efficace reste un investissement hors de portée de certains, soit parce que tout simplement les réseaux actuels à base de fil de cuivre parfois sont bien incapables de comprendre ce que « G » veut dire dès qu’on dépasse le chiffre 2.

Or, il se trouve que tout ceci pourrait rentrer dans les compétences d’attribution d’une Région. Et dire que certains expliquent le désintérêt de nos concitoyens pour ces élections par l’absence de choix poilitiques réels. Voilà bien pourtant des options d’investissement radicalement différentes qui changeraient beaucoup la vie de nombreuses personnes ou à l’inverse,ne faciliteraient la vie que de quelques uns. Ce serait après tout l’honneur du débat politique de poser les questions en ces termes. Pour 2021, c’est trop tard. Alors, en 2027 ?

Vous allez dire que je prends bien mon temps.Mais que voulez-vous, on est comme ça ici « Amzer zo ! ». La preuve, ce n’est pas ailleurs que fleurissent de telles initiatives https://www.letelegramme.fr/Le premier voilier-cargo de la société douarneniste Towt espéré fin 2022 qui vient après une autre entreprise dont je vous ai déjà parlé « grains de sail ».

Il faut dire que les grains de café ne sont pas préssés de participer à des réunions ultra-urgentes, compte tenu du sort qui leur y est réservé en général. De même le vin gagne à voyager lentement.

« Amzer zo ! » vous dis-je !

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