Il n’y a pas que du vent en mer !

Dans mon précédent billet sur les éoliennes, j’ai omis de vous parler des fermes éoliennes en mer, qu’elles soient sur piliers ou flottantes, et j’ai eu tort, car, elles représentent à la fois un enjeu majeur pour le développement des énergies renouvelables mais sont aussi à l’origine de polémiques qui peuvent devenir très violentes si on n’y prend garde.

C’est un enjeu important pour deux raisons essentiellement : la première est que le vent étant plus régulier en pleine mer, l’argument de l’intermittence joue moins ; la deuxième est que , les coûts étant notoirement plus élevés du fait de l’importance des travaux nécessaires et de la distance à parcourir pour ramener cette électricité à terre, on ne peut concevoir que des fermes de très grande taille. On parle communément de 400MW installés là où une grosse ferme éolienne à terre ne dépasse pas pour l’instant les 40MW

Les polémiques sont elles aussi très classiques. Il s’agit de conflits d’usage notamment avec les professionnels de la mer sur fond de méconnaissance de l’impact de ces infrastructures sur le milieu naturel. On y retrouve donc de vraies inquiétudes mélées à des risques fantasmés sans compter que l’effet NIMBY (Not In My Back Yard) joue aussi dans la protestation de certains : https://france3-regions.francetvinfo.fr/Parc éolien en Baie de Saint-Brieuc : les raisons de la colère
Et dans le même temps, le littoral britannique se couvre d’installations de ce type et le n° 1 européen se vante même de prévoir y installer la plus grande implantation de ce type. Les Britanniques seraient-ils moins sensibles à la cause écologique ? Mieux informés ? Plus aptes au dialogue en amont dès l’émergence d’un projet ? Ou tout simplement plus pragmatiques ? A ce stade, je n’ai pas de réponse à toutes ces questions. Si on estime que le développement des énergies marines est inéluctable, il serait bon de les trouver rapidement plutôt que de se regarder en chiens de faïence, chaque parti étant sûr de son bon droit.

C’est d’autant plus nécessaire que le littoral va nous offrir d’autres opportunités dans la prochaine décennies.

En ce qui concerne les hydroliennes, ces turbines immergées au fil du courant, cela a déjà commencé. Je vous ai déjà parlé des essais qui ont eu lieu au large de Bréhat ou dans le Raz Blanchard, mais aussi dans certains cours d’eau continentaux comme le Rhône, la Garonne ou la Loire. Je pense même vous avoir parlé des essais faits par une PME finistérienne du côté de Ouessant. Pour l’instant, cela se passe sans trop de remous puisqu’il semblerait que les opérateurs travaillent en bonne entente avec les pêcheurs pour concevoir des systèmes qui ne gènent pas outre mesure la pêche côtière tout à évitant de perturber la vie des poissons.

On aurait pu penser qu’il en serait de même avec d’autres installations qui en sont encore au stade expérimental, les houlomoteurs, qui utilisent la force des vagues pour la transformer en énergie électrique. Les pouvoirs locaux y croient beaucoup puisqu’ils soutiennent le projet https://www.energiesdelamer.eu/LA RÉGION BRETAGNE RELANCE LE PROJET HOULOMOTEUR DE LA BAIE D’AUDIERNE Comme quoi, quand j’écrivais dans un précédent billet que l’énergie n’était pas une compétence des Conseils Régionaux, j’étais à moitié dans l’erreur. Elles s’y interessent quand c’est leur intérêt.

Mis comme tout ce qui touche aux énergies nouvelles est devenu un sujet sensible, en période électorale les mêmes élus prennent des précautions : https://www.energiesdelamer.eu/PROJET DE PARC PILOTE HOULOMOTEUR EN BAIE D’AUDIERNE : PRINCIPE DE PRÉCAUTION !
Manifestement le président-candidat n’a pas apprécié cette annonce intempestive en pleine campagne électorale. Compte tenu du vent de colère qu’a soulevé le projet d’éoliennes offshore en baie de Saint-Brieuc, il n’est pas question de faire des vagues avec le houlomoteur de la baie d’Audierne ; les pêcheurs pourraient se révélaient là aussi très vindicatifs.

Grâce à ses tremblements électoraux, le candidat-président vient de découvrir les bienfaits du principe de précaution qui ne dit rien d’autre que « malgré l’absence de certitudes, à un moment donné, dues à un manque de connaissances techniques, scientifiques ou économiques, il convient de prendre des mesures anticipatives de gestion de risques eu égard aux dommages potentiels sur l’environnement et la santé » Evidemment, l’application fait hurler les porteurs de projets, écologiquement responsables ou non, qui se sentent ainsi brider dans leurs élans développeurs. Mais souvent, et le cas des hydroliennes semblent en attester, on ne perd pas son temps en passant un peu plus de temps à analyser les impacts possibles d’unprojet puis à en expliquer l’ampleur, preuves à l’appui.

C’est peut-être pourquoi la démarche de l’école centrale de Nantes paraît pertinente puisqu’on part de la recherche et de l’analyse en amont des effets environnementaux d’un démonstrateur pour progressivement monter en puissance afin de produire ce qui sera vraisemblablement la principale source d’énergie des prochaines décennies, l’hydrogène https://www.energiesdelamer.eu/PRODUCTION D’HYDROGÈNE VERT EN MER : ROUTE POUR UNE PREMIÈRE MONDIALE

J’ai juste une interrogation par rapport à des projets de ce type. A partir du moment où on pompe de l’eau de mer pour casser les molécules d’H²O en hydrogène et oxygène, se pose inévitablement la question de la généralisation de cette technologie. Quelles pourraient être les conséquences d’une utilisation à grande échelle ?Notamment, quelles quantités d’eau va-t-on pomper ? Cela aura-t-il un effet sur le niveau des mers si on raisonne non plus en GW installés mais en TeraWatt ? Que fait-on des quantités énormes d’oxygène ainsi rejetées ? Les laisse-t-on s’envoler dans l’air ? Et surtout que fait-on des sels et oligo-éléments que ce crackage des molécules d’eau va libérer ?

Peut-être me pose-je des questions saugrenues, mais peut-être pas.

En tout cas, la question des énergies marines n’est pas de celles qu’on jette avec l’eau du bain, du simple fait que leur mise en œuvre peut provoquer des conflits d’usage. Après tout, tout projet présente ce type d’inconvénient et il y aura toujours des gens pour vouloir les avantages d’une chose tout en espérant que ce sera le voisin qui en aura les inconvénients

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