Panser le changement

Vous avez bien lu ; il ne s’agit pas d’une faute d’orthographe mais bien d’un constat : nos sociétés ont du mal à concevoir les changements souhaitables. A cet égard, j’ai en tête les citations de deux intellectuels français de la première moitié du siècle précédent où, déjà, il était difficile de définir un avenir souhaitable L’un était très volontariste, Bergson, qui n’hésitait pas à écrire «  l’avenir ce n’est pas ce qui va nous arriver mais ce que nous allons faire », l’autre plus fondamentalement optimiste, Saint-Exupéry, pensait que le modèle existait déjà dans nos têtes et qu’il n’y avait qu’à faire « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible. »

Aujourd’hui aussi certains pensent à cet avenir pour en dessiner les contours. A cet égard, le travail effectué par la CIA est symptomatique d’un certain état d’esprit https://www.francetvinfo.fr/« Le Monde en 2040 vu par la CIA »Evidemment, je n’ai pas lu ce rapport mais le commentaire qu’en fait ce journaliste du monde fait froid dans le dos. Cet effroi ne vient pas tant du monde qu’il nous décrit mais de sa façon de le présenter qui se résume en cette phrase tirée de son interview « C’est évident qu’il va y avoir une sorte de nouvelle révolution industrielle qui va laisser beaucoup de monde sur le carreau ». C’est à la fois cynique et désespérant,d’autant plus désespérant qu’il caricature toute alternative possible avec ce lieu-commun éculé : «  On ne va pas s’enfermer dans une tente sans eau courante et sans électricité dans le Larzac. »C’est faire peu de cas des innovations low-tech qui dessinent un avenir peut-être différent.

Mais heureusement le monde n’est pas fait que d’experts de la CIA et de journalistes mais aussi d’humanistes pragmatiques. Ainsi quand un universitaire engagé comme Olivier De Schutter écrit https://www.liberation.fr/Olivier De Schutter : «L’Etat doit être stratège», il faut lire ce qu’il pense de la façon de maitriser notre avenir dont je retiens notamment cette phrase  « l’Etat doit être stratège, le marché ne suffit pas»,mais aussi cet appel à la créativité « Il faut inventer de nouvelles recettes.»Ah effectivement, en disant cela, il ne nous assène pas des certitudes censées nous rassurer, mais nous invite à modeler, dans nos têtes dans un premier temps, le monde que nous voudrions.

Il n’est pas jusque à certains tenants de l’ordre ancien, plus perspicaces que d’autres, qui entrevoit que le monde de demain n’est peut-être pas la prolongation, en pire de celui d’aujourd’hui même si c’est pour en rejeter la perspective (que voulez-vous, on ne se refait pas!) https://www.atlantico.fr/Bruxelles présente son plan pour la réindustrialisation de l’Europe (et oublie un pan majeur du sujet)

Certes Loïck Le Floch-Prigent n’est pas de ma chapelle, lui qui fut le PDG d’entreprises ayant un lourd passif en matière de responsabilité sociale et environnementale mais quand il dit : «….Cette propension à considérer que, puisque l’on a échoué, il faut continuer dans la même direction peur choquer des scientifiques mais visiblement pas les rédacteurs nourris au conformisme…. » Puis «….l’avenir « vert » et « digital » qu’ils nous promettent à court terme peut s’avérer plus complexe aussi bien en acceptabilité sociale qu’en renouveau non programmé des sciences et techniques….» j’ai envie de lui dire : « Courage, camarade ! Encore un petit effort de réflexion tu es sur la bonne voie ! » En effet, c’est parce ce qu’il appelle l’avenir « vert » est complexe et induit un changement de paradigme scientifique et technique que des esprits paresseux par conformisme refusent même de l’envisager. Et c’est justement du fait de sa complexité qu’il faut d’urgence l’envisager et en faire un objet de prospective, sinon, les changements inéluctables se feront dans l’urgence et le même Le Floch-Prigent aura raison de dire :  « On n’arrête pas de parler de transition  alors que l’on prend des mesures brutales sans jamais justement préparer les transitions, »

Ceci me ramène bien entendu à mon Etat stratège, le seul à même de fournir le cadre conceptuel à cette reflexion prospective, pour peu qu’on tienne compte de ce que Le Floch-Prigent a appelé les premiers concernés, c’est à dire les industriels et les consommateurs, c’est à dire, vous et moi, votre voisin. Il me semble que c’était déjà la composition des commissions du Commisariat au Plan version années 60, que c’est aussi celle du CESE que cela pourrait être celle de nouvelles conventions citoyennes mais sur ce dernier point, je crains de rêver un peu.

Finalement, comme vous le voyez, Bergson avait raison et Saint-Ex également même si dans le cas de l’exercice de « prospective » de la CIA on pourrait modifier sa citation et dire : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir mais de le rendre impossible. »

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