Le monde après Uber

A son arrivée fracassante dans le monde des services, Uber avait paru tellement révolutionnaire qu’on avait même créé un substantif, « l’uberisation » pour définir ce nouveau mode de production de services fondé sur l’exploitation de l’homme par lui-même. A l’époque, j’y avait consacré plusieurs billets dont l’un en 2015 La logique de l’uberisation de l’économie suivi d’un autre, à l’objet plus large, en 2017 Uberpop : économie du partage ou économie du saccage ?

Evidemment, ce schéma ne me plaisit guère et dès 2015, j’envisageai l’hypothèse suivante Contre les dérives de l’économie collaborative, une seule solution, la coopération citoyenne. Je pensais la solution utopique ou du moins réalisable seulement à long terme.

Erreur et heureusement que je me suis trompé en partie. Ce n’est pas dans le secteur d’origine d’Uber (les voitures avec chauffeurs) que la révolte est née mais dans un secteur proche du transport urbain, les petites livraisons sur les petites distances (on est en plein dans le local pour le coup) https://www.lemonde.fr/Des livreurs à vélo ubérisés reprennent leur destin en main

C’est plutôt rassurant et cela prouve la grande capacité de réaction des exploités face à un système qui les exploite. Il est symptomatique de constater que ceux-ci ont repris les modéles inventés par leurs prédécesseurs lorsqu’ils voulurent s’auto-organiser , la société coopérative. Il est également symptomatique de noter que le modèle de production que ces sociétés proposent est écologiquement vertueux. En outre, avec ce système, qui s’étend à d’autres domaines que les plis urgents et les plats à emporter, ces SCOP résolvent dans bien des cas le problème logistique qui empoisonne la vie des urbanistes chargés de concevoir la ville « durable » de demain, « la livraison du dernier kilomètre ».

Pour ceux qui doutaient encore que l’Economie Sociale et Solidaire ne pouvait être qu’une forme exotique et vaguement passéiste de l’organisation de la production, ces entreprises apportent un démenti flagrant en montrant qu’elle ouvrait de nouveaux champs à l’activité (quoique les livreurs à vélo aient été longtemps le mode normal de distribution urbaine des journaux). Il reste cependant à démontrer que le modèle est viable sur le long terme, car en plus, il pourrait servir d’alternative aux drones-livreurs de l’e-commerce, qui ont un côté déshumanisé façon « le 5° élément »1.

S’il fallait tirer une dernière leçon de ces initiatives qui fleurissent un peu partout en France, mais aussi ailleurs, je noterai que ce secteur, comme d’ailleurs tous les secteurs des services,nécessite peu de capital au départ, ce qui évidemment facilite les choses. Un tel constat ouvre de belles perspectives à l’ESS dans une économie où les services aux entreprises ou aux particuliers deviennent prépondérants. Ensuite, l’obligation de conserver les bénéfices dans l’entreprise devrait être un système suffisamment vertueux pour permettre à ses entreprises de largement auto-financer leur développement. La fin de la domination des détenteurs de capitaux sur le destin des entreprises en quelque sorte. Une autre utopie ?

P.S. : Pour ceux que cela intéresse, je suis allé sur Internet pour voir ce qu’était ce mouvement. En une page de recherche, j’ai trouvé une demi-douzaine de référence d’entreprises, toutes en SCOP, à Paris, Lyon, Marseille, Nantes, Saint-Etienne et même en Belgique. Il y en a sûrement d’autres mais cela prouve que le mouvement s’étend.

1Pour ceux qui ont une culture cinématographique proche de zéro ou qui s’arrête aux films des années 30, il s’agit d’un film de science-fiction de Luc Besson où les taxis volent (je parle des voitures pas des chauffeurs)

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