EUROPE : faire la différence !

Dans l’adversité, il faut toujours faire face et pour mobiliser les troupes, avoir un discours optimiste et volontariste. C’est du moins la mission qui semble voir été assignée à la commissaire européenne en charge de la cohésion communautaire et des réformes https://www.ouest-france.fr/« Le moment est venu de faire la différence »
Elle semble avoir fait sienne cette transcription asiatique du mot « crise », à la fois « danger » et « opportunité » et développe un discours très volontariste sur ce thème, en insistant notamment sur cette chance que les Etats-Membres doivent saisir pour remodeler leur économie.

Pour assoir cette volonté d’agir, la commissaire, parlant certainement au nom du collège des commissaire, se fonde sur deux ou trois constatations. La première concerne la gestion de la crise sanitaire «  l’achat de vaccins en bloc nous a donné un pouvoir de négociation bien supérieur ». D’ailleurs cet argument est répété à satiété, sur tous les plateaux de télévision français, par son collègue en charge du marché intérieur et en particulier de cette négociation. La deuxième concerne cette décision « historique » prise en pleine crise par le Conseil européen, la mise en place d’un grand plan de relance financé par un emprunt communautaire « Il en résultera un fonds d’investissement pour la reprise de 672,5 milliards d’euros : la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) ».La troisième est l’existence d’un des piliers des politiques communes de l’Union, la politique de cohésion qui permet de faire face à « [ce] choc symétrique de la Covid [qui] produit des effets asymétriques sur nos régions ».

Cette belle argumentation présente cependant au moins deux petites faiblesses. La première est son volontarisme incantatoire où chaque proposition est précédée d’un « il faudrait que », « nous devrions », « les Etats-Membres devraient », ce qui en limite la portée. La seconde tient à l’organisation même de l’Union, où les lourdeurs et les nécessaires compromis ralentissent fortement la prise de décision opérationnelle et le passage à l’acte Tout cela combiné fait que ce volontarisme sonne très vélléitaire. Du coup, les faits sont cruels.

Un moteur (de croissance) diesel

En Juillet 2020, les Etats-Unis étaient à l’arrêt, pour cause d’incompétence présidentielle et de campagne électorale virulente. La Chine se faisait discrète car elle n’avait pas encore totalement digérée d’avoir été la première victime et la principale accusée de cette pandémie dont beaucoup pensaient alors qu’elle n’allait plus durer longtemps. Du coup, en mettant 750 milliards sur la table, les 27 Etats-Membres, qui s’apprétaient pourtant à se séparer dans la peine d’un des leurs, avaient pris un avantage stratégique. Puis progressivement tout s’est délité, car cet accord s’il permettait une communication optimiste, ne résolvait pas les problèmes de fond qui minent depuis une décennie l’Union Européenne. https://www.euractiv.fr/Derrière le plan de relance européen, la délicate question des réformes
Les différences culturelles et institutionnelles n’ont pas été gommées d’un coup et les vieux clivages continuent à bloquer l’action. La règle de l’unanimité en outre prend du temps et le moindre paradoxe n’est-il pas qu’un des principaux artisans de cet accord, l’Allemagne, n’a toujours pas officiellement ratifié l’accord.

En outre, certains Etats-Membres ayant soumis leur approbation à la mise en œuvre de ces réformes, les services de la Commission, à qui ces exigences doivent plaire, ont bâti une usine à gaz pour distribuer cette manne. Du coup, certains, les autres, s’impatientent https://www.euractiv.frLes États membres pressent la Commission d’accélérer l’évaluation des plans de relance
Il en résulte que un an après la décision, au mieux, ces Etats-Membres sauront peut-être ce qu’ils peuvent attendre de ce PPR et ils ont intérêt à être déjà résilients car pour la reprise, il y a pour l’instant un accroc. On appelle cela du retard à l’allumage.

Le décrochage économique

Pendant ce temps, les choses ne font que s’empirer car du côté du traitement sanitaire, cela coince aussi. Les laboratoires, portés au pinacle pour leurs prouesses scientifiques en matière de recherche, montrent de singulière faiblesses, technologiques, commerciales ou éthiques, dans la distribution de ces vaccins. Ces retards de livraison à répétition retardent d’autant , d’après les experts scientifiques, un retour à la normale et d’après les experts économiques, cela coûte cher https://www.capital.fr/Vaccin Covid-19 : le coût colossal du retard de la vaccination dans l’UE, selon Euler Hermès . Cela coûtera encore plus cher si, à ce retard s’ajoute cet autre retard dans la mise en œuvre des plans de relance nationaux (largement tributaires du PRR).

Or, pendant ce temps-là, les partenaires-concurrents de l’Union Européenne ne sont pas restés les pieds dans le même sabot. Il y a une semaine environ, je saluai le plan de Joe Biden. Mais force est de constater qu’on est un peu soufflé par cette annoncehttps://www.lemonde.fr/La Chine enregistre une croissance record au premier trimestre 2021 . Certes le premier trimestre 2020 avait été si mauvais en Chine, qu’il n’était pas difficile de faire beaucoup, beaucoup mieux , mais la façon que la Chine a eu de présenter ce résultat en dit long sur le sentiment d’euphorie qui s’est emparé des leaders chinois. Même une croissance moitié moindre ravirait les autorités européennes ( américaines aussi d’ailleurs).

Autonomie, avez-vous dit ?

La crise que vit actuellement l’Europe a mis en lumière la très forte dépendance de l’économie européenne à ses approvisionnements. Sur les biens de grande consommation, le constat n’est pas récent et cela fait déjà une bonne décennie que nous nous sommes habitués à lire sur les emballages des objets que nous achetons quotidiennement « made in China ». Que cela soit également vrai pour les biens intermédiaires, c’est une nouveauté et les industriels, du moins ceux qui continuent à produire ici, en font la cruelle expérience ; la mise à l’arrêt des chaînes de production automobile faute de composants électroniques illustre bien cette détresse. Mais le choc le plus dur a été l’incurie européenne en matière de produits sanitaires y compris en matière de recherche opérationnelle. Et il ne faudrait pas lire cette annonce d’une ministre française https://www.lefigaro.fr/Vaccins : l’Union européenne pourrait se passer d’AstraZeneca et de Johnson&Johnson l’an prochain comme un premier sursaut en la matière. En effet, ce serait plutôt un constat d’échec supplémentaire. Ne plus devoir recourir à un vaccin européen (britto-suédois) pour dépendre totalement de deux vaccins d’origine américaine n’est pas la preuve d’une autonomie retrouvée. L’accepter comme un succès est un aveu d’impuissance.

Alors, certes oui, dans la gestion de la crise l’Europe « fait la différenc » mais pas dans le sens où l’entendait madame a commissaire européenne à la cohésion et aux réformes.

Il serait temps de s’en rendre compte.

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