Les lauriers -verts- sont coupés (comptine enfantine)

Très régulièrement, des organismes divers et variés publient des bilans, des palmarès, des tableaux de bord pour suivre l’état de santé de notre planète et surtout les efforts faits par « celleux » (néographisme genré que j’ai inventé pour montrer combien c’est laid les innovations sémantiques saugrenues) qui sont en capacité d’agir pour la protéger.

A ce petit jeu des lauriers, le gouvernement français pense avoir décroché un bel accessit https://www.geo.fr/Ecologie : quels sont les pays les plus verts du monde ?. Certes, la France n’est pas sur le podium mais une 4° place c’est inespéré pour un pays dont la plus haute autorité en matière de justice administrative vient de constater publiquement la carence en matière d’action concrète contre la détérioration du climat (voir L’affaire du siècle ! sur ce site)

Du coup, cela interroge sur la pertinence de classement et les médias, jamais en reste d’un début de polémique s’en sont donné à cœur joie et je n’en cite qu’un https://www.huffingtonpost.fr/La France « 4e pays le plus vert au monde »? Un classement à prendre avec des pincettes
Il est dommage que trop souvent les journalistes ne fassent leur travail qu’à moitié. J’entends bien que le Huff a raison d’épingler la performance déplorable de la France en matière de transition énergétique (62° sur 76 pays auscultés) et il aurait pu aussi parler de ce que le MIT a appelé « société verte » ( 57° sur 76) mais il aurait fallu aller plus loin dans l’analyse.

Si la France est si mal placée en matière de transition énergétique c’est que non seulement la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique est faible (43° sur 76) mais en plus les efforts pour rattraper ce retard sont particulièrement poussifs (52°sur 76). Il faut y voir là l’incapacité de ce gouvernement et des précédents à trancher entre nucléaire et renouvelables . Depuis, le débat semble avoir été clos en faveur du nucléaire (hélas!).

La « France verte » ne l’est pas tellement puisque elle doit son très médiocre 57° rang à une politique du logement « vert » très timide (50°), un politique forestière encore hésitante (30°) et ce ne sont pas les dernières déclarations du ministère de l’agriculture sur la forêt et les puits de carbone (voir également sur ce site: Promenons nous dans les bois…..) qui vont améliorer la situation. Et puisque nous parlons d’agriculture, celle-ci a du mouron à se faire puisque un des autres paramètres pris en compte par le MIT pour décrire une « société verte », la consommation de viande et laitages est un vrai boulet (61° sur 76). Il est vrai que des éleveurs sont prêts à relever le défi de nous faire manger moins de viande mais de meilleure qualité. Cela se ferait au détriment des importations (favorisées sur le papier par les accords de libre échange CETA avec le Canada et Mercosur avec des pays d’Amérique du Sud) ce qui au passage améliorerait notre balance commerciale et le bilan carbone global de la barbaque que nos compatriotes ingurgitent. Mais il faudra payer plus cher pour manger moins à budget familial constant.

Mais alors me direz-vous, pourquoi la France est-elle ainsi classée 4° meilleure nation verte au monde par un organisme aussi sérieux que le MIT (auteur rappelons-le du premier rapport d’alerte écologique en 1972) ?

Cela tient au fait que sur les trois autres piliers de l’étude, elle obtient des résultats honorables, 13° en ce qui concerne les émissions de carbone malgré une performance moyenne de l’agriculture en matière de GES, voire très honorables, pour les innovations propres. Mais c’est surtout sur le dernier pilier qu’elle excelle : en ce qui concerne la politique climatique. Paradoxal si on considère le succès de « l’affaire du siècle »? Pas vraiment si on regarde les critères pris en compte : actions prises en application de l’accord de Paris (11°), taxation du carbone (1°), stratégie pour une agriculture durable (1°), et mesures «vertes » des plans de relance post-COVID (3°).

Sur ce point quelques remarques qui relativise fortement les classements. Premièrement, sur ces quatre critères, il s’agit essentiellement des annonces gouvernementales et non des résultats obtenus; ce sont des paris sur la montée des semences et il y a souvent beaucoup du discours aux actes, surtout dans une gouvernance très technocratique. Deuxième remarque, les trois derniers piliers sont fortement dépendants des politiques de l’Union Européenne : la PAC, qui malgré ses lacunes criantes, reste un cadre très en avance sur le reste du monde en matière de transition écologique de l’agriculture (au royaume des aveugles, les borgnes sont rois) et le Green New Deal de Mme Van der Leyen était, jusqu’à ce que Old Joe Biden dégaine son plan à 2.000 milliards de dollars, ce qu’on faisait de mieux, sur le papier, en matière de transition environnementale. Mais pour l’instant, à peine les deux-tiers des Etats-Membres l’ont ratifié. Cette importance des politiques communautaires explique que sur les 20 meilleures nations du panel, 10 soient membres de l’Union Européenne. Le mérite de la France est donc limité.

Mais comme tous les schémas d’analyse multifactorielle, cet index pour un futur vert est criticable notamment dans le choix des critères retenus mais aussi par le poids relatif qu’on accorde à chacun d’eux. Ainsi le choix fait par le MIT d’accorder 15% à chacun des 4 premiers piliers et 40% au dernier est très critiqué et l’Institut se défend en disant qu’il a privilégié les critères d’avenir. Quelle confiance dans la volonté de nos dirigeants d’aller au bout de leur discours !

Cela dit comme le MIT est un organisme sérieux , il propose en annexe de son rapport un autre classement où les cinq piliers péseraient le même poids et au sein de chaque pilier, chaque critère serait pris avec la même importance. Et là, les choses changent : si l’Islande reste meilleure nation, le Danemark 2° et la Norvège 3°, par contre la France passe alors de la 4° place à la 10°. C’est honnête mais il n’y a plus lieu de faire des cocoricos déplacés.

Je ne résiste pas au plaisir de mettre en comparaison le texte du projet de loi Résilience Climat censé mettre en œuvre les propositions de la Convention citoyenne sur le Climat https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3875_projet-loi On comprend mieux alors ce que je veux dire quand j’écris qu’il y a loin du discours aux actes (je vous renvoie aussi au articles publiés sur ce site en février-mars 2021 sur ce sujet).

Pour ceux-et-celles qui veulent aller plus loin, voici le lien avec le rapport du MIT: Green Future Index

post-scriptum pour celle/ceux qui aime les bilans et les tableaux de bord en voici deux autres

1°)https://www.novethic.fr/découvrez le visage d’un cac40 qui payerait sa facture carbone
amusant mais un peu anecdotique pour le moment faute d’outils comptables pertinents

2°) plus sérieux, le troisième rapport de l’ONG Climat Chance https://www.ouest-france.fr/Climat. Pourquoi les villes font mieux que les États dans la lutte contre le réchauffement
Dommage que Climate Chance n’ait pas les moyens d’investigation du MIT, dommage que le MIT ne se soit pas emparé de ce sujet, les initiatives des collectivité territoriales, car il semble clair maintenant que l’adage « penser global, agir local » est plutôt efficace pour traiter les risques dans l’urgence.
Ci après le lien vers le résumé du rapport 2021 de Climate Chance https://www.climate-chance.org/comprendre-observatoire/bilan-mondial-de-laction-climat-des-territoires/

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