L’addiction aux drogues dures.

Tous les addictologues vous le diront : plus longue a été une addiction à un produit toxique mais qui apparemment fait du bien, plus profonde a été cette accoutumance, plus il est difficile d’y mettre fin. Les intoxiqués deviennent d’ailleurs d’une grande inventivité pour justifier la continuation de leurs pratiques à risque.

Je prie les lecteurs que cette introduction peut avoir choquer mais je n’ai pas trouvé une meilleure analogie pour décrire ce mal français qui s’appelle la dépendance à l’énergie d’origine nucléaire.

En effet, après Tchernobyl, puis après Fukushima, une majorité des Français avaient manifesté une volonté de sortir progressivement du nucléaire. Mais une fois l’alerte passée, il semblerait qu’ils veuillent revenir à ce petit confort euphorisé par une électricité peu chère (comparée à nos voisins européens) https://lenergeek.com/France : vers revirement des opinions en faveur du nucléaire ?

L’energeek peut effectivement pavoiser car certains de ses rédacteurs ont beaucoup oeuvré à ce revirement. Il faut dire que la campagne de communication a été massive et de très longue haleine et tous les arguments ont été bons : les énergies renouvelables ne sont pas fiables (et les centrales nucléaires à l’arrêt en même temps, est-ce plus fiable?), les énergies renouvelables ne sont pas écologiques (elles tuent les petits oiseaux, elles font du bruit, elles émettent des ondes et elles détruisent les paysages), et enfin la production d’énergie nucléaire n’émet pas de carbone dont c’est bon pour le climat, donc c’est écologique, etc… Dans des billets précédents, j’ai déjà tenté de faire un sort à ces « informations ». Mais voilà qu’un ex-ministre écologiste vient mettre son grain de sel dans le débat en vantant la sécurité des installations. Compte tenu des alertes récentes, dont certaines émanaient de l’agence de sécurité nucléaire, je lui laisse la responsabilité de ce jugement. Mais en vieux routier de la politique, le dit député ex-ministre ne parle que du risque immédiat, celui qui a fait si peur aux Français ; il omet sciemment le principal risque à moyen et long terme de cette production d’énergie, les déchets qui peuvent rester très dangereux pendant des siècles et des siècles. Et s’il pense aux générations futures, qu’il est cela aussi en tête quand il nous parle de sécurité.

Et les grands intoxiqués qui conseillent nos dirigeants sont en passe de réussir cet exploit, faire classer comme investissements en faveur d’une transition bas carbone, dit investissements verts, le nucléaire. C’en est au point que l’hydrogène qui pourrait être produit à partir des centrales nucléaires serait classé comme « hydrogène vert », donc vertueux.

Evidemment cela fait bondir certains de nos amis européens https://www.ouest-france.fr/Finance verte : « Il n’y a plus de limites à l’obsession française pour le nucléaire »

Il est vrai qu’il a raison d’avoir peur ce ministre écologiste luxembourgeois car entre la centrale lorraine et les centrales wallones, il est bien mal entouré. Il a surtout raison de pousser un coup de gueule contre les manœuvres des lobbyistes nucléocrates français car, comme il le dit si bien, l’argent restera rare même si le plan de relance européen est énorme (j’y reviendrai demain) et tout l’argent qui sera mis dans la relance du programme nucléaire français sera autant de moins qui pourrait être consacré à d’autres alternatives qui présentent moins d’inconvénient, l’éolien en mer par exemple ; et en l’occurrence, on ne peut pas soupçonner ce ministre luxembourgeois de travailler en sous-main pour ses intérêts nationaux, compte tenu de l’importance du littoral maritime luxembourgeois.

Notez toutefois que, parlant finances, un ministre luxembourgeois devrait se montrer circonspect compte tenu des facilités accordées par son pays aux banques de toutes l’Europe et à leurs clients. Voilà une autre forme d’intoxication dont l’économie de son pays ne put plus se passer tant elle est devenue dépendante à cette rente bancaire.

Et pour terminer sur mon analogie initiale, c’est un peu comme si un alcoolique chronique venait faire reproche à un cocaïnomane de ne pas se soigner.

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