La Réate, c’est ratée

La déconcentration adminisrative est un mouvement continu mais un peu chaotique qui agite depuis un demi-siècle environ ce qu’on appelait du temps des Jacobins, « les services extérieurs de l’Etat ». Un temps important de cette dynamique s’est appelé RéATE pour réforme de l’administration territoriale de l’Etat initiée en 2006-2007. Sur le principe c’aurait pu être une bonne réforme. En effet, le principe en était simple, regrouper à un niveau territorial donné tous les services traitant peu ou prou du même sujet, quel que soit leur ministère de rattachement.

Il est vrai qu’on partait de loin. Ainsi au niveau départemental, le préfet en réunion de chef de service avait face à lui le DDE, le DDAF, le DDTE, le DDASS, le DDJS, le DDSP, le délégué départemental de la DRIE. Au niveau régional, s’était un peu le même style de rateau avec en plus quelques dents le DRE, le DRAAF, le DRTE, le DRASS, le DRJS, le DRIE, le DRAC. J’en oublie sûrement de moindre importance. En tout, ils étaient une petite dizaine et cela faisait un peu état-major de l’armée mexicaine.

La RéATE est venu mettre de l’ordre dans tout cela. Ainsi sont apparues au niveau départemental les directions départementales interministérielles (DDI) au nombre de deux ou trois :

la direction départementale des territoires (DDT) et la direction départementales de la protection des populations(DDPP) auquel s’ajoute dans les plus grans départements la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) . Au niveau régional, il n’y a plus le même effet de miroir puisque 5 grands ensembles administratifs ont été créés la direction régionale de l’environnement de l’aménagement et du logement (DREAL), la direction régionale de l’alimentation de l’agriculture et de la forêt (DRAAF), la direction régionale des entreprises de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi, la direction régionale de la jeunesse des sports et de la cohésion sociale et la direction régionale des affaires culturelles (DRAC), seule rescapée de la réforme.

Sur le papier, c’est plus simple, mais sur le papier seulement car dans la réalité, la complexité administrative a trouvé un nouveau terreau où elle peut prospérer.

Le premier inconvénient a été la taille de ces nouveaux services. Même si les services de Bercy ont profité de l’occasion pour sabrer allègrement dans certains services, au nom de la lutte contre la redondance, ces services départementaux sont restés pléthoriques et un homme seul ne pouvait tout diriger. C’est ainsi qu’on a vu apparaître des directeurs départementaux interministériels adjoints pour s’occuper plus spécifiquement de tels ou tels volets soit des territoires, soit des populations. Le résultat a été qu’il y a eu autant de DD adjoints qu’il y avait auparavant de directeurs départementaaux et les nouveaux directeurs départementaux interministériels sont apparus pour ce qu’ils étaient en fait des super-directeurs départementaux, ou si vous préférez des préfets adjoints. Cet acte de la déconcentration a donc créé un échelon administratif de plus dans la hiérarchie (avec à la clé, 250 occasions de promotion possibles pour les corps d’encadrement de l’Etat) là où au contraire il eut convenu qu’on applatisse un peu la pyramide au profit d’une véritable action transversale.

Le second inconvénient, mais là les auteures de la réforme n’y peuvent rien , vient de la refonte de la carte territoriale issue des lois de décentralisation de 2013 à 2015. La RéATE avait créé des direction régionale tentaculaire. En créant des régions aux dimensions parfois déraisonnables, on a donc rajoué du gigantisme au boursoufflé. Cela aboutit au constat suivant https://www.acteurspublics.fr/La fusion des directions régionales de l’agriculture a entraîné des lourdeurs et des surcoûts

C’était hélas inévitable. En effet pour que cette réforme marche, il fallait initier un mouvement inconnu dans l’administration, le travail en transversal, de communication directe, entre agents travaillant sur les mêmes questions sur les mêmes territoires. Or, méfiance atavique des cadres administratifs envers leurs collaborateurs, ou ornière le la routine verticale, c’est l’inverse qui semble s’être passé. Il devient donc urgent de remettre la maison sur ses fondations, et prendre le contrepied de la situation actuelle. Ce n’est pas en créant des ensembles géographiques de très grandes dimensions, sans réelle cohérence interne, qu’on rapprochera les administrations des administrés, ni les fonctionnaires oeuvrant dans le même champs, entre eux . Ce n’est pas en maintenant artificiellement des ensembles administratifs où la carpe cotoie le lapin, au motif que les deux se mangent, qu’on fera avancer la coordination interministérielle dans les domaines où elles est nécessaire si dans le même temps on ne favorise pas systématiquement les initiatives qui permettent ce travail collaboratif hors hierarchie (groupe de projet, task force, etc…)

On en est loin mais chacun sait que la réforme est avant tout un art de la réalisation.

Et puis, si j’avais été la « géniale » conceptrice de cette Réate, je me serais méfier, c’est l’anagramme parfait de « Ratée »

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