Dans les entreprises, ça bouge, parait-il

Il y a une semaine, je vous montrais comment les grandes entreprises françaises entretenaient un conservatisme très fort derrière des bribes de discours moderniste, très sociétal et très ecologiquement compatible. J’avais malicieusement noté la généalogie de leurs dirigeants pour signifier que ce n’était peut-être pas une coïncidence si un certain type de patrons induisait un certain type de comportement.

Aujourd’hui, je voudrais aller un peu plus loin dans la réflexion et montrer qu’il existe des pistes de réflexion qui permettent de penser, que, décidément, demain ne sera pas comme hier, et cela ne doit pas grand chose au COVID, ou alors de façon indirecte, le blocage de la société ayant mis en évidecnce les impasses à venir dans le monde de l’entreprise.

Commençons par évacuer ce qui me paraît être une fausse piste. Et pourtant, l’institut de l’entreprise estampille cela « entreprises de demain » https://www.institut-entreprise.fr/Entreprises de demain : lancement d’une collaboration entre l’Institut de l’Entreprise et le GROUPE SOS
Il serait un peu long ici d’expliquer en quoi cela ne me paraît pas très fécond et j’aurai peut-être l’occasion d’y revenir plus longuement lorsque je me replongerai dans les analyses de l’évolution du concept d’économie sociale et solidaire. Je me conterai ici de dire, de façon certes caricaturale, que cela me rappelle un peu les mariages arrangés du XIX° siècle, où la bourgeoisie naissante cherchait de la respectabilité en s’alliant à une aristocratie ancienne au bout du rouleau qui y voyait là l’occasion de redorer son blason. Ici des entrepreneurs innovants viennent recevoir un certificat de bon entrepreneuriat en contrepartie d’idées nouvelles données à un capitalisme qui en manque.

Non, je préfére plutôt me consacrer aux réflexions menées aux franges de cet institut par la revue Societal qui effectivement explore beaucoup de pistes, dans tous les sens. Dans la dernière production, j’ai noté deux interventions qui méritent qu’on s’y arrête un instant

De la même façon que j’ai énuméré le pedigree d’autres intervenant sur ce site, ainsi que celui de leurs prédécesseurs, je ferai également mention de leur parcours scolaire et universitaire car, comme nous le verrons, cela a peut-être une signification

Le premier article a le mérite de la clarté dès son titre https://www.societal.fr/fFrançois Faure : S’émanciper de la domination de l’actionnaire
Son auteur est ancien élève de l’Ecole Polytechnique puis de l’école des Ponts et Chaussées.
Son propos peut se résumer à partir de deux citations issues de cet article
«…Il en va donc du péril climatique et environnemental comme des autres vices majeurs de notre système – le désengagement des employés, la pression sur notre système de protection sociale, la négligence des territoires. Ils ne peuvent être corrigés efficacement par des entreprises structurellement obsédées par la performance financière….» On ne peut pas être plus direct dans la mise en cause des puissances financières dans les dérèglements actuels. Appelez cela « dérive du capitalisme financier » ou « pêché originel du capitalisme », c’est comme vous le voulez, il n’en demeure pas moins que cette prééminence des impératifs financiers est en train de se révéler mortelle pour notre modèle économique et social.
La réponse ne se fait pas attendre :«….L’investisseur est le fournisseur d’une ressource essentielle de l’entreprise, il peut demander une rémunération satisfaisante mais l’entreprise doit pouvoir contrôler contractuellement cette dernière….»Cela met fin dogme de l’entreprise-société, propriété de ses actionnaires. Le concept d’actionnaire, fournisseur d’un moyen, l’argent, crée une distinction entre la personnalité juridique de ces actionnaires et l’entreprise. Reste alors à définir la nature de l’entreprise. A-t-elle une existence juridique propre, en dehors de ses financeurs et ou de ses dirigeants ? La question est intéressante. Je note toutefois que la question ne se pose pas tout à fait dans les mêmes termes dans les entreprises d’économie sociale puisque la rémunération du capital et le partage des résultats est en principe, interdit, sauf l’exception notable des SCOP.

Cet article est aussi intéressant parce que son auteur prend en exemple, pour montrer comment les mentalités peuvent évoluer, le cas de cette entreprise dont l’entrée en Bourse se vit comme une véritable révolution sociale https://www.cfecgc.org/jéroboam, un projet alternatif de mise en bourse de verallia
Il est en effet intéressant que des syndicats s’emparent de la loi PACTE et du statut d’entreprise à mission pour en faire un outil de progrès social. Il est encore plus intéressant de voir qui sont ces syndicats. Qu’on trouve la CFE-CGC, c’est normal, c’est leur ligne politique de toujours, mais on aurait pu s’attendre à ce qu’à côté de cette centrale, on retrouve un syndicat ouvertement réformiste comme la CFDT. Or c’est LE syndicat révolutionnaire de référence qui se lance dans l’aventure, …la CGT. Affaire à suivre donc . Et si voulez la suivre, le lien est là https://projetjeroboam.com/

Le deuxième article est lui aussi intéressant à décrypter. Certes son sujet est un peu technique https://www.societal.fr/Jean-Luc Placet : L’analyse des données change la manière de diriger mais il vaut surtout par certaines considérations sur le type de patrons qu’il ne faut plus .
Tout d’abord, un petit rappel de son pedigree ; il est diplômé de l’ESSEC.
Venons-en ensuite au contenu de l’article où il met à mal l’image du grand patron de droit divin, omnipotent parce qu’omniscient et sa charge contre ces dirigeants vaut son pesant de vitriol : « Les dirigeants sont souvent diplômés des grandes écoles. Ils sont issus d’un système scolaire très sélectif fondé sur le succès individuel. Ils ont donc le même comportement dans l’entreprise. Pendant très longtemps, les écoles de commerce ont enseigné les « hard skills » et un peu l’art du commandement. Elles ont ignoré les « soft skills », c’est-à-dire le comportement, l’impact, l’écoute, le travail en collectif, l’échange d’informations, le respect des idées des autres. »
Voilà en 5 lignes, tout est dit ou presque sur le mal des entreprises françaises, l’étroitesse du moule formatif. C’est une nouvelle piste à creuser et vous comprenez maintenant pourquoi je tiens tant à aligner le pedigree des dirigeants d’entreprise français. Notez toutefois que ces deux derniers exemples permettent d’édicter des exceptions à la règle. Mais leur réflexion plus ouverte vient peut-être du fait qu’ils sont plus en situation de conseiller que de dirigeant et encore je n’en suis pas totalement convaincu.

J’aurai juste un petit reproche à faire à cet article, c’est de considérer que la RSE n’est pas une nouveauté et qu’au début du XX° siècle, le capitalisme français l’avait déjà inventé en prenant pour exemple le cas DeWendel. Il se trouve que ce cas-là, je connais plutôt bien pour y avoir baigné dans ma jeunesse. Le système De Wendel, mais cela est aussi vrai par exemple des Charbonnages ou de Michelin à Clermont-Ferrand, c’est autre chose ; cela s’appelle du paternalisme, c’est à dire l’antithèse de la responsabilité sociétale.

Manifestement le débat est lancé. Peut-être bien après tout que l’entreprise de demain ne sera pas comme celle d’hier mais mieux. J’ai toujours été optimiste, ça aide à vivre, même à la retraite.

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