Les dilemmes des énergies renouvelables

En Bretagne, nous sommes persuadés que nous regorgeons d’énergie et que cette énergie est renouvelable. C’est vrai que la nature a bien dotée notre région : les vents soufflent plus souvent, plus régulièrement et souvent plus fort qu’ailleurs, les courants marins sont puissants et réguliers. Les cours d’eau sont peut-être petits mais nombreux et plutôt bien alimentés en eau. D’ailleurs les moulins à eau étaient nombreux dans la campagne bretonne jusqu’au XIX° siècle. Voilà des conditions particulièrement favorables pour le développement de la production d’électricité, à partir de l’énergie éolienne, sur terre et en mer, à partir de l’énergie marine avec des hydroliennes immergées et même, pourquoi pas, pour le développement de l’hydroélectricité. Evidemment, en ce qui concerne l’énergie solaire, la Bretagne est peut-être moins bien dotée que d’autres régions plus ensoleillée, mais rien ne sert d’être trop gourmand. Et puis, en plus de ces énergies d’origine totalement naturelle, il y a aussi les sources de récupération, comme le méthane issu de la décomposition des lisiers porcins. En un mot, la Bretagne dispose d’une large palette de ressources énergétiques. Et pourtant, ça coince un peu partout.

Commençons par l’éolien. Des associations locales ont obtenu l’annulation de parcs éoliens et même l’annulation du schéma régional éolien, le plus souvent en utilisant des arguties procédurales mais aussi en s’appuyant sur des considérations esthétiques. Le summum a été atteint aux confins de la région, dans le périmètre visuel du Mont-Saint-Michel. C’est donc au nom de la protection des paysages donc de l’environnement que certains s’opposent au développement d’une énergie, qui, tout compte carbone fait, est une des plus écologiques. Pour un vrai défenseur de l’écologie, le dilemme peut être difficile à trancher. Et pourtant, si on reprend le cas du Mont-Saint Michel, on retrouve, ça et là, en bordure des prés salés, des vestiges nombreux de moulins. Leur vue ne devait pas trop gêner les moines du Mont. Les touristes seraient-ils gênés par des éoliennes ? Les opposants disent que oui, de même qu’en 1889, des Parisiens fustigeaient la Tour Eiffel, sans laquelle, maintenant, Paris ne serait plus Paris pour les touristes. Le risque de défigurer le site est pourtant bien réel surtout si, par appât du gain, les communes autorisaient l’implantation sur leur territoire de véritables forêts de mats, comme on en voit au Danemark ou dans le sud de la péninsule ibérique.

Mutatis mutandi, les mêmes blocages sont apparus lors des débats publics autour du parc éolien en mer de Saint-Brieuc ou à propos de l’immersion de l’hydrolienne au large de Bréhat. Certes les pêcheurs et plaisanciers ont des arguments valables à faire entendre mais le débat public a montré que du point de vue de la sécurité en mer, par exemple, tout problème technique pouvait trouver une solution technique, à condition que, de bonne volonté, les parties prenantes se mettent autour d’une table pour en discuter.

Et voici que suite à l’arrêté ministériel du 27 avril 2016 relatif à la production d’énergie hydraulique, le débat risque de renaître entre les pêcheurs, gens paisibles par excellence, et les promoteurs de petits moulins hydrauliques, autour de la question de la continuité écologique. Faut-il rappeler que les cours d’eau bretons ont accueilli pendant des siècles une quantité de moulins qui servaient à tout, faire de la farine, du papier et que sais-je encore et que cela n’a jamais empêcher les saumons d’aller frayer dans l’amont de ces fleuves et rivières côtiers aménagés. Nos anciens avaient donc un savoir-faire que nous avons oublié mais peut-être aussi était-ce parce que les propriétaires de ces moulins étaient aussi des pêcheurs et donc qu’ils devaient trouver le juste équilibre entre ces deux activités. Grâce aux progrès de la technique, ce serait bien malheureux que mis autour d’une table, les protagonistes n’arrivent pas à trouver une solution. Cela aura un coût certainement et surtout, cela ne sera vraisemblablement applicable au-delà d’une certaine taille de projet. C’est sûrement là où le bât risque de blesser.

Et puis, il y a l’épouvantail de la méthanisation. Solution miracle pour certains agriculteurs qui y voit là un moyen d’arrondir leur revenu tout en réduisant leurs émissions polluantes, c’est au contraire une nouvelle source de pollution pour des environnementalistes qui considèrent qu’autoriser cela, c’est accepter la survivance d’un modèle agricole à bout de souffle. Mais là aussi, tout est dans l’équilibre, entre valoriser un déchet, par ailleurs très polluant, et recherche d’un revenu maximum, quitte à créer encore plus de nuisances qu’on en élimine. Techniquement et économiquement, des solutions existent à condition de ne pas verser dans la démesure. La pollution de l’eau potable dans la région de Châteaulin à l’été 2020 est là pour le rappeler

Et c’est là en général que les débats déraillent. En effet, à travers ces quelques exemples, on constate que les problèmes occasionnés par les projets viennent d’une part de leur taille, souvent, et d’un manque de concertation, en amont. En effet, la prise en considération simultanée d’intérêts parfois divergents rend le plus souvent les gens raisonnables, pourvu qu’ils soient de bonne foi et de bonne volonté.

Voici donc les dilemmes auxquels nous sommes et seront régulièrement confrontés si nous voulons que les énergies renouvelables se développent en Bretagne. Mais peut-être certains ne le veulent-ils pas ? Cela dit, s’ils considèrent que l’électricité d’origine nucléaire est la plus dangereuse car la plus pernicieuse et dont les effets dans le temps sont totalement inconnus, les alternatives sont peu nombreuses, soit le recours aux énergies fossiles (gaz, charbon et pétrole), soit de réduire nos consommations électriques de façon drastique. Y sont-ils prêts ? C’est un autre type de dilemme.

Pour en sortir comment faire alors ? Comme manifestement, tous ces projets ont en commun d’être très locaux, et que leur acceptabilité ne peut être que le fruit d’un consensus local, nul n’est besoin d’être grand clerc pour arriver à la conclusion que le développement des énergies renouvelables en Bretagne ne pourra sortir de ces dilemmes que dans le cadre d’une organisation locale de la production et de la distribution de l’énergie, ce qui est pour l’instant aux antipodes du modèle qu’a imposé EDF mais certaines collectivités locales sont en train de montrer la voie , en Bretagne et ailleurs.

http://www.developpement-durable.gouv.fr/-Territoires-a-energie-positive-.html

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