Casser le thermomètre ne fera pas baisser la fièvre

Deux décrets datés du 16 décembre 2020 ont été publiés au Journal Officiel concernant l’Institut des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice(INHESJ)

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042677075
Décret n° 2020-1591 du 16 décembre 2020 portant dissolution de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042677128
Décret n° 2020-1592 du 16 décembre 2020 tirant les conséquences de la dissolution de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice

Je devrais plutôt écrire « feu INHESJ » puisque justement il s’agissait de supprimer cet institut.

Afin de mieux comprendre ce que signifie cette suppression, commençons par voir à quoi cela servait https://inhesj.fr/ Cet Institut en effet résultait de la fusion d’un institut de recherche et de formation du ministère de la justice et d’un institut de recherche et de formation du ministère de l’Intérieur afin de renforcer les liens entre policiers et magistrats en matière de lutte contre la délinquance et le crime organisé.

C’est vrai que cela tombe à un très mauvais moment alors qu’il est actuellement beaucoup question de sécurité globale, de réponses pénales adéquates mais aussi de renforcement de la formation des policiers au respect du droit des personnes.

Mais alors pourquoi cette dissolution à un moment aussi inopportun ?

Pour répondre à cette question, il faut faire un petit retour en arrière au printemps 2019 avec la publication d’une circulaire du premier ministre le 6 juin circulaire du 5 juin 2019 relative à la transformation des administrations centrales et aux nouvelles méthodes de travail
Dans cette circulaire, il était notamment question de moins recourir aux circulaire, ce qui est une bonne chose mais n’empêcha pas le Premier Ministre d’en pondre 3 dans le seul mois de juin. Il était aussi question de supprimer toutes les petites structures administratives non essentielles employant moins de 100 ETP1 .

Manifestement les ministères concernés en ont considéré ainsi en ce qui concerne l’INHESJ puisqu’à l’été ayant été propice à la réflexion, on aboutit à l’automne à cette information https://www.lopinion.fr/Exclusif : L’INHESJ va être supprimée et l’IHEDN a eu chaud…
Aussitôt, ce fut une levée de boucliershttps://www.lemonde.fr/« La suppression de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice est inacceptable »
Il y eut même deux questions écrites de parlementaires à ce sujet
un de droitehttps://www.senat.fr/questions/base/2020/qSEQ200214483.html
une de gauche https://www.senat.fr/questions/base/2020/qSEQ200616567.html
Toutes les deux disaient à peu près la même chose  « Vous allez cassé un outil irremplaçable qui permet de croiser les analyses et les réflexions sur des questions qui interrogent notre société et qui nous donnent à nous parlementaires des éléments d’information essentiels pour comprendre et anticiper autant que possible les réponses législatives à apporter aux formes nouvelles de délinquance et de crime. »

A ce jour aucune réponse ministérielle n’a été enregistrée sur le site du Sénat.
La seule réponse a donc été cette publication de ces décrets le 16 décembre

Cela serait simplement ridicule s’il ne s’agissait que de l’application mécanique d’un principe stupide énoncé par une circulaire d’un Premier Ministre en mal d’inspiration réformatrice.
Mais je crains que la réalité ne soit pire. En effet, l’Institut à peine dissout, il semblerait que l’ensemble du contenu du site de cet institut ait été transféré sur un autre site celui de l’IHEMI, qui est en fait l’Institut de recherche du SEUL ministère de l’Intérieur.
En quelque sorte, la sécurité publique, la lutte contre la délinquance, la compréhension des violences nouvelles qui apparaissent dans notre société sont des choses trop importantes pour qu’on les confie à l’intelligence croisée de policiers, de magistrats d’universitaires et de représentants du monde associatif. La sécurité, c’est l’affaire des flics et circulez, il n’y aura plus rien à voir.


On retrouve là cette obsession présidentielle d’organiser les choses de façon verticale en espérant aller plus vite alors que dans certains cas, et la sécurité publique en est un, il vaut mieux privilégier une organisation plus transversale afin d’aller plus loin quitte à y aller de façon moins précipitée.
Mais il y a dans ce gouvernement des gens pressés. Et sur ces questions, c’est plus simple d’en discuter qu’à deux le président et le ministre de l’intérieur, à la rigueur le premier ministre.

Du coup, j’ai envie de suggérer à ce trio d’appliquer à la lettre la circulaire du 6 juin 2019 et notamment ce passage-ci  « les administrations devront justifier le maintien des structures dont la taille n’excède pas 100 ETP. » et de proposer la dissolution du reste du gouvernement…..

1ETP : unité de mesure de taille d’une administration permettant de connaître l’effectif exact d’une organisation administrative en cumulant tous les postes de travail à temps plein, temps partiel temps très partiel, voire vacation intermittente , signifie en bon Français administratif Equivalent Temps Plein.

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