L’éthique des TIC est-elle en toc ?

Depuis quelques décennies, à force de vouloir se prendre pour le démiurge, les entreprises fleurtent de plus en plus avec les limites de ce que la morale réprouve, voire même les dépassent parfois allègrement. Cela se vérifie tous les jours dans le domaine des nanotechnologies, des manipulations génétiques, dans la gestion des réseaux sociaux et sûrement aussi dans le domaine encore mal défriché de l’intelligence artificielle. Conscientes de cela, et afin de mettre des garde-fou (jamais ce terme n’aura été aussi pertinent) contre les emballements inévitables sur des marchés concurrentiels, des entreprises ont entrepris une démarche de moralisation : https://www.lefigaro.fr/Intelligence artificielle : les entreprises en quête d’éthique

Je voudrais d’abord signalé à l’auteur de cette article que son constat « Une Intelligence artificielle n’est ni bonne ni mauvaise, elle est ce qu’on en fait » s’applique aussi à TOUTES les technologies et que cette démarche éthique devrait être la norme commune de toutes les branches de l’activité humaine innovante. Je voudrais surtout dire que ces démarches dites éthiques sont le plus souvent des « gentlemen agreements » entre concurrents commerciaux afin que nul ne franchisse des lignes rouges, pour avoir un avantage concurrentiel provisoire ; cette course à l’échalote entraîne en général une escalade dans l’immonde qui se termine toujours mal à un moment ou un autre.

C’est pourquoi, il convient de ne pas laisser les acteurs seuls à débattre de ces questions et que des contre-pouvoirs doivent se mettre en place pour contrebalancer cette auto-moralisation. A cet égard, les démarches entreprises par les pouvoirs publics aux Etats-Unis, dans l’Union Européenne et ailleurs vont dans le bon sens. Il se trouve que les Britanniques ont été les premiers à dégainer, https://www.acteurspublics.fr/Le Royaume-Uni va créer une agence de régulation des géants technologiques
Cela confirme que « quand on est seul, on va plus vite, mais qu’à plusieurs on va plus loin ». Toujours est-il que c’est là un exemple à suivre. Encore faudra-t-il que cette agence ait les moyens de ses ambitions. Mais ceci est une autre histoire.

C’est pourquoi un petit coup de pouce des opinions publiques peut s’avérer utile. Les mouvements menés par la jeunesse pour le climat, par des ONG pour la lutte contre les corruptions ou contre l’irresponsabilité environnementale des entreprises mondialisées en attestent. Il y a aussi le rôle joué par des personnes à qui leur aura médiatique accorde un certain pouvoir d’influence. Et c’est à leur honneur d’en jouer. Certaines prises de position surprennent agréablement comme celle de ce footballeur https://www.la-croix.com/Chine : Huawei est-elle impliquée dans la répression des Ouïghours ?
C’est tellement inattendu que cela en a d’autant plus de force. Tant mieux car en touchant à la publicité, on touche à l’image et en touchant à l’image, on touche un peu au portefeuille. Vous noterez comme moi qu’à chaque fois, il s’agit d’utiliser la reconnaissance faciale et ce n’est peut-être pas un hasard. Comme quoi si les technologies sont peut-être moralement neutres, il en existe de plus ou moins éthiquement sensibles.

Il est par contre un domaine où ce genre d’arguties ne devrait pas être de mise, c’est bien le domaine de la pornographie, qui rappelons-le est à la base de bien des fortunes, en France et ailleurs. Or, il a fallu un mouvement d’opinion particulièrement fort sur les réseaux pour que deux grands opérateurs sur le marché des paiements en ligne interviennent et les frappent à la bourse :https://www.lefigaro.fr/Mastercard et Visa gèlent leurs relations avec le site pornographique Pornhub
Ce qui les a fait réagir est tellement ignoble qu’il aurait été indécent qu’ils ne réagissent pas. Cela dit, se faire de l’argent, via ces transactions, sur l’exploitation de la misère sexuelle des gens n’est en soi pas très reluisant moralement et qu’il reste choquant que ces opérateurs ne se soient pas alarmés plus tôt de cela.

Il n’y a donc pas que dans les domaines des technologies de l’information et des communications, des biotechnologies qu’une réflexion éthique s’impose. Et qu’on ne me dise pas comme Vespasien que l’argent n’a pas d’odeur. Parfois, il pue.

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