Ce que « durable » veut dire

Il est dommage que la langue française, en général réputée pour sa capacité à exprimer les plus subtiles nuances, se soit trouvée muette le jour où il fallut traduire l’expression anglaise « sustainable development ». Comme l’épithète « soutenable » n’existait pas et qu’il fut jugé inconvenant de créer un néologisme aussi malsonnant, on se rabattit sur l’ambigu « durable » à la signification sibylline, propice à de nombreux détournements. Ceux que le concept gênait plus que le mot ont largement profité de cette aubaine pour repeindre d’une couleur plus chatoyante, des pratiques parfois peu ragoutantes.

Et pourtant le concept reste, dans l’absolu, un bon outil méthodologique pour juger de la qualité écologique d’une action, d’une politique ou d’une activité.

Prenons par exemple le cas des énergies que l’on dit renouvelables, présentées comme la panacée en matière d’énergie « durable ». Ce qui fait leur qualité se définit à partir de quelques critères simples : les sources d’énergie utilisées n’épuisent pas les ressources de la planète, ces sources sont sinon inépuisables (vent, soleil), du moins capables de se régénérer (par exemple le bois ou l’eau) et le processus de transformation de ces ressources en énergie a un impact faible sur les différentes composantes de notre environnement naturel. C’est pourquoi, un titre de ce genre https://lenergeek.com/une centrale photovoltaïque respectueuse du paysage et des écosystèmes est une évidence. Le Hic est que si on ressent le besoin d’en faire un article, cela signifie que la situation est suffisamment exceptionnelle pour être signalée. Et de fait, le passage à l’échelle industrielle de la production d’énergie à partir de sources renouvelables s’est traduit par une densification des nuisances qui, à une plus faible échelle, étaient supportables mais qui se révèlent intolérables lorsque les facteurs de production sont multipliés par 20, 50 voire 100 sur un seul site.

La soutenabilité d’un processus est donc ici un subtil équilibre entre contrainte économique, exigence écologique et tolérance sociale. C’est à méditer à un moment où tous les États se lancent dans des projets parfois pharaoniques, obsédés par la peur de manquer dès lors que les sources d’énergie non durables vont être bannies. Accessoirement, cela pose la question de la soutenabilité de sources comme le nucléaire ou la méthanisation des déchets qu’ils soient d’origine urbaine ou agricole.

Tenez, puisque je viens de parler de la fin des sources d’énergie non durables, intéressons-nous un instant à ce qui peut se passer lorsque les hydrocarbures viendront à manquer. La question se pose assez directement pour les gisements de la Mer du Nord et les États riverains développent des stratégies de remplacement, à l’instar du plan que viennent d’imaginer les Britanniques https://www.energiesdelamer.eu/uk 2050 : réimaginer une mer du nord net zéro peut créer 100.000 emplois en Mer du Nord
Parier sur le développement de l’énergie éolienne tout le long du littoral de la Mer du Nord n’est pas un pari si bête que cela. En effet, ce n’est pas demain la veille que le vent va fléchir dans ces zones plutôt tempétueuses. Compte tenu justement de ces conditions météorologiques, les besoins de maintenance du parc seront tels qu’on peut raisonnablement penser que cela emploiera de façon permanente autant de gens qu’il n’en faut actuellement pour faire tourner des plates-formes gazières largement automatisées. Toutefois pour être aussi rigoureux que possible, il convient toutefois de mesurer l’impact qu’une telle densification des fermes éoliennes offshore pourrait avoir sur la qualité paysagère du littoral, sur les habitats marins et sous-marins, sur les activités de pêche.

Il s’agit là toujours de trouver le subtil équilibre entre les exigences économiques, les contraintes écologiques et les attentes sociales.

Pour parler d’autre chose, convenons qu’il convient parfois de se méfier de ces solutions miracles qui nous déculpabilise parce que on aura fait le « bon geste ». Parfois le remède n’est pas meilleur que le mal. Pour illustrer cela, j’ai trouvé cet article très bien documenté que je vous invite à lire surtout si vous penser que Steve Jobs était plus écolo que Jo Gutenberg : https://www.lafabriqueecologique.fr/Papier vs numérique : un match écologique en réalité serré
On peut y lire que l’analyse de la soutenabilité des gestes ne vaut que si elle prend en compte tous les paramètres du processus. C’est une autre façon d’aborder la soutenabilité de nos actes. Des exemples de cette nature, on en trouve à foison et les médias en sont friands car cela permet de continuer à véhiculer ce petit discours, à moitié juste (parce que ce n’est pas faux), à moitié faux (parce que ce n’est pas l’essentiel de l’effort à faire) visant à nous culpabiliser. J’aurai ainsi pu parler de la voiture électrique ou de la centrale à gaz de Landivisiau

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